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1 avril 2010 4 01 /04 /avril /2010 08:15

Samedi 27 mars : Je suis réveillé à quatre heures. Une demi heure plus tard, nous nous levons. Jean-Claude nous a préparé un thé vite avalé. Lou se lève pour nous offrir des colliers de coquillages et un tableau au feutre noir représentant Wallis et Futuna, trop grand pour entrer dans le plus grand sac, qu’il faut emporter à part dans un sac plastique ! Nous partons pour l’aéroport, il fait encore nuit. Une foule accompagne les partants, la plupart pour la Nouvelle-Calédonie. Tous ont des colliers de coquillages et de graines, quelques-uns sont en manu. Les opérations d’enregistrement sont longues, les contrôles de sécurité tout à fait symboliques… Nous décollons avec un léger retard, à l’aube, sans voir grand-chose du lagon. Une heure et demie plus tard, nous apercevons les montagnes de Viti Levu, la grande île des Fidji. Pas de barrière de corail donc pas de lagon. Nous apercevons des champs, des cultures dans la plaine, au pied des montagnes. Nous sommes dans les rares qui débarquent aux Fidji. Les employés de l’immigration et de la douane sont représentatifs de la population locale, certains sont incontestablement de type indien et d’autres, mélanésien. L’aérogare est moderne, propre, tous les employés sont en uniforme, restes de la colonisation britannique. J’abandonne Marie avec les bagages et vais me renseigner sur les croisières. Une première agence me donne des prix qui atteignent 1300 euros. Je me laisse démarcher par une corpulente dame qui téléphone, se renseigne, et m’annonce la même somme mais se trompe dans le taux de change, incapable de faire une règle de trois. Elle retéléphone, obtient un sur classement puis enfin un rabais et finalement je l’emporte pour juste 1000 euros. Je ne suis pas ravi à l’idée de cette croisière dont je crains le pire mais Marie semble y tenir. Je reviens l’informer, nous attendons dans le hall, déjeunons dans un snack de l’aéroport de poulet en sauce ou d’un curry de poulet, épicé comme en Inde, avec une bonne portion de riz. Nous patientons encore un peu puis nous commençons à trouver le temps long, le bus qui doit venir nous chercher tardant. « Fidji time » nous assurent les employés ! Enfin le bus arrive et nous rejoignons nos compagnons de croisière, tous anglo-saxons, Américains, Australiens ou Néo-zélandais. Un australopithèque velu et tatoué est une vraie caricature : marcel, bagouzes et bracelet, gros comme une chaîne de doberman, en or, inséparable d’une bouteille de bière aussi vite vidée que remplacée… Nous traversons la campagne, champs de canne à sucre qui laissent augurer une production locale de rhum. Les maisons et les enseignes sont celles d’une (ex-) colonie anglaise, nous pourrions être en Gambie… Nous rejoignons le port de Lautoka et embarquons sur notre bateau : trois ponts de cabines, pas trop long. Il n’est pas complet, nous sommes une cinquantaine de passagers. L’équipage fidjien nous accueille en musique avec un jus de fruit et un collier de coquillages. Nous avons une belle cabine confortable donnant sur une coursive. Nous appareillons presque aussitôt. Une réunion d’information se tient dans le salon. Je comprends à peu près le capitaine qui parle des mesures de sécurité et presque rien de ce que peut raconter le responsable des distractions. On nous présente le programme de la journée et on distribue à ceux qui le souhaitent un équipement masque, tuba, palmes, j’en fais partie. Nous nous mettons en tenue de plage. Le bateau a fait route en direction des Mamanucas, un archipel d’îlots dispersés sur l’océan, éloignés les uns des autres. Il met en panne à quelque distance d’un de ces îlots et nous embarquons sur une chaloupe à fond de verre qui assure le transfert sur la plage. Marie s’y installe, on nous a distribué d228-NOULEA-Aquarium.jpges serviettes et des nattes. Je repars avec ceux qui vont plonger, nous nous éloignons de quelques centaines de mètres pour nous mettre à l’eau. Nous revenons vers la plage à la nage. Au début, dans une profondeur de quelques mètres, malgré une visibilité réduite et une luminosité médiocre, faute de soleil, je distingue de beaux massifs de coraux puis quelques groupes de poissons, rien d’exceptionnel. La seule nouveauté est la présence de belles étoiles de mer bleues. Plus je me rapproche de l’îlot et plus l’intérêt faiblit, champs de coraux brisés puis sable parsemé d’algues. Je retrouve Marie, nous nous baignons et attendons le rembarquement. Avant dîner, nous nous offrons deux cocktails, les canapés (avec des sambos) sont offerts. Nous descendons dîner. Les officiers, capitaine en tête, en grande tenue, nous attendent su pied de l’escalier. Il faut serrer toutes les mains tendues une à une. Puis on nous conduit à une table où nous serons en compagnie de deux Néo-Zélandaises, la mère et la fille. Nous sommes rejoints par un des officiers, un Australien âgé dont je ne comprends pas un traître mot mais à qui nous pardonnons l’accent peu oxfordien dès qu’il nous offre une très honnête bouteille de vin rouge australien, que la Néo-Zélandaise sifflera jusqu’à la dernière goutte. Beaucoup de cinéma : trois couteaux quatre fourchettes, cinq cuillères, six verres, une serviette qu’on nous déplie et place sur les genoux. On nous offre une flûte de champagne, bien venue mais le repas n’est pas fameux, crêpe aux légumes, poulet ou poisson avec des sauces ratées mais colorées. A la fin du repas, on nous présente le très nombreux personnel, tous Fidjiens sauf les officiers. Ils chantent un air en semblant convaincus puis invitent les passagers à se joindre à eux pour une variante de la danse des canards, à laquelle nous échappons… Nous allons enfin nous coucher. L’ordinateur étant résolument bloqué, j’écris ces lignes au stylo mais je fais un scan de l’ordinateur qui va durer toute la nuit.


Dimanche 28 mars : Le petit déjeuner est servi à sept heures trente. Nous nous précipitons, en retard, et trouvons la salle vide. Problème d’heure, elle a changé ! Depuis hier, nous ne parvenons pas à savoir l’heure précise aux Fidji… Nous sommes donc en avance pour un petit déjeuner qui, anglomania oblige, est très copieux mais nous en restons aux habitudes continentales. Nous n’avons pas navigué dans la nuit et nous ne repartons qu’à ce moment, sous un ciel encore nuageux. L’ordinateur semble cette fois vouloir rep009-MAMANUCAS-Plage.jpgrendre du service et, avec l’aide de Marie, je recopie une partie du texte. Nous n’avons pas le temps de digérer qu’il faut nous précipiter dans la chaloupe à fond de verre qui nous dépose sur une plage de l’Île Sacrée. Nous sommes alors entourés d’îlots montagneux avec des plages, des cocotiers et des rochers. Nous débarquons. Ceux qui veulent plonger repartent avec une autre chaloupe et ceux qui, comme Marie, veulent voir les coraux restent sur la chaloupe. Je plonge dans quelques mètres d’eau, la luminosP1010533.JPGité n’est pas parfaite mais les fonds sont très beaux : des coraux de toutes formes et couleurs, parcourus par ces petits poissons qui nous sont maintenant familiers. Pas de houle, pas besoin de trop palmer, je me déplace lentement en ménageant des moments d’observation de la faune marine, sans bouger, pour laisser les craintifs, mais curieux, ressortir de leur cachette. Nous remontons sur la chaloupe et je retrouve Marie sur la plage moyennement satisfaite de sa vision depuis le bateau à fond de verre. Le vent se lève alors que nous revenons à bord. Le temps de se changer et il faut aller déjeuner sur le pont supérieur au moment où un grain s’abat sur le navire. Cuisine indienne : viandes en curry et poisson coco. Le temps d’une très courte sieste et nous repartons pour une nouvelle plage et une nouvelle exploration sous-marine. Nous sommes nettement moins nombreux. Le repas, la fatigue de la matinée ont retenu la plupart dans les cabines ou les salons. Nous débarquons sur la plage d’une autre île, plus grande, couronnée de noirs pitons basaltiques surgis des013-YASAWAS-Drapeau.jpg pentes couvertes d’un tapis de verdure. Nous plongeons au-dessus de beaux coraux en forme de galettes plates, étendues, aux allures de champignons, d’autres sont nervurés comme un crâne et enfin certains, plus colorés, plus phosphorescents, forment des doigts. Ils sont parcourus par les poissons de toutes couleurs, je tente de suivre un banc de carangues mais elles me laissent sur place. Je suis des gorges sous-marines qui sont bordées de massifs de coraux disposés en strates, je survole des étendues très colorées et pour finir, je suis noyé sous une multitude de minuscules poissons bleutés qui m’entourent, me fuient, reviennent. Je rentre à la plage à la nage, nous rembarquons aussitôt et le bateau repart. Nous nous approchons d’un village où nous aurions dû débarquer pour assister à la messe avec des chœurs mais le capitaine juge les vagues trop fortes pour le faire sans danger et la promenade est annulée au grand mécontentement de Marie qui comptait dessus. Nous appareillons pour aller nous mettre à l‘abri dans une baie entre plusieurs îles. Je lis dans la cabine, Marie descend dans le salon, je la rejoins. A mon grand étonnement et pour m’apprendre à ne pas avoir de jugement hâtif, c’est la compagne du « Popeye » décrit hier qui se met au piano et nous joue des airs traditionnels que certains reprennent en chœur. « Popeye » lui-même, bière en main, pousse la chansonnette d’une voix éraillée mais pas sans émotion. Nous nous offrons quand même un autre cocktail avant de dîner en compagnie d’un couple d’Autrichiens et d’Australiens de Sidney sympathiques. Le repas est incomparablement meilleur que la veille avec notamment un sirloin steak saignant et très goûteux. La soirée se termine par un petit spectacle présenté par le personnel, plus intéressant pour les réactions du reste de l’équipage que pour ce qui est présenté. Il est presque dix heures quand nous pouvons enfin regagner la cabine.


Lundi 29 mars : Nous petit déjeunons en compagnie d’un Grec et d’un couple à la nationalité non précisée, australienne ou néo-zélandaise,la jeune femme a un physique agréable mais elle aurait pu servir de doublure voix à Donald Duck. Nous avons fait route au petit matin et accosté à une autre île. Nous embarquons de nouveau pour aborder une nouvelle plage. Marie reste à bord du bateau à fond de verre et je reviens en plongée vers la plage. Je reste en bordure d’un tombant, à la limite des coraux. Ces derniers ne sont pas aussi spectaculaires 018-YASAWAS-Bateau.jpgque la veille mais les poissons sont plus nombreux, des bancs colorés m’entourent ou fuient devant moi. Nous restons encore une heure sur la plage avant de rembarquer. La mer étant basse, notre chaloupe ne peut accoster et nous devons nous rendre sur une autre plage plus accessible, en traversant l’île. Nous sommes de nouveau avec les Allemands à table, Marie parle avec la jeune femme dans leur langue ; un couple d’Australiens s’est joint à nous et tente de nous faire la conversation….Nous avons le choix entre une quiche aux crevettes, avec du fromage, ou du poulet frit avec du riz… et des légumes et en dessert un cheese cake ! A peine le temps de revenir m’allonger sur le lit, il faut repartir. La chaloupe nous dépose sur la plage frangée de cocotiers d’un village, dans un beau cadre de montagnes veloutées de vert mais déboisées, surmontées de pitons. Le responsable de l’animation nous024-YASAWAS-Ecoliers.jpg fait une trop longue présentation de l’école et du système scolaire fidjien puis nous allons nous asseoir sur des chaises devant une classe. Les élèves se massent devant nous sur la pelouse et interprètent des chants, pas toujours en chœur… Ils semblent bien s’amuser… Ensuite de plus grands, déguisés en sauvages (nous sommes aux Fidji !!) miment des actes guerriers avec le même manque de conviction que s’ils épluchaient des patates… Une petite contribution nous est demandée pour l’école puis les élèves nous entraînent dans leurs salles de classe et nous lisent des phrases en anglais sorties d’un livre de lecture où les femmes sont en sari ! Un petit marché de souvenirs est installé à la sortie, 019-YASAWAS-Village.jpgnous y achetons un pagne et un bracelet de pied en coquillages. Retour au bateau. Le temps de se changer et il faut repartir ! On nous débarque tous, habillés pour la dernière soirée, certains ont revêtu le pagne, le sulu. Nous sommes dans un des villages de l’île de Waya. Une quarantaine d’Occidentaux bien nourris, bien habillés, caméra au poing, venus vois comment vivent les « primitifs » ! Après quelques explications sur la vie, les ressources, la construction des maisons, le troupeau se met en marche, s’arrête devant le moindre bambin pleurnichouillard exhibé par sa mère. Nous passons au milieu des concessions au centre desquelles des abris de tôle forment cuisine en plein air ou coin douche. Les maisons sont assez coquettes, en bois, rectangulaires et derrière des ha039 YASAWAS Fleursies de buissons 040 YASAWAS Fleurscolorés, d’autres sont en chaume, quelques-unes de bric et de broc. Un alignement d’enfants nous attend, chacun offre à la vente de très jolis colliers de fleurs, A de rares exceptions près, dont je suis, tout le monde se retrouve fleuri… Nous nous installons ensuite sous un falé pour la cérémonie du kava. Le capitaine, son adjoint et deux autres passagers, offrent à celui que l’on peut supposer être le chef du village et qui a cru bon de revêtir un pagne en raphia et des bracelets de bras en feuilles (sans doute pour faire plu042YASAWAS-Ceremonie.jpgs « authentique »…), des racines de kava qui seront broyées pour en faire une décoction. Après un discours en langue locale, quelques battements de mains, on leur présente des bols du breuvage qu’ils avalent sans sourciller… Ensuite nous dînons de différents plats préparés au four traditionnel, chaque mets a été enrobé dans des feuilles de bananiers et y a été mis à cuire. Nous nous servons dans des assiettes en carton, sans trop voir ce que nous mangeons, assis sur des bancs. J’identifie un excellent riz au lait de coco, épicé à souhait, du poisson et du poulet ainsi que du porc, tendre mais gras. La soirée se termine par une représentation musicale des villageois, chansons et danses mimées amusent surtout les participants. Je commence à avoir hâte de regagner le bord. A huit heures nous sommes de retour pour goûter quelques desserts très britanniques, avant de préparer les sacs pour demain.


Mardi 30 mars : Je suis réveillé avant l’aube. J’attends en somnolant que le jour se lève. Marie se réveille et dissipe ma mauvaise humeur… Le bateau a fait route au matin et est ancré à faible distance de Viti Levu. je descends régler notre note de consommations et glisse un billet, sur l’insistance de Marie, dans la cagnotte pour le personnel. Nous fermons les sacs et les abandonnons devant la cabine, ils seront transportés à terre. Dernier petit déjeuner avec les Autrichiens et un Grec qui vit à Londres et nasille lentement en anglais. L’équipage nous honore d’une dernière prestation chantée. Nous défilons serrer la main de chacun d’eux et passons sur un plus petit navire qui nous amène à quai à Port Denarau, la marina d’où partent toutes les croisières. Le bus tarde. Il emmène les passagers et leurs bagages dans leurs hôtels respectifs. Occasion de découvrir le monde des vacances des (très) fortunés. Nous faisons le tour des resorts qui occupent entièrement l’île Denarau. Les routes sont bordées d’hibiscus taillés et soigneusement alignés devant une double rangée de flamboyants et de cocotiers. La dépose continue dans des hôtels moins luxueux de Nadi puis c’est à notre tour de descendre à l’aéroport. Nous y retrouvons notre banquette préférée. Marie m’attend pendant que je fais le tour des loueurs de voitures. Les moins chers ne m’inspirent qu’une confiance relative et je finis par accepter de payer un peu plus cher mais bien moins qu’en Polynésie ou en Nouvelle Calédonie, pour une petite Suzuki. Le crédit de ma carte Visa étant épuisé, je dois régler en liquide la location et la caution. Me voilà au volant d’un véhicule où les Anglais ont pris un malin plaisir à tout monter à l’envers ! Je vais passer la journée à déclencher les essuie-glaces à la place des clignotants et chercher le levier de vitesses dans le vide-poches. Encore heureux que les pédales ne soient pas inversées ! Je me lance. Nous prenons la route de Suva. D’abord prudent, je m’enhardis à doubler. Nadi dépassé, la circulation est plus calme. La route n’est qu’à deux voies et pas en très bon état. Nous sommes au milieu des champs de canne à sucre, bananiers et cocotiers forment un paysage tropical classique où l’insolite, dans cette partie du monde, est la présence le long des routes de temples hindous colorés même les plus modestes. Nous quittons la route principale pour rejoindre la côte en traversant de vertes collines déboisées. Dans les creux on trouve encore 055-SUVA-Cote.jpgdes traces de la forêt primaire. La route devient piste et je m’aperçois vite que la Suzuki a une très faible garde au sol. Au bout de la piste, nous nous retrouvons dans un resort. Le gardien m’explique qu’il vaut mieux revenir à la route principale et que les routes secondaires sont trop mauvaises pour cette voiture. Il nous permet d’aller jeter un œil à la baie de Momi. La marée est basse et découvre une vase parsemée de rochers sous un ciel qui a tendance à virer au gris. Nous faisons demi-tour et revenons à la grande route. Nous continuons, passons des barrages de police ou militaires, avec des chicanes en quinconce. Notre qualité de touristes semble nous épargner les tracasseries. Peu avant Sigatoka, nous prenons une chambre dans un modeste resort, (il se présente ainsi !) où nous sommes seuls. Une grande chambre avec réfrigérateur, climatisation, télévision, pour quarante euros, 4800 CFP ! Le prix d’une cabane en planches en Polynésie ! Nous repartons aussitôt, comprenons047-SIGATOKA-Riviere.jpg alors, mais trop tard, que Sigatoka est à plus de dix kilomètres. Nous continuons le long de la rivière qui a donné son nom à la ville. La route puis bientôt la piste suit son cours de plus ou moins près, souvent caché par les hautes herbes des bas-côtés non entretenus. La végétation est plus dense. Beaucoup de villageois nous font signe ou crient « Bula ! », Hello en langue locale. La population semble entièrement indienne : port du sari, type, prononciation, écoles, temples… Nous roulons une trentaine de kilomètres, la route rétrécit et perd de son intérêt. Nous faisons demi-tour et passons sur l’autre rive. Malgré le ciel de nouveau plombé, nous goûtons le paysage serein, calme. L’heure de fermeture du site de Taveuni n’est pas encore passée mais le cadenas est mis. Peut- être reviendrons-nous demain si le temps est plus clément. Nous retournons à Sigatoka, je vais acheter de l’eau et des biscuits pour le petit déjeuner puis nous rentrons à l’hôtel. Nous cherchons un restaurant à proximité. Un resort occupe une île privatisée, reliée par un pont à la terre ferme. Nous y allons voir. Il faut montrer patte blanche, s’enregistrer pour avoir droit de pénétrer dans le sanctuaire ! Des pavillons dans une végétation tropicale artificielle, reliés par des sentiers sous une galerie. Ils abritent les chambres mais aussi tout ce dont un Australien peut avoir besoin sans sortir du « paradis », agences de voyages, salle de jeux pour enfants, grands et petits, restaurants, piscines etc… Je m’y perds presque et il est évident que ce n’est pas ici que nous viendrons dîner. A la chambre, Marie corrige le blog et nous allons nous connecter à internet, mis à la disposition de la clientèle. Plusieurs messages de Nicole nous apprennent ce qui était à craindre : le décès de Paulette. Marie s’effondre en larmes. Le gérant s’étonne, comprend et met à notre disposition son bureau pour téléphoner à Nicole. Nous y parvenons avec notre ordinateur. Nicole nous donne des détails puis nous appelons Julie qui va aux obsèques et nous représentera. Marie pleure et ne sait plus que décider. Nous n’avons rien mangé de la journée et même si Marie avait pris un petit déjeuner consistant ce matin, nous avons faim. Nous reprenons la voiture, revenons sur nos pas au village proche et y trouvons un restaurant chinois. Marie tétanise, défaille, ne peut rester assise. Je la décide à rentrer à la chambre en emportant les plats commandés que nous y mangerons. Elle se couche. L’ordinateur plante à nouveau, je relance un scan et je me vois contraint de nouveau d’écrire le récit de la journée à la main. Si nous avions le cœur à rire, il y aurait de quoi avec notre lit dont le sommier est monté sur roulettes et qui se déplace jusqu’au milieu de la chambre au moindre mouvement. Je dois le caler avec un des sacs. Marie s’est endormie.

 

Mercredi 31 mars : Un violent orage a tambouriné sur le toit dans la nuit et la forte pluie qui continue au matin n’améliore pas le moral. Marie voudrait essayer d’être à l’enterrement de Paulette. Nous allons donc nous renseigner auprès d’une agence de voyage. Renseignement pris, il n’y en a pas à Sigatoka. Seule solution : retourner à l’aéroport ! Nous reprenons donc la route, sous la pluie et sans plus rien voir des montagnes. La pluie cesse avant Nadi, les barrages de police ne sont pas en place par ce temps. A l’aéroport, je vais me renseigner auprès d’Air Calin, l’employée de la compagnie calédonienne ne parle pas français mais un monsieur, sans doute un responsable de l’agence, s’offre à traduire et même à guider l’employée dans les recherches. Aucun vol ne nous permettrait d’être à Paris à temps, sauf à payer des sommes astronomiques pour voyager en première classe via Sidney. Nous renonçons donc mais nous ne savons pas pour autant quoi faire. Vu le temps et le peu d’intérêt semble-t-il de la route du nord, nous décidons de retourner sur Suva. Nous repartons donc, repassons à Sigatoka et continuons. Peu après la route rejoint le bord de mer et le suit pendant quelques kilomètres. Marie a repéré une galerie qui fait aussi café mais elle a disparu. Donc pas de sandwich et faute de ravitaillement en cours de route, nous ne déjeunerons encore pas ce midi. La marée basse montre des algues roussies entre les rochers. L’absence de soleil ne nous permet pas de juger du charme de cette côte. Elle doit en avoir puisque les resorts se succèdent, enfermant derrière leurs murs des paradis artificiels. Nous finissons par atteindre la capitale, Suva, un port animé surtout autour du marché. Nous cherchons notre chemin et parvenons à trouver l’hôtel Southern Cross avec une chambre presque aussi bien que celle de la veille. Nous repartons aussitôt à pied, le centre ville est à deux pas. Des magasins modernes attendent les visiteurs, les officines de change sont nombreuses ainsi que les boutiques de souvenirs. Les dernières maisons coloniales en bois sont cachées derrière l’avenue en bord de mer. Nous passons à l’Office du tourisme qui n’a pas grand chose à nous offrir. Le marché artisanal a fermé (tout est fermé à cinq heures !). Nous traversons la route qui longe le port pour contempler les nombreux bateaux de pêche chinois amarrés. Nous visitons une boutique de souvenirs, Marie y trouve une chemise pour Jean-François et un tapa pour Karine, toujours ça de moins à chercher… Nous revenons à l’hôtel constater l’absence de lampe de chevet. Je pars à la recherche d’un restaurant indien. Après l’avoir repéré, je retrouve Marie et cherche en vain à me connecter. Nous ressortons alors que la ville commence à s’agiter pour la nuit, de nombreux restaurants chinois guettent les marins de passage, une musique à plein tube sort de bouges infâmes encore déserts. Nous dînons dans un coquet restaurant. Plats classiques et de bonne qualité : samosas, poulet tandoori et agneau en sauce à la mode du Cachemire, plus trois bières.glacées. Retour à l’hôtel pour me battre avec l’ordinateur qui plante de nouveau.

 

Jeudi 1er avril : Grâce à la bouilloire et aux sachets de thé mis à la disposition des clients dans les hôtels fidjiens, nous avons pu prendre le petit déjeuner, sans bourse délier, avec nos biscuits restants. Nous commençons par nous rendre au musée. Il est à l’écart d la ville, au fond d’un beau parc où semble avoir été rassemblés les plus beaux spécimens des essences tropicales du pays : superbes banians, flamboyants majestueux et autres… Nous ne l’avons pas trouvé immédiatement mais les Fidjiens sont extrêmement serviables et toujours prêts à renseigner l’étranger de passage. Le musée ouvre à neuf heures (et non à huit comme assuré hier à l’Office du tourisme !), nous y sommes juste à l’ouverture et nous y serons les seuls. Une première salle rassemble des canoës ou d’impressionnants bateaux à balanciers de belle taille, permettant d’imaginer quels navigateurs furent les Polynésiens et les Mélanésiens. C’est ensuite une classique présentation du peuplement des îles, et des vitrines n’oublient pas les missionnaires occidentaux ni les travailleurs chinois ou indiens qui font désormais partie de la nation fidjienne. Très inattendue, à l’étage, une collection de robes de mariées, contemporaines en tapa ou plutôt en masi selon le terme local, c’est-à-dire en écorce d’arbre battue et décorées avec des pigments naturels ! Le soleil fait une timide apparition mais le ciel reste encore gris. Nous retraversons la ville, pas très étendue, pour nous rendre au marché à 051-SUVA-Kava.jpgla sortie de la ville. Une fois garés, nous traversons le coin des marchands de poissons avec de beaux perroquets (des poissons !) et surtout des crabes de palétuviers qui me font bien envie. C’est ensuite les classiques étals de fruits et légumes avec tous les produits tropicaux dont des ananas, plus chers que les pommes ! Autre surprise : l’étage est consacré au kava, une racine dont on tire un breuvage, ils en sont très friands. J’y goûte, c’est âcre, peu plaisant. Nous quittons Suva et reprenons la route de Nadi. Le soleil présent par moments améliore bien la perception du paysage surtout dans la partie où nous longeons la mer, d’autant que la marée est plus haute et que les zones découvertes à l’aller, ne le sont plus. Nous arrêtons dans une boutique où Marie cherche encore des souvenirs mais n’achète rien. Nous achetons un paquet de chips et une bouteille d’eau qui constitueront notre déjeuner. Nous repassons à Sigatoka, nous voulons remonter au Taveuni hill fort, la porte est ouverte cette fois, nous parvenons au Visitor Centre d’où nous avons une belle vue sur la rivière et les champs de canne à sucre, la préposée n’ayant pas la monnaie ne peut nous laisser entre063-SIGATOKA-Sand-Dunes.jpgr… Nous repartons, passons Sigatoka et arrêtons peu après au Parc des dunes de sable. Une garde nous indique les sentiers à suivre et nous partons à l’escalade d’une colline. De son sommet nous avons une vue sur la côte et une forêt en dessous de nous. De sable point ! Plus loin, effectivement nous allons peiner dans la montée ensablée de ce qui doit être une dune mais qui est entièrement recouverte d’un épais maquis, sauf sur le sentier ! Sur l’autre versant, nous descendons vers la plage et foulons alors vraiment du sable mais ce n’est ni le Sahara ni même le Pyla, plutôt la mer du Nord avec un sable gris mêlé de menus débris de 066 SIGATOKA Sand Dunes Arbrecoquillages. Sur la grève, des vagues mugissent et s’écrasent en déposant sur la plage des branches et troncs d’arbres blanchis. Le sentier revient par une forêt de mahoganny,beaux arbres qui procurent une fraîcheur appréciée mais qui hébergent aussi des moustiques. Aux branches de l’un d’eux sont accrochées de nombreuses paires de chaussures sans que nous en sachions la raison. Nous récupérons la voiture après une heure de marche épuisante dans la moiteur de l’air. Nous atteignons Nadi, traversons le centre à la recherche d’un hôtel qui s’avère fermé. Nous poursuivons en direction de l’aéroport et trouvons une chambre, pas chère et aussi bien que les précédentes, au Sky Lodge dans un grand parc avec piscine, bar etc… Nous utilisons les ordinateurs du lodge pour nous connecter, lire ou relire le courrier, envoyer des messages à Tanna et mettre le blog à jour. Nous dînons sur place, grossière erreur ! Il n’y a qu’un snack avec des burgers, la côte de porc de Marie sent le poisson et mon poisson ressemble à du carton… Toujours aussi fantaisiste, l’ordinateur m’autorise à taper mon texte, merci le P.C…

 

Vendredi 2 avril : Marie se réveille, l’esprit à Vailly… Nous commençons par consulter la messagerie, pas de nouvelles réponses de Tanna, nous envoyons des demandes de réservation pour Port-Vila. Nous prenons la route de Lautoka sous un ciel mitigé, des éclaircies et un ciel encore trop souvent gris. Nous y parvenons rapidement, la circulation est très fluide et en ville ce n’est pas la bousculade. Les boutiques sont toutes fermées et le marché, raison de notre venue, a ses grilles cadenassées. Nous réalisons et nous en avons la confirmation en posant la question, que nous sommes le Vendredi saint ! Jour férié chez les anglophones… Seuls des supermarchés sont ouverts. Nous essayons de trouver de quoi déjeuner pour ce midi mais le jambon y est inconnu et les boîtes de corned beef ou de mouton salé d’Australie ne nous tentent pas. Nous nous rabattons sur deux morceaux de poulet frit et un paquet de chips que nous rentrons déguster à la chambre. Nous consultons de nouveau la messagerie, une réponse de Port-Vila, pas celle que nous aurions préféré, nous attendons pour confirmer. Un rayon de soleil nous donne presque envie de profiter de la piscine. Le temps d’aller chercher les maillots le ciel s’est couvert et il tombe quelques gouttes. Nous nous installons à lire à l’abri à côté de la piscine et quand le soleil revient plus franchement nous nous baignons. Nous nous séchons au soleil puis nous repartons pour Nadi. Je contourne la069b-NADI-Temple.jpg ville pour aller voir un temple indien, dans le style de ceux du sud : des tours très décorées avec tous les dieux du panthéon hindou, Siva, Ganesh, Lakshhmi etc, peints ou sculptés et toujours avec des couleurs vives. Des Indo-Fidjiens viennent en famille faire leurs dévotions, ce qui ne les empêche pas de nous proposer d’aller faire un tour dans leur boutique de souvenirs, proposition désintéressée que nous déclinons…Et pourtant, si nous allons nous garer dans la rue principale de Nadi, c’est bien dans ce but. Malheureusement (?), les boutiques sont presque toutes fermées et Marie ne trouve rien à son goût, ou à celui supposé des destinataires de ses emplettes. Nous revenons à l’hôtel, plein d’essence, recherche d’un restaurant pour ce soir. Je donne un coup de chiffon à la voiture et nous refaisons les sacs en prévoyant d’en laisser un à Port-Vila. Nous allons dîner dans un restaurant de fruits de mer et de steaks. La cuisine est bonne mais nous avons quelque surprises : la carte indique 8 noix de Saint-Jacques poêlées, on nous en sert 4, nous réclamons, on nous les rapporte coupées en deux ! Le kokoda, variété locale du poisson tahitien est un régal, bien relevé et le steak servi avec une bonne sauce au poivre. Nous tentons de nous connecter une dernière fois à l’hôtel mais nous n’avons plus de crédit. Les chambres étaient bon marché mais la cuisine déplorable et le service internet bien plus cher qu’en ville.

 

Samedi 3 avril : Je suis réveillé avant l’aube. Encore de violents orages avec des coups de tonnerre et la pluie redouble quand nous nous levons. Nous partons à huit  heures et demie et peu après nous sommes à l’aéroport. Je rends la voiture sans mauvaise surprise. Nous enregistrons les bagages puis Marie trouve la chemise qu’elle cherchait dans une boutique mais pas le sulu qu’elle convoitait. En salle d’embarquement, elle continue vainement sa quête… Une odeur de graillon règne dans le vaste salon et les boutiques proposent des articles très variés depuis des jouets jusqu’à des manuels pour écolier. Nous décollons avec un léger retard. Adieu les Fidji qui ne nous laisseront pas un souvenir impérissable… On nous sert un sandwich, nous ne savons trop au titre de quoi : petit déjeuner ou déjeuner ? Nous nous002-PORT-VILA-D-avion.jpg posons à Port Vila, capitale du Vanuatu, anciennement Nouvelles–Hébrides, nom que je préfère et qui résonnait à mes oreilles de géographe en culottes courtes. Une île qui ressemble à Viti Levu c’est-à-dire déboisée en grande partie. L’aéroport est petit, juste de quoi accueillir quelques passagers mais les formalités sont plus tatillonnes qu’ailleurs et nous devons produire le billet de retour pour être admis. Je trouve une consigne qui m’évite de me rendre en ville déposer le sac superflu. Je cherche à acheter une carte téléphonique mais le bureau qui les vend est fermé le samedi, le dimanche et les jours fériés… Je trouve un ordinateur que je peux utiliser en achetant quinze minutes de connexion et qui va fonctionner plus d’une heure. Cela nous permet de lire les messages, notamment celui de l’hôtel à Port Vila où nous pensons rester au retour de Tanna. Rien de Nicole ni de Julie, ce qui ne va pas manquer d’inquiéter Marie ! Nous téléphonons à Tanna et réservons dans un lodge à Port Résolution qui ne semble pas plaire à Marie… Nous attendons l’heure d’embarquer pour Tanna. Je tente de me renseigner sur les packages pour se rendre à la fête du Gaul, samedi prochain à l’île de Pentecôte mais là aussi il nous faudra attendre mardi que les bureaux rouvrent. Nous embarquons avec bon nombre d’autres touristes et décollons. Nous survolons l’île d’Erromango où il n044-TANNA-Banian.jpge semble y avoir de vie que sur la côte. Nous nous posons sur l’île montagneuse de Tanna, sans barrière de corail. Des trucks 4x4 double cabine, bien fatigués, conduits par des Mélanésiens bien typés, attendent les voyageurs. L’un d’eux a été chargé par notre lodge de nous amener. Nous montons dans la cabine et démarrons sur une piste bombée, pas de goudron sur l’île et pas d’autre type de véhicules, nous allons vite comprendre pourquoi… Notre chauffeur et son acolyte ont tous deux un téléphone portable, peut-être leur seul bien, qu’ils ne cessent d’utiliser. Nous longeons la mer, sans la voir, en traversant une belle forêt où les cocotiers se mêlent aux manguiers et aux bananiers mais les plus beaux arbres sont les banians aux troncs énormes et qui, dans les villages, semblent constituer la place principale. Nous traversons la « capitale », un simple village de maisons aux murs de bambous aplatis et à toits de chaume. 132-TCHAMBA-Fougere.jpgQuelques maisons nouvelles sont en construction avec des parpaings, ce sont en général des boutiques. La piste va devenir très difficile dans la traversée de l’île, les montées sont spectaculaires, assez pour nécessiter le passage de la première vitesse lente ! Elle est complètement ravinée, étroite, croiser un autre véhicule oblige l’un des deux à pénétrer dans la brousse. Les villages dans les basses terres sont beaux, perdus dans les arbres, des espaces dégagés sont les terrains de jeu des écoles. Officiellement le pays est bilingue mais l’anglais domine largement et seules quelques personnes parlent français, dont notre gentil chauffeur. Dans les hauteurs, les villages disparaissent, les grands arbres laissent la place à des fougères arborescentes de grande taille. J’ai enfin la sensation de pénétrer dans des terres inconnues, une Papouasie des premiers temps. Je me crois dans le film de Barbet Schröder, « More », tout en espérant une fin différente… Du sommet du col nou008-TANNA-Volcan-Yasur.jpgs avons enfin une vue sur la raison de notre venue dans cette île : le volcan Yasur. Il est surmonté d’un grand panache de fumée et nous l’entendons tonner de loin. La piste dans la descente, très rapide, est tout aussi difficile, je ne sais trop si j’aurais osé m’y lancer avec la Land ! Aux abords du volcan, nous quittons la terre grasse, rouge, de la piste pour la cendre noire du volcan. A son pied, nous roulons très vite sur une plaine de cendres où les traces se partagent comme en plein désert. Sur les côtés, des boursouflures080-TANNA-Volcan-Yasur.jpg rougeâtres semblent éclater sous la pression souterraine. Le soleil est alors presque couché et les fumées qui s’échappent sont de plus en plus noires dans le ciel. Nous déposons des touristes à un autre lodge et entamons la dernière partie du trajet. Le chauffeur est de bonne composition. A Marie qui s’enquiert du temps pour arriver, il annonce : « quarante cinq minutes ». Comme elle se récrie, il descend à trente et jugeant qu’il ne la satisfait pas encore, il transige à vingt ! En insistant nous aurions sans doute pu lui faire dire que nous serions arrivés dans dix minutes alors qu’il nous reste presque une heure de route… La nuit est alors tombée et la vision de la piste ou plutôt des fondrières dans lesquelles se précipite la voiture est apocalyptique, nous sommes vraiment au bout du monde cette fois ! Nous voici au lodge. L’éclairage est chiche, nous ne voyons pas grand-chose, les femmes ne  parlent qu’anglais. On nous mène à notre bungalow. Un quadrilatère en parpaing avec une demi-douzaine de lits peu engageants, une lumière au plafond qu’on ne peut éteindre et qui a attiré toute la gente moustique et papillon des environs. Marie tire la gueule ! Il est vrai que ce n’est pas merveilleux mais la situation doit être superbe, nous semblons surplomber la mer que nous entendons et nous devinons le volcan derrière la baie. Nous descendons dîner. Cela ne s’améliore pas : un minuscule bout de poisson trop cuit, rien que des arêtes, un bol de riz, un morceau d’igname et des légumes non identifiés, la bière n’est pas fraîche ! Je tape le journal, piqué par les moustiques dans le bureau foutoir du  patron… Nous rejoignons notre bungalow, la vue de nuit sur le volcan qui fait rougeoyer les nuages au-dessus de lui, par intermittence, et un ciel étoilé, est superbe. Les moustiquaires chinoises en plastique ne sont pas accrochées à la verticale du mitan du lit et si Marie est à peu près à l’aise, je l’ai sur le nez ! Je préfère déménager et dormir dans un lit simple avec une moustiquaire pour moi seul et avec vue sur le volcan.

 

Dimanche 4 avril : Nous sommes réveillés tôt. Ma première vision est pour la baie : le panache de fumée qui continue de monter haut dans le ciel pur, les falaises éclairées par le 015-TANNA-Falaises.jpgsoleil sur la rive opposée et un voilier français qui entre lentement dans la baie. Nous prenons le petit déjeuner en compagnie de quatre Français, des retraités de l’Education nationale… Nous nous rendons ensuite au village tout proche pour assister au service religieux célébré pour Pâques, en compagnie de deux des Françaises. Cette fois nous sommes chez des protestants… L’église est des plus simples : un toit de palme, trois cloisons également en palmes qui ne montent pas jusqu’au plafond et des bancs en rondins de bambous. Les familles viennent avec sous le bras une lourde bible en bichlamar, la030--TANNA-Messe.jpg langue de communication du monde mélanésien, basée principalement sur l’anglais. Mon voisin, narines épatées, incisives taillées en pointe, me dévisage avec concupiscence me semble-t-il. Sa main posée sur une bible ne me rassure qu’à moitié.  La cérémonie commence par des hymnes que je me surprendrais presque à accompagner du pied, tout cela a un petit air Sud des Etats Unis ! Puis les diacres entrent en scène après s’être recueillis à l’extérieur, à côté de  femmes et d’enfants qui ont préféré rester à l’extérieur, assis à l’ombre d’un arbre. La séance de déclarations, salutations, commence à durer 032--TANNA-Maison.jpget nous quittons cette assemblée pour aller voir de plus près la grande plage. Nous traversons le village, toutes les cases sont en végétaux, très simples, des toits qui descendent presque à terre, souvent sur des pilotis bas. Elles semblent rassemblées en concessions, le sol en est soigneusement balayé. De grosses vagues roulent sur la plage et la baignade ne peut être qu’une trempette sur le bord dans une eau très limpide. Nous nous faisons sécher, je vais me promener au milieu des pandanus qui bordent le rivage puis nous retournons au village, repassons devant l’église où les chants ont repris et rentrons au bungalow. Le déjeuner036-TANNA-Plage.jpg est aussi peu copieux que le dîner de la veille, un pilon de poulet a remplacé la sardine… Nous rentrons faire une courte sieste. A trois heures et demie nous nous rendons à la salle du restaurant, attendre la voiture qui à quatre heures doit nous emmener au volcan. Elle est allée faire un transport et doit revenir dans une demi-heure… Quatre heures, quatre heures et demie passent, je fais des aller-retour au village, pour guetter l’arrivée de la voiture. Elle n’arrive qu’à cinq heures passées. Nous montons avec trois des Français, Marie devant dans la cabine, les autres dans la benne. Nous repassons dans la forêt que nous n’avions pu que deviner hier à l’arrivée. Les banians sont magnifiques. Ils ne forment pas comme en Inde une dentelle de racines  mais des troncs énormes et leurs ramures s’étendent très largement. L’exubérance tropicale s’allie à la fertilité du sol volcanique pour une débauche de verdure, les lianes, les lierres enlacent les troncs, les fougères se glissent entre eux et déploi042-TANNA-Piste.jpgent leurs ombrelles ajourées sous les rayons du soleil. Nous entrons dans le Parc du volcan où nous réglons un droit d’entrée dont nous allons être bientôt sûr qu’il ne sert pas à entretenir la piste. Il n’y en a plus d’ailleurs, on peut deviner qu’il fut un temps où… Il subsiste des traces de véhicules qui courent sur les flancs du volcan, entre les herbes hautes. Les pluies ont emporté la terre, creusé des ravines. Le vaillant 4x4 avance en cahotant, je me tiens debout derrière la cabine, découvrant effaré les côtes qu’il va devoir gravir, les ornières dans lesquelles il va se glisser. Une route parcourue tous les jours par des 4x4 de touristes et sur laquelle je ne me serais jamais risqué en Land Rover, Un tronçon digne du Camel Trophy ! La nuit est tombée, nous terminons à la lumière des phares jusqu’à une esplanade dans la cendre. Là, il 065-TANNA-Volcan-Yasur.jpgfaut encore monter quelques centaines de mètres en suivant, à la lumière des lampes torches, un vague sentier. Nous rejoignons d’autres touristes arrivés bien avant nous. Nous sommes à une centaine de mètres du rebord du cratère. Il en sort des gerbes d’étincelles, des grondements et une épaisse fumée rougie par ce que nous supposons être la lave invisible. Nous nous sentons tout de même frustrés malgré le spectacle impressionnant et mécontents d’être arrivés tard, dans l’impossibilité d’apprécier le paysage. Des lumières de touristes redescendant d’un pic qui doit dominer le cratère me mettent la puce à l’oreille. Je les questionne et je décide une des Françaises, Martine, à m’accompagner. Nous partons dans le noir, sans trop savoir où nous diriger. L’escalade de la pente, dans la cendre, est difficile maiP4090034-copie-1s soudain j’atteins le rebord du cratère et la vue plonge dans les entrailles de la bête. Une gerbe d’étincelles en feu d’artifice m’accueille, des bombes retombent derrière moi, ma compagne affolée s’éloigne, trouve le sentier balisé et me rejoint au sommet. Nos regards plongent dans le fond, nous apercevons des masses de lave en fusion soulevées par les explosions et les bombes incandescentes retombées qui tapissent les parois intérieures. Nous ne traînons pas et redescendons par le sentier bien tracé retrouver nos compagnons. Nous rageons de nouveau de ne pas être venus plus tôt, nous aurions mieux vu le terrain… Nous repartons, je fais tout le trajet du retour debout derrière la cabine, ne quittant des yeux la piste dans les lumières des phares que pour admirer le ciel étoilé, fier d’identifier le Croix du Sud ! Nous retrouvons le lodge. Au dîner l’omelette a remplacé le poulet mais il y a de la bière fraîche. Le repas à peine achevé, je me précipite pour taper avant que le générateur ne soit arrêté.

 

Lundi 5 avril : Nous sommes réveillés dès l’aube et nous ne traînons pas. Nous petit déjeunons tous ensemble et à huit heures, le pick up ponctuel est là. Nous faisons nos adieux, pas mécontents de partir car malgré le site exceptionnel, le confort et la nourriture n’étaient pas à la hauteur de ce que nous aurions aimé trouver. Toujours ce problème de campements073-TANNA-Volcan-Yasur--gue.jpg tenus par des gens qui n’ont aucune idée de ce que leur clientèle attend. Nous voici repartis pour le trajet inverse de l’aller mais cette fois nous voyons de jour les abords du volcan. Nous retraversons la plaine de cendres et distinguons mieux les coulées de lave solidifiée, rougeâtres. Le gué est traversé alors que des équipes de cantonniers s’activent à aménager les descentes. Plus loin, d’autres coupent, à la machette, les herbes des bas-côtés ou remplissent de palmes et de terre les ornières… jusqu’à la prochaine pluie qui pourrait bien ne pas tarder à en croire le ciel de plus en plus gris. Je fais encore une fois 088-TANNA-Piste.jpgle voyage debout dans la benne, ce qui ne m’épargne pas les chocs contre les ridelles. Nous retrouvons le côte est et abandonnons nos compagnons à l’aéroport avec promesse de s’envoyer des photos. Nous poursuivons notre route jusqu’au premier lodge, le Evergreen, où nous pouvons avoir un bungalow pour la nuit. Un autre standing… Dans un jardin entretenu, planté de banians et de  troncs enchevêtrés, des petits bungalows, très simples, du moins les moins chers, avec des toilettes à partager, mais tout est prévu, ici, on connaît les besoins de voyageurs occidentaux. Nous voulons aller à la plage mais il n’y en a pas, le rivage est rocheux, constitué de coraux désagréables à la plante des pieds. Nous attendons midi, Marie à se reposer à la chambre et moi à taper ces lignes sur la terrasse du restaurant, face à la mer. Nous déjeunons, œufs frits au bacon et steak pour Marie pendant qu’un grain passe. Nous décidons de commencer l’après midi par une sieste qui se prolonge, qui dure, qui n’en finit plus et qui ne s’achève qu’au déclin du jour quand nous allons prendre un cocktail dans le salon… Ils se font attendre ces cocktails, à tel point que je suis sur le point de les annuler au moment où on nous les sert et ils ne sont pas fameux ! Nous dînons indien, Marie d’un honnête poulet au curry et moi d’un bœuf vindaloo qui prouve que les Hindous ont bien raison de ne pas consommer la viande d’un animal aussi coriace… Coucher cette fois dans le même lit, ou presque puisque nous avons réuni nos deux lits simples sous la belle moustiquaire qui forme un dais royal au-dessus de nos têtes.

 

Mardi 6 avril : Après la sieste de la veille, je suis réveillé avant le jour, puis Marie s’éveille… Nous allons prendre le petit déjeuner avec une dernière vision de l’océan depuis la terrasse. Nous avons une belle assiette de fruits exotiques et du pain grillé à volonté. Nous ignorons la confiture qui, à la couleur près, ressemble fort à la jelly servie à Port Résolution. Le pick up de l’hôtel nous emmène avec un autre couple de Français à l’aéroport, enregistrement, taxe que nous n’avions pas payée à l’aller et nous partons à l’heure pour Port Vila. Nous décollons face à la mer sans une dernière vision de Tanna. Arrivé à Port Vila, je vais rechercher notre sac laissé en consigne, changer des euros puis nous sautons dans un minibus qui nous dépose, après être passé par les collines qui entourent la ville, à notre hôtel, le Vila Hibiscus. Nous y avons une chambre climatisée et avec un coin cuisine. Je repars aussitôt pour le centre ville. Je suis l’avenue en bord de mer d’où j’aperçois les fonds turquoise de l’océan. Je suis vite dans le centre ou de ce qui en tient lieu. Impression d’être à Ziguinchor pour la taille de la ville, mais pas de maisons coloniales, des petits immeubles de béton, cubiques. Je trouve Air Vanuatu où après une longue attente, je réserve deux places pour aller assister à la fête du gaul à l’île de Pentecôte samedi. Je vais changer des euros à un bien meilleur taux qu’à l’aéroport puis je fais des courses au supermarché, pas trop bien fourni en fruits et légumes mais le rayon des viandes est intéressant. Je rapporte du jambon et de la bière pour midi. Je transpire sur le chemin du retour, il fait chaud et humide. Je redémarre l’ordinateur qui semble, croisons les doigts, refonctionner après son accès de mauvaise humeur hier… Nous déjeunons à la chambre et commençons une sieste. Nous en émergeons pour nous rendre en ville. Marie traîne la patte… Nous trouvons l’office du tourisme où nous nous renseignons sur les tours opérateurs qui organisent l’excursion à Pentecôte. Ils sont tous plus chers… Nous retournons donc à Air Vanuatu où je règle avec la carte bleue, qui cette fois accepte le paiement puis je pars à la recherche d’un cybercafé, occasion de consulter les cartes des restaurants rencontrés (rien d’excitant), d’apercevoir le front de mer et le marché artisanal. Je retrouve Marie qui m’attendait sur un banc et nous trouvons notre bonheur au fond d’un passage. La connexion est très lente mais nous pouvons lire le bref message de Julie et d’autres… Il a plu pendant ce temps et quand nous sortons, à six heures, toutes les boutiques ferment ou ont déjà baissé leur rideau. Bientôt la nuit tombe et la ville devient déserte, l’éclairage rarissime n’arrange pas l’impression d’une ville sous le couvre-feu ! Le Centre culturel français est ouvert, il présente une exposition, nous entrons et arrivons en plein vernissage. Les personnes présentes se comptent sur les doigts d’une main ! Les aquarelles qui présentent des scènes de la vie en brousse ne manquent pas de talent mais celles qui se veulent plus « mystiques »sont d’un piètre intérêt. Nous traversons la rue, le seul établissement encore ouvert, le café-restaurant La terrasse nous tend les bras, Nous y sommes les seuls clients et plutôt que d’attendre l’heure du repas en marchant dans le noir, nous prenons un soda puis dînons. Rien qui fasse honneur à la cuisine française, c’est d’une honnête médiocrité… Nous prenons un minibus pour rentrer à l’hôtel déjà fermé, cadenassé.

 

Mercredi 7 avril : Pour avoir fait la sieste, je suis réveillé dans la nuit et je regarde l’excellent film québécois CRAZY, déjà vu à Toulon. Nous ne sommes pas pressés et nous consacrons le début de la matinée à faire du rangement dans notre chambre. Il semble bien que nous allons y rester jusqu’au départ. Nous partons en ville pour une de ces journées que j’exècre, consacrée à l’achat des derniers cadeaux ! Je passe d’abord me renseigner sur les tarifs de location de voiture et la possibilité de faire le tour de l’île puis commence les visites aux étals de marchands de souvenirs, regroupés le long de la promenade du bord de mer. Marie explore très consciencieusement chaque boutique, hésite, compare, réfléchit, me demande mon avis (ce que je redoute le plus ! Que faut-il répondre ? : « M’en fous » ? C’est la guerre ouverte ; « Le bleu est mieux », dans cinq minutes j’aurais dû choisir le jaune…) Après les échoppes du marché artisanal commence l’exploration des boutiques avec pignon sur rue… Les mêmes produits, plus chers mais mieux présentés… Nous avançons ainsi tout doucement dans la rue principale de Port Vila, celle qui est la plus moderne avec des098-PORT-VILA-Marche.jpg petits immeubles récents dévolus aux administrations et sièges de sociétés, alors que la rue parallèle est le royaume des commerçants chinois qui proposent dans des bazars sombres et peu engageants tous les produits manufacturés de l’Empire Céleste… Nous parvenons au marché, une halle moderne en béton, quasi entièrement consacrée aux fruits et légumes tropicaux, présentés en bottes ou en tas, sur les étals ou directement sur le sol carrelé. Les marchande099-PORT-VILA-Marche.jpgs tressent, tissent, somnolent, épouillent leur marmaille. Quel dommage que ce marché ne se tienne pas en plein air ! Les couleurs, les odeurs, l’animation en feraient un haut lieu du voyage… Nous commençons à nous intéresser aux cartes des restaurants, rien d’original et les prix tendent à se rapprocher de ceux des possessions françaises du Pacifique, ce ne sont plus ceux des Fidji ! Nous poursuivons notre chemin, grimpons une côte alors qu’il commence à bruiner. Nous déjeunons dans le dernier restaurant remarquablement situé en hauteur, au-dessus du port, avec vue sur toute la baie. Hélas le temps a définitivement viré au gris. Je goûte un excellent poulet au curry rouge, bien épicé et Marie retrouve dans sa croustade de fruits de mer des crevettes croquantes à souhait. Nous repartons alourdis et ensommeillés pour le Musée. Une courte marche nous y conduit. L’entrée est payante mais personne ne nous demande rien… Heureusement car j’aurais été furieux. Il y a certes quelques masques et des casse-tête intéressants bien que loin de valoir ceux de Papouasie, du moins sur le plan esthétique mais leur présentation est une catastrophe. Enfermés dans de trop étroites vitrines poussiéreuses et mal éclairées, ils sont explicités par des cartons en anglais, bichlamar et paraît-il français ! Mais quel français ! Sans doute ne s’agit-il que d’une traduction mais elle est souvent incompréhensible et en tout cas indigne d’un pays qui se veut bilingue. Nous repartons alors que la bruine se transforme en grain. Nous avançons d’abri en marquise jusqu’à la rue principale où des boutiques inexplicablement non encore explorées offrent d’incontournables refuges… Passage par la poste pour acheter des timbres et occasion de racheter d’autres cartes, puis au supermarché pour compléter nos emplettes en vue du dîner de ce soir à la chambre. Enfin nous prenons le chemin du retour et regagnons notre home, sweet home ! Je vais profiter du wifi à la réception pour mette à jour le blog et trouver un message de Nicole. La pluie se déchaîne pendant ce temps.

 

Jeudi 8 avril : Le ciel est encore gris. Nous rageons et hésitons sur le programme de la journée. Nous commençons par envoyer un message à Julie pour sa fête, pas question de lui téléphoner à cette heure, il est une heure du matin en France, elle nous arracherait les yeux au retour ! Je vais chez le loueur de voitures. Les conditions ont changé depuis hier, pas question de faire le tour de l’île avec un petit modèle ni même de sortir de Port Vila et ils n’ont plus de 4x4… Je reviens en avertir Marie, nous ne savons trop quoi décider. Nous réservons un 4x4 chez Budget pour dimanche puis envisageons de nous rendre aux cascades Mélé en minibus dans l’après-midi. En attendant, nous retournons en ville et les visites des boutiques reprennent… Nous poussons jusqu’au marché et nous nous asseyons devant le port pour attendre l’heure de déjeuner. Le ciel de plus en plus noir commence à laisser tomber des gouttes. Nous allons nous installer à la terrasse du restaurant français Le Péché Mignon. La serveuse est gentille et parle bien français. Elle nous apporte des amuse-bouches, de la purée d’avocat pimentée, du pain du beurre puis les plats commandés : mignon de veau au gingembre et escalope de veau à la crème, aux champignons et au calvados (?). C’est bon, copieux et relativement bon marché. Après le repas, la serveuse nous apporte deux mignardises… Que demander de plus ? Le soleil ? Pour ça c’est raté… il pleut de plus en plus, à verse, à torrent ! Nous patientons puis essayons de revenir en nous abritant sous les auvents. Marie trouve le temps de s’offrir une chemise puis nous achetons de nouveau du jambon au supermarché et rentrons en minibus à la chambre. Nous attendons la soirée pour téléphoner à Julie et lui souhaiter sa fête. Je ne me couche pas avant d’avoir visionné sur l’ordinateur le film Zodiac, inhabituel thriller puisque l’enquête n’aboutit pas et qui s’intéresse plus au comportement des enquêteurs qu’à celui du coupable.

 

Vendredi 9 avril : Réveil sous le soleil, le moral remonte. Dès que nous sommes prêts, nous allons nous poster au bas de la côte et arrêtons des minibus jusqu’à ce que le tarif demandé103-MELE-Cascade.jpg pour nous rendre aux cascades de Mélé ne soit pas trop « touriste ». Une dizaine de kilomètres pour sortir de la ville, de sa petite zone industrielle et retrouver la végétation. Le minibus nous dépose à l’entrée du parc, car parc il y a avec une entrée payante, chère, justifiée par des aménagements touristiques. Un sentier s’enfonce dans la forêt en suivant le cours d’un torrent. Au début106-MELE-cascade.jpg des escaliers en bois, des marches en ciment et du gravier facilitent la marche, ils disparaîtront en fin de parcours, quand il y en aurait le plus besoin. Les abords ont été dégagés et des arbustes à feuilles rougissantes ou les fleurs habituelles des Tropiques, plantés. De petites chutes annoncent la grande cascade. Il faut traverser des bras du torrent à gué mais les pierres ne sont pas glissantes. Nous parvenons au terme de la promenade mais pour voir la cascade principale, il faut encore remonter quelques dizaines de mètres dans le lit du torrent. Marie n’est pas fière mais elle me suit jusqu’à un rocher d’où les chutes se perçoivent en leur totalité. Je continue encore quelques mètres jusqu’au pied de la cascade, abondante après les pluies et tombant d’une hauteur de plus de trente mètres dans un bassin moussant. Nous revenons, faisons un détour pour un point de vue d’où nous apercevons la110-PORT-VILA-Hideway.jpg côte et l’île de Hideway avec ses installations touristiques mais où je passerai bien le dernier jour à me dorer sur la plage ou plonger en apnée, juste avant de reprendre l’avion. A voir… Nous revenons à l’entrée et arrêtons un minibus qui pour le tarif de cent cinquante vatus nous ramène dans le centre ville, devant le supermarché. Le tarif est le même quelle que soit la course, cent mètres ou dix kilomètres ! Marie va faire changer la chemise achetée la veille qui s’est révélée trouée puis nous passons à Air Vanuatu nous faire délivrer les billets pour demain en nous faisant préciser les prestations. Nous allons ensuite déjeuner au Péché Mignon qui devient le nôtre… Excellent poisson tahitien et papillote de poisson qui me fait apprécier les petits légumes parfumés aux baies roses. Le programme de la journée est rempli, nous revenons, non sans que Marie poursuive son exploration des boutiques, revisitant certaines pour la énième fois, dans le cas où quelque article aurait échappé à sa vigilance ! Elle ne revient d’ailleurs pas les mains vides de cette expédition… Nous passons au supermarché faire des achats pour le dîner. Nous atteignons l’hôtel au moment où les premières gouttes d’un orage, d’autant plus furieux qu’il nous a ratés, explosent sur les tôles de la toiture. Sieste, lecture nous occupent jusqu’au dîner. Les extraits d’Euronews à la télévision nous donnent raison d’être allés au Kirghizstan l’an passé… Marie cale sur sa pie, très anglaise, trop.

 

Samedi 10 avril : Marie, anxieuse est réveillée de bonne heure, de crainte de rater le taxi. A sept heures moins le quart il est là. Nous passons prendre un Irlandais qui se rend aussi à l’île de Pentecôte et nous retrouvons d’autres passagers à l’aéroport. Parmi eux, j’ai la surprise de retrouver un ancien collègue du lycée Langevin de La Seyne, maintenant à Nouméa mais nous ne serons pas dans le même avion. Un Twin Otter emmène une première fournée, nous attendons huit heures passées pour partir en compagnie de cinq autres anglo-saxons dans un petit avion de huit places. Nous avons la chance d’être derrière le pilote avec des vitres, alors 121-AMBRYM-Volcan.jpgque les autres places ont une visibilité réduite. Nous décollons, survolons Efate à six mille pieds d’altitude puis après une demi-heure de survol de l’océan, nous passons l’île d’Epi cachée par les nuages. Nous approchons l’île d’Ambrym, pas de plage, la mer frappe une côte de lave noire. La forêt recouvre entièrement l’île, sauf sur les récentes coulées. Le pilote descend à trois mille cinq cents pieds, louvoie entre les cumulus et nous pouvons distinguer les deux volcans en activité. Nous rasons les falaises du cratère de l’un d’eux, sans en apercevoir le fond. Des fumées s’élèvent de ces deux chaudrons aux parois en strates noires et rouges. Nous distinguons ensuite Pentecôte et nous nous posons sur l’aérodrome en bordure de mer. L’aérogare est récente mais très simple. Nous sommes accueillis par deux jeunes125 PENTECÔTE Village femmes, une anglophone et une francophone qui restera à notre service exclusif. Nous comprenons qu’il faut attendre l’arrivée d’un autre avion-charter pour que les festivités commencent. On nous emmène voir la rivière, à une centaine de mètres de l’aérodrome. Rien de particulier si ce n’est des femmes qui vendent des crabes et des fruits, assises à l’ombre d’un beau banian. Un minuscule marché se tient près du terrain d’aviation, Marie y achète un panier tressé en fibres de pandanus. Nous nous dirigeons, toujours escortés de Marie-Jeanne dont nous saurons qu’elle est institutrice de maternelle, à vingt-deux ans, vers le lieu du « gaul ». Un court sentier dans la forêt débouche sur une clairière en 131-PENTECOTE-Gaul.jpgpente, dégagée pour y construire, à son sommet, une tour d’une trentaine de mètres de hauteur, assemblage de branches et de troncs, liés par des fibres végétales. L’ensemble me rappelle par son côté primitif, les échafaudages en bambou, élevés pour la construction des immeubles au Pakistan, quarante ans auparavant. Des lianes pendent du sommet et des plates-formes disposées aux divers étages. Ce sont ces lianes, accrochées aux pieds des hommes, qui vont les retenir dans leur saut dans le vide. La cérémonie se tient à la saison de la récolte des ignames et rappelle une légende, mais de nos jours, elle n’a plus lieu que dans un but touristique. Chaque touriste paie une « entrée » au chef de village qui encaisse donc une somme dont il ne distrait que quelques billets pour dédommager ceux qui vont sauter. Des bateaux de croisière, heureusement pas aujourd’hui, 158-PENTECOTE-Gaul.jpgdébarquent régulièrement des fournées d’excursionnistes en mal de sensations fortes. Nous attendons que tout le monde soit là, les « indigènes » comptent le nombre de visiteurs pour savoir combien ils vont faire d’ « entrées »… Ils vont alors se dévêtir et revenir en tenue d’Adam, simplement « habillés » d’un étui pénien, prétentieux pour quelques uns…Un groupe d’hommes en cette tenue, d’enfants et de femmes sim152-PENTECOTE-Gaul.jpgplement vêtues d’une jupe en raphia vont faire le chœur, chanter et danser d’un mouvement alternatif de droite à gauche tandis que des hommes escaladent l’échafaudage, se laissent lier des lianes aux chevilles puis après avoir frappé dans leurs mains, s’élancent dans le vide avant de s’écraser au sol, à plat ventre ou sur les épaules, dans la terre qui a été remuée pour la rendre meuble. Les162-PENTECOTE-Gaul.jpg sauts commencent de la plus basse plate-forme puis de plus en plus haut et c’est du sommet de cette tour que s’élance le dernier, très attendu et applaudi par l’assistance, pressée de regagner le bord de plage pour boire et manger. Nous restons dubitatifs, ce n’est plus qu’une attraction touristique de plus, spectaculaire, sauvage, dure et scandaleusement dépourvue de sa raison 159-PENTECOTE-Gaul.jpgd’être et ce depuis trente ans nous assure-t-on ! Nous nous sentons voyeurs d’autant que le saut n’est pas sans danger et que quelques-uns se relèvent à grand peine. Nous évoquons les fêtes au pays Bassari qui en leur temps correspondaient à un rite de passage important pour eux et qui maintenant sont peut-être aussi devenues des attractions à touristes… Je ne suis pas mécontent d’être à l’ombre et d’avaler, sur la plage de gros galets, un sandwich et un verre de jus d’orange frais. Presque rassasiés, nous allons nous installer là où le gravier se mêle au sable noir pour passer quelques instants. Je me baigne dans une eau tiède puis nous revenons lentement vers le terrain d’aviation. Nous repartons à deux heures de l’après-midi. J’ai demandé au pilote de monter à son côté, Marie a cédé sa bonne place à de grossiers Australiens qui ne lui en seront pas reconnaissants… Le pilote nous fait survoler d’autres tours170-PAAMA-d-avion.jpg utilisées pour le saut puis longe Ambrym à seulement deux mille pieds mais les nuages nous interdisent le survol des volcans. Nous rentrons donc à Port Vila où nous devons attendre presque une heure pour qu’un taxi nous ramène à l’hôtel, celui qui devait s’en charger tardant. Nous allons dîner dans un restaurant chic, le Chantilly’s, sur une terrasse surplombant la mer. Nous faisons un extra avec des huîtres chaudes, cuisinées avec du bacon et une sauce Worcestershire qui dissimule trop le parfum de l’huître. Les plats indiens que nous avons commandés ensuite sont parfumés mais j’hérite des crevettes de Marie, trop « hot ».

 

Dimanche 11 avril : A huit heures, je suis devant la porte de l’hôtel à attendre la voiture qui arrive avec dix minutes de retard et m’emmène aux bureaux de Budget. Quelques minutes plus tard je repars au volant d’une Suzuki 4x4, à boîte automatique. Je retourne à l’hôtel prendre Marie et nous partons par la route de l’ouest. Nous repassons devant le parc des cascades et continuons par une rude côte pour gravir la falaise. La route est récente, en très bon état et la circulation est rare. Nous faisons des incursions sur des pistes, pour nous rapprocher de la 175-EFATE-Femmes.jpgmer et apercevoir les petites îles au large. Le soleil brille, les oiseaux chantent mais plus pour certains que pour d’autres. Les plages sont toutes dans des propriétés privées et nous ne pouvons accéder au bord de mer ! Les forêts sont belles, magnifiques banians, cocotiers prétentieux, lianes et feuillages lancés à l’assaut de tout ce qui s’élève. Dans quarante-huit heures nous n’aurons plus ces paysages maintenant familiers. Les kilomètres défilent même si je ne roule pas vite et nous sommes vite au Beachcomber, une auberge qui n’est pas le resort que je craignais. Il est encore tôt mais il ne me déplairait pas d’y attendre l’heure du déjeuner. Il y a une piscine devant la plage mais cette dernière est réduite à une bande de sable en retrait de plaques rocheuses et le fond de l’eau est constitué de scories de coraux. Marie, déjà mécontente d’avoir dû louer un 4x4 pour rouler sur du goudron, n’a pas envie de rester là et nous allons voir plus loin si les plages sont mieux. Nous trouvons bientôt deux autres plages avec plus de sable mais toujours des rochers dès que l’on entre dans l’eau et le service de restauration annoncé sur les182-ETON-Plage.jpg panneaux est en panne pour cause de sommeil prononcé du cuisinier… Nous continuons donc. Le goudron se termine et une bonne piste, probablement bientôt revêtue, lui succède. Nous parvenons à Eton Beach, plage beaucoup moins importante que je ne le pensais et néanmoins payante. Une simple crique presque fermée par des rochers mais avec du sable et surtout des fonds sableux également. Renseignement pris, pas de restaurant ! Je suis furieux, nous n’avons rien à manger à l’exception d’une mauvaise orange… C’est le Popenguine, le Foulpointe local. La petite colonie française vient y passer la journée. La marmaille braille, les parents s’extasient devant les prodiges de leur progéniture, le vin, la bière circulent, des sandwichs finissent panés dans le sable, et nul n’a un regard, une pensée pour les malheureux affamés… Je vais me baigner, l’eau est fraîche mais on s’habitue. Je tente de voir les fonds sous-marins mais, pour une raison inconnue, la vision à travers le masque n’est pas nette, un nettoyage n’y change rien. Dommage, il y a de beaux coraux et des poissons multicolores. Après quelques débuts de coups de soleil, nous repartons. La piste puis bientôt la route, traverse de belles cocoteraies, longe de vertes prairies gagnées sur la forêt, et qu’ombragent quelques grands arbres épargnés, où se produit 033--TANNA-Pandanus.jpgune des meilleurs viandes du monde. Nous empruntons une piste qui débouche, après avoir franchi la bande côtière des inévitables pandanus, sur un rivage où le sable s’allie aux rochers déchiquetés, creusés à leur base. Plus près de Port Vila, les plages sont occupées par les citadins venus passer le dimanche en famille. Nous retrouvons la capitale. Dans sa banlieue nous allons voir une galerie d’art océanien privée mais l’entrée le dimanche est sur rendez-vous et le tarif est plutôt dissuasif… Retour en ville, plein d’essence puis nous rentrons à la chambre. Nous reprenons la voiture pour aller dîner à l’Houstalet (sic) qui passe pour être la meilleure table française de Port Vila et ce depuis trente sept ans. Nous commençons par un bon crabe farci puis je me régale avec de la roussette en sauce au vin qui fait ressortir le goût sauvage, peut-être un peu trop, Marie est déçue par son nautou, un pigeon sauvage (pardon Emmanuelle, pardon Thomas !) dont la sauce aurait mieux convenu à des viandes blanches. Retour pour une dernière nuit dans le Pacifique…

 

Lundi 12 avril : Je suis chez Budget avant huit heures pour rendre la voiture puis je me fais déposer à l’hôtel. Nous bouclons les sacs en nous débarrassant de quelques affaires usées. Nous attendons dix heures, heure du check out, dans la chambre à lire ou profiter du lit avant Paris… Nous abandonnons les sacs à la réception et vérifions notre messagerie. Nous répondons à Julie et regardons les photos envoyées par nos compagnes du volcan à Tanna. Nous partons une dernière fois à pied en ville. Ultimes visites dans les boutiques et au marché artisanal. Un paquebot australien a débarqué des centaines (des milliers ?) de touristes blancs et gras en quête de « souvenirs ». Nous nous acheminons lentement vers notre cantine où l’arrivée d’un orage nous précipite. Il est temps que nous partions : si la cuisine reste bonne, les petites attentions, mise en bouche, gâteaux, ne sont plus d’actualité ! Nous revenons, toujours en passant de boutique en boutique. Je « tiens les murs » en m’adossant à chaque devanture de magasin, le temps que Marie le visite. J’explose quand je découvre qu’il faut encore chercher et acheter un collier pour Bonan dont je croyais le cas déjà réglé. Marie ne comprend pas ! Nous allons prendre un verre au Nambawan (Number One en bichlamar…), le café branché (dans tous les sens du terme puisqu’il y a le wifi) de Port Vila. Marie lit, je contemple le ballet des Australiens qui viennent manger des pizzas à toute heure ou qui s’offrent un tour de huit minutes en hélicoptère au-dessus de la baie. Enfin à quatre heures et demie, nous revenons lentement à l'hôtel. La dernière tentative de mise à jour de ce texte est un échec. L’ordinateur qui doit sentir sa prochaine mise au rancart, boude ! Je demande au patron chinois de l’hôtel de nous emmener à l’aéroport. Le Fils du Ciel me fait un grand sourire puis se retire dans sa Grande Muraille et n’a plus un regard ni une oreille pour l’impertinent « long nez ». La sympathique réceptionniste nous arrête un minibus qui nous dépose. Nous y sommes les premiers. Attente pour l’enregistrement puis pour les contrôles d’immigration et enfin nous décollons. Le temps de boire un gin-tonic et nous nous posons à Nouméa. Nous devons récupérer les bagages pour aussitôt les réenregistrer pour Paris. Les passagers sont principalement des Japonais qui rentrent à Osaka.

 

Mardi 13 avril : Nous décollons avec un léger retard. Une collation nous est servie. L’avion est peu rempli. Je trouve une rangée de trois sièges, à l’arrière, sur lesquels je peux m’allonger. Je parviens à dormir quelques heures, lové autour des accoudoirs. Un copieux petit déjeuner nous est servi avant Osaka. Je retrouve avec grand plaisir ces charmantes et désuètes jeunes japonaises, fragiles poupées de porcelaine, blafardes et fardées, chargées de nous accueillir et de nous diriger. Après un contrôle de sécurité, raccourci pour Marie, nous attendons notre dernier vol. Des ordinateurs gratuitement mis à la disposition des passagers me permettent d’envoyer un message à Julie. L’avion est presque plein. Un repas avec champagne et cognac est servi puis il faut passer le temps en lisant ou en regardant des films sur un minuscule écran. Nous sommes à Paris à seize heures, une heure plus tôt qu’annoncé. Un taxi nous ramène moyennant cinquante euros, au boulevard Diderot où nous précédons de peu Julie. Le Pacifique, ses 14 îles visitées grâce à 24 avions et parcourues dans 8 bateaux, c’est fini !

 

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11 mars 2010 4 11 /03 /mars /2010 11:19

Samedi 6 mars : Nous avons quitté la Polynésie, le ciel est redevenu bleu ! Je somnole, visionne des morceaux de films jusqu’à ce qu’on nous serve un déjeuner inattendu. Nous 002-ILE-DES-PINS-D-avion.jpgsurvolons l’ïle des Pins puis la Grande Terre, protégées par des barrières de corail qui délimitent des lagons aux couleurs superbes. Nous nous posons en avance. Le soleil brille, il fait chaud, nous sommes sous les tropiques ! Formalités, puis nous prenons livraison d’une Toyota Yaris chez Avis et nous partons, cap au nord. Nous sommes dans un paysage surprenant, totalement différent de celui de la Polynésie, foin de la luxuriance des îles, la terre est pelée, la végétation pas du tout tropicale, du moins à première vue, ni bananiers ni cocotiers, néanmoins des flamboyants sont là pour nous rappeler que nous ne sommes pas en Europe. Les femmes ne portent plus la fleur sur l’oreille et d’ailleurs nous ne verrons pas grand monde. Les villages traversés sont minuscules, les routes désertes et dans les pâturages ce sont de bonnes grosses vaches qui nous regardent passer… Nous arrêtons à La007-LA-FOA-Totems.jpg Foa pour contempler des totems plus ou moins anciens. Nous continuons en direction de Farino, la route s’élève dans des collines où nous retrouvons les essences tropicales espérées. Nous continuons sur une route étroite qui monte et descend avec des vues sur les montagnes et le lagon dans le lointain. Nous revenons sur nos pas quand cette route devient piste, pas certains de savoir où elle aboutit. Nous suivons une autre piste qui nous amène à l’entrée du Parc des Grandes Fougères mais il nous faudrait plus de temps pour nous y promener. Nous rejoignons la route principale et poursuivons notre chemin. Bien que la route ne soit qu’à deux voies, la vitesse n’est limitée qu’à 110 km/h et les conducteurs ne sont pas des Polynésiens… Le relief devient plus accidenté, plus verdoyant et peu avant Bourail nous faisons un détour pour approcher une curiosité naturelle, au pied d’une falaise, un 010-BOURAIL-Bonhomme.jpgrocher, le Bonhomme, qui s’en est détaché, les pieds dans l’eau. L’approche par la plage n’en est pas aisée, les roches sont glissantes et des panneaux mettent en garde contre les éboulements. Nous reprenons la voiture, suivons une route et des bouts de piste qui nous amènent à des points de vue sur les baies, les plages et la barrière de corail. Nous nous faisons rabrouer par des Canaques pour avoir voulu suivre une piste sans indication… Nous traversons Bourail avec une pensée pour Frank, sans voir la gendarmerie. Encore une centaine de kilomètres rapidement avalés entre les clôtures des fermes d’élevage et nous sommes à Koné. Nous cherchons la maison de Cyril, nous nous perdons, demandons et faisons téléphoner chez lui. Il vient nous chercher et nous présente Delphine, sa sympathique compagne. Nous prenons l’apéritif, du vrai pastis ! Puis dînons ensemble, en évoquant ses parents et en parlant de leur expérience de la Nouvelle Calédonie. Nous mettons au point le programme de la journée de demain. Marie appelle sa sœur puis nous allons nous coucher.

Dimanche 7 mars : Je suis réveillé avec le jour. Il fait presque frais ! Nous prenons le petit déjeuner avec Delphine et Cyril puis ils nous emmènent dans leur 4x4 fatigué qui tire un bateau à moteur. Nous continuons de les interroger sur la vie en Nouvelle Calédonie, ce qu’ils savent des relations avec les Canaques et les Caldoches. Nous roulons vers024-KONE-Lagon.jpg le nord, en nous éloignant de la mer. Nous traversons une zone de marécages puis longeons les futures installations de la nouvelle mine de nickel de la région Nord. Nous empruntons une piste jusqu’à une plage où nous mettons le bateau à l’eau. Nous piquons droit sur un îlot (on ne dit plus un motu ici) en plein milieu du large lagon. Nous y accostons, des carbets ont été construits pour les pique-niqueurs avec table et bancs, à l’ombre de quelques filaos. Marie et Delphine descendent, Cyril et moi repartons vers la barrière de corail avec l’intention pour Cyril de chasser et pour moi de voir des poissons sur les patates. La houle est assez 223-NOULEA-Aquarium.jpgforte et dans l’eau je ne me sens pas à l’aise, j’avale de l’eau salée, je n’avance pas malgré les palmes. Néanmoins je vois passer un requin à deux mètres en dessous de moi…Je prétexte des crampes pour remonter dans le bateau secoué par les vagues tandis que Cyril chasse. Peu après, il revient triomphant, il a harponné un superbe perroquet aux splendides couleurs vert vif. Il continue et cinq minutes plus tard 018-KONE-Perroquet.jpgil rapporte un barbillon moins joli mais aussi de belle taille. Nous arrêtons là et prenons le chemin du retour vers l’îlot. La houle a forci et Cyril met toute la puissance. Nous sautons sur les vagues, il faut s’accrocher ferme ! Je ne suis pas mécontent de retrouver la plage et le carbet. Nous préparons un feu de bois pour faire cuire le barbillon enveloppé dans du papier aluminium. En attendant qu’il soit cuit, la bière fait passer le saucisson de cerf, très épicé. Nous pique-niquons puis après une baignade, nous faisons la sieste. Je fais le tour de l’îlot, nous y sommes les seuls avec des oiseaux. La végétation est rabougrie, pas de grands arbres, quelques arbustes, buissons et 021-KONE-Carbet.jpgcactus raquettes mais la vue est belle sur la grande île, la barrière de corail et sa ligne blanche à l’horizon. Nous rentrons à plus faible allure et ne sautons pas trop. Le bateau rattaché derrière la voiture, nous prenons le chemin du retour. Nous arrêtons chez Marie et Julien, des amis de Cyril et Delphine. Marie aime cuisiner et nous prépare les filets du perroquet fumés dans un appareil idoine et un carry également de perroquet. En attendant, nous goûtons leurs préparations de rhum « arrangé », avec des litchis ou de la vanille. Les moustiques font une attaque brutale, chaque claque est une hécatombe ! Nous repartons de nuit, Delphine au volant. Je somnole quand je suis brutalement réveillé : la voiture chasse, fait un tête-à-queue et le bateau verse dans le fossé ! Plus de peur que de mal, personne n’est blessé et nous parvenons à remettre le bateau et sa remorque sur ses roues. Mais l’une d’elles a déjanté. Cyril a bien une roue de secours mais pas de cric. Nous arrêtons une voiture qui nous prête l’appareil. Nous changeons la roue, elle est à plat ! Cyril décide de partir avec la voiture, en ramenant Marie, pour aller chercher une bombe anti-crevaison. Nous restons Delphine et moi à garder le bateau sous un beau ciel étoilé. Retour de Cyril, réparation de la roue et nous rentrons. Ouf ! Cyril appelle Hubert au téléphone pour lui souhaiter son anniversaire, nous en profitons pour lui rappeler notre existence… Nous appelons Julie mais elle ne répond pas. Je m’installe pour taper mon journal et vérifier les messages.

Lundi 8 mars : Encore réveillé avec le jour, je commence le rangement des sacs. Nous disons au revoir à Cyril qui part travailler. Nous téléphonons et confirmons nos réservations d’hôtels puis nous petit déjeunons avec Delphine. Coup de fil à Julie qui me souhaite mon anniversaire. Dernière connexion pour trouver des messages dont un d’Yvette pour mes 64 ans ! Nous faisons nos adieux à Delphine qui avec Cyril ont été très accueillants. Nous partons enfin… Nous reprenons la route de la veille et continuons jusqu’à Kaala Gomen dont Nicole nous avait dit le plus grand bien. Nous ne savons pas précisément pour quelle raison aussi suivons-nous la piste qui traverse des marécages avant d’accéder au bord de mer, très quelconque. Nous revenons dans le village lui non plus sans grand caractère. Par contre nous y découvrons notre premier village canaque. Derrière des haies très fleuries, nous apercevons, à côté d’une maison en dur ordinaire, une case traditionnelle, ronde à toit de chaume. Les pelouses sont toujours impeccablement taillées, deux ou trois voitures plus ou moins fatiguées sont garées dessus. Nous reprenons la route pour encore quelques kilomètres, jusqu’à Koumac. Coup d’œil en passant pour l’église dans un ancien hangar d’aviation et nous faisons le détour jusqu’à la marina. Le prétexte en est le restaurant « Skipper » où j’espère trouver quelques bons plats pour fêter ce grand jour. La carte est peu fournie mais la situation en bordure de la mer est agréable et reposante. Nous nous satisfaisons d’un tartare de thon et de crevettes grillées et tout de même de verres de vin blanc glacé. Nous repartons par la route transversale qui va nous faire passer de la côte ouest à la029-POUEBO-Col.jpg côte est. La route s’élève dans les collines verdoyantes. Les zones qui n’ont pas été défrichées sont très boisées, principalement de niaoulis, des arbrisseaux torturés aux troncs blêmes et dont les feuilles semblent figées dans leur croissance par le vent. De beaux arbres, des houps (?) aux troncs ramifiés dès la base étendent largement des ramures rafraîchissantes.. Passé le col d’Amos, nous plongeons rapidement sur la côte. Nous y retrouvons une végétation tropicale, cocotiers et bananiers mais pas aussi luxuriante que nous le pensions. Les nuages sont plus présents et leur ombre ternit les couleurs de la mer et des forêts. Nous cherchons et trouvons en bord de mer, au terminus d’un 035-POUEBO-Banian.jpgbout de piste, le lieu où fut célébré la première messe. L’autel de ciment qui commémore ce triste malentendu est à l’ombre d’un banian aux lianes duquel pendent des tissus accrochés par les dévots. D’autres magnifiques banians bordent le rivage. Nous longeons le bord de mer, passons devant une des premières églises, Saint Denis, d’où l’on jouit d’une belle vue sur le rivage et les cocotiers. Dans les villages, sur le bord de la route, les gens nous font tous bonjour. Les femmes portent la fameuse robe « missionnaire » qui descend bien en dessous des genoux et des coudes, souvent dans un joli tissu coloré, et décorée de rangées de dentelles. Nous parvenons à Pouebo où nous avons prévu de dormir mais le043-POUEBO-Cascade.jpg Relais Ouane Batch est plus loin sur la route de Hienghène. La route est très belle, au milieu des cocotiers et bananiers, traverse des villages avec des cases à toit de chaume, les plus grandes sont le siège de chefferies. La montagne est proche et des cascades en dégringolent. Marie pousse de gros soupirs, impatiente d’arriver, comme aux églises précédentes, mais notre point de chute semble s’éloigner quand nous pensons y parvenir. Enfin nous y sommes ! Nous avons une case en bois, réduite au minimum, un lit, une moustiquaire, une table de bois grossier, un tabouret en plastique. Nous sommes à trois mètres de la mer, face à la case. Nous allons sur la plage mais l’eau est noire, le fond de cailloux malaisé à marcher. Nous n’insistons pas. Je vais à la recherche de sable mais ce n’est guère mieux. Nous revenons à la case déballer les sacs, écrire etc… A dix-neuf heures nous allons dîner. Une seule table à laquelle s’assoient, en compagnie des hôtes, les huit locataires. Le repas est un buffet appétissant ; des beignets de poisson avec une sauce genre thaï, des quenelles de thon et surtout de délicieux crabes de palétuviers. Pour marquer l’évènement, nous prenons une bouteille de vin blanc et je me régale de crabes bien charnus. La compagnie n’est pas très sympathique, un groupe plaisante en nous tournant le dos, ceux qui nous font face parlent moteur Toyota ! Nous finissons par engager la conversation avec un Calédonien d’origine vietnamienne, un peu dépassé par l’évolution trop rapide à son goût des techniques… Au dessert la patronne a eu la délicate attention de poser sur ma part de gâteau une bougie que je parviens à étendre du premier souffle… La pluie se déchaîne et claque sur le toit de tôle. Nous profitons d’une accalmie pour regagner notre cabane.

Mardi 9 mars : La pluie de la nuit n’a pas tout à fait cessé, il continue de crachiner et le ciel est résolument au gris. La malédiction de la Polynésie qui nous poursuit ? Nous petit déjeunons avec un grand choix de confitures et thés mais le prix est en conséquence. Nous partons pour aller voir la cascade qui dégringole les étages de la falaise, sans en approcher vu le temps. Nous demandons à téléphoner du relais pour réserver une case pour ce soir à 129-TCHAMBA-Fougere.jpgPoindimié, ce qui n’est pas évident ! Nous partons en rageant contre ces averses qui nous interdisent d’apprécier à sa juste valeur cette route dans la belle végétation de la côte est. Des fougères géantes étalent leurs délicates palmes au-dessus de celles des bananiers, les cocotiers balancent les leurs dans les alizés et ombragent les plages. Peu avant Hienghène, nous devons emprunter un antique bac pour traverser une rivière. Deux moteurs avec une hélice pour chacun afin de le mouvoir da058-HIENGHENE-Poule.jpgns un sens ou dans l’autre, et un câble pour le guider tandis que le préposé lit son journal… Des points de vue ont été aménagés pour profiter du panorama sur des rochers surgis du lagon et dont les formes ont excité l’imagination des cartographes qui les ont nommés Le Sphinx et La poule qui couve ! Nous parvenons à Hienghène, petite bourgade dynamique au fond d’une baie, fief de Jean-Marie Tjibaou. Marie rend visite à l’Office du tourisme alors que le soleil commence à apparaître. Sur la place du marché, grand rassemblement de femmes en robes très colorées. Intrigués et curieux, nous nous garons et allons voir. Il s’agit d’une fête à l’occasion de la Journée de la Femme, Une délégation de femmes de Pouebo est venue rendre visite à celles de Hienghène. De petites formations musicales animent les festivités. Pas de difficultés pour prendre des photos de ces dames, des matrones dans la plénitude de leurs moy091-HIENGHENE-Fete.jpgens. Elles ont revêtu leurs plus belles robes, colorées, généralement avec un galon de dentelle ou d’une couleur différente aux extrémités des manches, dans le bas de la robe et au-dessus de la poitrine. Nous sommes invités à partager les provisions préparées : ignames, patates douces, bananes, taros, cœurs de bambous, salade de vermicelle au goût chinois, poisson et071-HIENGHENE-Femmes.jpg viande de cerfff (On prononce le F en Nouvelle Calédonie). La musique devient plus entraînante et ces dames se mettent à danser sur des rythmes certainement pas traditionnels mais les plus âgées ne sont pas les dernières à se déhancher. La bonne humeur et les grandes parties de rigolade sont de rigueur. Nous sommes ravis de pouvoir assister à cette fête, nous sommes les seuls touristes et toutes nous sourient. Pas la moindre agressivité, pas de têtes qui se tournent devant l’appareil photo, pas de quémandage. Que cela est agréable ! Nous 102-HIENGHENE-Portrait.jpgécoutons le discours d’une « ancienne », piètre oratrice mais qui sait parler avec son cœur de leur lutte émancipatrice. Le ciel étant de plus en plus bleu, nous retournons au point de vue refaire des photos plus lumineuses. Nous repassons à la fête mais nous voulons avancer et nous repartons. Nous arrêtons au centre culturel. Aucune activité dans les belles cases traditionnelles, une exposition de peintures sans talent ne nous retient pas longtemps. Au sud de Hienghène, des roches karstiques surgissent des eaux, dressant droit vers le ciel leurs pointes acérées. Nous les contournons puis filons en direction de Poindimié. La végétation n’est plus dense que par endroits, les collines sont souvent dénudées quoiqu’encore verdoyantes. Nous avons de belles vues sur les cocoteraies de la côte mais le soleil est redevenu timide. Nous prenons la route traversière en direction de Koné sur une dizaine de145-KOUAOUA-Bambou.jpg kilomètres pour admirer depuis un pont de beaux massifs de bambous. Nous traversons Poindimié, étendue et active. Nous cherchons le gîte où nous avons réservé. Nous le trouvons au bout d’un tronçon de route. Un bâtiment en dur tagué de fresques colorées et dedans un matelas et rien d’autre. Pas question de payer 6OOO XFP pour cela ! Nous repartons sans trop savoir où aller. Je me renseigne auprès d’une personne qui téléphone à l’Hôtel de la Plage. Le prix est correct, du moins pour le pays. Nous nous y rendons. Il a dû connaître des temps meilleurs mais si la chambre est triste, le confort, télévision, climatisation et salle de bain, est presque inespéré… Je parviens de plus, grâce à son obligeant propriétaire, à ressouder et isoler le câble du transformateur de l’ordinateur qui avait enfin rendu l’âme. Nous allons dîner au restaurant du grand hôtel, de l’autre côté de la rue. Cadre luxueux, lumières tamisées, clientèle sans piqûre de moustiques, personnel stylé et excellente nourriture pour des prix du même ordre que ceux de Polynésie. Nous nous régalons d’une gigue de cerf et d’un filet de marlin avec une sauce au foie gras suivis d’un dessert exceptionnel, dont nous aimerions connaître la recette : une nougatine de pomme-liane, nom local du fruit de la passion. Retour à la chambre et au travail pour classer les photos et écrire mon roman.

Mercredi 10 mars : Nous avons coupé la climatisation, inutile avec la température, bien inférieure à celle de Polynésie et sans moiteur. Nous téléphonons de l’hôtel pour réserver une case au gîte de Canala puis no124-POINDIMIE-Case.jpgus allons petit déjeuner au snack tenu par la femme qui nous avait indiqué l’hôtel hier soir. Il faut attendre pour les toasts grillés et la confiture de goyave est parcimonieusement allouée. Avant de quitter la ville, nous passons par le marché sans ani125-POINDIMIE-Faitiere.jpgmation, l’heure est trop tardive. Quelques marchandes vendent des plantes vertes, bien chères dans un pays où elles poussent sans difficulté et quelques fruits. Nous allons voir de près une case avec une belle flèche faîtière, précédée de totems et installée en bord de mer. La route longe la côte, passe devant d’anciennes églises rustiques, toujours en hauteur au milieu de pelouses entretenues. Le ciel est redevenu gris, les rares éclaircies embrasent les feuillages des bananiers et des fougères géantes. Ces dernières sont nombreuses sur la piste puis la route qui remonte dans la vallée de Tchamba. Les terres défrichées sont devenues des pâturages qu’occupent de belles vaches. Des cases à toit de chaume apparaissent derrière les frondaisons, de grands bambous bordent les ruisseaux. A Ponérihouen, gros « village », un bureau de poste, une école, une mairie, une gendarmerie, nous achetons au « magasin », le seul qui fournisse l’agglomération en conserves, boissons, quincaillerie, produits congelés, vêtements etc… du saucis137-HOUAILOU-Mine.jpgson, du jambon et des chips que nous allons consommer sous un carbet aménagé pour les pique-niques, en bord de mer. Après déjeuner, je somnole au volant, je dois m’arrêter, fermer les yeux quelques minutes pour récupérer. Le soleil revient discrètement. Après Houaïlou, la route s’éloigne de la mer, grimpe dans la montagne éventrée par les engins de mine, montrant ses entrailles rougissantes en des étages taillés à flanc de montagne. Sur la ligne de crête nous découvrons une forêt d’araucarias, différents de ceux141-HOUAILOU-Auraucaria.jpg de la plaine. Leurs branches dénudées ont à leurs extrémités des doigts gantés d’écailles, dressés vers le ciel comme des candélabres. Ils ressemblent à ceux du Chili, en moins touffus. De part et d’autre, les montagnes du centre de l’île, présentent les blessures des mines de nickel, taches rougeâtres sur le vert d’origine. A Kouaoua nous pouvons apercevoir les installations d’embarquement du minerai sur les cargos. Nous coupons, recoupons, 149-KOUAOUA-Convoyeur.jpglongeons le convoyeur qui y amène sur un tapis roulant le minerai. Nous suivons la route traversière sur une portion puis bifurquons en direction de Canala. La forêt est encore dense sur les flancs des montagnes. Le long des cours d’eau, des bambous agitent leurs branches feuillues aux allures de plumets de shakos de majorettes. Nous atteignons Canala, autre bien tranquille village et trouvons le gîte sur le chemin d’une cascade. Nous occupons une case, murs en ciment et toit de chaume. Ameublement réduit mais suffisant. Nous nous reposons quelques instants avant d’aller nous installer à la table commune sous un abri. La télévision, branchée en permanence, diffuse des télénovellas, assidûment suivies par le personnel et accessoirement par la clientèle… Nous dînons en compagnie d’un couple de navigateurs peu engageants, d’un Caldoche qui travaille à la mine et d’une Canaque, délurée et sympathique. Le repas est décevant, deux morceaux de poulet, une salade de tomate, des bananes frites et du riz, rien de gastronomique.

Jeudi 11 Mars : La literie était molle et le petit déjeuner réduit au minimum, sans jus de fruit ! La responsable du gîte est pleine de bonne volonté mais pour le prix, nous espérions mieux. Nous nous rendons à la cascade. Un court sentier nous amène à son sommet, un ruisseau court entre des buissons, au milieu de gros rochers avant de se précipiter cent mètres plus bas. Pour voir la chute, il faudrait ramper sur la, roche et se pencher au-dessus du vide. Il ne saurait en être question ! Nous devons nous presser car la route de Thio est à horaire. Ceux qui s’y rendent passent aux heures paires, ceux qui en viennent aux heures impaires. Nous nous dépêchons, je roule vite ; la route devient piste et un panneau avertit des heures de passage mais personne pour le contrôler ! Nous y sommes cinq minutes avant l’heure limite. La piste est correcte, entretenue, étroite sur certaines portions mais sans réelle difficulté. Elle151 CANALA Foret grimpe rudement vers le col de Pethécara, dans de hautes herbes qui limitent la vision. Au sommet, nous nous arrêtons pour contempler le paysage sur les deux versants. Rien de bouleversant, des montagnes couvertes d’un maquis qui m’évoque le massif des Maures, avec la mer dans le lointain. La piste dans la descente justifie l’interdiction de la circulation alternée. Elle est beaucoup plus étroite et sans visibilité dans le sous-bois. Nous retrouvons le goudron dans la plaine, peu avant Thio. Nous faisons un détour pour nous rendre au bord de la mer, sur une plage bordée de cocotiers. Le gîte qui s’y tient nous paraît bien agréable. Des restes d’installations industrielles de la fin du XIX° siècle, de traitement du minerai de nickel, sont perdus sous les h161-THIO-Plage.jpgerbes et quasi invisibles. Nous atteignons Thio, encore un village endormi. Nous imaginons l’ennui de Joëlle !!! Nous passons un long pont, à une seule voie comme très souvent sur les routes puis nous traversons les installations de chargement du minerai sur les cargos et nous continuons en longeant la mer. Nous atteignons une plage de rêve, sous les cocotiers mais nous n’avons pas le temps de nous y arrêter… La route et non pas la piste que nous pensions trouver, continue en corniche et nous offre des vues superbes sur la côte : le platier sur lequel les vagues se brisent, le lagon aux eaux166-THIO-Cote.jpg bleues et les cocoteraies. Le soleil est de la partie et fait de cette portion de la côte la plus belle de notre périple calédonien. Plus loin nous avons un panorama sur le littoral découpé et les îles proches. Nous roulons jusqu’au bout de la route qui suit alors le bord de l’eau. Nous faisons demi-tour et revenons rapidement sur Thio. Nous achetons des provisions et allons pique-niquer devant la gendarmerie avec une pensée pour les Petitcolin seniors et juniors… Nous prenons ensuite la route de Nouméa. Nous nous arrêtons pour 174-THIO-Petroglyphes.jpgregarder sur le bord de la route des rochers couverts de pétroglyphes, des dessins concentriques peu parlants. Nous traversons l’île et retrouvons la côte ouest. Nous atteignons rapidement, par le tronçon d’autoroute, le centre ville et trouvons l’hôtel Calédonia facilement. Nous avons une grande chambre confortable, la première vraie chambre d’hôtel de ce voyage. Un orage éclate au moment où nous emménageons. Nous attendons qu’il cesse pour ressortir explorer les environs. Nous repérons un restaurant, La Chaumière, qui nous tente mais nettement plus cher, surtout le soir : 1000 CFP de plus que le midi ! Je vais voir ce que les « roulottes » proposent et retrouve Marie à la chambre. Je ressors acheter des plats chinois préparés et de la bière puis nous profitons de la télévision avant de dîner.
Nous relisons le texte avant que je ne me rende au Mac Donald où je peux me connecter pour mettre le blog à jour. Message de Nicole pour mon anniversaire et de quelques copains puis retour à la chambre quand la batterie est à plat.

 

Vendredi 12 mars : C’est un pays où il ne faut jamais désespérer de la météo ! Nous nous sommes levés tôt et après un petit déjeuner rapide et succinct, nous démarrons à huit heures alors que le ciel est obstinément gris et qu’il bruine… Nous sortons de Nouméa en suivant la « riviera », enchaînant baie après baie. La ville n’a rien à envier à la Côte d’Azur, mêmes immeubles cossus, mêmes promenades en bord de mer et mêmes retraités en veine d’exploits sportifs, mesurés… En nous éloignant, les constructions disparaissent et la côte retrouve son charme tropical. Nous empruntons une route, ordinaire, à péage qui nous permet de sortir rapidement de l’agglomération. Nous suivons la route de Yaté qui s’enfonce dans les montagnes donc dans la grisaille, et la pluie redouble… Le franchissement du col de Mouirange ne permet pas d’avoir une idée du relief, perdus que nous sommes dans la brume… Dans la descente nous bifurquons pour nous rendre au Parc de la Rivière Bleue. Nous nous acquittons d’un droit d’entrée minime et entamons un circuit sur une piste de terre durcie, qui pourrait vite devenir très glissante avec la pluie. Comme le g176-YATE-Foret-noyee.jpgarde à l’entrée nous l’a déconseillé, nous essayons (et réussissons…) de suivre la piste qui monte à un parking d’où en une demi-heure, nous parviendrions à un houp géant ! Nous ne disposons pas d’assez de temps, aussi renonçons-nous et revenons-nous sur la piste principale nous garer au bord d’un lac dont nous traversons un bras sur un pont type « Rivière Kwaï ». De l’autre côté, une navette, un minibus conduit par une aimable personne, nous emmène. Nous longeons des étendues partiellement submergées d’où des troncs morts surgissent, entre terre 180-YATE-Cagou.jpgrouge et ciel laiteux. Nous rencontrons un cagou, l’oiseau emblématique de la Nouvelle-Calédonie. Il ne vole pas, n’a pas peur des hommes et répond quand on l’appelle pour montrer sa tête surmontée d’un plumet gris. Nous arrêtons au lieu-dit du Kaori géant. De là, un circuit sur un sentier bien aménagé nous permet de circuler dans la forêt. Nous nous promenons entre différentes espèces de palmiers et d’autres essences, presque toujours des 186-YATE-Foret.jpgtroncs maigres et drus. Nous retrouvons les impressions des parcs américains, celles des premiers explorateurs, défricheurs de la forêt humide La pluie cesse, le soleil commence à apparaître… Nous récupérons la voiture. Dernière promenade, moins attractive, dans un palmetum, pour essayer d’y voir plus clair dans toute cette flore… Nous en repartons avec plus d’interrogations, toujours incapables de distinguer bois de fer, houp, araucaria et pin colonnaire… Nous reprenons la route et bifurquons de 194-YATE-Cascade-Ste-Madeleine.jpgnouveau pour nous rendre aux chutes de la Madeleine. Encore un parc aménagé, avec sentiers bien tracés et panneaux didactiques. Les mouches et moucherons enragés ne nous autorisent que le temps de photographier une chute d’eau large mais timide. Nous continuons sur la route, avec des vues sur le lac de retenue du barrage de Yaté. Le franchissement d’un col nous permet d’embrasser tout le bassin, entre les montagnes. La descente sur l’autre versant ménage des vues sur la côte ensoleillée. Parvenus au niveau des eaux, nous faisons un détour pour aller acheter un saucisson et une bouteille d’eau qui feront notre déjeuner. Nous suivons alors la côte qui s’infléchit et revient en direction de Nouméa. Nous suivons de plus en plus près la côte, traversant de belles cocoteraies, maintenant sous le soleil. Ensuite la route, parfois piste, remonte sur le plateau et nous entrons alors dans une zone minière. Des pistes interdites partent à droite et à gauche, la terre rouge dégouline sur les flancs des montagnes et sur la piste, néanmoins excellente. Nous roulons vite sur une piste large et déserte avant de retrouver le goudron. Une erreur d’orientation nous amène à l’usine d’enrichissement du nickel, vaste complexe sidérurgique, incongru dans cette nature sauvage. Nous revenons sur nos pas, retrouvons la bonne route197-YATE-Cote.jpg, étroite et coupée de nombreux radiers, franchis facilement. Nous montons par des pentes abruptes au col de Prony avant de redescendre sur la côte. Belles plages et baies qui doivent ravir les habitants de Nouméa le dimanche ! Nous contournons la presqu’île du Mont Dore avant de rentrer dans Nouméa. Nous retrouvons la chambre, bien fatigués… Mais la journée n’est pas finie. Henri Penven, connu vingt-cinq ans plus tôt à Tamatave, doit venir nous chercher… Rapide toilette pour Marie pendant que je vais chez l’épicier chinois acheter une bouteille de vin. Ce qui s’avère impossible ! La prohibition règne à Nouméa : interdiction de vendre de l’alcool du vendredi après- midi au lundi matin ! Nous nous rabattons sur une bouquetière qui vend plus cher les fleurs locales que celles importées… Henri est à l’heure, il a changé mais je le reconnais. Il nous emmène chez lui. Morgan, son fils, qui avait sept ans à l’époque, est avec sa femme et ses trois enfants ! Nicole, sa femme, se montre chaleureuse et nous nous racontons nos souvenirs de Madagascar. Ils nous parlent de leur expérience calédonienne… Une bonne soirée, convenablement arrosée… Nicole nous raccompagne à minuit. Je dois encore mettre tout ceci à jour !

 

Samedi 13 mars : A huit heures, je vais faire le plein d’essence de la voiture puis je la ramène chez Avis. Je dois la reprendre et aller la faire laver dans une station service pour ne pas avoir à payer un nettoyage… Je reviens à pied en remarquant quelques anciens bâtiments de 201-NOUMEA-Bibliotheque.jpgl’époque coloniale autour d’une avenue plantée de banians superbes. Nous petit déjeunons puis nous partons alors qu’éclate un orage. Nous commençons par le marché, près du port. Une structure moderne en béton abrite des marchands de fruits et légumes, des Vietnamiens vendent des plats préparés. Le coin dévolu à l’artisanat attire aussitôt Marie. Je la laisse farfouiller dans les robes missionnaires, les paréo et les colliers en coquillages, je préfère aller saliver devant les crabes de palétuviers dont j’imagine la fin dans un court-bouillon ! La mode rasta est arrivée jusqu’ici, les coiffures abondantes, avec dread locks, les tee shirts avec le portrait de Bob Marley et les bonnets-catogans tissés aux couleurs de l’Afrique (!!) mythique sont portées par des jeunes probablement déboussolés entre la tradition canaque et la modernité occidentale. Nous repartons en direction de la place des Cocotiers, passant d’une boutique à l’autre jusqu’à ce que Marie déniche une jupe qui fait son bonheur. La grande place de Nouméa est animée par un vide-grenier mais les averses nous obligent à nous réfugier à intervalles réguliers sous des auvents. Passage à la pharmacie pour renouveler les médicaments de Marie puis à l’Office du tourisme. Je suis plus épuisé par ces quelques centaines de mètres parcourus en trois heures, en piétinant dans les boutiques que par dix kilomètres de marche ! Nous déjeunons dans un snack d’un bon feuilleté au crabe et d’un carpaccio de thon, coupé si fin qu’il n’en a plus de goût. Nous revenons à la chambre en passant par la cathédrale, faux gothique et vraie sulpicerie. Nous passons devant quelques anciennes maisons coloniales, sans étage, toits de tôles, fenêtres à claustras et jardins fleuris. Nous abandonnons les K ways (le soleil est revenu) et divers prospectus collectés à la202-NOULEA-Fleches-faitieres.jpg chambre et repartons aussitôt pour le musée de la Nouvelle-Calédonie, en face de l’hôtel. La première salle rassemble une superbe collection de chambranles, poteaux, flèches faîtières de cases. Les autres sont classiques : poteries, vanneries, objets d’usage courant de la société canaque d’autrefois. A l’étage, les vitrines, pas très riches, présentent des objets en provenance des autres îles de l’aire mélanésienne. Nous nous intéressons surtout à celles traitant du Vanuatu, les Fidji sont peu présentes. Nous nous dépêchons d’aller pendre un bus de l’autre côté de l’avenue mais il n’en passe qu’un toutes les demi-heures et nous l’attendons longtemps. Il nous dépose dans l’anse Vata, en face de l’aquarium. Nous nous y précipitons… Des aquariums montrent la faune et les coraux des  eaux de la région. Couleurs, 222-NOULEA-Aquarium.jpgformes, de l’insolite, tout ce qu’on peut attendre d’un tel établissement. L’enchantement est dans les trois grands bassins où sont rassemblés des poissons, des coraux et des anémones de toute beauté. Des bancs ou des gradins attendent les visiteurs béats devant le spectacle ! Je prends plein de photos mais j’aurai du mal à faire croire à Julie que je les ai faites en plongée ! Nous allons contempler les audacieux qui profitent du vent fort pour filer sur leurs surfs. Nous reprenons le bus et rentrons à la chambre nous reposer. Nous sortons pour dîner. Une première tentative dans un restaurant vietnamien, dans une des anciennes maisons coloniales, se solde par un échec, la serveuse ne s’étant pas dérangée au bout de dix minutes… Nous allons au Bilboquet, cuisine française, pas bon marché. Nous nous contentons d’escalopes de veau à la crème, avec des pâtes pour changer du poisson. Retour pour écrire des cartes postales…

 

Dimanche 14 mars : Le vent et la pluie sont encore au rendez-vous. Nous refaisons les bagages sans retrouver les timbres-poste achetés hier ! Nous finissons de petit déjeuner quand Henri arrive. Nous mettons les sacs dans sa voiture puis nous allons chez lui. Nous y déposons les bagages et gardons sa voiture pour nous rendre au Centre culturel Tjibaou. Nous longeons des baies où le vent a attiré des véli-planchistes qui filent au ras de l’eau. Nous bifurquons après l’aérodrome Magenta et trouvons le centre à l’extrémité de la presqu’île248-NOUMEA-Centre-Tjibaou.jpg. Nous pouvons y entrer avec la voiture. Nous découvrons l’architecture résolument moderne des dix pavillons dessinés par Renzo Piano, des tours qui veulent évoquer les cases calédoniennes, construites en acier, verre et bois. Le centre, tout en longueur, est une succession de salles d’exposition. Dans l’une, quelques objets anciens prêtés par le musée du Quai Branly. Les autres sont des salles consacrées aux artistes contemporains, sculpteurs et peintres. Le thème récurrent est celui du « vivre ensemble », problème qui semble agiter les intellectuels locaux. L’écologie vient ensuite mais si les intentions sont louables, les réalisations sont moins intéressantes. Il semble qu’il suffise de se dire « artiste » pour être exposé, heureux pays ! Des œuvres venues d’autres îles du Pacifique tentent d’initier l’idée d’une Mélanésie sans frontières. Nous sommes presque les seuls visiteurs, la boutique et la cafétéria sont fermées le dimanche… Nous contournons les bâtiments sur un sentier tracé au milieu d’exemples de la flore locale. Les tours en arrière-plan des pins colonnaires et autres cocotiers ne manquent pas d’allure. Nous retournons chez les Penven qui nous reçoivent encore somptueusement : apéritif, huîtres de Nouvelle Zélande, excellent jambon cru local et vins de qualité. Henri nous emmène à l’aéroport. Je découvre que suite à des modifications d’horaires dont nous n’avons pas été avertis, nous n’avons plus la correspondance entre Ouvéa et Lifou et que nous devrons dormir à Nouméa ! Henri offre de nous héberger… Nous embarquons en compagnie de matrones affligées d’une nombreuse marmaille en bas âge. Une demi-heure plus tard nous nous posons à Ouvéa, tout aussi dans la grisaille que la Grande Terre. Un cyclone rôderait du côté de Wallis… La voiture de location nous attend et une fois les bagages récupérés, nous partons vers le sud. L’île n’est qu’une étroite bande de terre entre lagon et océan, couverte de cocotiers. Les cases, oblongues, murs et toitures en chaume, sont plus nombreuses que sur la Grande Terre. Quelques constructions en dur apparaissent. Je ne suis pas enthousiaste, sans doute à cause de la grisaille. Nous trouvons, presque tout au bout de la route, le gîte où nous avons réservé : une case, murs en dur et toit en chaume, un lit et une ampoule au plafond, dans une cour, entre route et bâtiment où la 279 OUVEA Plagetélévision est allumée en permanence. Rien d’emballant… Nous allons voir, de l’autre côté de la route, la plage, superbe. Une eau turquoise et un sable blanc de carte postale. Je n’y résiste pas et vais me tremper. L’eau est plus fraîche mais reste un plaisir. Nous revenons nous installer dans la salle à manger pour écrire en attendant le repas. Ce n’est pas une réussite : deux morceaux de tarot bouilli, à vague goût de châtaigne, une timbale de riz et deux œufs durs. Quant à l’eau elle est saumâtre ! Nous commençons à regretter amèrement d’être venus là ! Nous discutons avec les deux seuls autres clients, des Caldoches qui construisent un collège depuis deux mois et qui s’ennuient ferme le dimanche. Ils nous assurent que d’habitude les repas sont meilleurs… Nous regagnons notre case à l’éclairage chiche. Une fois de plus je regarde un film enregistré sur l’ordinateur.

 

Lundi 15 mars : Le vent a agité les palmes des cocotiers toute la nuit et il continue au matin. Le petit déjeuner est toujours le même : pain, beurre et confiture ! Nous partons pour l’extrémité sud de l’île. Nous atteignons le bord de mer, les vagues 261-OUVEA-Chefferie.jpgfrappent des rochers déchiquetés, coupants. Nous revenons par l’intérieur des terres, entre les cocotiers. Nous approchons une ‘chefferie’, un enclos défendu par des pieux taillés dans de gros troncs d’arbre et plantés en épi. A l’intérieur, une grande case et une seconde derrière un second enclos de pieux dressés. Nous repassons sur le pont de Mouly qui relie les deux grandes îles de l’atoll, les autres sont minuscules et inhabitées. Du pont nous avons une vue superbe sur la baie délimitée par les deux îles principales et une troisième qui garde deux passes entre lagon et pleine mer. Les eaux sont d’un bleu irréel, digne des lagons de Polynésie. Nous de269 OUVEA Baie de Moulyvrions y voir des raies, des requins, des tortues mais le vent a fait naître une houle peu propice à leur observation. Marie pense avoir vu une raie, nous distinguons vaguement une forme se déplaçant, sans pouvoir l’identifier. Nous faisons la tournée des snacks et restaurants, ce qui me permet de voir des crabes de cocotiers, crustacés d’aspect plus proche de la langouste que ne l’indique son nom. A la demande d’Henri, je rends visite à un certain Isidore, un noble vieillard à la barbe tressée, afin de réparer son réfrigérateur mais je n’ai pas besoin d’intervenir, il fonctionne. Nous cherchons et grâce à quelques personnes questionnées, nous finissons par trouver le cybercafé de l’île, bien caché au bout d’une piste. Un ancien instituteur, rasta à ses heures, a ouvert un café dans une paillote lieu de rendez-vous des expatriés. Je peux me connecter, lire un message de Julie en passe de partir en week-end pour l’Irlande, lui répondre, ainsi qu’à Nicole et à Jean-Claude. Les autres attendront que nous soyons chez Jean-Claude où nous devrions avoir le temps de nous mettre281-OUVEA-Cocotiers.jpg à jour. Nous déjeunons de crêpes au jambon, trop fades puis retrouvons la route principale et continuons en direction du nord. Dans la partie la plus étroite de l’île, nous suivons le rivage côté lagon puis côté pleine mer avant d’entrer dans la vaste cocoteraie qui occupe la  partie septentrionale. Une piste se termine en cul-de-sac sur une plage, trop tentante pour que nous nous y dérobions. Nous allons nous tremper dans une eau rafraîchie par le vent mais tout à fait acceptable par des frileux… Hélas, les moustiques voraces n’avaient pas eu de chair aussi tendre depuis des lustres et se régalent. Nous les fuyons et retournons dans la cocoteraie que nous sillonnons. Les roches de la côte battue par les vagues de l’océan sont déchiquetées et leur accès est défendu par des touffes denses de pandanus et autres plantes à racines multiples. Nous nous rendons ensuite au Trou aux Tortues, un bassin 288-OUVEA-Tortue.jpgnaturel, creusé dans la roche où, en faisant preuve de patience, nous pouvons apercevoir dans l’eau, des tortues qui sortent la tête pour respirer de temps en temps. L’arrivée d’autochtones bruyants qui plongent dans le bassin écourte notre contemplation et la quiétude des tortues. Nous trouvons un autre « trou » identique, mais sans animation à première vue, d’un bleu plus outremer. Retour au  pont de Mouly où dans l’éclairage doré d’un soleil échappé des nuages, nous pouvons observer une belle tortue se battant avec le courant pour rejoindre la haute mer. Nous retrouvons à la case, à temps pour écouter le résultat des élections régionales. Le plaisir de la victoire de la gauche et des écologistes, et de la gifle prise par Sarkozy, est terni par le scandaleux bon résultat du Front national en particulier dans notre région. Egalement aux nouvelles : deux cyclones, l’un passé sur Wallis et un autre en formation… Le repas est à peine meilleur que la veille. Certes, nous avons un bout de poisson mais il est fade, sans sauce, sans la moindre préparation et, en plus du riz, nous est servi un salade de pâtes ! Alors que je commence à rédiger ces lignes, une panne de courant m’interrompt et comme elle persiste, nous allons nous coucher dans le noir. Quand la lumière revient, je peux me mettre à jour.

 

Mardi 16 mars : Réveillé dans la nuit, je regarde un film de l’ordinateur, une ânerie bien évidemment… Nous quittons la pension après avoir fait rectifier l’addition, le repas avec les303-OUVEA-Baie.jpg œufs durs étant facturé au prix fort ! Nous repassons au pont de Mouly, le soleil brille et rend les eaux de la baie encore plus éblouissantes. Cet endroit restera comme l’un des plus beaux de ce voyage. Du pont, nous apercevons des raies qui glissent en bandes, entre deux eaux, et des tortues qui pointent leur tête à intervalles. Je ne suis pas très doué pour les repérer mais le petit garçon d’un couple de Réunionnais les aperçoit bien avant nous… Nous restons quelque temps, passant d’un bord à l’autre, suivant les pérégrinations des raies ou la lutte contre le courant des tortues. Nous allons ensuite commander un repas au gîte Beaupré et en attendant la cuisson du crabe de cocotier prévu, nous allons à la plage face au gîte. Mauvais choix, la plage est étroite et nous peinons à marcher dans l’eau sur les fragments de corail et de coquillages. Nous restons juste le temps de nous faire sécher, des taons se faisant fort de nous expliquer que nous ne sommes pas à notre place… Nous déjeunons en compagnie de « zoreilles », employés métropolitains en « mission ». Une salade tahitienne de poisson, ordinaire avec trop de concombres à mon goût et enfin le fameux crabe de c299-OUVEA-Tortue.jpgocotier ! Des pinces énormes qui feraient un repas pour dix personnes mais il n’a pas la finesse, la saveur d’un crabe de palétuvier. Cependant, je n’en laisse pas une miette et Marie, vite lassée, me regarde longuement en terminer avec le crustacé… Pour digérer, nous retournons au pont de Mouly, encore des raies et quelques tortues qui daignent remonter respirer… Pour finir l’après midi, nous allons sur une plage en bordure du lagon. Une plage de sable blanc, immaculé, à perte de vue, sur laquelle nous sommes seuls. Pas de débris de corail, pas de coquillages, du sable sur la plage, du sable dans l’eau. Nous restons à bronzer pour certains, à prendre des coups de soleil pour les autres… Nous allons refaire le plein d’essence et nous nous rendons à l’aéroport. Nous enregistrons et attendons l’arrivée de notre avion. Nous décollons alors que le ciel se couvre et quarante minutes plus tard, nous sommes au-dessus de Nouméa, perdus dans les nuages. Nous nous posons, Henri est là, venu nous chercher. Il nous ramène chez lui. Je l’accompagne au supermarché, y achète une bouteille de vin pour ce soir mais la bouteille ne sera pas digne de celles déjà prévues… Un couple de leurs amis, des enseignants, de longue date calédoniens aussi, nous rejoint. Ils apportent une bouteille d’un grand cru de bourgogne, une de champagne et une d’armagnac ! (Nous faisons pâle figure avec notre bouteille de Madiran et notre bouquet de fleurs à 3(000) francs 6 sous !), sans compter des paquets de café et des tee shirts… Henri m’en octroie deux. J’en suis d’autant plus ravi qu’ils portent un logo de l’O.M.S. Pas l’Organisation Mondiale de la Santé mais l’Office Municipal des Sports de Poindimié. Un slogan précise : « Faites du sport ! ». Ceux qui me connaissent ne manqueront pas d’avoir un sourire amusé si j’ose les porter… Nous dînons d’un ragoût de cerf, dans une bonne sauce épicée. Les vins puis l’armagnac sont de qualité et leur valeur, annoncée par leur ami, jette un froid dans le porte-monnaie… Nous allons nous coucher, dès que j’ai fini de taper mon texte !

 

Mercredi 17 mars : Nous nous réveillons avant cinq heures et vingt minutes plus tard, Henri nous emmène à l’aéroport. Nous décollons à six heures dans un ciel de plus en plus gris et sous la pluie. Quarante minutes plus tard, nous nous posons, toujours sous la pluie à Lifou. Le survol de l’île l’a montrée plus grande que ne le laissaient penser les cartes, couverte d’une brousse ou d’une forêt qui semble impénétrable. Nous ne récupérons q346-LIFOU-Gite.jpgu’un sac, l’autre est resté à Nouméa pour cause d’excès de poids embarqué ! Nous devrons venir le récupérer cet après-midi…Notre hôtelière vient nous chercher et nous emmène au gîte, tout au nord de l’île. La situation du bungalow est parfaite, au sommet d’une falaise, surplombant la mer. De la petite terrasse, la vue, avec du soleil serait superbe. Et de plus nous avons toilette et douche avec de l’eau chaude dans la case ! Nous repartons avec la voiture de la pension que nous louons. Nous passons par le village Hnathalo pour y voir, à côté d’une monumentale église à deux tours, sans doute bien trop importante pour les fidèles du lieu, une chefferie traditionnelle. Comme à Ouvéa, 304-JIFOU-Chefferie.jpgil s’agit d’une grande case ronde, entièrement en chaume, murs et toit forment un tout uniforme flanqué d’une porte large et basse décorée d’un pilier sculpté. Elle est à l’intérieur d’un espace délimité par des pieux, moins élevés qu’à Ouvéa et moins agressifs. Nous demandons à la voisine qui occupe une case semblable, plus petite, en guise de chambre mais qui a sa cuisine à côté, dans une maison en parpaings à toit de tôle, la permission aussitôt accordée, de visiter la chefferie. L’intérieur est tapissé de nattes, un âtre devant l’entrée et un poteau central sont les seuls éléments remarquables. A l’extérieur, des plantes et des fleurs l’entourent. Ce n’est qu’un lieu de réunion, le chef ne l’habite pas, il possède une grande villa moderne et tape à l’œil tout à côté. Nous nous rendons ensuite à la « capitale » : Wé. Presque une petite ville ! Des pompes à essence, des banques, un supermarché, la modernité ! Nous repérons un restaurant, passons311-LIFOU-Eglise.jpg chercher des renseignements touristiques puis approchons le bord de mer, derrière une curieuse église, repeinte de frais, elle a plus l’allure d’un château fortifié que d’un lieu de culte. Nous longeons le rivage, une belle plage et des eaux turquoise mais le soleil est toujours absent et il pleut par moments. Nous cherchons sans le trouver un point de vue en hauteur et revenons déjeuner au restaurant antillais, sur une terrasse au-dessus de la plage. Bons accras, boudin très pimenté et honnête rougail de saucisse, arrosés de deux demi-pression en l’honneur de la Saint-Patrick… Nous repartons pour l’aérodrome que nous avons bien du mal à trouver faute de panneaux indicateurs. Je dois patienter, attendre que les bagages en partance soient chargés avant de pouvoir récupérer le sac manquant. Nous continuons sous la pluie jusqu’à la presqu’île d’Easo, sur la côte ouest mais en raison du temps, nous renonçons à approcher la chapelle d’où nous devrions avoir une vue sur deux baies. Nous descendons dans la crique qui forme un aquarium naturel mais la chaleur n’incite guère à la baignade. Nous renonçons à poursuivre et rentrons au bungalow. Je me bats avec l’ordinateur qui refuse de démarrer normalement depuis hier, sans doute à cause d’un virus récolté à Ouvéa. Nous ne profitons pas beaucoup de la terrasse et il fait de plus en plus froid ! Nous dînons au gîte et malgré nos craintes, le repas est très correct, du thazard avec une sauce à la vanille et du riz au coco.

 

Jeudi 18 mars : Il a fait froid dans la nuit. Pour la première fois de ce voyage, j’ai dormi avec le haut du pyjama. Au réveil, même temps que la veille. A désespérer ! Après le petit déjeuner, nous partons par la route prise la veille et qui traverse une forêt bien dense. Le ciel gris disparaît derrière les lianes et les branches des arbres qui se rejoignent au-dessus de la route étroite. Nous allons nous renseigner et réserver dans un restaurant puis nous passons poster des cartes à l’aéroport, cette fois nous le trouvons sans nous tromper… Nous continuons en direction de Wé où nous voulons acheter des provisions au supermarché. Au moment de payer, je m’aperçois que j’ai, une fois de plus, oublié ma ceinture avec l’argent, les papiers et les passeports au bungalow ! Retour rapide au gîte. Nous en profitons pour prendre les K ways qui risquent d’être plus utiles que les maillots de bain. Nous retournons à Wé et continuons de suivre la côte en direction du sud. Avant Jozip, la route est tracée entre une falaise calcaire creusée d’abris et de grottes et la mer inaccessible derrière l’enchevêtrement des racines des pandanus et des troncs de cocotiers. Nous l’apercevons toujours d’un beau bleu turquoise malgré le manque de luminosité. Marie pour « avoir fait quelque chose », veut visiter l’atelier d’un sculpteur, d’autant plus doué qu’il s’agit d’une sculptrice mais elle est absente et son mari 315-LIFOU-Plage.jpgnous montre leurs réalisations. Consternation devant la nullité des « œuvres » réalisées dans des planches, découpées à la scie, égoïne ou à ruban. Pas de burin ni de gouge pour justifier la qualité de « sculpteur » et encore moins les prix de ces horreurs à faire pleurer devant la dégradation de cette activité. Nous continuons jusqu’à la plage splendide de Luengoni, le ciel s’est éclairci. Des îlots, creusés à leur base par le ressac, couverts de végétation, sont éparpillés dans la baie. Nous ferions bien une promenade en bateau sur ces eaux féeriques mais l’organisateur de l’excursion est malade et parti à Nouméa… Nous déjeunons sur une autre plage, tout aussi belle mais nous ne nous baignons pas, il ne fait pas assez chaud ! Nous repartons, cherchons une piste qui nous permettrait d’atteindre le cap des Pins mais toutes mènent à des propriétés. Nous en trouvons une que je vais d’abord découvrir à pied puis que nous empruntons avec la voiture. Elle nous conduit à une crique en fer à cheval très fermé, d’où nous apercevons deux îlots couverts de cocotiers échevel326-LIFOU-Pandanus.jpgés et couchés par les vents. Plus au sud, nous atteignons le bout de la route au pied de falaises sur lesquelles s’accrochent les racines de pandanus emmêlés. Nous quittons la côte est pour la côte ouest par une route qui coupe par la brousse impénétrable de part et d’autre. Nous atteignons Drueulu où nous retrouvons une côte déchiquetée, la roche, le pied creusé, forme des champignons dans l’eau. Nous suivons une piste le long de la côte jusqu’à une chefferie défendue par une double enceinte de pierres et de pieux de bois. Faute de trouver quelqu’un à qui demander l’autorisation d’y pénétrer, nous nous l’accordons… Rien de plus que dans les autres, une grande case avec des336-LIFOU-Chefferie.jpg nattes et un foyer. Nous passons devant une case en construction, Des hommes s’activent, d’autres plus âgés portent des pagnes. Je m’arrête, demande l’autorisation de la prendre en photo, on me la refuse ! Décidément les relations avec les Canaques ne doivent pas être simples… Plus loin, nous suivons une courte piste qui nous permet d’accéder à une belle plage, déserte bien entendu. Une voiture passe, trois Canaques nous dévisagent, nous demandent ce que nous faisons là puis repart. Ambiance… Nous allons sur la plage, l’eau est tentante et je me baigne, pas Marie, frileuse… Nous repartons, repassons par Wé où je remets de l’essence puis nous rentrons au bungalow. Nous reprenons la voiture pour aller dîner. Le restaurant est dans un cadre plutôt agréable, présente les fruits de la Nouvelle-Calédonie sur un étal, du miel et dans sa cuisine propose des recettes locales. Nous goûtons donc à des mets aussi étranges que des fougères aux fruits de mer qui font plus le bonheur de Marie que le mien, du marlin fumé excellent, une salade de papaye aux poulpes meilleure sans les morceaux de poulpe ratiboisés et caoutchouteux, de la roussette, une variété de chauve-souris qui a l’aspect et le goût du pigeon mais que j’avais trouvée meilleure en cari aux Seychelles. Nous sommes vite sortis de table et regagnons notre bungalow pour une dernière nuit calédonienne.

 

Vendrdi 19 mars : Hier, une fugace apparition du soleil et deux taches bleues dans le ciel nous avaient laissé espérer pour aujourd’hui une belle amélioration. Il n’en sera rien ! Ciel gris, ciel gris… Nous refaisons les sacs et les glissons dans le coffre de la voiture. Nous partons en348-LIFOU-Pandanus.jpg emmenant la fille de Louise notre sympathique hôtelière. Nous retraversons la forêt pour arrêter dans une vanilleraie. Nous y visitons, sous la conduite de sa propriétaire, un beau jardin tropical avec en particulier les lianes qui s’enroulent sur des arbres et portent les gousses vertes de vanille. Nous y revoyons des fougères comestibles et toutes les variétés 351-LIFOU-Vanille.jpgde fleurs tropicales. Nous déposons la fille de Louise et son amie et continuons jusqu’à Easo où nous retournons au parking de la chapelle Notre-Dame de Lourdes. Cette fois nous grimpons les quelques marches sur le sentier qui permet d’accéder à la chapelle. Elle est en triste état et mériterait un effort de remise en état. De ce promontoire où débarquèrent les premiers missionnaires, on aperçoit les deux baies du Santal et de Jinek. L’une est une belle plage, l’autre une falaise abrupte. Nous descendons ensuite à la baie de Jinek. J’hésite à me mettre à l’eau. La température, l’absence de tuba et de palmes m’en dissuadent en dépit de l’avis d’un couple de touristes réunionnais qui y ont vu de très beaux coraux. Nous causons avec eux, tout aussi scandalisés par les prix pratiqués et notamment dans le tourisme. Nous les quittons pour nous rendre à Wé alors que la pluie revient. Nous déjeunons au snack devant le supermarché, plats copieux mais froids ! Pour faire plaisir à Marie, nous reprenons le route de Jozip pour faire une photo de la falaise avec une case357-LIFOU-Falaise.jpg devant… Nous rentrons ensuite au gîte. Nous découvrons un escalier cimenté qui descend au pied de la falaise, dans la végétation. La vue à travers les frondaisons, sur les falaises creusées, percées de grottes et la mer qui continue de les ruiner est superbe mais il manque le rayon de soleil qui ferait resplendir les couleurs. Nous nous changeons, réglons la note, et attendons l’heure de partir à l’aéroport en discutant avec Louise. Nous quittons Lifou et parvenons quarante minutes plus tard à Nouméa. Henri nous attend et nous emmène chez lui. Nous continuons de faire baisser le niveau de la bouteille de Ricard puis nous allons ensemble au restaurant Zanzibar où nous avions envisagé de dîner lors de notre séjour à Nouméa. Nous prenons des plats de poisson bien cuisinés sauf le gratin de Marie, sans goût, et un rosé de Provence. Nous retournons chez les Penven attendre la navette qui doit nous emmener à l’aéroport. Nous y sommes bientôt, enregistrons les bagages puis patientons…

 

Samedi 20 mars : Nous décollons à une heure dans un Airbus, en compagnie de Wallisiens. Certains ne sont pas des gringalets, d’autres portent des pagnes. Marie, fatiguée, voudrait dormir mais n’y parvient pas. Nous passons trois heures ainsi avant de nous poser, de nuit, à Wallis, sans avoir aperçu la moindre lumière. Jean-Claude est là, avec un splendide collier de fleurs pour Marie. Il nous emmène chez lui, une grande maison sur une colline. Le jour s’est 024-WALLIS-Lagon.jpglevé et de leur terrasse, au-dessus de la piscine, nous avons une large vue sur le lagon et des îlots. Eugénie-Lou, nous accueille et nous prenons le petit déjeuner face à la mer puis nous allons dormir une ou deux heures pour récupérer. Un gin-tonic, le premier depuis un mois, prélude au repas pris sur la terrasse avec la mer, incroyablement bleue, en vision panoramique, que nous ne nous lasserions pas de contempler. Filets de poisson et rosé frais pour notre premier repas wallisien. Un grain passe, le soleil revient aussitôt. Nous allons faire une sieste qui va durer pour moi jusqu’à presque six heures. Je parviens à me connecter sur l’ordinateur de Jean-Claude, faute de pouvoir utiliser le mien en wifi. Nous répondons à quelques messages avant de dîner aux chandelles. Jean-Claude se montre sous un jour inconnu, complètement fou de sa fille, la très mignonne petite Grace, deux mois passés, centre de l’univers pour ses parents et pour qui Marie ne dédaigne pas jouer à la nounou… Nous allons ensuite nous coucher de bonne heure.

 

Dimanche 21 mars : Nous nous réveillons tous trop tard pour assister à la grand messe à la cathédrale mais après le petit déjeuner pris sur la terrasse, face au lagon que nous pourrions contempler des heures durant, Jean-Claude nous emmène à une église sur une colline où un007-WALLIS-Messe.jpg vieil évêque, barbe blanche de missionnaire et collier de fleurs, célèbre une messe à laquelle participe une assistance fournie. Bon nombre d’hommes portent un pagne, le manu, une large ceinture cloutée et pour la plupart un collier de fleurs. Les femmes ne sont pas vêtues d’une robe « mission » mais d’un pagne et d’une chemise camisole colorée. Une chorale accompagnée par une guitare chante des hymnes, un seul dans la langue locale. A la sortie de la messe, des femmes que connaît Jean-Claude nous offrent des colliers de fleurs de tiaré et de pandanus. Nous faisons un tour de l’île, pas bien grande… Les maisons sont toutes récentes, pas de cases, quelques jolis falé, les faré de Polynésie, de forme oblongue, à toit de chaume sont installés au bord du lagon. Nous passons au supermarché, bien achalandé et nous y comparons les prix avec ceux de métropole, en général le double mais les salaires sont en conséquence… Jean-Claude nous explique les revenus des différents expatriés. Nous rentrons pour déjeuner. Nous commençons par boire, à côté de leur piscine, 025-WALLIS-Piscine-Marie--Lou-et-Jean-Claude.jpgla bouteille de champagne que nous avions apportée, à la santé de Grace. Nous déjeunons sur la terrasse d’une côte de bœuf de Nouvelle Zélande, aussi bonne et tendre, si ce n’est plus, que la meilleure viande d’Uruguay ! Il est trop tard pour aller faire un tour dans le lagon avec le bateau aussi passons-nous le reste de l’après-midi dans la piscine. Grace continue de susciter l’admiration de ses parents mais aussi les craintes exagérées de la part de son père, complètement gaga ! Nous y restons jusqu’à la tombée de la nuit. L’hyperactif Jean-Claude, à son habitude, ne tient pas en place… Nous dînons, très simplement, avant de nous coucher. Je ne peux toujours pas utiliser internet sur mon ordinateur décidément bien fatigué : batterie à très faible durée de vie, transformateur rafistolé, luminosité de l’écran défaillante…

 

Lundi 22 mars : Nous commençons à retrouver un rythme toulonnais, Marie se réveille de plus en plus tard… La matinée s’écoule à commenter les bons résultats des élections régionales, à lire, examiner les possibilités de balades et d’hébergement aux îles Fidji et au Vanuatu puis à attendre le retour de Jean-Claude. Après déjeuner, un de leurs amis vient dépanner l’ordinateur, je peux désormais me connecter. Nous profitons de la piscine, Marie, plus en confiance que dans la mer, s’essaie à nager. Nous dînons sur la terrasse alors qu’un orage éclate. Je me connecte à internet, un message de Nicole nous apprend l’hospitalisation de Paulette, Marie appelle sa sœur qui la rassure et je reste à me battre avec l’ordinateur.

 

Mardi 23 mars : Après ces deux jours de grand repos, nous allons aujourd’hui reprendre des « activités touristiques ». Nous attendons le retour de Jean-Claude, tôt 036-WALLIS-Lac-Lalolalo.jpgdans la matinée. Il nous emmène en voiture, nous traversons l’île, ce qui ne prend pas beaucoup de temps… Sur le bord d’une piste qui s’élève dans la végétation, nous apercevons un lac de cratère. Nous en approchons, des hommes et des femmes travaillent à en débroussailler les abords. Le lac est au fond d’un cratère parfaitement circulaire, aux parois rigoureusement verticales qui en interdisent l’accès. Nous avons une vue sur ses eaux calmes qu’aucun souffle de vent ne ride, à travers les branches et les lianes qui pendent des arbres. Nous continuons en cherchant les ruines d’un fort tongien. Les Wallisiens sont des 037-WALLIS-Fort.jpgPolynésiens originaires des îles Tonga et au XVI° siècle ces derniers édifièrent une grande forteresse avec des murs larges et hauts en basalte. Une esplanade en occupe la partie haute et nous devinons des restes de fours dans lesquels on faisait cuire quelques victimes lors des festivités… Nous repartons, traversons la tranquille capitale Mata Utu, Nous y voyons la résidence du roi, une belle demeure coloniale en pierres grises, semblables à celles utilisées pour la construction de la grande église voisine. Quelques autres maisons d’allure typiquement coloniale donnent du cachet à cette bourgade endormie au bord du lagon. Nous habiterions bien certaines d’entre elles, face aux îlots éparpillés dans le lagon… Nous rentrons après être passés au supermarché, bouteilles de vin, saucisson et lapin pour un repas « comme à la maison ». Lou s’occupe du déjeuner ; pendant ce temps, Jean-Claude et moi préparons son bateau pour aller nous promener cet après-midi. Nous faisons honneur aux papillotes de poisson que nous honorons d’un bourgogne aligoté… Nous ne démarrons qu’à trois heures. Nous mettons le bateau à l’eau et partons en direction040-WALLIS-Lagon.jpg d’un îlot sur une mer étale. Un gros nuage annonciateur d’un grain fait de l’ombre et nous empêche de cuire. Nous abordons sur une plage de sable de l’îlot Saint-Christophe. Nous nous baignons dans une eau idéale. Je mets le masque pour aller explorer quelques patates dans une eau peu profonde, puisque je garde pied. Des multitudes de poissons, minuscules, d’un bleu électrique, picorent les coraux mais aussi des clowns, des rayés noir et blanc ou encore jaune et gris. Marie met aussi la tête sous l’eau puis regagne la plage. Nous repartons, contournons un autre îlot de grande taille planté de cocotiers dont les palmes se détachent en ombres chinoises sur un beau ciel bleu. Nous approchons d’un autre îlot près de la passe mais la marée trop basse nous interdit d’accoster, nous faisons donc demi-tour. Peu avant de rejoindre la marina, l’hélice heurte une patate de corail et la goupille de sécurité casse ! Le moteur n’entraîne plus l’hélice, nous n’avons pas de goupille de rechange ni de pagaies… Nous faisons des signes désespérés, Jean-Claude s’époumone dans une corne de détresse mais les barques de pêcheurs qui passent au loin se gardent bien de nous voir. Il prévient par radio et une embarcation vient nous chercher. Elle nous lance une amarre et nous ramène ainsi à bon port… Nous remontons le bateau sur sa remorque et rentrons à la maison. Nous dînons, toujours sur la terrasse en dépit de ces maudits moustiques ! J’utilise ensuite internet pour mettre le blog à jour et essayer de téléphoner à Julie qui ne semble pas être rentrée d’Irlande


Mercredi 24 mars : Journée de repos après les évènements de la veille. Jean-Claude est libre de bonne heure et nous emmène en ville acheter des cartes postales puis des timbres à 043-WALLIS-Lagon.jpgla poste et enfin nous nous rendons à l’agence de voyage pour prendre les billets du vol à Tanna au Vanuatu. Partout la décontraction, tout le monde dit bonjour, tutoie, appelle Jean-Claude par son prénom. Nous rentrons cuisiner un lapin à notre façon. La nouvelle responsable locale de RFO s’invite à notre table. Elle nous parle de ses projets. Je m’octroie une sieste après déjeuner dont je sors pour aider Jean-Claude à démonter l’hélice de son bateau, sans trouver l’origine de la panne. Nous nous baignons dans la piscine, dans une eau presque trop chaude puis nous attendons de dîner devant la télévision. Après dîner, nous joignons Julie au téléphone, elle ne nous paraît pas gaie ce qui nous démoralise. Je cherche des réservations d’hôtels à l’île de Tanna au Vanuatu et de croisières aux Fidji sur internet puis je me couche.


Jeudi 25 mars : Dans la nuit, j’ai chaud mais Marie a vite froid quand nous mettons la climatisation. J’attends donc le jour en sueur. Après le petit déjeuner, Jean-Claude, en « chômage technique », revient à la maison. Nous repartons avec lui, d’abord à la poste. Je053-WALLIS-Centre-ville.jpg vais prendre des photos du « centre ville » : une vaste esplanade devant la jetée du port, occupée par le « Palais royal » et l’imposante cathédrale de pierres grises. Deux drapeaux, un français et un wallisien, flottent fièrement et symboliquement entre ces deux bâtiments. Nous cherchons à voir de l’artisanat mais le local des femmes est fermé, deux sont occupées à préparer des dessins pour des tapa. Jean-Claude nous emmène ensuite suivre à pied un sentier botanique, tracé en bordure de l059-WALLIS-Fale.jpga mangrove. Nous nous tordons les pieds sur les blocs de lave qui constituent le sentier ou sur les rondins assemblés pour former des miradors. Des panneaux explicatifs informent sur les propriétés de divers arbres. Certains ont d’énormes troncs couchés au milieu des palétuviers. Un mirador offre une vue sur la mangrove à marée basse, sur fond d’îlots dans le lagon. De jolis falé oblongs à toit de chaume sont éparpillés dans les jardins fleuris, des enclos renferment des cochons promis aux prochaines fêtes. Nous reprenons la voiture et rentrons déjeuner à la maison. Une bière fraîche est la bienvenue, avant le vin blanc glacé qui accompagne le poulet préparé par Lou. Jean-Claude continue de s’agiter, laver la vaisselle, préparer pour le dîner de ce soir, courir de ci, de là… Je repars avec lui. Nous emmenons le bateau chez un mécanicien pour réparer le moteur. En attendant sa venue, Jean-Claude envisage de changer de moteur et s’enquiert des prix. Le mécanicien commence à démonter l’arbre de l’hélice et constate la détérioration des pignons. Jean-Claude va voir une casse de moteurs et trouve les pièces rapidement marchandées. Il les rapporte au mécanicien et nous convenons d’un tour en ULMDSC03192.JPG demain avec un « papalagi » (prononcé papalani), terme désignant ici les Blancs. Nous rentrons à la maison retrouver Marie. Nous passons une petite heure rituelle dans la piscine avant de nous préparer pour la soirée. Jean-Claude et Lou ont invité des amis à dîner. Le gynécologue et le directeur de la BNP sont des nôtres. Soirée fort intéressante, avec une vision économique et sanitaire de l’île. Nous avons confirmation des privilèges exorbitants accordés aux fonctionnaires de l’Etat au service du royaume wallisien. La soirée se termine par la contemplation de l’Etoile du Sud avant de chercher le verre de contact de Marie, retrouvé sur sa cuisse…


Vendredi 26 mars : Panique au réveil, Jean-Claude doit m’emmener à l’aéroclub, confirmer un rendez-vous, préparer un biberon, laver la vaisselle d’hier soir, avaler un café, écouter les dernières informations, enfiler ses chaussettes tout en téléphonant etc… En l’attendant, je me bats avec l’ordinateur qui a de plus en plus de mal à démarrer. Nous partons à dix heures et 104-WALLIS-D-avion.jpgdemie, Marie m’accompagne mais n’envisage pas du tout de voler. A mon grand étonnement, l’ULM n’est pas un simple moteur fixé derrière une aile mais un véritable petit avion deux places, ce qui dissipe les dernières appréhensions que j’avais, surtout depuis que je me suis découvert une tendance au vertige . Tout fait un peu bricolage mais on y retrouve les mêmes commandes que dans un Piper. Je décolle avec un instructeur sur une très courte distance. Nous nous dirigeons en montée à trois mille pieds vers les lacs de cratère, cercles parfaits entourés de forêt. Nous survolons ensuite le lagon et je mitraille sans me limiter, les dégradés de couleur, les jeux de lumière sur117-WALLIS-D-avion.jpg les eaux. La marée basse découvre les fonds, les plages autour des îlots, les tableaux impressionnistes des platiers. L’instructeur me passe les commandes, je retrouve des sensations oubliées, le plaisir de piloter, quelques virages sur 360° permettent de découvrir toute l’étendue de l’île et son écrin turquoise. Je ne garde pas le manche longtemps, je préfère me concentrer sur la vision des couleurs au-dessous de moi : les bleus outremer des tombants au-delà de la barrière de corail et les verts du lagon. Nous revenons nous poser avec une déconcertante facilité. Cette expérience me donnerait presque envie de repasser un brevet de pilote mais les conditions en métropole et les tarifs m’en dissuaderaient vite… Jean-Claude vient nous rechercher, nous rentrons à la maison, déjeunons, salade d’avocat et de pamplemousse. Courte sieste dans l’après-midi puis nous allons nous rafraîchir dans la piscine. Je réussis à éliminer le virus qui perturbait le bon fonctionnement de l’ordinateur et je peux de nouveau espérer l’utiliser jusqu’à… Je corrige les photos, tape mon texte, en attendant le retour de Lou, partie à RFO, maquiller, comme tous les soirs, les intervenants. Jean-Claude nous offre un dernier gin-tonic puis, Lou de retour, nous partons au restaurant, sans oublier Grace et sa poussette. Nous nous installons sous un grand falé avec une vue sur la mer, du moins quand il fait jour… Nous commandons des plats de crevettes et de poisson. Les crevettes ne sont pas décortiquées et le poisson grillé est une tranche de poisson poêlée avec des câpres. Je règle l’addition. Retour à la maison. Impossible de nouveau de me connecter ! Cette fois je suis décidé à me débarrasser de l’ordinateur ! J’utilise celui de Jean-Claude pour consulter ma messagerie. Les croisières Captain Cook ont de la place pour demain et un hôtel à Tanna a répondu. Marie dort déjà quand je la rejoins.


 

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17 février 2010 3 17 /02 /février /2010 09:33

PACIFIQUE

 

HIVER 2010

 

Samedi 10 février : Après deux jours à grelotter à Paris sous la neige, à nous régaler aux restaurants chinois (Ah, la soupe de raviolis de crevettes !) et péruviens (Ah, le pisco sour !), à broyer du noir à l’exposition Soulages, à tomber sous le charme du noir et du blanc superbes aux photos d’Izis que nous ne connaissions pas et qui mérite sa place à côté de Ronis, Doisneau, à revoir des Fritz Lang (La 5° victime pour la troisième fois !!), nous avons pris le chemin de Roissy, emmenés par Julie, jalouse (…) et Jean-François, à qui nous remettons pulls et blousons chauds dans l’aérogare. Nous enregistrons, passons des contrôles, pas spécialement rigoureux, avant d’embarquer. Nous ne décollons qu’avec une heure de retard qui sera rattrapée dans les douze heures suivantes de vol. Après avoir survolé la Grande-Bretagne puis l’Irlande, nous nous lançons à la poursuite du soleil couchant. Deux repas avec champagne et liqueur, quelques films avec Steve Mc Queen visionnés sur un écran grand comme une carte postale, plus tard, à l’approche des Rocheuses, notre Boeing est distancé et la nuit commence. Changement d’appareil et pour l’occasion, contrôle de l’immigration U.S. puis fouille des bagages plus poussée, à Los Angeles.

 

Dimanche 11 février : Nous repartons pour encore quelques heures de vol. Dans les passagers quelques tahitiennes avec une fleur dans les cheveux annoncent la destination. Nous arrivons, toujours de nuit, à Tahiti, légèrement en avance. Dans le hall, trois Tahitiens, en paréo et chemise à fleurs, couronne de fleurs sur la tête, chantent et jouent de l’ukulélé pour les touristes. Les contrôles sont expédiés rapidement et nous nous retrouvons dans l’aérogare. Nous tombons chemise, chaussettes, foulards, ce qui ne nous empêche pas de transpirer dans la moiteur tropicale, 30° C et humidité maximale ! Cette moiteur qui justifie la sympathique langueur qui m’envahit dans ces destinations tropicales. Les Polynésiennes, jeunes ou vieilles, boudins ou canons, souvent plantureuses, ont toutes la fleur de tiaré piquée derrière l’oreille ou dans le chignon. Nous attendons Emmanuelle qui, comme prévu, arrive à 001-TARAVAO-Marie.jpg6h30, alors que le soleil commence à percer derrière les montagnes. Elle nous accueille avec des colliers de fleurs blanches de tiaré, son parfum est proche de celui du jasmin Nous prenons l’autoroute, à la sortie de Papeete. Elle traverse les quartiers commerciaux, supermarchés comme en métropole. Nous apercevons la barrière de corail sur laquelle sbrise une faible houle. Seule la bande côtière est habitée, en arrière les montagnes s’élèvent trop brutalement pour permettre les constructions. La végétation qui couvre les montagnes est splendide, nous retrouvons toutes les essences habituelles : cocotiers, manguiers, arbres à pain, rares flamboyants aux fleurs écarlates. Nous parvenons à Taravao, sur l’isthme qui sépare Tahiti en deux parties. Emmanuelle, toujours très gaie, et son compagnon Thomas, pas du tout gay, nous logent dans leur bien agréable bungalow, au milieu d’un grand terrain entouré de cocotiers et autres beaux arbres. Ils nous présentent leur nurserie d’oiseaux, des nodis, et leur chatte. Après un petit déjeuner aux beignets de coco, un long échange de considérations sur la Poly005-TARAVAO-Marie.jpgnésie et autres destinations, ils nous emmènent dans leur petit bateau à coque aluminium, amarré en bordure du terrain, en promenade sur le lagon. Nous découvrons avec un peu de recul toute l’île dominée par des montagnes ennuagées. Nous nous baignons dans une eau à la température parfaite. De temps en temps, un grain pique l’eau mais il ne dure pas. Nous rentrons déjeuner, occasion de découvrir la recette du « chaud-froid » : un pavé de 1,5 kilo de thon rouge, roulé dans des épices puis rapidement doré sur toutes ses faces et dégusté avec une sauce à base de mayonnaise, sauce soja et sauce d’huître, un régal ! La chair est d’une tendresse incompar006-TARAVAO-Nuages.jpgable. Je m’octroie une sieste avant que nous ne repartions avec le bateau dans le lagon. Nous jetons l’ancre et nageons quelques instants. La remontée à bord n’est pas évidente… Nous revenons dans le fond de la baie boire une bière fraîche au milieu des eaux tandis que le soleil disparaît. Nous allons dîner « Chez Myriam », seul restaurant ouvert. Bonne cuisine chinoise, très copieuse, je ne viens pas à bout de mon porc sauce d’huître ni Marie de son mai-mai, une variété de dorade, au curry. Deux Tahitiennes, couronnées de fleurs, dansent sur des airs pas toujours purement locaux. Retour au bungalow pour, enfin, une nuit de sommeil.

 

Lundi 15 février : Je suis réveillé tôt. Il y a eu du vent dans la nuit ainsi qu’une bonne averse, il n’a donc pas fait trop chaud. J’attends l’apparition du soleil pour lire puis à 7 heures et demie, je rejoins Emmanuelle et Thomas qui partent travailler. Ils me déposent à l‘agence de location de voiture Avis. L’employé, un Tahitien bon teint, d’emblée me tutoie. Je repars au volant d’une petite coréenne. Je vais retrouver Marie. Nous petit déjeunons et partons en balade. Nous hésitons entre la presqu’île et le tour de la partie principale. Nous nous décidons, puisque la matinée est avancée et que le ciel y semble plus clément pour la presqu’île. Nous suivons le lagon délimité par la frange blanche de la mer écumant sur les brisants, à quelque distance.015-TEAHUPOO-Vue.jpg Des pirogues à balancier sont abritées sous des faré, ces abris couverts de palmes. De l’autre côté de la route, la montagne et une végétation très dense. Les maisons sont coquettes, plantées sur des gazons dignes d’Anglais. Des haies de splendides massifs fleuris, hibiscus, frangipaniers, délimitent les parcelles. Nous poursuivons jusqu’au bout de la route, à Teahupoo. Il n’est pas possible de faire le tour de la presqu’île. Nous continuons à pied en empruntant une passerelle au-dessus d’un ruisseau descendu de la montagne et traversons le village. Les maisons sont récentes et n’ont pas le cachet de celles de La Réunion mais elles ne manquent pas d’attraits, leurs vérandas doivent être agréables à l’heure de l’apéritif… Beaucoup se sont installés un faré en bord de mer, à l’ombre des badamiers. Nous marchons le long de la plage. Le temps se gâte, les nuages sont de plus en plus présents et quelques gouttes tombent. Nous revenons sur nos pas et reprenons la voiture. Nous trouvons le marae 018-VAIRAO-Marae.jpgNuutere au bout de quelques centaines de mètres de piste à l’écart de la route principale. Il s’agit d’une vaste esplanade culturelle, une plateforme constituée de blocs de roches volcaniques, débroussaillée et entretenue, autour d’un figuier. Identifier les différents espaces n’est pas évident d’autant que notre connaissance de ce type de lieu est des plus sommaire ! La situation du marae, au pied de la montagne, entre des cocotiers élancés, parsemé de buissons fleuris, est enchanteresse. Nous revenons à Taravao. Nous achetons au supermarché du pain, de la charcuterie et des oranges puis prenons la route qui monte sur le plateau. Nous nous élevons au milieu de prairies vertes que broutent de blondes charolaises, déplacées entre palmiers et arbres à pain. La route se termine, nous continuons à pied sur un sentier glissant pour parvenir à un point de vue sur l’île de Tahiti, perdue dans les nuages,023-TAHITI-Recifs.jpg l’isthme qui l’en sépare de la presqu’île et les barrières de corail qui l’entourent. Je peste contre les nuages qui nous gâchent le panorama. Nous redescendons sur la côte et repartons en direction de Tautira. Nous pensions trouver une côte sauvage mais les constructions en bord de mer se succèdent sans discontinuer et il n’est pas évident de trouver un bout de plage accessible. Les bouts de pistes qui y mènent sont souvent barrés d’un péremptoire « TABU ». Tautira est un joli village calme. Nous le dépassons et empruntons une mauvaise piste sur laquelle les Tahitiens roulent au pas même avec des pick up ou des 4x4. La végétation dégringole des 032 TAUTIRA Forêtfalaises, des cascades ont marqué leur empreinte sur les roches verticales mais le soleil demeure absent. Nous revenons sur nos pas, suivons une vallée qui remonte le cours de la Vaitepea qui roule des flots bruns. Entre les bouquets de cocotiers nous apercevons dans la grisaille, les pics volcaniques du centre de l’île. Nous ne pouvons pas aller bien loin. Ce sont les travaux de constructions de maisons, de plus en plus éloignées de la côte qui font progresser la pénétration vers l’intérieur. Nous reprenons le goudron et retrouvons Taravao. Nous visitons les supermarchés, en examinant les étiquettes (à notre grand étonnement, la viande de bœuf, importée de Nouvelle-Zélande, est bon marché). Nous rentrons au bungalow pour y retrouver nos hôtes. Je prépare une salade (sans salade) de crevettes à la mangue. Après un apéritif à la bière, nous dînons, sous l’œil concupiscent de moustiques fort intéressés. Emmanuelle débouche une étonnante bouteille de vin blanc local, la vigne pousse sur un atoll ! Nous discutons encore tard avant d’aller nous coucher.

 

Mardi 16 février : Nous nous levons tôt pour partir de bonne heure. Nous faisons nos adieux à Emmanuelle et Thomas qui, invités, ne reviendront pas ce soir. Le ciel est très menaçant sur l’île, de gros nuages noirs enveloppent les sommets. Nous hésitons à faire le tour par l’est ou par l’ouest. Nous commençons par l’ouest , moins couvert, mais au bout de quelques kilomètres, rattrapés par la pluie, nous faisons demi-tour. La c038-PUEU-Eglise.jpgôte est étant aussi sous la pluie, nous ne distinguons pas grand-chose du paysage ! Les villages se succèdent, tous pourvus de plusieurs grandes églises ou temples surmontés de flèches pointues. Chacune correspond à une congrégation, ce n’est pas le choix qui manque ! Catholique, toutes les variantes du protestantisme mais aussi témoins de Jéhovah, Mormons, Sanitos (Eglise réorganisée de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, ouf !), sans oublier les Evangélistes de tout poil… Nous nous arrêtons à plusieurs reprises dans l’espoir que la pluie se calme. Ce qui finit par 041 Souffleurarriver alors que nous sommes arrêtés au Trou du Souffleur où la houle crache bruyamment à travers une ouverture dans les roches. Nous pouvons distinguer la côte, de grandes roches noires balayées par les vagues, les plages sont rares à Tahiti et sont alors d’un sable noir de jais. Derrière la végétation est des plus luxuriantes, les tulipiers du Gabon mettent des touches de rouge dans les variétés de vert des frondaisons. Nous suivons une courte portion de route qui s’enfonce dans l’intérieur jusqu’à un parking. De là deux sentiers dans la forêt mènent à trois impressionnantes cascades. La première toute proche est l‘occasion de nous faire doucher par les embruns provoqués par la chute, de plusieurs centaines de mètres de hauteur, des eaux chargées de limon rouge, gonflées des pluies de la matinée. Les deux autres s’atteignent après quelques minutes de marche sur un sentier heureusement aménagé dans la montagne. Elles aussi s’abattent avec fracas de part046 VAIMAHUTA Cascade et d’autre d’un pan de falaise. Nous repartons le long de la côte, les eaux ne sont pas turquoises mais bien rouges, de la couleur de la terre entraînée par les torrents. Nous suivons ensuite la route dite « traversière » mais qui ne traverse pas ! Après quelques kilomètres de goudron, nous continuons sur une piste creusée de nids de poule remplis d’eau dans lesquels la voiture, pas vraiment prévue pour, cahote. Nous remontons le lit de la rivière Papenoo. Nous sommes déçus par le paysage, ce n’est plus la luxuriance à laquelle nous étions habitués, peu de grands arbres mais plutôt des arbustes qui semblent brûlés ou en manque d’eau ! La route s’élève, parfois très abruptement, mais alors des plaques de béton évitent les problèmes qui ne manqueraient pas de survenir en temps de pluie. Nous franchissons à plusieurs reprises des torrents sur des radiers. Nous entrons dans un cirque de montagnes découpées et de pics acérés, infranchissable suite à des éboulements. Nous arrêtons à l’auberge de la Maroto. Nous y aurions bien déjeuné ou à tout le moins pris un verre en contemplant la vue de la terrasse mais tout est fermé bien qu’une pancarte annonce : « Ouvert tous les jours »… Nous poussons un peu plus loin, il faut traverser un petit torrent, la voiture racle, cale, repart. Nous allons voir à proximité un maraé. Le chemin d’accès est envahi de branchages, des arbres déracinés jonchent le terrain. Des ouvriers nous expliquent que le dernier cyclone en est le responsable et que si les dégâts ont été minimes sur la côte, il n’en a pas été de même en altitude. Nous retrouvons la côte, la circulation à l’approche de Papeete s’intensifie055-MOOREA-Vue.jpg. Un court détour nous amène à la Pointe Vénus, une plage de sable noir d’où nous apercevons l’île de Moorea empanachée de nuages. Pas une seule gargote pour nous sustenter ! Les policiers municipaux doivent regarder trop de films américains, sur leur fourgon est écrit non pas Police mais Shérif !!! Nous traversons Papeete sans en voir grand-chose. A peine apercevons-nous un paquebot ancré devant la ville avant de revenir par la côte dite ouest vers Taravao, sur la portion d’autoroute où la vitesse est tout de même limitée à 90 km/h. Quelques kilomètres plus loin, nous allons visiter le musée de Tahiti et des Iles. Dans un beau parc en bord de mer, ombragé par des manguiers et des cocotiers, se tiennent les bâtiments qui abritent une intéressante collection d’objets collectés dans toute la Polynésie.058-ARAHUARU-Marae.jpg Les plus remarquables viennent incontestablement des Marquises où semble-t-il subsistent des traces de la culture traditionnelle. Tout ce qui touche aux ïles y est évoqué : géologie, zoologie et bien sûr anthropologie. Des panneaux, peu lisibles, voire complètement effacés, devraient apporter des explications… L’éloge des missionnaires, de toutes confessions, y est dressé, sans le moindre recul… Nous allons encore faire quelques détours pour approcher deux maraé, le dernier dans un beau parc. Mais il commence à faire tard, nous allons faire quelques emplettes au supermarché de Taravao et nous rentrons au bungalow. Il faut nourrir les chiens qui s’affolent, gueulent, réclament leur gamelle, la chatte cherche à se rendre intéressante. Une fois tout ce petit monde rassasié, nous nous occupons de nous. Traitement des photos, rédaction du journal, consultation de la messagerie puis nous dînons en puisant dans les stocks d’avocats et de fruits tropicaux d’Emmanuelle et Thomas. Il faut ensuite refaire le sac et enfin nous pouvons nous reposer.

 

Mercredi 17 février : Encore un réveil matinal, nous nous mettons au rythme polynésien… Nous chargeons la voiture, rapide ménage du bungalow et nous partons. Un beau soleil nous fait presque regretter de quitter Tahiti. La côte sous cette lumière est très belle, le bleu de la mer et du ciel ponctué de quelques petits nuages blancs, le vert des palmes et le vermillon des fleurs, toute une palette de couleurs pour nous dire au revoir… A l’approche de Papeete, nous découvrons les encombrements locaux. Nous nous traînons jusqu’à l’autoroute et à neuf heures nous garons la voiture au parking de l’aéroport. Nous rendons les clés, déposons les sacs à la consigne, pas bon marché… Nous travers062-PAPEETE-Musiciens.jpgons la route pour aller prendre un bus. En l’attendant, nous discutons avec une Polynésienne des Tuamotu qui nous conte son émerveillement devant les champs de blé, en France ! Nous descendons dans le centre ville. Une demi-douzaine de Tahitiens jouent du ukulélé et chantent pour le plaisir des passants. Nous nous rendons au marché, une structure métallique récente mais qui respecte le style ancien. Au rez de chaussée les étals de fruits et légumes, taro, bananes à cuire, ananas, avocats et papayes, voisinent avec les marchandes d’artisanat, chapeaux tressés en pandanus et horreurs habituelles pour les touristes. Nous marchons jusqu’à la mairie une grande bâtisse récente mais traditionnelle, plus intéressante de loin que de près. Pas de belles maisons coloniales, béton et architecture récente sont le lot075-PAPEETE-Vahine.jpg des immeubles du centre ville. Nous revenons sur l’avenue du front de mer, la circulation est intense mais les passages cloutés sont scrupuleusement respectés. Nous jetons un œil à la cathédrale, nom pompeux pour une modeste église de campagne. Marie trouve et achète un roman (policier) polynésien. L’apport de la culture française se manifeste ici, comme à Saïgon, à Dakar, ou naguère à Tunis, par des cafés en terrasse, ombragés où il est possible de se faire servir un demi-pression glacé. Nous déjeunons dans l’un d’eux, tartare de thon rouge et poisson cru au lait de coco nous régalent. Un violent orage éclate et nous cloue dans ce café. Quand la pluie cesse, nous n’avons que le temps d’aller reprendre un bus qui nous dépose à l’aéroport. Je récupère les sacs et nous les enregistrons. Nous devons patienter une heure, un autre orage éclate alors 090-BORA-BORA-D-avion.jpgque nous attendons sur le tarmac de monter à bord d’un ATR. Nous décollons et survolons Moorea, également couverte de gros nuages mais on distingue la barrière de corail. Plus tard nous survolons Huahiné qui, avec ses cumulus au-dessus de l’île entourée des eaux vertes du lagon, ressemble à un gros chou-fleur. C’est ensuite Bora Bora, ensoleillée, aux pics qui émergent des eaux turquoise du lagon. Nous apercevons d’autres atolls éloignés puis nous contournons Maupiti, sa falaise surgie du lagon, ses cocoteraies sur les motu, îlots de l’anneau corallien. Nous nous posons  dans ce nouveau bout du monde. Pas de voitures à l’aérogare, un simple faré, la piste est construite sur un motu qui n’est accessible qu’en bateau ! Notre aubergiste arrive104-MAUPITI-Fare.jpg légèrement en retard, décontracté, tutoiement d’office, il nous offre des colliers de fleurs de tiaré. Quelques pas et nous montons dans sa grande barque. Nous longeons le cordon de cocotiers quelques centaines de mètres avant de nous laisser glisser sur le sable, dans une eau très peu profonde, pour accoster devant notre bungalow. Il n’y en a qu’un, entre deux cocotiers, directement sur le lagon. Nous allons pouvoir jouer les Robinson ! Nous allons nous tremper, pas question de nager dans si peu d’eau, en contemplant, d’un côté l’île et ses pics, de l’autre côté la palissade de cocotiers. L’idée que l’on pouvait avoir de la Polynésie ! Nous sommes avec une Belge, voyageuse solitaire, les seuls clients. Nous dînons ensemble dès que le soleil est couché, heure à laquelle moustiques et nono partent à la chasse au popaa. Les darnes de thazard sont accompagnées d’un excellent curry de fruits de l’arbre à pain. Le repas avalé, il ne reste plus qu’à aller se coucher…

 

Jeudi 18 février : Le soleil inonde le faré à travers le rideau. Le ciel est dégagé des nuages, le lagon resplendit. Nous petit déjeunons en compagnie de la Belge, Florence. Puis Marc, 107-MAUPITI-Cocotiers.jpgnotre hôte, sa femme Melissa et leurs deux chiens nous emmènent, avec Florence qui repart, sur l’île. La traversée est rapide. Le village s’allonge et forme la seule et unique rue. Les maisons, des bungalows, sont posées sur de courts pilotis et sont censées résister à des vents de 360 km/h ! Ui, un ancien de 73 ans, va nous emmener dans son minibus pour un tour de l’île, commenté. A mon grand étonnement et déception (légère) les véhicules ne sont pas rares et quelques 4x4 circulent sur les dix kilomètres de l’étroite route qui fait le tour de l’île. Notre guide est un curieux personnage, féru d’ésotérisme et d’astronomie. D’après lui, et ce serait dans la Bible216-NOULEA-Aquarium.jpg (!), les Polynésiens seraient une des douze tribus d’Israël, leur langue dériverait de l’hébreu ! Il nous dépose à la seule plage de l’île, à une pointe, face aux motu qui forment l’anneau corallien. L’eau est transparente, le fond de sable est parsemé de quelques « patates » fréquentées par de jolis poissons de coraux, des noirs et blancs à larges ou fines rayures noires, des bleus, des oranges. Peu effarouchés, ils continuent de vaquer à leurs occupations tandis que nous les observons à travers le masque, tout en ayant pied. Nous dorons, rougissons, devenons de vrais popaa, des « brûlés », selon l’expression utilisée par les Polynésiens pour désigner les Européens. Ui vient nous rechercher avec un autre couple qui vient d’arriver. Nous achevons le tour de l’île pour retourner au village. La route franchit un 117 MAUPITI Lagoncol, modeste, mais d’où la vue sur le lagon et le cordon lagunaire est éblouissante ! Des variations de bleus, du turquoise à l’outremer qui dessinent des arabesques dans le lagon. Nous déjeunons dans un « snack », en terrasse sur le lagon, en compagnie d’autres Français, des enseignants de français – latin ( !!! ) en poste à Bora Bora. Nous nous régalons de poisson cru et de sashimi servi avec une sauce proche de celle préparée par Emmanuelle. Nous repartons pour un second tour de l’île avec de nouvelles « informations » dispensées par Ui, témoignages de la confusion engendrée dans les esprits par les missionnaires, mélange de légendes locales et 122-MAUPITI-Petroglyphe.jpgd’autres extraites et réinterprétées de la Bible. Il détaille longuement les restes d’un marae puis, sans grand enthousiasme, nous conduit au site des pétroglyphes, des pierres dans un ruisseau couvertes de gravures que les archéologues pensent être des représentations de tortues mais qui pour Ui sont une représentation de l’Union de la France et de l’Angleterre protégeant la Polynésie… Nous retrouvons Marc dans le village et nous rentrons en fendant les eaux turquoise au bungalow. La douche est la bienvenue. Nous nous installons dans le jardin mais nous devons nous couvrir pour échapper aux moustiques et aux nono. Nous dînons en tête à tête, encore du thazard, servi avec des champignons à la crème et des macaronis. C’est Marc qui est aux fourneaux et il a des nostalgies culinaires…

 

Vendredi 19 février : Réveil plus tardif, le ciel est serein, l’orage de la nuit est oublié. Nous attendons l’arrivée de la barque d’un autre hôtelier pour partir avec lui faire le tour complet du 129-MAUPITI-Ile-et-patate.jpglagon. Nous naviguons sur des eaux de carte postale, l’intensité des couleurs variant avec la profondeur. Nous nous approchons, entre deux motu, de deux fausses passes, ouvertures dans l’anneau corallien mais néanmoins infranchissables. Nous nous mettons à l‘eau pour aller voir des patates, plus belles que celles de la veille mais sans plus de poissons. Nous repartons jusqu’à la plage de la veille où sur les conseils du pilote de la barque, je nage jusqu’à une autre patate, aux coraux plus variés et nettement plus peuplée. Des anémones s’agitent dans le courant et hébergent de jolis poissons colorés. Je regrette de ne pas avoir de tuba car je dois sortir la tête de l’eau pour respirer alors que les poissons craintifs ne ressortent de leurs abris qu’une fois rassurés par mon immobilité. Nous embarquons un groupe de touristes qui renoncent à faire le tour de l’île à133 MAUPITI Lagon pied. Nous poursuivons à faible allure dans une étendue d’eau de peu de fond jusqu’à la vraie passe, étroite ouverture entre les vagues qui se brisent sur la barrière de corail. Les effets du cyclone Oli sont visibles : sable disparu, grève de brisures de coraux, cocotiers déracinés. Nous continuons en cherchant dans l’eau des raies qui fuient devant nous. Un petit requin, aux dires de notre capitaine, n’est pour nous qu’une ombre dans l’eau. Nous achevons le tour en regagnant le bungalow. Marc nous a préparé des sandwichs, jambon, concombre et mayonnaise… Marie insiste pour avoir une bière… Nous faisons ensuite une petite sieste avant de ressortir pour traverser à pied la cocoteraie qui couvre le motu et débouchons sur le rivage uniquement constitué de débris de coraux. Pas de sable, pas de baignade possible, les rouleaux des vagues s’écrasent sur les madrépores. Pas d’ombre non plus ! Marie reste sur le bord, je marche le long du rivage puis reviens en recherchant l’ombre. Là aussi le cyclone a laissé des traces. Nous revenons au bungalow. Marc a reçu son poste de radio, parti en réparation et qui lui manquait. Nous avons droit à une musique pas forcément de notre goût, qui vient troubler notre quiétude. Seule la musique polynésienne est d’ambiance. Le dîner prouve aussi qu’il est temps de repartir. Après deux soirs au thazard, nous avons droit ce soir à un plat de bœuf aux légumes qui s’avère être préparé avec du corned beef. Les Polynésiens en sont friands paraît-il, pas nous. Une expérience ! Les crabes, les holothuries abondent, le poisson cru est facile à préparer mais pourquoi se compliquer la vie ? Dommage que Marc semble gagné par l’indolence locale…

 

Samedi 20 février : Je laisse Marie dormir et vais lire sur le rivage, sous un ciel sans nuages, dans la lumière naissante. Après le petit déjeuner, nous voulons faire un tour en kayak. Nous montons tous les deux sur un kayak individuel. Je peine à le diriger et, trop chargé, il se remplit d’eau. Marie peu rassurée, bien que nous soyons dans très peu d’eau, descend sur une plage et je continue seul dans un engin nettement plus maniable mais plus fatigant qu’il n’y paraît. Brûlé par le soleil, las de pagayer et sans la moindre raie ni l’ombre d’un aileron en vue, je fais demi-tour et rejoins Marie. Nous rentrons à la pension et préparons les sacs. Le ciel se couvre et devient vite gris. Marc, Melissa et leurs deux chiens nous ramènent sur l’île. Nous 138-MAUPITI-Orage.jpgabandonnons les deux sacs à leur maison et allons déjeuner sous le faré du snack de l’avant-veille. Plats bons et copieux de cette cuisine métissée sino-polynésienne. Nous sommes à la table d’un intendant de collège d’une île des Australes ravagée par le cyclone Oli. Il y a perdu sa maison et ce qu’il nous en raconte est plutôt cauchemardesque ! Un violent orage éclate, on ne distingue plus les motu. Et puis cela passe mais le ciel reste couvert. J’accompagne Marie à l’embarcadère, beaucoup plus éloigné qu’il ne m’avait semblé. C’est l’occasion de voir de près les maisons du village et leurs tombes de la famille installées devant. Il n’y a pas de cimetière à Maupiti et il en139 MAUPITI Nous est souvent de même dans les autres îles. Je reviens en transpirant à la maison de Marc. Mélissa nous a tressé des couronnes de feuilles et de fleurs de tiaré ! Il me ramène avec les sacs dans le débris qui lui sert de véhicule au port. Nous posons pour la photo avec nos couronnes, que nous conservons sur la tête ! Nous appareillons, assis sur le petit pont supérieur de la vedette, ponctuellement à seize heures. Le franchissement de la passe est une expérience de roulis qui ne dure heureusement pas. Nous distinguons dans le lointain, le cône de la montagne de Bora Bora. Elle tarde à se rapprocher, la traversée va durer plus de deux heures, plus que prévu alors que 142-BORA-BORA-de-Maupiti.jpgla houle ne nous paraissait pas trop forte. Des poissons volants  passent en rase-mottes. Bora Bora grossit, Maupiti rapetisse. Nous entrons dans le lagon, sans distinguer grand-chose, la lumière décline et le ciel est toujours gris. Nous accostons et montons dans un truck, un de ces bus à l’ancienne, une caisse en bois, ouverte à tous les vents, munie de bancs, posée sur un châssis de camionnette, qui assure le transport des passagers et des bagages. Nous avons le temps d’apercevoir un tronçon de la côte, peu143-BORA-BORA-Marie-et-truck.jpg différente de Tahiti avec sa succession de maisons. La nuit tombe quand nous arrivons « Chez Nono », l’auberge où nous avions réservé. D’emblée, l’ambiance me déplaît ! Nous longeons dans une soupente à l’étage, mal isolée, les autres locataires sont bruyants, que des mâles bronzés et musclés… Nous y retrouvons Florence, objet de toutes les attentions masculines et qui nous permet d’obtenir un verre de punch inattendu et bien venu. Nous l’abandonnons à son aréopage d’admirateurs énamourés et allons dîner à proximité dans une « roulotte », des tables en plein air et quelques plats préparés par un « demi », métis indo-polynésien. Il nous conte la saga de sa famille, son grand-père de Pondichéry, gaulliste de la première heure, sa grand-mère venue des Australes, leur rencontre en Nouvelle Calédonie. Il nous fait part de son dégoût des politiciens locaux et de son désir de retourner en Inde pour y monter quelque chose. Nous lui promettons de revenir dîner demain soir et rentrons en suivant la route, succession de boutiques, de restaurants dans une ambiance de vacances sous les tropiques que nous verrons mieux au jour. Le ventilateur permet de masquer les rires peu discrets et la musique de nos colocataires.

 

Dimanche 21 février : Le ciel est bien gris ce matin, le vent souffle. Pourrons-nous partir en promenade en bateau ? Je vais acheter du thé, du sucre et des firifiri, des beignets à la noix de coco pour le petit déjeuner, à la boutique sur la route principale. Elle est assez éloignée, cela me donne l’occasion de comparer les établissements touristiques, tous à toits de chaume dans un environnement de verdure et les maisons des habitants, à toits de tôle. Nous partons 145-BORA-BORA-du-lagon.jpgà neuf heures et demie, le ciel semble s’améliorer. Nous embarquons dans une grande pirogue à balancier, équipée d’un moteur hors-bord. Nous sommes six touristes, le pilote et une accompagnatrice sympathique. Nous commençons le tour du lagon avec une première vision de la montagne encore bien perdue dans les nuages et des installations hôtelières de la côte. Premier arrêt sur un banc de corail. Je descends dans l’eau et découvre un superbe aquarium, des centaines de poissons multicolores, pas effarouchés, vaquent à leurs occupations sur un m235-NOULEA-Aquarium.jpgassif de corail non dégradé, occupé par quelques bénitiers aux lèvres ourlées phosphorescentes. Enthousiaste, je reviens décider Marie à partager mon plaisir. Comme il n’y a pas pied, elle enfile une bouée de sauvetage et descend dans l’eau. Je retourne au milieu des poissons, me laisse flotter à observer les « demoiselles » bleues, les « bagnards » blancs et gris, les « papillons » noirs à queue jaune etc… Nous repartons en direction des motu. Nouvel arrêt dans peu d’eau mais Marie préfère rester à bord… Je descends m’accrocher à une corde pour contempler le ballet des raies et des requins attirés par la 153-BORA-BORA-Requins.jpgnourriture, des déchets de poisson que leur distribue le pilote. Des petits requins, accompagnés de leur poisson pilote, passent sous mon nez, je tente d’en caresser quelques-uns. Les raies, de bonne taille, ondoient, s’empilent en mille-feuilles, passent sous les jambes. D’autres poissons colorés sont aussi présents mais je n’ai d’yeux que pour les squales et les raies. Une pensée pour Julie… Nous arrêtons ensuite sur un motu pour déjeuner sous un faré. Un somptueux repas ! Un buffet présenté sur des feuilles, décoré de fleurs d’hibiscus, propose du poisson cru au lait de coco, de l’espadon grillé avec164-BORA-BORA-Pique-nique.jpg une sauce délicieuse, du taro (bof !), de la banane cuite, très sucrée, du gâteau coco et des tranches de fruits. Et pour égayer le repas, le pilote joue de l’ukulélé et l’accompagnatrice chante… Nous essuyons un grain pendant ce pique-nique mémorable avant de repartir. Nous longeons les villages lacustres que sont les luxueux hôtels composés de paillotes sur pilotis distribuées en Y sur les eaux du lagon. Les tarifs y sont astronomiques mais il ne me déplairait pas de passer la nuit au-dessus de l’eau et de me réveiller avec un horizon d’eaux turquoise. Peu sont occupés, quelques-uns ont souffert du 179-BORA-BORA-Raies.jpgcyclone. Nouvel arrêt pour une courte baignade et enfin dernière attraction et pas la moins époustouflante. Une dizaine de  raies de grande taille accourent (?), des habituées sans doute à la façon dont elles se précipitent sur l’animatrice, se propulsent sur ses épaules. Les touristes se mettent à l’eau, Marie aussi. Nous pouvons caresser le dos de ces sympathiques tapis nageant qui nous regardent de leurs gros yeux globuleux sans aucune idée de mes envies de beurre noir et de câpres… Nous achevons le tour de l’île sous un nouvel orage. Mes coups de soleil commencent à me faire souffrir. Je suis rouge homard mais je grelotte ! Nous retrouvons l’auberge, regagnons la chambre, procédons à des ablutions bienvenues avant de marcher jusqu’à la pointe Matira, sans grand intérêt, ce ne sont qu’hôtels et restaurants, bien serrés les uns contre les autres. Nous revenons guetter le coucher de soleil depuis notre plage mais il disparaît traîtreusement derrière les nuages sans crier gare ! Nous allons dîner au snack de la veille d’un unique steak frites, assez consistant pour deux, une viande tendre de Nouvelle Zélande. Nous rentrons en essayant d’éviter les flaques d’eau sur le chemin non éclairé.

 

Lundi 22 février : La pluie violente débutée dans la nuit ne cesse pas. Nous apprenons qu’une dépression rôderait dans les parages… Nul ne sait en prédire la durée. Nous passons la matinée à la table commune de l’auberge, à discuter avec d’autres touristes. Le travail, les enfants, les voyages… Echange de quelques renseignements et banalités pour passer le temps. Nous avons parfois l’impression d’une légère amélioration mais vite, une nouvelle ondée ternit nos espoirs… A midi, un minibus vient nous chercher en compagnie d’un couple désoeuvré en quête d’activité et nous dépose au faré du port sous lequel nous attendons l’heure du départ de la navette maritime qui emmène sur le motu où se trouve l’aéroport. Je vais acheter des sandwichs et une bière. Nous traversons le lagon, toujours sous la pluie, et enregistrons nos bagages. Nous décollons en avance. L’avion est loin d’être plein. Nous186-TAHAA-d-avion.jpg survolons Bora Bora dans la grisaille et peu après Tahaa avant de descendre sur Huahiné. Le vol n’a duré qu’un quart d’heure ! Armelle, une Française de Polynésie, de la pension Té Nahé Toe Toe, nous attend. Elle nous emmène, nous montre l’auberge isolée et sans ressources comestibles où nous avions réservé. Nous décidons d’aller à son autre pension où nous pourrons dîner et aviserons ensuite. L’île est bien plus calme que Tahiti ou Bora Bora, Peu de maisons, guère de véhicules. La végétation est plus présente et couvre les montagnes qui dessinent des baies entre les deux îles séparées par un pont. Nous nous 201-HUAHINE-Te-Nohe-Toe-Toe.jpginstallons dans un bungalow de bois à toit de palmes et sol de brisures de corail, confortable avec une petite terrasse directement sur la mer. Nous nous installons, Marie relit mon texte puis, alors que la pluie a cessé, nous allons faire un petit tour à pied jusqu’à la pointe. Nous dînons en compagnie de nos hôtes, plus charmants que ne le laissait supposer l’attitude revêche de la dame. Ils ont préparé une fondue chinoise, crevettes, morceaux de poulet et boulettes de pâte de poisson que nous faisons cuire dans un bouillon, accompagnés de sauces parfumées. Nous nous régalons et calons avant épuisement des ingrédients. Marie se couche et lit, je regarde le film Walkyrie sur l’ordinateur avant de la rejoindre.

 

Mardi 23 février : Le ciel est toujours gris mais il ne pleut plus. Nous avons des espoirs d’amélioration… Nous petit déjeunons chez nos hôtes mais sans eux. Fruits et confitures locales. Nous leur louons une voiture qui nous est aussitôt amenée. Pas de formalités ! Nous partons pour la « capitale », Faré. En chemin, nous avons la confirmation que Huahiné est une249-HUAHINE-Vue.jpg très belle île, restée sauvage, peu d’habitations et guère de circulation, limitée à 60 km/h sur toute l’île. Les montées permettent d’avoir des perspectives sur les pics volcaniques qui surgissent de terre comme des dents et les baies découpées. L’île, ou plutôt les deux îles, au contraire des précédentes, n’est pas circulaire mais très découpée. Nous parvenons au petit centre urbain, deux rues, trois boutiques, un quai et pas de klaxon ni d’énervement. On peut se garer sans difficulté… Nous commençons par la poste où nous devons acheter une 189-HUAHINE-Femme.jpgcarte pour pouvoir nous connecter sur leur ordinateur. Lecture du courrier, message à Julie et Nicole et mise à jour du blog. Nous traînons ensuite dans les quelques boutiques à touristes, pareo, huile de monoï, colliers de coquillages. Marie est à son affaire… Nous inventorions les possibilités du supermarché local, plus importantes que nous n’aurions pu le croire et y vérifions une fois de plus que le prix des viandes importées de Nouvelle Zélande est loin d’être prohibitif. En repassant dans les boutiques, je finis par trouver un bermuda dont je ne sais si le port achèvera de me rendre ridiculement touriste ou marquera le premier pas vers l’assimilation au mode de vie local… Nous allons déjeuner dans un petit établissement idéalement situé en bordure de lagon, en face des voiliers de visiteurs venus de tout le Pacifique dont j’envie les possibilités de déplacement dans ces eaux. Repas divin, du poisson cru onctueux dans le lait de coco et une papillote de mahi mahi au gingembre, suivis d’un sorbet au corossol qui me ramène aux bons temps de Dakar… La radio diffuse des airs sirupeux qui auraient ravi nos (arrière ?) grands-mères. Je les imagine susurrés par un bellâtre gominé, mollement accompagné par des guitari196-HUAHINE-Vue.jpgstes épuisés. Il ne me manque qu’un hamac, un havane et, à portée de main, un verre de punch glacé… Nous retournons au supermarché acheter des provisions pour ce soir ainsi qu’un demi poulet avant de reprendre la route. Nous continuons le tour de l’île, le ciel se dégage lentement. Des hauteurs nous avons des vues sur le lagon aux couleurs inimaginables et dont je ne me lasse pas (ce qui signifie que je multiplie les prises de vues qui endormiront quelques invités au retour…).Nous contournons la pointe sud, passons au bungalow mettre nos achats au réfrigérateur et enfiler nos maillots de bain. Nous revenons sur nos pas pou199-HUAHINE-Marae.jpgr aller voir un beau maraé, en bordure de plage. De grandes plaques de corail ont été assemblées verticalement pour constituer une structure allongée à double mur où il se pratiquait des sacrifices humains… Nous allons nous allonger sur la plage, pas de sable mais du corail finement broyé. L’eau est peu profonde mais les poissons sont rares. Nous nous dorons sous un soleil pas trop ardent avant de revenir au bungalow. Je constate de nouveau le refus de fonctionner du chargeur de l’ordinateur. Je finis par le démonter et à force de manipulations, il daigne refonctionner mais pour combien de temps ? Les moustiques passent à l’action dès le soleil couché. Ils se moquent de toutes nos crèmes, lotions et autres spirales… Nous dînons au bungalow puis je commence à regarder le début d’un film mais je ne parviens pas à la moitié…

 

Mercredi 24 février : Contrairement à mes espérances, le soleil n’est pas de retour. Grosse déception ! Néanmoins il va revenir doucement mais ce ne sera jamais un franc et beau soleil et surtout pas celui que nous voudrions ici, dans cette île superbe. Nous libérons le b205-HUAHINE-Pitons.jpgungalow, réglons la propriétaire, entassons nos sacs dans la voiture et quittons l’auberge. Nous partons pour Faré par le chemin des écoliers, à toute petite allure. Nous repassons par le sud, longeons la côte, revoyons les pitons sortis du couvert forestier. Nous traversons une zone marécageuse, plantée de palétuviers aux racines arquées puis nous atteignons Faré. Nous y achetons quelques provisions pour ce midi puis nous donnons du linge à laver. Nous postons quelques cartes et repartons pour notre nouvelle adresse : un faré sur pilotis, modeste mais au-dessus au lagon, bien ventilé donc que nous pouvons espérer sans moustiques. Le cadre est des plus idylliques, nous y sommes 210-HUAHINE-Te-Nohe-Toe-Toe-sur-pilotis.jpgseuls, un salon confortable, un coin cuisine bien équipé, nous nous sentons chez nous… Les provisions rangées dans le réfrigérateur, nous repartons pour aller voir les maraé tout proches. Ils sont plusieurs, les uns à côté des autres, alignés en bordure du lagon, bien mis en valeur. Des panneaux explicatifs plantés dans le gazon, fournissent tous les renseignements nécessaires. Pendant que nous les lisons, une noix de coco décide de quitter son nid douillet et vient s’écraser à moins de trois mètres de nous ! Une belle case traditionnelle, sur pilotis, a été reconstruite et abrite un très modeste musée. Chaque maraé est constitué d’une esplanade de pierres, plantée de220-HUAHINE-Marae.jpg quelques « dossiers » pour les notables. En avant, côté lagon, l’ahu, un terme déjà rencontré à l’Île de Pâques, surélevé, entouré de plaques de corail de grande dimension était le saint des saints. Le soleil tape alors assez fort pour que nous ayons envie de rentrer déjeuner. En arrivant à l’auberge, nous retrouvons le Québécois rencontré à Bora Bora et dans l’avion. Il a décidé de s’installer ici, lui aussi mais sans se soucier de prévenir la propriétaire. Nous utilisons les ingrédients trouvés dans le réfrigérateur pour assaisonner les tomates et ajouter de la mayonnaise aux restes du poulet. Une excellente 226-HUAHINE-Pieges.jpgpapaye termine le repas. Nous repartons, passons au-dessus du pont d’où nous apercevons des pièges à poissons. Des pierres délimitent des chenaux en V qui conduisent les poissons vers un bassin surmonté de paillotes où les pêcheurs les attendent. Nous essayons d’atteindre une plage qui se révèle inaccessible. Nous revenons à l’embarcadère d’une ferme perlière. Une barque nous emmène, avec deux autres touristes sur une case sur pilotis, au milieu du lagon. On nous y explique la production de perles dites noires mais qui en fait sont grises, avec des reflets variables. En réalité, il s’agit de « plaqué » de nacre232-HUAHINE-Huitre.jpg. L’huître produisant une nacre qui recouvre un greffon introduit dans la chair. La pêche aux perles n’existe plus. Adieu Jack London, Steinbeck, Monfreid, et même Bizet, la technologie vous a remisés au placard… Marie qui en avait très envie, se laisse séduire par une perle grise toute simple, montée sur un fil d’argent. Nous allons ensuite voir les anguilles sacrées. Dans un ruisseau, ce qui me paraît plus être des congres que des anguilles, jouent les odalisques lascives, sans daigner montrer leurs 242-HUAHINE-Cocotiers.jpgyeux prétendument bleus… Le ciel est redevenu gris mais nous décidons de suivre quelques tronçons de route que nous n’avons pas encore parcourus. Occasion de découvrir d’autres vues de l’île qui sous le soleil seraient un régal. Nous revenons à l’auberge. Nous y faisons la connaissance d’un couple à moitié en vacances, à moitié au travail puisque lui est un pharmacien remplaçant qui va d’île en île au gré des postes libres.  Le Québécois revient d’une promenade en kayak à la passe. Je tente de faire fonctionner l’ordinateur qui, Ô Miracle, se charge ! Nous allons dîner avec le Québécois qui s’impose avec nous au restaurant de la veille, le New Temarara. Nous nous régalons encore de poisson cru à la chinoise et d’une tranche d’espadon à la vanille. Retour à notre faré sur pilotis. Nous sommes bercés par le clapotis du ressac sous la case.

 

Jeudi 25 février : Mes piqûres de moustiques, dans la nuit, me démangent furieusement. Je sors profiter du vent qui chasse les cousins et apaise mes pustules. Je lis quelque temps puis250-HUAHINE-Vue.jpg regagne la couche, sous la moustiquaire. Temps toujours aussi mitigé, les éclaircies alternent avec les périodes de ciel gris. Nous petit déjeunons en compagnie du couple de Niçois. Nous lézardons et quand nous sommes prêts, il pleut ! Une douche qui dure, Marie se console en regardant le patinage artistique des J.O. et moi en consultant une encyclopédie polynésienne. Les passages sur les querelles pendant la dernière guerre entre vychistes, gaullistes et crypto-gaullistes sont dignes de Corneville ! Nous partons quand la pluie cesse mais le ciel ne se dégagera pas. Nous retournons dans le sud, en empruntant les derniers bouts de route ou de piste que nous n’avions pas encore explorés. Nous avons souvent de belles vues sur le lagon et la forêt mais sans soleil… Nous arrêtons à l’auberge Mauarii où nous déjeunons dans le cadre plaisant d’un pavillon à toit de palmes, au bord de l’eau. Nous essayons le fafaru, poisson cru macéré dans de l’eau de mer, servi avec du lait de coco et du citron vert. L’odeur est forte, pas franchement à notre goût… Nous profitons d’une éclaircie pour nous tremper et nous laisser dorer par les timides rayons du soleil. Rien à voir sur les quelques « patates » proches du bord. Le fond de sable est parsemé d’holothuries. Nous repartons en achevant notre énième tour de l’île, sans pouvoir faire les photos que j’aurais souhaitées. Nous repassons à Faré. La poste étant fermée, nous ne pouvons nous connecter à internet. Je tire de l’argent à un distributeur pour ne pas être en manque à Tikehau. Plein d’essence puis courses au supermarché. Les œufs sont vendus par douzaine, ils feront le bonheur des Niçois, décidément peu intéressants, ils passent leurs journées devant la télévision à regarder les J.O. ! Nous préparons les sacs pour demain. Nous dînons d’une omelette, les Niçois ne quittent pas l’écran des yeux. Je finis de regarder le film Into the wild. Arrivée de notre Québécois, dont nous apprenons enfin le prénom, Luc. Parti avec des pêcheurs dès l’aube, pour Bora Bora, il était censé être rentré en début d’après midi. Nous commencions à être inquiets, ils ont eu des problèmes de moteur…

 

Vendredi 26 février : Nous nous levons avec le soleil. Il semble vouloir cesser de faire la mauvaise tête, le jour où nous partons… Rapide petit déjeuner sans revoir les Niçois ni Luc. Le neveu d’Armelle, la propriétaire, vient nous chercher et nous dépose à l’aéroport. Enregistrement puis embarquement et nous décollons. Une demi-heure plus tard, nous revoyons Tahiti dans la grisaille. Nous ne sommes pas pressés, l’avion pour Tikehau est dans plus de trois heures… Je vérifie que notre réservation de voiture pour Moorea est bien enregistrée, ce qui n’est pas le cas… J’enregistre les sacs puis je me connecte à internet mais personne ne nous a mis de message. Loin des yeux, loin du cœur…Nous lisons puis 260-TIKEHAU-D-avion.jpgavalons un sandwich avec une bière et enfin passons en salle d’embarquement. Nous nous installons chacun à un hublot. La masse nuageuse est étendue, avec quelques trouées qui permettent d’observer du ciel l’anneau corallien de Rangiroa sous le soleil. C’est un atoll frangé d’écume, sans île au milieu, comme les autres îles des Tuamotu. On croirait une fine rondelle d’oignon qui frit dans la poêle ! Les couleurs des eaux sont dans toutes les nuances du bleu, le turquoise en arrière des récifs invite à la baignade. Nous faisons escale une demi-heure. Temps suffisant pour que j’aille contempler les eaux du lagon, à quelques pas de l’aéroport, et même y tremper les jambes. Nous repartons pour un court vol jusqu’à Tikehau. Encore un bout du monde ! La patronne de la pension Hanariki où nous avions réservé nous accueille. Tutoiement de rigueur… Mais pas de collier de fleurs… Elle nous transporte dans son minibus déglingué. Nous traversons le village : des maisons éparpillées, une seule rue ( ? ), récemment goudronnée, quatre lieux de culte en concurrence272-TIKEHAU-Motu.jpg pour les quatre cents habitants. Nous arrivons au bout de la route devenue piste chez elle. Nous avons à notre disposition un petit appartement joliment aménagé et pour une fois, avec une salle de bain et des toilettes privées. Nous parlons excursion sur le lagon, ce qui ne semble pas évident puis repas. Le ravitaillement est tel que nous aurions dû prévenir pour qu’elle puisse nous préparer quelque chose. Tout le ravitaillement vient par bateau une fois par semaine et on ne trouve ni fruits ni légumes chez l’épicier chinois. Nous prenons possession des lieux puis allons nous baigner à la plage proche. L’eau est bien entendu à la bonne température, la plage de sable a des reflets roses en bordure de l’eau. Le ciel devient menaçant. Nous regagnons la chambre à temps. Un violent orage, désespérant, s’abat sur l’atoll et ne semble pas vouloir cesser… Pour dîner, la patronne, Marie-Françoise, nous dépose au seul snack ouvert, l’autre est fermé pour cause de « shabat » !!! Une longue table sous la véranda de la maison, une toile cirée, deux tabourets en plastique et deux plats au choix : steak frites ou chao men. Ce dernier emporte nos faveurs : des pâtes, du poulet, de la saucisse chinoise, des crevettes, des légumes sautés sur un lit de nouille. C’est bon, copieux et pas cher. Avec une bouteille d’eau, que demander de plus ? Et la patronne, « demie » blanche-polynésienne, pour nous épargner la pluie, le chemin dans le noir et les chiens, pousse la gentillesse jusqu’à nous ramener en voiture avec ses trois marmots aux traits fortement chinois. Pas de réponse des éventuels prestataires pour la promenade en bateau sur le lagon, raison de notre venue à Tikehau. La pluie redouble, Marie est furieuse !

 

Samedi 27 février : Une fois la spirale anti-moustiques consumée, nous subissons une attaque  qui nous réveille et me contraint à en allumer une autre. A trois heures, Marie-Françoise, affolée, nous réveille. Alerte au Tsunami !!! Un très violent tremblement de terre au Chili a généré une vague qui doit arriver sur les côtes polynésiennes dans les prochaines heures. Nous regroupons les affaires, n’emportons que les plus précieuses. La Land Rover des pompiers vient nous chercher et nous emmène au bâtiment de l’infirmerie, en béton et surélevé de deux mètres. Nous écoutons la radio qui diffuse des bulletins d’alerte et conseille de s’éloigner des côtes et de monter à plus de cinq mètres au-dessus du niveau de la mer. Difficile sur un atoll ! Peu de gens nous rejoignent, quelques-uns sont à la mairie. Une jeune fille m’interroge sur notre présence ici. Elle me confirme que l’on continue de manger des chiens et que c’est un régal… Le jour se lève, pas de vague mais un déluge qui continue… Nous finissons par regagner la pension où il faut tout remettre en place. Marie se recouche, je petit déjeune avec les quatre jeunes kinésithérapeutes en vacances à la même pension qui se remettent de la peur de leur vie ! Les deux snacks sont fermés, Marie-Françoise ne nous propose pas de nous préparer un casse-croûte, aussi Marie réclame-t-elle son petit déjeuner et nous nous faisons des tartines de pain, beurre, confiture. Nous passons notre temps à nous battre contre les moustiques, de plus en plus nombreux, audacieux, de vrais « s’en fout la 273-TIKEHAU-Motu.jpgmort » ! La pluie cesse, nous partons en promenade, la pluie reprend par intermittence, un crachin breton que nous bravons. Nous marchons le long de la plage, côté récif. Nous apercevons deux petites raies qui glissent dans peu de fond. Nous nous baignons, je marche dans l’eau, sans perdre pied, jusqu’au petit motu de l’autre côté d’un chenal. Je reviens et y retourne avec Marie. Un très timide soleil perce et éclaire enfin les eaux du lagon. Nous revenons par le côté lagon à la pension. Nous y dînons. Marie-Françoise et son frère ont préparé un couscous ! Pas vraiment le plat que nous aurions souhaité mais nous lui faisons honneur. En attendant le cassoulet calédonien ou la choucroute fidjienne…

 

Dimanche 28 février : Nous ne parvenons à bout des moustiques qu’en laissant brûler une partie de la nuit une spirale puis en nous glissant sous la moustiquaire. C’est à Tikehau que nous aurons le plus souffert de ces maudits insectes, peut-être parce que la pension n’est pas au bord de la mer. Nous petit déjeunons avec Marie-Françoise que nous réglons et qui nous dépose ensuite dans le village endormi, devant l’église des sanitos à neuf heures. Marie se279-TIKEHAU-Marie-et-gamine.jpg « polynésiannise », elle arbore sur l’oreille une délicate fleur écarlate de gloriosa… Le culte ne commence que plus tard, après le catéchisme. Nous décidons de tenter notre chance chez les catholiques. La messe vient de se terminer ! Nous retournons chez les sanitos, toujours le catéchisme. En attendant dix heures, nous allons jusqu’au port. Les rues du village sont toutes fleuries. Chaque haie est constituée de buissons de tiaré ou d’hibiscus et les frangipaniers embaument dans les jardins. Nous revenons au temple des « Compagnons du Christ ». Le service a commencé. Nous nous glissons dans l’assistance, à peine deux douzaines de personnes, les femmes ont toutes une fleur au-dessus 282-TIKEHAU-Sanitos.jpgde l’oreille. Face à nous, le pasteur secondé par une dizaine de diacres des deux sexes. Les hommes arborent sur des chemises fleuries de splendides cravates bariolées au goût très « américain ». Les psaumes chantés en tahitien font onduler lentement les corps. Nous ne comprenons rien à l’interminable sermon malgré l’effort du pasteur de prononcer à notre intention quelques mots en français. Les gosses sortent, rentrent au gré de leur humeur et cela papote ferme dans les rangs féminins. Seuls deux ou trois hommes semblent prêter attention à la parole divine. J’ai un peu l’impression de me voir en cours, il y a quelques années… Encore quelques chants et nous sortons serrer la main du pasteur et de ses deux assistants. Nous demandons quelques éclaircissements sur ce culte283-TIKEHAU-Marie-et-toulonnaise.jpg dissident des Mormons à l’un d’eux. Il nous apprend que les sanitos sont nombreux ( ? ) à Toulon ! Quand nous lui apprenons que nous en venons, il nous emmène chez une voisine, qui chantait dans le chœur et qui a vécu quarante ans à Toulon ! Une belle femme, avec beaucoup d’allure, nous accueille dans sa maison, au milieu d’un beau jardin. Elle est ravie de nous rencontrer et de pouvoir évoquer ses années varoises. Son expérience douloureuse, en bute au racisme, du milieu des officiers de la marine nationale nous conforte dans notre opinion à leur égard… Elle se découvre un autre point commun avec Marie, elle a eu un AVC et est restée bien handicapée. Elle regrette, nous aussi, que nous partions et nous offre des colliers de coquillages. Marie-Françoise vient nous chercher chez elle et nous emmène à l’aéroport. Nous nous quittons les meilleurs amis du monde, avec force promesses de nous écrire. Après une heure de vol, nous nous posons à Papeete, encore sous la pluie ! Nous avalons un mauvais sandwich puis j’achète une carte téléphonique pour appeler le camping Nelson à Moorea et confirmer notre arrivée. Je me connecte rapidement pour trouver un message de Julie à qui nous répondons. Nous nous transportons à l’autre aérogare et devons, pour nous y rendre, enfiler les K way ! Il n’est pas sûr que l’avion un petit bimoteur Twin Otter puisse décoller… Nous attendons puis montons à bord et dix minutes plus tard, nous nous posons à Moorea. Une employée d’Avis nous accueille et nous emmène dans une Fiat Panda au bureau remplir les papiers de location. Nous poursuivons le tour de l’île très aseptisée, route asphaltée avec pistes cyclables, ce n’est plus Maupiti ou Huahine, encore moins Tikehau… L’île semble très belle mais la grisaille, même s’il ne pleut plus, ne permet pas d’apprécier les couleurs. Nous trouvons le camping Nelson où nous occupons un très modeste bungalow, réduit à sa plus simple expression : un lit, une moustiquaire et tout de même deux fauteuils en plastique sur la petite véranda. Nous repartons aussitôt à la recherche d’un snack ou d’un restaurant ouvert. Nous sommes accueillis « Chez Vina » par le propriétaire qui d’autorité nous tutoie et s’assied à notre table pendant que nous mangeons un tartare de thon et du poisson pané au coco qui fait la fierté du patron. Il nous livre sa vision de la Polynésie et de ses habitants, que d’aucuns qualifieraient de « raciste » bien qu’il soit marié à une Tahitienne…Retour dans notre boîte en bois et linoléum…

 

Lundi 1er mars : Le ciel est toujours aussi gris, nos espoirs d’une belle journée ensoleillée s’envolent même si nous guettons les timides éclaircies. Nous petit déjeunons dans la salle commune avec nos provisions puis nous nous décidons à prendre la route. Nous allons jusqu’au bureau de poste le plus proche où, depuis la voiture, je peux me connecter à internet. Nous envoyons un message à Cyril pour annoncer notre arrivée et nous mettons le blog à jour. Mon crédit de connexion est alors épuisé. Nous revenons vers le « Petit village », un mini-centre commercial avec marchand de journaux et supermarché. Nous y achetons quelques provisions pour ce soir que nous rapportons dans le réfrigérateur du camping. Nous y retrouvons le Québécois Luc, sur le point de rentrer au Canada. Nous allons déjeuner au snack Mahana et profitant de l’apparition du soleil, nous nous installons en bordure du lagon. Bon repas (la consolation du voyageur frustré !), un « chaud-froid » qui ne vaut pas celui de Thomas 294-MOOREA-Pitons.jpg(et sans la sauce d’Emmanuelle) et du mahi mahi au poivre vert. Nous continuons notre tour de l’île, apercevons des pitons surgis des brumes, des baies profondes dans lesquelles viennent s’ancrer les voiliers. Le ciel semblant se dégager, nous caressons le projet de monter au belvédère dans l’intérieur des terres. Nous poursuivons jusqu’à l’aéroport puis revenons sur nos pas. Nous achetons un demi poulet rôti à un forain sceptique sur l’amélioration de la météo les jours prochains. L’orage nous surprend alors que nous visitons la galerie d’art édifiée à la gloire de son propriétaire, un peintre sans talent mais qui semble l’ignorer. Nous revenons sans plus rien voir des montagnes jusqu’au « Petit village ». Marie choisit des cartes postales, opération longue et mûrement réfléchie… Puis elle298-MOOREA-Anemones.jpg visite diverses boutiques de marchands de perles et de paréo. Aucune décision d’achat n’est alors prise… Nous rentrons à notre faré et comme il ne pleut plus nous allons nous tremper dans le lagon. Peu de poissons autour des « patates » mais nous découvrons un grand champ d’anémones qui agitent langoureusement leurs doigts entourés de corolles rose chair, tels des asticots sur du mou ! L’orage menace, le ciel devient noir et le déluge survient. Nous écrivons les cartes postales puis, profitant d’une accalmie, je vais chercher nos provisions dans le réfrigérateur et nous dînons sur la petite terrasse du faré.

 

Mardi 2 mars : Du ciel bleu au réveil ! Enfin quelques coins de ciel bleu… Qui se maintiennent… Plein d’espoir après le petit déjeuner, nous prenons la route qui monte au Belvédère. Elle pénètre dans une vallée qui s’enfonce entre les pitons et commence à s’élever dans la forêt. Nous nous arrêtons au lycée agricole où nous pouvons visiter les plantations. Un sentier avec des indications sur les différents arbres, arbustes et fleurs, serpente entre les 303-MOOREA-Pic-et-anans.jpgcultures d’ananas, de pamplemoussiers, de citronniers et autres espèces tropicales. Les terres sont situées entre les pitons volcaniques qui les entourent et qu’un timide puis plus vif soleil éclaire. La promenade est plus longue que nous ne le pensions et nous transpirons à grosses gouttes dans la moiteur ambiante. Nous rejoignons épuisés le stand où sont proposés, en dégustation et à l’achat, les produits commercialisés au lycée. Nous nous régalons de sorbets au corossol, décidemment le meilleur, et au tiaré très parfumé, entre la rose et le litchi. Le ciel commence à se recouvrir, nous nous dépêchons de poursuivre la montée sur une route étroite jusqu’au Belvédère. Un simple parking avec une vue sur le313-MOOREA-Foret.jpgs deux baies et la montagne qui les sépare. Le lagon est trop éloigné pour que nous puissions admirer ses couleurs et le ciel est tout gris maintenant. Point de vue finalement décevant. Peut-être qu’avec un ciel tout bleu… De là, nous suivons un sentier dans la montagne sous le couvert des arbres et des fougères géantes jusqu’à un autre panorama peu différent de celui du parking. Nous sommes de nouveau trempés de sueur et nous commençons à avoir faim. Nous redescendons alors que les nuages sont de plus en plus présents et couronnent les pics. Nous arrêtons au site archéologique où ont été restaurés des emplacements de tir à l’arc, une 319-MOOREA-Marae.jpgcompétition entre chefs, autrefois disputée sur des plateformes de pierres. Plus bas ce sont des maraé aux grosses pierres rondes et moussues, perdus dans une belle forêt de mapé qu’en d’autres lieux j’aurais appelé fromagers. L’ahu du plus éloigné est à trois étages. Sur le site, nous sommes seuls ou presque puisque un nuage de moustiques s’obstinent à opérer une transfusion sanguine à sens unique… Nous repartons vite, prenons en stop un Anglais dont la lubie est de marcher dans toutes les îles du monde. Un Anglais quoi ! Nous retrouvons la baie de Cook et arrêtons dans le premier restaurant ouvert, un chinois. Nous y déjeunons copieusement en bordure de la baie, d’un plat de poisson cru au lait de coco et d’un chao men qui ne vaut pas celui de Tikehau. Nous prenons la route du retour. Marie s’arrête dans toutes les boutiques de perles et de paréo… Après nous être renseignés sur les tarifs (prohibitifs) et horaires des spectacles de danses pour touristes au Tiki village, nous retournons chez le marchand de perles de la veille et Marie s’en offre une autre qu’elle choisit et fait monter sur un fil d’argent. Nous revenons au bungalow nous reposer. Nous y retrouvons Florence rencontrée à Maupiti puis croisée à Bora Bora et Tikehau, toujours surexcitée… Après dîner, dans la salle325-MOOREA-Danseuse.jpg commune, Marie ne trouve pas de compagnons pour l’accompagner au Tiki village assister aux danses, je dois donc y aller… L’entrée est très chère… Avant le spectacle nous assistons, en compagnie de touristes venus en car, et qui dînent au village, à une démonstration de façons de nouer un paréo. Nous prenons place dans les gradins. Après une démonstration328-MOOREA-Tatouage.jpg de tamouré appliquée aux touristes qui veulent bien se prêter à la chose, (et ils sont nombreux…), le spectacle peut commencer. Des scénettes tentent de reconstituer les cérémonies d’autrefois mais aucune explication n’est fournie. Les danseuses sont en uniforme, avec (merci les missionnaires !) des soutiens-gorge en demi-noix de coco noircies. Aucune ne correspond à l’idéal fantasmé de la vahiné, elles sont, au mieux, rondelettes et plus de prime jeunesse… Les danses sont brèves, seules deux, l’une en robes « missionnaires », l’autre avec de beaux paréos, me séduisent. Je me lasse vite des numéros de jongleurs avec des torches enflammées. Dans l’ensemble, le spectacle correspond à ce que je craignais. Retour au bungalow. Je regarde un film avec John Cage sur l’ordinateur, une ânerie de plus…

 

Mercredi 3 mars : Couleur préférée du ciel polynésien : le gris ! Mais il va y avoir une amélioration et du soleil dans la matinée ce qui, grands naïfs, va nous faire croire à une belle journée. Après avoir envisagé de revenir à Papeete un jour plus tôt, nous passons prévenir que nous garderons la voiture une journée de plus. Nous nous rendons au Tiki village où des artisans sont censés travailler sous nos yeux, dixit la publicité… Pas aujourd’hui… Nous effectuons une visite guidée sous la conduite d’un sympathique et polyglotte danseur de la veille. Quelques informations superficielles, une vue sur le lagon ensoleillé, des boutiques de336-MOOREA-Lagon.jpg perles, de paréo, un tatoueur qui n’a pas envie de faire une démonstration. Une visite inutile ! Nous revenons déjeuner avec nos restes de poulet et une bière fraîche au bungalow en discutant avec un jeune sympathique mais assez content de lui. Nous repartons en direction du sud. Entre-temps le ciel est redevenu bien gris et bientôt la pluie recouvre mer et montagnes. Nous roulons, désespérés, jusqu’à une piste qui doit nous rapprocher de cascades que nous apercevons dans la grisaille mais nous n’avons pas envie de marcher dans le crachin et nous faisons demi-tour. Marie va acheter le paréo dont elle avait envie puis nous allons consulter internet pour trouver le message de Cyril qui nous indique comment nous rendre chez lui. La météo sur la Nouvelle Calédonie semble correcte… Retour au bungalow. Attirés par de la musique polynésienne en provenance de l’hôtel voisin, nous allons voir, en passant par la plage un groupe, sans costume tapageur, qui répète pour un prochain spectacle. Nous restons les regarder en buvant une eau gazeuse puis nous nous baignons au coucher du soleil. Nous allons dîner dans un restaurant proche. Il ne paie pas de mine, nappes en toile cirée, fauteuils en plastique, les pieds dans le sable, carte variée mais il s’avère que la cuisine est une merveille. Nous partageons une salade de crevettes tièdes au citron vert et au basilic puis un carry de thon à la banane et pour terminer une omelette au coco (battre 3 œufs avec 50 grammes de coco râpé qui a trempé deux à trois heures dans du lait au réfrigérateur, ajouter du sucre et de l’arôme de vanille. Servir avec une boule de glace coco et un filet de chocolat chaud). Nous rentrons digérer ce festin…

 

Jeudi 4 mars : Les jours précédents, les averses succédaient aux orages, les grains aux ondées, les bruines au crachin, aujourd’hui c’est le déluge ! Il pleut dès le réveil et cela ne cessera pas. Nous libérons le bungalow et passons la matinée dans la salle commune à guetter les cieux… Peu avant midi, je profite d’une courte accalmie pour aller acheter à l’épicier chinois une bière et une tomate payée à prix d’or. Avec notre reste de palette fumée et notre baguette de trois jours, elle constituera notre déjeuner. Un bref rayon de soleil nous fait croire à la possibilité de retourner au Belvédère mais la pluie redouble et nous renonçons. 339-MOOREA-Lagon.jpgAprès une dernière vue sur le lagon aux eaux turquoise, depuis le point de vue au-dessus de l’hôtel Sofitel, nous rapportons la voiture chez Avis. On nous conduit à l’aéroport et nous attendons de pouvoir embarquer. La météo est telle que la venue d’un Twin depuis Papeete est très compromise. On nous suggère la possibilité de repartir avec le ferry, à nos frais ! Finalement le Twin arrive, se pose entre deux coups de vent et nous pouvons nous envoler alors qu’un autre grain s’annonce. Nous revoilà à Papeete. Je téléphone à la pension Damyr et un papy en short, torse nu, vient nous chercher. Nous avons une chambre confortable, parfaitement tenue, sur les hauteurs de Faa mais un peu éloignée de la route. Nous hésitons à nous rendre dans Papeete, la pluie nous en dissuade. La nuit tombe, nous attendons une accalmie pour aller dîner mais il n’y en a pas et le chemin, jusqu’à la route où se trouve un snack, est long. La patronne, très gentiment, nous propose de nous y déposer et de revenir nous chercher. Aussitôt dit, aussitôt fait. Nous prenons un dernier poisson cru au lait de coco et un filet d’un poisson inconnu avec une sauce au poivre. Retour à la chambre pour une dernière nuit tahitienne.

 

Vendredi 5 mars : Une des plus courtes journées de mon existence ! Levé à cinq heures du matin, grâce à Marie, réveillée par un besoin pressant et non par l’hôtelière qui n’a pas osé frapper trop fort pour nous réveiller… nous nous dépêchons de nous préparer. Quand nous le sommes, la voiture qui devait nous emmener à l’aéroport est partie… Mais elle revient nous chercher… Nous avons juste le temps d’enregistrer les bagages, de passer les contrôles, d’acheter des bouteilles pour Cyril, il faut monter à bord ! Nous décollons avec une demi heure de retard sans voir grand-chose de Tahiti, toujours dans les nuages… Adieu la Polynésie et son temps chagrin… Un petit déjeuner très attendu et déjà nous changeons de date !

 

 

                  

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