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3 juin 2017 6 03 /06 /juin /2017 16:44

Mardi 16 mai : Evidemment mal dormi. Bien entendu au réveil, le moteur ne démarre pas plus. J’abandonne Marie et vais demander à la police de m’indiquer un mécanicien. Il n’y en a pas à Chavinillo. Il faut se rendre au village suivant, à cinq kilomètres pour en trouver un. Les policiers ne peuvent pas le joindre par téléphone, il n’y a pas de réseau mais ils m’arrêtent une voiture et demande que l’on m’emmène trouver un certain Javier. Me voilà parti avec une famille sympathique mais dont le jeune garçon n’apprécie pas les virages et ne tarde pas à vomir, d’abord sur lui, puis par la fenêtre. Les papiers utilisés pour le nettoyer sont jetés dehors sans hésitation… Ils me déposent au village, le mécanicien (?), prévenu par téléphone, arrive dans sa voiture dont l’état me fait douter de ses capacités, mais ce sont les cordonniers les plus mal chaussés… Nous partons, je lui explique le problème, ce qui lui donne l’idée d’essayer de démarrer le moteur en injectant de l’essence directement dans le circuit. Nous revenons à la station-service, il fouille dans les ordures, trouve une bouteille en plastique, vide, de Coca Cola dans laquelle il fait verser un demi litre d’essence. Des voyageurs en quête d’un taxi lui demandent de les emmener. Nous repartons mais l’un d’eux a oublié son portefeuille. Arrêt pour attendre le distrait parti rechercher en courant son précieux bien. Arrivés à Chavinillo, les passagers descendent mais il en charge d’autres qui s’entassent derrière… Il va ensuite se garer devant notre camion, examine le moteur et décide d’essayer l’injection directe d’essence, mais il n’a pas de tournevis. Curieux mécanicien ! Ce sont les conducteurs d’engins de chantier garés derrière nous, qui attendent notre départ pour pouvoir manœuvrer, qui lui en prêtent un… Après plusieurs tentatives, le moteur démarre en toussant beaucoup, puis plus régulièrement en se réchauffant. Nous pouvons reprendre la route. Toujours aussi mauvaise et étroite, mi-goudron, mi-piste, où on frôle l’abime à chaque virage et à chaque croisement. Nous montons encore sur quelques kilomètres avant d’entamer la descente du col qui n’était qu’à 4000 mètres (nous avons dormi à 3500 mètres…). La piste, sans plus trace d’asphalte, est plus roulante et je m’enhardis sans bien sûr égaler la dextérité des chauffeurs locaux dont quelques croix marquent le passage… Nous revenons à des altitudes inconnues depuis longtemps, moins de 2000 mètres, qui nous contraignent à adopter des tenues plus légères. Nous nous arrêtons au site de Kotosh, très bien aménagé, là aussi grâce à la coopération japonaise. Une passerelle fait traverser le torrent puis un sentier de dalles conduit aux maigres restes de cette civilisation, datée entre 2000 av. JC et notre ère. Deux temples dont on n’aperçoit que des niches dans des murs et, à l’intérieur de l’un d’eux, des moulages (les originaux sont à Lima !) de mains croisées, sont tout ce qui en reste.

TRANSAMERICA (4.3.- Pérou ou le grand circuit des garages)

Nous repartons et atteignons enfin Huanuco, la grande ville ! Nous nous rendons aussitôt au Mall Plaza Real ultra-moderne, à l’américaine, où nous retrouvons (presque avec émotion !), un vrai supermarché ! Nous pouvons regarnir le réfrigérateur avec viande, poisson, yaourts etc… Nous déjeunons dans le camion devant le mall puis nous cherchons le garage Toyota recommandé par un voyageur. Ils ne peuvent s’occuper d’une Land Rover mais ils m’indiquent un autre garage proche où ce devrait être possible. Il s’agit du concessionnaire Suzuki-Nissan-Volkswagen-Great Wall, où on me demande de ramener le camion demain matin ou de le laisser. Nous décidons de bivouaquer devant. En attendant nous cherchons où remplir nos bouteilles de gaz. Après quelques allers-retours, nous trouvons une première usine de remplissage, mais ils n’ont pas les adaptateurs nécessaires, une seconde, sur la route de l’aéroport en est tout aussi démuni. Nous revenons nous garer devant le garage, trop près de la route pour pouvoir l’ignorer… Je demande le code du wifi mais personne ne le connaît… Nous relisons mon texte, sans pouvoir le mettre en ligne.

Mercredi 17 mai : Le bruit des camions sur la route est tel que nous devons baisser le toit pour l’assourdir. Nous nous réveillons sous un ciel bien gris, il ne fait plus la température de la veille. Peu après 8 heure 30, arrive le mécanicien avec son scanner. Il constate une trop faible pression de carburant. Le démarrage du moteur est aussi pénible que les jours précédents. Nous devons remplacer le filtre à gasoil et je préfère qu’on m’en trouve un plutôt qu’utiliser celui rapporté de France. Mais sa recherche s’éternise… Comme à Caraz, à côté d’un vrai mécanicien, traînent des « apprentis » désœuvrés qui passent le temps à se raconter des histoires, jouer avec leur smartphone ou faire la sieste dans un véhicule confortable. Après une heure et demie d’attente, on m’apporte un filtre Land Rover mais ce n’est pas le bon modèle… Je sors mon filtre et le leur fait monter. Le scanner s’en satisfait… Nous pouvons partir, il est plus de midi, trois heures pour changer un filtre à gasoil ! Je ne suis pas content… Nous partons aussitôt et nous nous rendons dans le centre. Faute de pouvoir se garer sur la Plaza de Armas, je stationne dans une rue proche, bien que cela soit interdit mais je ne suis pas le seul. Je laisse Marie au camion et me précipite, aussi vite que me le permet ma cuisse folle, à la poste pour envoyer LA carte postale à Nicole… Il faut montrer son passeport pour envoyer du courrier et en échange on reçoit un reçu détaillé. Nous quittons la ville, traversons les faubourgs et enfin trouvons un terrain vague pour nous arrêter déjeuner. La route vers le sud suit le cours d’une rivière et insensiblement commence à s’élever. La route est bonne mais les nombreux camions qui s’y traînent nous ralentissent. Nous passons dans des gorges, la vue est très quelconque, la grisaille n’arrange rien. Les villages sont laids, maisons de briques ou de parpaings nus, sans crépi ou alors couverts de publicités, anciennes pour des hommes politiques, ou récentes en faveur de réclames pour des réseaux téléphoniques. Nous approchons de Cerro de Pasco, la route grimpe sur les derniers kilomètres et aboutit à la plus laide ville du monde ! Des masures d’une infinie tristesse, sans couleur, groupées, agglutinées autour d’un gigantesque trou de plusieurs kilomètres de diamètre : la mine de zinc et de plomb !

TRANSAMERICA (4.3.- Pérou ou le grand circuit des garages)

Une abomination écologique dénoncée par des ONG mais les familles des mineurs se sont opposées à sa fermeture… Nous sommes à plus de 4300 mètres d’altitude, il y fait froid, des traces de neige sont visibles sur les couches du cratère et même en ville. La pluie vient ajouter une note supplémentaire désespérante à cette horreur, alors que nous tentons depuis le rebord d’apercevoir le fond de la mine. Nous nous sauvons, pas question de rester une minute de plus en ces lieux infâmes. Nous reprenons la route, toujours dans la grisaille et sous une pluie intermittente. Nous n’allons pas loin, quelques kilomètres jusqu’à une station-service où nous nous serrons entre deux camions pour la nuit, qui risque fort d’être des plus fraîches… Je tente de démarrer le moteur avant de nous coucher, il peine toujours, crache, tousse, le remplacement du filtre n’a bien sûr servi à rien… Pas de quoi me remonter le moral…

Jeudi 18 mai : Le thermomètre est descendu à 5°C dans le camion. En nous serrant l’un contre l’autre ce fut tout de même supportable. Dès que nous sommes prêts, je tente de démarrer le moteur. Après une vingtaine de tentative, il finit par commencer à tourner rond. Le soleil a chassé les nuages et c’est sous un beau ciel bleu que nous traversons l’altiplano sans arbres, couvert d’une herbe rase, jaunie, brillante sous les reflets du soleil. Les montagnes enneigées sont reléguées à l’horizon mais leur découpe sur le ciel est du plus bel effet. Nous apercevons de nombreux troupeaux, des vaches et des moutons mais aussi des élevages d’alpacas qui paissent en toute liberté dans ces vastes espaces. Nos premiers alpacas sont dans un enclos, ils viennent d’être tondus et font presque pitié pour les nuits fraîches qu’ils doivent endurer sans leur épaisse toison, et que j’aurais appréciée cette nuit.

TRANSAMERICA (4.3.- Pérou ou le grand circuit des garages)

Au creux de la cuvette que nous traversons, nous découvrons le lac Junin au milieu de marécages. Nous parvenons à Huayre où nous tentons d’approcher le lac mais la piste aboutit à la voie ferrée sans la traverser. On nous indique une autre piste peu avant le village. Elle est barrée par une chaîne et un cadenas qu’on vient vite nous ouvrir. La piste en partie inondée se termine tout au bord du lac. Des troupeaux de moutons d’un côté, d’alpacas de l’autre, la chaîne de montagnes à l’horizon et les eaux bleues, immobiles, à peine froissées par l’envol d’oiseaux, en font un de ces lieux vite qualifiés de magiques où nous aurions aimé bivouaquer cette nuit.

TRANSAMERICA (4.3.- Pérou ou le grand circuit des garages)

Nous repassons à Huayre pour apprécier les constructions dignes de Jérôme Bosch qui ornent la place centrale, une cornue géante, un champignon sans doute hallucinogène et autres décors sortis de l’imagination fatiguée du concepteur.

TRANSAMERICA (4.3.- Pérou ou le grand circuit des garages)

Nous quittons les abords du lac en apercevant de petites bandes de graciles vigognes.

TRANSAMERICA (4.3.- Pérou ou le grand circuit des garages)

Je fais réparer un pneu qui perdait lentement, sans rien dire à personne, quelques bouffées d’air chaque jour et ce depuis des semaines. Une vis en était responsable… Nous perdons doucement de l’altitude puis passons un col avant de redescendre sur Tarma. Nous y faisons une brève halte pour essayer de collecter des prospectus mais les responsables municipaux du tourisme ont mieux à faire… Nous trouvons à peu de kilomètres un campement à l’hacienda Florida, une très jolie exploitation agricole à en juger par ses bâtiments anciens, toujours en activité, et accueillant des hôtes. Nous y pique-niquons dans le camion puis, après avoir bénéficié du wifi pour prendre les dernières nouvelles du monde, le grand et le nôtre, nous repartons pour Acobamba, le prochain village où se dresse une chapelle moderne dans le goût de celle de Ronchamp du Corbusier, construite pour abriter une gravure miraculeuse du Christ dans une paroi rocheuse. Au mois de mai, il est censé s’ y tenir des pèlerinages accompagnés de musiques et de danses. Nous avons la chance de voir une fanfare faire danser des couples, sans doute d’une même famille. Ce sera la seule manifestation festive que nous y verrons. 

TRANSAMERICA (4.3.- Pérou ou le grand circuit des garages)

La chaussée qui monte à la chapelle est bordée d’échoppes qui vendent les habituelles bondieuseries, chapelets, chromos du Christ et de la Vierge mais on y trouve aussi, comme à Copacabana, en Bolivie, des faux billets de banque, des modèles réduits de maisons, de voitures, etc, supposés augmenter les chances de voir ses rêves se réaliser. On peut aussi acheter des talismans, des miniatures de ses désirs, passés au-dessus d’un brasero, tout en marmonnant des formules propitiatoires et qu’on emportera chez soi… 

TRANSAMERICA (4.3.- Pérou ou le grand circuit des garages)

Nous montons jusqu’à la chapelle, les pèlerins font la queue pour défiler devant une image du Christ en croix sur laquelle ils passent les mains ou frottent quelques fleurs… Le ciel se couvre, le temps fraîchit, nous retournons au camion attendre quelque évènement mais faute de danses et de musique, nous rentrons nous installer à l’hacienda. Nous avons une réponse intéressante de Gérard à propos de mes interrogations sur le problème du démarrage du camion. Je mets à jour le blog puis nous prenons connaissance des dernières informations avec un pisco sour maison. Après dîner, je démarre toujours aussi difficilement le camion, arrêté depuis à peine trois heures !

Vendredi 19 mai : Nous n’avions pas baissé le toit cette nuit et j’ai eu froid, surtout aux pieds. Nous sommes réveillés quand un tracteur vient déverser sa cargaison d’artichauts dans la cour de l’hacienda. Je passe au moins dix minutes à essayer de démarrer le moteur avant qu’il daigne commencer à tourner en hoquetant. Gérard et Guy ont répondu et donné des pistes pour la recherche d’une solution. Je voudrais refaire le plein des réservoirs d’eau mais il n’y a pas de point d’eau et encore moins de tuyau ! Nous repartons donc et prenons la route de Jauja. Elle monte dans la montagne, traverse des pampas verdoyantes avant de redescendre vers des zones cultivées, des champs en damiers de couleurs variées. Nous atteignons l’ancienne cité coloniale de Jauja et, pour garder les bonnes habitudes, nous allons nous garer sur la Plaza de Armas afin de jeter un œil à la cathédrale qui, de l’extérieur, n’a que deux tours anciennes. L’intérieur serait quelconque sans trois retables richement décorés, dont celui du maître-autel couvert d’or et d’argent à foison. A côté l’ancien cabildo, est une belle construction aux fenêtres travaillées et pourvu d’un beau balcon.

TRANSAMERICA (4.3.- Pérou ou le grand circuit des garages)

Nous repartons avec l’idée de nous rendre directement à Huancayo au garage repéré sur ioverlander. Les derniers kilomètres doivent avoir la plus forte concentration de ralentisseurs de toute l’Amérique Latine ! L’habituelle chaussée défoncée des villes nous oblige à nous traîner sans trop accélérer… Nous trouvons le garage mais ils ne traitent que les problèmes de direction et de suspension, ils nous emmènent chez un autre pour qui le problème serait lié aux bougies de préchauffage mais il ne peut s’en occuper et nous envoie chez un troisième qui veut voir le camion quand le moteur est froid. Nous convenons de revenir ce soir et d’y dormir. Nous repartons aussitôt, revenons sur nos pas pour aller visiter le couvent de Santa Rosa de Ocopa dont les guides disent des merveilles… Nous nous garons sur l’herbe du terrain en face de l’entrée des bâtiments conventuels. Nous déjeunons puis nous nous rendons à l’entrée des visites. Extérieurement les constructions et l’église sont sans intérêt. La visite est accompagnée et nous sommes les seuls. Notre chaperon débite son commentaire sans se préoccuper de savoir si nous y comprenons quelque chose. C’est d’ici que partaient les Frères franciscains missionnaires qui allaient porter la bonne parole et sauver de l’obscurantisme les malheureuses populations égarées, en particulier en Amazonie. Ces braves propagateurs de la vraie foi ont rapporté de leurs passages dans les contrées sauvages nombre d’objets qui constituent le fond du musée. Dans les couloirs sont accrochés des tableaux présentés comme de l’Ecole de Cuzco mais qui en donnent une bien piètre idée, seuls ceux qui ont pour sujet des archanges avec dentelles et élégants plissés retiennent notre attention mais pas question de prendre des photos… Les pièces consacrées aux animaux naturalisés renferment des armoires aux vitres sales, dans lesquelles des oiseaux, des singes, des loutres et autres espèces locales, empaillés, achèvent de perdre plumes et poils derrière des étiquettes cornées, jaunies, dont l’encre a depuis belle lurette blanchi. A l’étage, nous pouvons pénétrer dans la bibliothèque aux 30000 volumes, quelques incunables, des Bibles dans diverses langues, d’autres recouverts d’une couverture en peau de chèvre ou de mouton. Puis c’est le passage devant quelques cellules, le bâtiment d’origine et les ateliers reconstitués. Nous en sortons très déçus, nous qui espérions des merveilles, nous n’aurons eu qu’un bric à brac indigne et des croûtes indigestes. Nous avons juste le temps de reprendre le camion avant qu’il ne commence à pleuvoir. Nous retournons nous garer devant le garage. Je vais à la recherche d’une lavanderia que je finis par trouver alors que la nuit est tombée et j’y porte notre sac de linge sale. Ces villes sont abrutissantes, les racoleurs des minibus crient leur destination, tout le monde klaxonne sans toujours savoir pourquoi… Nous patientons dans le camion. Soudain Marie remarque que la porte a été fermée et elle s’affole. Je vais cogner à la porte, les ouvriers n’ont pas terminé de travailler sur un véhicule. Quand il sort, nous pouvons entrer et nous installer pour la nuit.

Samedi 20 mai : A minuit je suis réveillé par une rage de dents. Ma molaire, sensible au froid, que j’avais fait contrôler juste avant de partir, fait des siennes. Un Dafalgan n’y fait pas grand-chose, un second me permet de me rendormir. Le réveil dans ce sympathique environnement mécanique, plein de cambouis et d’outils crasseux, n’améliore pas le moral. Seules les photos des supposées compagnes des mécaniciens, fort dévêtues, et posant pour de suggestifs calendriers, apportent une note artistique au lieu, même si Marie, décidément contrariante ces derniers temps, m’assure qu’il ne s’agit pas des compagnes du personnel. Mais alors, qui sont ces jeunes filles à l’impeccable plastique ? Le thé trop chaud réveille la douleur. Je n’ai pas du tout envie de consulter un arracheur de dents local… Le patron qui avait promis d’être là à 8h30 arrive passé 9 heures… Il démonte les bougies de préchauffage, en trouve trois défectueuses, à remplacer… Pendant ce temps je découvre un cabinet dentaire de l’autre côté du carrefour. Pas bien convaincu, je m’y rends, explique mon problème, l’assistante appelle le dentiste qui arrive une demi-heure plus tard, m’examine et découvre à la radio une molaire fendue. Il peut réparer en une seule séance ! Je vais en avertir Marie puis vais récupérer le linge et le lui rapporte. Je retourne chez mon dentiste qui pendant une heure et demie va farfouiller dans ma dent, pratiquer toute une série de gestes techniques avant de me relâcher, passablement étourdi et délesté d’une centaine d’euros. Je retrouve Marie au garage, rien n’a bougé. Il semble que le patron m’attendait pour que nous allions, en taxi, à la recherche des bougies ! Comme je m’y attendais, ce modèle n’est pas en magasin ici. Il pourrait être obtenu demain matin en provenance de Lima, à confirmer… Retour au garage et, en attendant la confirmation, nous déjeunons, ma dent ne me fait plus mal et l’engourdissement dû à l’anesthésie disparaît. Le patron me confirme que les pièces ont été trouvées, seront livrées demain matin et qu’il viendra les poser. Mais je dois les régler par virement sur un compte. Opération possible à tout moment dans des boutiques agréées. La pharmacie du coin, une botica, en est une mais pour une raison que je ne comprends pas, elle ne peut le faire… On m’indique très vaguement une autre, qui est fermée… Je reviens à la première qui accepte d’effectuer l’opération… Nous partons en taxi, pas de tuk-tuk dans les grandes villes, pour non pas la Plaza de Armas mais pour la Plaza de la Constitución, la grande place centrale de Huancayo. Exceptionnellement il n’y a pas de Plaza de Armas ici ! Rien à voir, elle est en chantier et entièrement dissimulée derrière des bâches. La cathédrale est fermée et les rues sont sans aucun charme. Pas une ville où rester attendre… Nous marchons jusqu’au mall Plaza Vea. Je tire encore des soles et nous faisons nos courses de ravitaillement. Nous revenons à la tombée de la nuit en taxi nous réinstaller pour une nouvelle nuit dans un garage.

Dimanche 21 mai : Le mécanicien en chef n’ayant annoncé sa venue que pour dix heures, nous flemmardons au lit d’autant qu’un concert de klaxons nous a éveillés sur les deux heures du matin. Grosse déprime, une fois de plus, due à mes incompétences de plus en plus insupportables… Ne pas vieillir ou faire en sorte de disparaître avant… Notre mécanicien en chef arrive tout faraud, il est allé récupérer les bougies de préchauffage arrivées de Lima, mais il constate vite que ce ne sont pas les bonnes… Il nous en promet d’autres pour mardi mais je ne crois plus à ces promesses, lui non plus semble-t-il. Il remonte les anciennes bougies et a les plus grandes difficultés pour démarrer le moteur malgré l’injection directe d’essence ou d’un produit adéquat. Je me fais rembourser les bougies et nous partons sans nous saluer, furieux… Nous avons téléphoné à Guy et Marie-Jo pour avoir leur avis pour nous rendre, soit au garage Land Rover de Lima, soit à Cuzco, solution qu’ils nous déconseillent, ce qui est aussi mon avis. Nous prenons donc la route déjà parcourue de Jauja, puis de là, nous nous dirigeons vers La Oroya. La route, malgré la pluie intermittente est belle et peu fréquentée. A partir de La Oroya, nous allons suivre des gorges où se succèdent des mines, principalement de plomb, avec les cités de mineurs, aussi réjouissantes que Cerro de Pasco, et des lagunes polluées qui n’incitent guère à la baignade… La route serait bonne si elle n’était pas aussi fréquentée par des camions (des vrais !), bien trop lents à notre gré… Sans presque nous en apercevoir, nous avons continué de monter et nous avons la surprise de passer un col à 4818 mètres, notre record, plus haut que le Mont Blanc ! La descente commence dans les nuages, lente, derrière un camion, tous freins serrés. Il reste un peu plus d’une centaine de kilomètres pour revenir au niveau de la mer. Nous n’allons cesser de descendre jusqu’à Lima, donc une succession de virages, d’épingles à cheveux, parfois dans des gorges spectaculaires, étroites, mais dans la grisaille et même sous la grêle ! Un gros trafic de camions oblige à des dépassements et des croisements parfois audacieux. La nuit descend, nous aussi mais moins vite… Quand je ne vois plus grand-chose de la route, je me cale derrière une voiture que je suis aveuglément… jusqu’à ce qu’elle tourne… La traversée de Chosica est longue et pénible puis c’est l’arrivée dans les faubourgs éloignés de Lima. Tous s’en donnent à cœur-joie, à qui sera le plus rapide, sera devant, à grand renfort de klaxon, les minibus sont les plus furieux, trois fois le rétroviseur extérieur est accroché avant que nous ne parvenions, grâce à notre gps, devant le concessionnaire Land Rover, dans une avenue particulièrement bruyante. La sécurité alertée nous autorise à nous installer devant le garage. Nous fêtons notre arrivée avec un apéritif, bien mérité…

Lundi 22 mai : Nous avons dormi le toit baissé pour diminuer le bruit du trafic. Il fait bien moins chaud que nous ne le pensions. A huit heures nous sommes prêts, le garage ouvre. Concession moderne avec présentation de modèles de luxe, Jaguar, Range Rover etc… Melody une hôtesse me reçoit, je tente de lui expliquer le problème, elle fait appel à un « technicien » qui semble agréer le diagnostic des bougies de préchauffage déficientes. Il se renseigne sur la disponibilité des pièces et m’en indique le prix. Avec lui et en injectant un spray d’aide au démarrage, je parviens à démarrer le moteur et à rentrer le camion dans l’atelier, un vrai, propre comme une clinique ! Nous patientons dans un salon, Melody nous a promis la fin des travaux pour midi… Nous relisons mon texte. A midi, Melody, toujours elle, dans son espagnol rapide et à demi avalé, nous annonce qu’il faudra encore patienter deux heures… Je vais explorer les possibilités gastronomiques des environs et nous allons déjeuner chez Don Vasco, plus cher que dans les autres bourgades de l’intérieur, avec une clientèle de jeunes cadres occidentalisés, les plats sont peu copieux, trop gras. Nous revenons attendre au salon puis je commence à m’impatienter, Les travaux sont terminés mais le camion est au lavage. Ils ont dû juger indigne de Land Rover de laisser sortir un tel tas de boue… Enfin, peu avant trois heures, nous nous lançons dans la traversée de Lima. Malgré quelques encombrements, nous rejoignons rapidement la panamericana en direction du sud. Nous sortons rapidement de la démentielle agglomération et filons à grande allure sur cette très bonne autoroute. Nous retrouvons ce paysage de dunes grisâtres, plongées dans la brume habituelle. Le goût des péruviens pour les murs est de nouveau évident. Dès que quelqu’un possède un bout de terrain, il construit un mur autour, même si le terrain reste vide… Nous nous arrêtons tôt, vers cinq heures, faute d’avoir d’autres points de bivouac possible, sur la plage de Cerro Azul. Nous sommes dans le sable mais Marie à qui cela ne plaît pas d’être là, craint la marée haute, aussi je dois repartir nous garer plus près de tentes et d’un terrain de sport, toujours dans le sable de la plage.

Mardi 23 mai : Encore une mauvaise nuit, quasi certain que je suis que nous ne démarrerons pas. Et effectivement, dès que nous sommes debout, je tente vainement de faire démarrer le moteur. Nous petit-déjeunons, je fais un nouvel essai avec la bombe « démarrage en toute saison », sans résultat. Je pars alors dans les rues encore désertes du village à la recherche d’un mécanicien. Je m’adresse à un passant qui me propose de me conduire à la bonne adresse. Nous partons en tuk-tuk jusqu’à l’atelier où j’expose le problème. Le diagnostic envisagé, la pompe immergée, donc électrique rebute le mécanicien qui nous renvoie à un électricien. Mon bonhomme qui me sert de guide et semble connaître tout le monde m’y guide, toujours avec le tuk-tuk. Il peine à se faire ouvrir la porte mais on nous renvoie vers une autre adresse où il n’y a personne. Nous devons nous rendre à San Luis à une dizaine de kilomètres, nous allons donc guetter un collectivo sur la grande route. Entre temps j’ai réglé le tuk-tuk qui n’avait pas la monnaie et ne pouvait en faire… Arrivés chez l’électricien, nous apprenons qu’il est parti… Nous nous adressons alors à un mécanicien connu de mon guide. Il n’a pas très envie de s’occuper d’un véhicule plein d’électronique mais se décide tout de même à venir. Nous arrêtons un taxi qui nous ramène à Cerro Azul. Je tente de démarrer de nouveau le moteur, la batterie faiblit, je branche celles de la cellule et avec l’injection du spray, le moteur finit par démarrer. Je dois régler le mécanicien, le taxi et même mon « ami » qui me réclame sa propina… Evidemment je ne paie pas les tarifs locaux mais ceux escomptés d’un gringo, obligatoirement friqué… je me demande une fois de plus où nos amis voyageurs ont pu rencontrer ces sympathiques Colombiens, Péruviens, ou autres, désintéressés et prêts à rendre service pour nos beaux yeux… Toujours aussi en colère, mais le moteur tournant, je reprends la route de Lima, aussi vite que possible. L’entrée dans la ville est une nouvelle cause d’énervement avec une circulation démentielle, où chacun se permet tout, double, s’arrête quand il en a envie et sans s’occuper des autres si ce n’est pour tenter de passer devant… Grâce à Saint GPS, Nous parvenons au garage Land Rover. Mine atterrée des responsables de la veille ! J’explose et dis mon mécontentement. On nous promet de faire tout le nécessaire pour tout régler puis après un temps d’attente, notre chère Melody vient nous annoncer qu’on ne pourra pas s’occuper du camion avant demain et qu’il vaudrait mieux que nous prenions une chambre dans un hôtel. Je lui fais réserver au Kamana Hotel et nous préparons un sac. Elle appelle un taxi qui sera aux frais de l’entreprise. Au Kamana, nous apprenons qu’il n’y a une chambre libre que pour une nuit ! Je repars, à pied, à la recherche d’un autre. Le Inka Path, dans la rue piétonne a des chambres confortables mais il faut monter de redoutables escaliers, le Bomini, à quelques quadras, moins cher propose des chambres peu agréables. Marie, mise au courant, choisit l’Inka Path où nous nous rendons en peinant avec le sac trop lourd. Nous en repartons aussitôt pour aller déjeuner dans une gargote de bas étage, moi d’un arroz de mariscos que j’ai des difficultés à mâcher avec ma molaire. Nous passons revoir l’intérieur de l’église de la Merced avec ses retables gigantesques en ébène noir et d’autres aux habituelles dorures.

TRANSAMERICA (4.3.- Pérou ou le grand circuit des garages)

Nous rentrons faire la sieste à la chambre mais un musicien, avec amplificateur, s’est installé sous nos fenêtres et ne cessera pas de jouer. Enervement de Marie, je vais me plaindre au patron qui me propose une chambre sans fenêtre ! Je mets le blog à jour, tente de me reposer mais je suis bien trop énervé ! Nous ressortons à la nuit pour aller nous consoler à l’Hôtel Bolivar avec un pisco sour catedral. Retour à la chambre où nous dînons de notre charcuterie rapportée du camion. Un autre musicien s’est installé dans la rue, je vais de nouveau râler mais juste pour marquer le coup car tout le monde s’en fout ! Nous regardons les informations françaises à la télévision et apprenons l’abominable attentat de Manchester. Rien pour me redonner foi en l’être humain…

Mercredi 24 mai : La nuit a été calme, la rue ne s’anime que tardivement. Nous ne descendons petit déjeuner que juste avant l’heure limite, à 9h30. Pas de thé mais un grand choix d’infusions. Nous remontons à la chambre avant de sortir. Nous nous rendons au musée du Banco Central. L’entrée est gratuite mais il faut montrer son passeport. Derrière les beaux guichets en fer forgé de l’ancienne banque, sont exposés des objets d’art populaire, en particulier des cajones anciens, ces mini retables d’Ayacucho, bien plus beaux que ceux d’aujourd’hui, des cannes gravées, des ponchos tissés de toute beauté etc…

TRANSAMERICA (4.3.- Pérou ou le grand circuit des garages)

Au sous-sol, dans l’ancienne salle des coffres, derrière une impressionnante porte blindée, sont montrées, dans une première salle, une collection de céramique que j’explore rapidement puis des objets en or, mais nous avions déjà vu mieux en Colombie. Quand nous en ressortons je tente de téléphoner à Melody, sans aboutir. Nous voulons déjeuner et bien que Marie se sente bien fatiguée, nous retournons au Mirador de Chabuca où nous avions déjà déjeuné en décembre. Plus cher que les restaurants aux menus ejecutivo mais l’assortiment de plats, ceviche, tiradito, arroz de mariscos et chicharrones est d’une grande qualité. Nous revenons en passant par Santo Domingo puis nous rentrons pour une sieste. J’ai tenté à plusieurs reprises de joindre Melody. J’y parviens avec Skype. Elle nous annonce qu’il faut changer une pièce indisponible au Pérou et que cela demande 30 jours ! J’écris aussitôt à Gérard et à Guy pour qu’ils nous renseignent sur les délais de livraison depuis l’Europe, et aussi à un garagiste spécialisé en Land Rover à Lima. Nous aviserons demain… J’envisage même le renvoi du camion directement en France tellement j’en ai par-dessus la tête de ce pays. Nous profitons de TV5 Monde avant de ressortir pour nous rendre au bar du Maury, un vieil hôtel où aurait été inventé le pisco sour et nous souhaitons établir la comparaison avec le Bolivar… Le bar est un endroit qui pourrait être très sympathique avec ses boiseries, son plafond à caisson, son impressionnante collection de bouteilles qui occupe tout un mur, ses agrandissements de photos anciennes qui montrent une ville avec beaucoup d’allure, mais il est absolument désert. Nous y restons une heure à siroter un pisco sour qui me paraît plus fort en alcool mais aussi plus doux… Nous rentrons finir de dîner avec nos restes à la chambre.

Jeudi 25 mai : Nuit à ruminer encore, à me demander quand nous reprendrons la route… Nous nous faisons conduire en taxi à la concession Land Rover. Marie reprend sa place dans le salon d’attente et moi, je vais voir cette chère Melody et lui fournir les informations données par Gérard, à savoir les références de la valve chez différents constructeurs, en lui demandant de la rechercher. Elle téléphone, envoie un mail et me demande de patienter. Le temps passe, je vais retrouver Marie puis Melody vient nous avertir qu’ils continuent de chercher mais que nous ferions mieux d’aller déjeuner. Celui que nous supposons être le Directeur vient nous demander si c’est bien nous qui attendons une valve. Il nous annonce qu’il y en aurait une compatible chez Mitsubishi au prix exorbitant de 1800 soles, plus de 500 euros, alors qu’elle est vendue, livrée à Lima, sur le site de vente de pièces pour Land Rover, au prix de 90 euros !!! Nous voulons déjeuner dans un restaurant de poulet grillé mais pour une raison inconnue, nous ne pouvons pas entrer… Nous retournons donc au Don Vasco. Là, nous ne pouvons pas commander les plats « saltado », faute d’une ventilation suffisante au-dessus du wok utilisé… Nous commençons à en avoir plus que par-dessus la tête du Pérou et des Péruviens. Retour au garage où nous hésitons entre acheter cette pièce hors de prix, dont il n’est pas sûr qu’elle convienne, et la commander en Angleterre, ce qui nous obligerait à trouver un hôtel et patienter nous ne savons pas combien de jours… Le responsable des ateliers arrive et juge lui aussi le prix inacceptable, il nous conseille de partir sans attendre et de faire tourner le moteur toutes les cinq heures… Nous quittons donc le garage, sans rien régler et avec un intérieur qui a été renettoyé, lustré, comme neuf ! Nous décidons de nous rendre au garage du spécialiste Land Rover indiqué sur ioverlander. J’explique une fois de plus le problème. Comme tous les autres mécaniciens, la perspective d’être confronté à des problèmes électroniques lui déplaît profondément. Il préfère m’emmener voir un spécialiste du diesel, au garage Bosch. Là, on doute fort de la responsabilité de la valve dans notre problème mais il faut tester le moteur quand il sera froid, bien qu’un contrôle au scanner effectué à chaud montre déjà un défaut d’alimentation en carburant. Nous décidons, une fois de plus, de passer la nuit devant l’atelier et de faire réviser, pompe à injection et injecteurs demain. Je gare le camion devant l’atelier Bosch puis retourne en taxi chercher Marie chez le mécanicien. Nous revenons avec le même taxi nous installer dans le camion pour une nouvelle nuit dans l’univers de l’automobile…

Vendredi 26 mai : A huit heures les mécaniciens s’attellent au camion. Scanner et tentative de démarrage. Ils doivent le rentrer dans l’atelier, aussi allons-nous prendre place sur le canapé de la petite salle de réception, face au téléviseur. Gentiment et parce que nous sommes étrangers, on nous branche CNN. Nous reverrons des dizaines de fois dans la journée, Trump au G7, Manchester en deuil et autres infos diffusées en boucle et en anglais. Des dizaines de fois car nous allons passer toute la journée là ! On avait commencé par nous dire que ce serait terminé dans l’après-midi mais il n’en sera rien. Je vais explorer les environs, les maisons, des villas à un étage, collées les unes contre les autres, sont toutes barricadées derrière des grilles surmontées de barbelés et de fils électrifiés. Les rues secondaires sont fermées par des grilles, formant ainsi des quartiers sécurisés. A force de marcher, je parviens à un supermarché où je fais quelques courses que je ramène au camion. Ils ont démonté les injecteurs et commencent à en faire de même avec la pompe à injection. Nous allons déjeuner dans une gargote à proximité, menu de la mer avec un ceviche bien pimenté puis des beignets de poisson que Marie trouve trop secs. Nous revenons attendre… En milieu d’après-midi on nous présente le devis : plus de 6000 soles !!! Nous en restons soufflés… Il est temps de revendre le camion et si je pouvais le faire tout de suite… Nous le faisons baisser à 4600 en supprimant le remplacement de pièces non urgentes mais la pilule passe mal ! Et le camion ne sera pas prêt avant demain midi… Plus tard on nous dira quatorze heures… Nous verrons. L’après-midi se traîne jusqu’à ce qu’à six heures on nous sorte, en poussant le camion, pour que nous puissions nous y installer pour la nuit.

Samedi 27 mai : Nous nous sommes presque habitués aux bruits de la rue car c’est à peine si nous les avons remarqués cette nuit… Comme la veille, nous sommes prêts à huit heures mais il faut une demi-heure aux mécaniciens et apprentis pour effectuer un ballet avec les véhicules entrant, sortant et donc pour commencer à remonter les pièces sur le camion. Nous avons repris nos places sur les fauteuils et nous plongeons le nez, tous les deux, dans nos romans respectifs de Vargas LLosa. Après nous avoir annoncé que ce serait prêt pour midi puis pour 14 heures, c’est à 15 heures que le patron nous promet la délivrance… Nous verrons. Je distrais Tequila, le chien du garage qui a compris que je lui relancerai n’importe quel bout de plastique qu’il viendrait déposer à mes pieds… Je tente de surveiller l’avancement du travail quand la porte des ateliers est ouverte. Nous allons déjeuner dans une rôtisserie proche, poulet et côte de porc et bonnes sauces épicées. Nous revenons au garage, les choses se précisent. Je règle la note, 4600 soles, soit 1300 euros… Nous espérons que pour le prix nous n’aurons plus de mauvaises surprises. Les mécaniciens continuent de s’affairer en dessous du camion sans que je comprenne pourquoi et enfin ils vont faire un essai. Ils veulent l’emmener au lavage. C’est une manie ! Si nous les laissons faire il n’y aura plus de peinture ! Nous les en dissuadons et prenons la route. Nous sommes tout de suite sur la panamericana. La sortie de Lima n’est pas très rapide mais ne pose pas de problème d’orientation. Dès que nous avons dépassé les bidonvilles qui menacent d’être engloutis par le sable des dunes auxquels ils s’adossent, nous retrouvons l’autoroute rapide. Nous roulons jusque vers Asia puis quittons la route pour nous rapprocher d’une plage et nous arrêter sur le terrain d’une guinguette fermée, en bord de mer. Je me demande bien si demain nous allons démarrer sans problème ou si nous allons encore une fois devoir revenir à Lima. Angoisse toute la nuit…

Dimanche 28 mai : Au réveil, je souhaite la Fête des Mères à Marie mais ce ne sont pas mes vœux qu’elle attend. Dès que nous sommes debout, je vais, angoissé, démarrer le moteur qui, ouf, daigne partir sans rechigner. Rassurés, nous repartons en suivant de près le bord de mer, entre dunes et rouleaux de l’océan puis nous rattrapons la panamericana que nous suivons, dans une épaisse brume marine, jusqu’à Pisco. Les élevages en batterie de poulets se suivent tout au long de la côte. Le voyant du frein à main clignote mais je ne m’en inquiète guère, pensant à un simple mauvais contact. Je dois quitter l’autoroute pour un plein de gasoil à Chincha faute de stations-service sur cette nouvelle portion. Nous devons dépasser la route que nous voulons prendre et revenir sur nos pas, il n’a pas été prévu de sortie depuis l’autoroute. Nous remontons alors le cours du Pisco, large vallée fertile plantée principalement en maïs. Comme à Trujillo, plus nous nous éloignons de la côte et plus la brume s’estompe et le soleil vite prédomine. Nous nous arrêtons pour aller visiter les ruines incas de Tambo Colorado, une cité fortifiée inca dont nous pouvons découvrir le dédale des cours et des maisons aux murs creusés de niches doubles de forme trapézoïdale, comme les portes. Des traces de peinture rouge et ocre couvrent les murs mais d’imbéciles vandales ont gravé leur nom dessus.

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L’ensemble est intéressant surtout les « bains » supposés où l’on imagine très bien l’Inca se laisser asperger d’un filet d’eau lustrale. Nous repartons, toujours en remontant le cours de la rivière. La vallée se resserre, les parois se rapprochent, les cultures changent, ce sont désormais des terrasses plantées de vignes, celles qui produiront vins et piscos. La route continue de monter et insensiblement nous prenons de l’altitude. Nous retardons le moment de déjeuner dans l’espoir de trouver un restaurant qui serve des écrevisses mais nous avons trop attendu et nous devons nous résigner à déjeuner dans le camion à plus de 3000 mètres d’altitude. Nous gagnons l’altiplano et retrouvons les troupeaux de lamas, d’alpacas en grand nombre et quelques bandes de vigognes. Dans la montée du col, nous apercevons quelques beaux puyas raimondi puis des concrétions calcaires colorées inattendues. Plus haut les versants de la montagne sont couverts de terres aux teintes chaudes mais je n’ai pas très envie de m’y attarder. Des bruits étranges en provenance du moteur m’inquiètent, je pense au frein à main mais en débrayant ou en cinquième vitesse, ils disparaissent et je commence à me demander si la boîte de vitesse ne serait pas en cause. Envie de laisser ce maudit camion sur le bord de la route, les clefs dessus… Nous passons le col à plus de 4700 mètres sans montées pénibles ni virages serrés. Puis c’est la descente sur Ayacucho. Nous avons fait une bonne moyenne et nous pouvons espérer y arriver juste à la nuit mais les derniers kilomètres sont dans des lacets, derrière des camions et la nuit tombe avant que nous n’y parvenions. La descente est pénible dans la nuit, alors que surgissent les tuk tuks et que les bords de la route ne sont plus évidents. Nous voulons nous arrêter à un restaurant peu avant la ville mais Marie ne s’était pas aperçue qu’il n’existe plus. Nous décidons de nous rendre à un hôtel repéré sur ioverlander, pas cher et avec un garage. Nous le trouvons, les chambres (30 soles, moins de 10 euros, eau chaude et wifi) ne sont pas du dernier cri mais j’en ai par-dessus la tête de conduire et aussi du camion. Il faut attendre l’arrivée d’un employé pour ouvrir le garage. Pendant ce temps, je vais à la recherche d’une cochera, un parking privé indiqué par Guy, dans le centre-ville. Je reviens au camion et nous décidons de nous y rendre. Nous pouvons nous garer dans une grande cour avec des toilettes et même une douche. Les propriétaires sont plus accueillants que leurs deux chiens hargneux. Nous décidons d’aller dîner en ville, je n’ai pas envie de cuisiner et nous n’avons plus d’alcool pour fêter la Fête des Mères… Nous retrouvons la jolie Plaza de Armas entourée d’arcades éclairées et allons dîner au restaurant de l’Hôtel Via-Via recommandé par les guides. Nous nous installons au balcon dominant la place et commençons par commander deux doubles pisco sour.

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Nous commettons l’erreur de commander également les plats qui nous arrivent alors que nous n’en sommes qu’aux préliminaires de l’apéritif. Nous demandons qu’ils nous soient gardés au chaud. Nous pouvons consulter nos mails avant que les plats nous soient rapportés, refroidis… Le plat de Marie, de la viande d’alpaca en saltado est presque immangeable, le mien, également de l’alpaca est plus tendre, servi avec des champignons à peine réchauffés. Très déçus par ce mauvais repas nous regagnons notre cour, accueillis par les roquets déchaînés.

Lundi 29 mai : Toute la nuit je me suis demandé si nous allions commencer par chercher un mécanicien ou si nous allions commencer par visiter la ville. La prudence l’emporte, nous choisissons la sécurité. Nous demandons à notre gardienne si elle connaît un bon mécanicien, elle demande à un passant dans la rue qui se propose de nous conduire. Nous nous rendons par d’étroites rues sur la colline de Magdalena où se concentrent les activités autour de l’automobile. Le garage où nous sommes conduits ne paie pas de mine, à l’égal des précédents. Atelier et personnel crasseux, trois tournevis et deux clés en guise d’outillage, pas de fosse ni de pont élévateur… Nous devons attendre l’arrivée d’un mécanicien qui est supposé connaître les Land Rover. Il se glisse dessous, trouve que tout est en ordre et rajoute du liquide de frein dans le réservoir pour expliquer le voyant allumé ce qui semble vrai. Coût : 5 soles, pour le liquide… Nous ramenons le camion à la cochera, pas bien convaincus mais nous verrons demain sur la route. Nous partons visiter Ayacucho en commençant par l’office du tourisme qui nous confirme qu’il n’y a pas de supermarché, que des minimarkets ! Nous débouchons sur la belle Plaza de Armas, entourée de bâtiments coloniaux identiques, sur arcades, à un étage, avec des balcons et un toit de tuiles.

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Aucune construction moderne ne la dépare. Sur un des côtés, la cathédrale dont la façade n’est pas un chef d’œuvre mais dont l’intérieur est un ensemble de gigantesques retables plus que surchargés de dorures, d’angelots parfois coiffés de plumes, de colonnes torsadées couvertes de moulures en forme de vigne mais aussi d’ananas. Les confessionnaux sont de lourds meubles de bois aussi sombre que les péchés avoués.

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Nous continuons jusqu’à l’église de la Merced dont nous devons attendre le bon vouloir d’une religieuse pour nous en ouvrir les portes. Mais, après la somptuosité de la cathédrale, l’unique autel, même doré, nous laisse sur notre faim. Quelques toiles, peut-être intéressantes, mal éclairées, sont accrochées sur les murs mais bien trop haut pour être appréciées. Nous revenons par une autre rue vers la place en passant devant l’église de la Compagnie de Jésus. Sa façade, décorée et colorée est inhabituelle et ses marches servent de banc où se reposer aux Indiennes venues vendre ou acheter au marché. Elles n’ont plus les beaux chapeaux de Caraz, un simple feutre les couvre mais leurs deux nattes flottent toujours dans le dos sur des chemisiers blancs, brodés, et les jupes portées sur une quantité de jupons sont aussi volumineuses. Leur baluchon est enveloppé dans une couverture composée de bandes rouges ou roses et bleues.

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De vilains bas de laine de couleur vive moulent leurs mollets. Nous nous reposons sur un banc de la place, alors que le soleil commence à chauffer. Nous découvrons quelques patios de maisons coloniales, souvent entourés d’arcades au rez de chaussée et à l’étage. Une autre rue nous amène devant l’église Santo Domingo, fermée, mais dont nous pouvons admirer l’élégante façade avec sa loggia au-dessus d’arcades. Nous déjeunons au restaurant la Casona, Marie d’un poulet saltado (rendue prudente par de précédentes expériences, elle n’a pas voulu tenter le lomo saltado…), copieux et dont elle a du mal à venir à bout. Je me suis laissé tenter par des costillas de mouton, pour varier les viandes. Servies très cuites, seuls les morceaux gras ont du goût, la noix est trop dure. Une visite à l’un des « minimarkets » nous permet de prévoir quels achats nous pourrons envisager… Nous cherchons ensuite, sur la place, le Musée d’Art Populaire. Il tient en une seule pièce d’un bâtiment de l’Université et n’expose que des retables, modèles réduits, spécialité d’Ayacucho dont nous avions rapporté un exemplaire il y a dix ans. Ceux-là sont l’œuvre d’un maître-artisan et fourmillent de personnages colorés dans des scènes religieuses ou profanes. Nous reprenons la rue piétonne qui descend vers un arc de triomphe d’un rouge sombre.

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Nous le franchissons pour aller visiter le marché. Marie est vite attirée par les stands d’artisanat mais n’y trouve rien digne de son intérêt… Nous en ressortons par une allée occupée en son milieu par des marchandes de fromages frais, tous identiques. Elles sont toutes de blanc vêtues et portent un chapeau de paille également blanc pourvu d’un très large ruban noir.

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Les deux églises sises aux deux extrémités du marché sont aussi fermées… Nous marchons pour aller voir une maison transformée en musée mais nous ne la visitons pas, nous contentant de jeter un œil à son beau patio couvert de galets colorés. Nous revenons vers le centre, passons dans un minimarket faire quelques emplettes puis, bien fatigués, nous allons prendre un pot dans une cour qu’occupent des restaurants et des boutiques d’artisanat, fermées. Nous revenons à la place, Marie m’y attend pendant que je vais à l’autre minimarket compléter nos achats. Nous retrouvons notre camion. Nous devons attendre le départ des voitures stationnées pour manœuvrer afin de nous mettre sur du plat

Mardi 30 mai : Dès le réveil, je déplace le camion pour être prêt à partir sans être gêné par ceux qui vont stationner. Nous quittons Ayacucho dans une circulation toujours aussi furieuse. Le bruit que j’attribue à une vibration, peut-être en provenance du frein à main, se manifeste toujours mais s’atténue, disparaît presque en cinquième vitesse. La route, en bon état, s’élève aussitôt, dominant les vallées et les proches montagnes. Nous atteignons bientôt l’altitude de l’altiplano, plus aucune culture, plus d’arbres, des prairies d’un beau vert à peine jaunissant sous le soleil. Nous passons en douceur un col à 4200 mètres et restons à la même altitude, sur un plateau désolé où nous n’apercevrons qu’une vigogne. Le peu de virages serrés me permet de rester presque toujours en cinquième vitesse, ce qui nous donne l’illusion d’un fonctionnement normal du moteur. Mais, même à l’arrêt, un violent cognement se fait entendre. Je me glisse sous le camion et manifestement le bruit provient de la boîte de vitesse. Je commence à me demander si l’huile n’aurait pas fui, ce que laisserait penser les traces d’huile en dessous. Nous entamons une très longue descente qui va nous ramener à des altitudes où l’on trouve des cultures, des parcelles à flanc de montagne, en damiers. Je reste dans la mesure du possible en cinquième vitesse mais dès que je repasse une autre vitesse les cognements sont insupportables. Nous commençons à remonter, impossible de rester en cinquième. Nous traversons un village où je cherche un mécanicien. Pas de mécanicien ! Pas d’huile de boîte non plus. Il faut aller au prochain village, Uripa, plus que 8 kilomètres mais le bruit devient infernal, la transmission broute, vibre et bientôt le camion n’avance plus que par à-coups. Je me résous à m’arrêter sur le bord de la route. Nous ne sommes qu’à trois kilomètres d’Uripa… J’arrête une voiture et lui demande de m’emmener au village chez le mécanicien. Une cour ouverte, crasseuse, couverte de déchets mécaniques et de flaques d’huile, rien de bien engageant mais je ne peux pas me permettre d’être difficile. Le mécanicien, jeune, ne peut pas, faute de véhicule, venir me prendre en remorque. Il me renvoie plus loin dans le village. Je marche cinq cents mètres, demande. On m’indique un autre garage qui a plus belle allure mais qui est fermé. Je me renseigne, l’un dit qu’il ouvre à une heure, l’autre à deux heures, une dernière à trois heures ! Je ne peux que patienter. J’arpente le trottoir, à l’ombre, fais le tour du pâté de maisons, reviens patienter, demande l’heure aux passants puis on m’affirme que le garage n’ouvrira pas ! Je descends à la station-service et demande si quelqu’un pourrait me prendre en remorque. Le chauffeur d’un camion se dévoue, alléché par l’idée d’améliorer son ordinaire… Marie commençait à s’impatienter… Je me laisse prendre en remorque et parviens ainsi jusqu’au premier mécanicien. Je règle le chauffeur du camion qui tente d’obtenir cent soles et se satisfait vite de cinquante. Nous rentrons le camion dans la cour en le poussant, puis le mécanicien se penche sur le problème et conclut vite que la boîte de vitesse est en cause. Il se met aussitôt au travail pour la sortir. Il ne connaît pas ce modèle et tâtonne quelque peu. Les heures passent, il commence à faire frais, je reste dehors dans l’espoir de savoir ce soir ce qu’il en est mais la boîte ne sera pas démontée aujourd’hui, d’autant qu’il a un autre démontage de moteur en cours. Nous devons nous résigner à passer une nouvelle nuit dans un garage. J’en ai plus que par-dessus la tête de cette Land Rover. Si je pouvais, je prendrais le premier avion pour la France et laisserais le camion sur le bord de la route.

Mercredi 31 mai : Le peu souriant mécanicien nous avait prévenus qu’il reprendrait le travail à sept heures ! En réalité, c’est vingt minutes plus tôt qu’il commence mais sur un autre véhicule. Nous sommes prêts peu après, Marie reste dans le camion et je descends faire acte de présence mais ce n’est qu’à neuf heures passées qu’il se glisse sous le châssis et reprend le démontage de la boîte. Ce qui lui pose quelques problèmes, peu habitué à ce type de véhicule. Sa clientèle est principalement constituée de taxis Toyota en piteux état. Enfin, vers midi, la boîte est sortie de dessous le camion.

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Il en entreprend le démontage, la séparation de la boîte transfert ne pose pas de problème mais il ne parvient pas à ouvrir la boîte principale malgré bien des efforts. Je lui donne le numéro de téléphone du garage de Caraz qu’il appelle. Celui-ci conseille d’envoyer la boîte à Lima ! Le mécano prétend qu’il connaît quelqu’un à Ayacucho capable de réparer et peut-être même disposerait d’une boîte entière. Nous convenons que la boîte soit envoyée ce soir à Ayacucho, elle en reviendrait demain… A voir ! Nous décidons de prendre une chambre à l’hôtel Chaska, sur la Plaza de Armas qui ressemble plus à un chantier qu’à une place centrale, bien que dominée par une église. Un tuk tuk nous y conduit. Nous disposons d’une chambre matrimoniale claire, avec salle de bain, eau chaude, wifi, pour 60 soles ! Je repars aussitôt porter un gros sac de linge sale à une lavanderia proche mais elle est fermée et bien sûr, personne ne sait quand et si elle ouvre… Je rapporte mon sac et repars à pied dans le centre-ville, un peu éloigné, à la recherche d’un distributeur de billets. Je dois demander mon chemin à plusieurs reprises avant d’être dirigé chez un quincailler qui fait aussi agence bancaire. Je pourrais tirer des soles mais nos cartes sont refusées. Seule solution : retourner à Chincheros le bourg voisin et concurrent, à 8 kilomètres, qui dispose d’un distributeur de billets, mais pas d’un mécanicien… Je saute dans un collectivos qui démarre aussitôt et dix minutes plus tard je suis devant le Banco de la Nacion et son DAB. J’en repars les poches renflouées, un autre collectivos, qui lui passe par des villages sur une piste, me ramène à Uripa. Je repère quelques restaurants susceptibles de nous accueillir pour dîner puis je rentre à la chambre. Je refais une tentative à la lavanderia, toujours fermée. Le wifi est très lent et je ne parviens pas à envoyer un message ni à me connecter à un site. Nous avons droit à un concert de chants religieux en provenance de l’église dont les puissants haut-parleurs crachotent des hymnes impossibles à ne pas entendre. Nous allons dîner en prenant un tuk-tuk dans un chifa, simple et bon marché puis nous rentrons à pied par les rues noires et froides, en passant devant les restaurants de nuit moins appétissants que ceux de Thaïlande.

Jeudi 1er juin : Je ne dors pas de la nuit. Toutes les heures je tente sans succès de me connecter à internet. Je ne cesse de me demander quel va être le prix de la soi-disant boîte de vitesse disponible à Ayacucho et comment la régler. Nous devons nous lever à huit heures et descendre en pyjama sous le pantalon et le blouson, le petit déjeuner n’étant servi que jusqu’à huit heures et demie. Pas de thé mais des tisanes. Prévoyants, nous avions pris des sachets de thé avec nous. Nous remontons procéder à nos ablutions en profitant d’une bonne douche chaude. Une fois de plus je fais chou blanc à la lavanderia, mais quand ouvre-t-elle ? Je retourne au garage, emmené par un des taxis qui m’a reconnu et m’a aimablement proposé de m’y déposer. Rien de nouveau, la boîte est partie et arrivée à Ayacucho. Elle doit être ouverte et on saura alors ce qu’il en est, mais pas avant une heure de l’après-midi. Je reviens à pied, traverse le marché, une allée couverte où je revois ces Indiennes avec une jupe aux broderies très colorées mais uniquement visibles derrière, le devant étant caché par un tablier.

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Nous lavons du linge de corps dans le lavabo et le mettons à sécher au soleil et donnons quelques pièces plus importantes à laver à une femme appelée par l’hôtel, puis nous partons déjeuner. Nous retraversons le marché mais Marie qui a mal à la tête comme presque tous les jours à partir de dix heures, ne se sent pas bien. Nous jetons notre dévolu sur une gargote où Marie se satisfait d’un blanc de poulet grillé a la plancha et moi d’un ceviche avec des chicharrones de poisson, copieusement servis. Difficile ici d’avoir une boisson glacée ou même fraîche, la bière est sortie du cageot à température ambiante, nous devons à chaque fois demander qu’elle soit mise au congélateur avant de nous servir les plats. Même problème avec les sodas ou les eaux. Nous prenons un tuk tuk pour nous rendre au garage. Le mécanicien, Chino pour les intimes, doit son surnom à des origines chinoises. Ni lui, ni son adjoint, ne nous donne la moindre information, il faut les questionner pour en tirer quelques bribes. Nous apprenons ainsi que la boîte doit être ouverte et qu’on saura, dans une heure, ce qu’il faut changer. L’heure passe, puis deux. Je ne me sens pas gêné d’aller vider notre boîte-à-caca derrière le garage… Il est presque cinq heures quand tout le monde s’en va, sans nous dire au revoir, ni nous informer. Je réussis à apprendre de l’adjoint que la boîte a été ouverte, qu’un pignon doit être changé, que nous ne devons pas nous inquiéter, que l’on est à la recherche de la pièce… Nous devons nous satisfaire de ces dires et n’avons plus qu’à rentrer à l’hôtel. Nous descendons relire mon texte dans la salle du déjeuner où, bien que la liaison wifi soit moins bonne que dans la chambre, nous découvrons que nous avons une connexion internet ! J’en profite pour envoyer un message à tout le monde pour les informer de nos malheurs mécaniques. Et comme la liaison semble se maintenir, je tente et réussis à mettre le blog en ligne. Nous dînons dans la chambre avec nos provisions rapportées du camion avant de vite nous glisser sous la triple épaisseur de couvertures, très appréciée…

Vendredi 2 juin : Je retourne au garage, sans trop croire au retour de la boîte réparée comme on me l’a fait espérer hier et j’avais raison. Chino me déclare d’emblée que les pignons de presque toutes les vitesses sont morts et que les pièces sont introuvables au Pérou. Je reviens à l’hôtel toujours à pied, en passant par chez un opticien pour faire réparer les branches de nos paires de lunettes respectives avant de retrouver Marie à la chambre. Un message de Julie nous invite à télécharger WhatsApp afin de nous mettre en relation avec Justine, la sœur de Charline, l’amie de Maximilien, le frère d’Alex. Ouf ! Cette dernière vit à Lima et nous appelle aussitôt et se propose de nous aider, son père garagiste est aussi mis dans le circuit ! J’avais envisagé de laisser le camion au garage ici en attendant l’arrivée d’une boîte neuve depuis la France et de nous rendre, pendant ce temps, en bus, à Cuzco. Mais il paraît bien préférable, notamment pour d’éventuels problèmes de dédouanement d’être à Lima. Il nous faut donc trouver un moyen d’y envoyer le camion. Après le déjeuner pris à la chambre avec nos provisions, je communique de nouveau avec Justine qui vérifie auprès du garage de Lima qu’ils peuvent nous recevoir et s’occuper de nous. Je repars au garage et fais part de notre intention à Chino qui appelle un transporteur. Il faut le rappeler plus tard pour mettre au point les conditions. Une nouvelle après-midi d’attente et d’ennui au garage commence. Quand enfin nous joignons le transporteur, il s’avère qu’il ne peut pas ! Chino en appelle un autre qui doit venir dans la demi-heure qui suit. Il commence à se faire tard, le froid descend et le soleil se couche quand arrive le transporteur. Il ne peut assurer le voyage qu’en partant lundi matin, au tarif de 1600 soles. Je fais encore intervenir Justine pour être sûr que nous nous sommes bien compris. Elle a de plus la gentillesse de nous proposer de nous héberger à Lima. Une fille en or ! Je reviens à la chambre, Marie sait déjà tout, restée en communication avec Justine tout l’après-midi… Nous nous rendons en tuk tuk dans le centre pour dîner dans une gargote où nous parvenons à nous faire servir une bière presque fraîche. Nous rentrons vite nous glisser sous les couvertures.

Samedi 3 juin : Nous devons descendre avant huit heures trente pour le petit-déjeuner, nous sommes les seuls dans la salle à manger. Jean-Michel, Gérard et Guy qui, non seulement compatissent mais aussi se renseignent pour nous, nous envoient des messages et nous appellent, ce qui fait chaud au cœur. Je passe la matinée sur internet à me renseigner sur le prix d’une boîte de vitesse puis je reprends le blog et crée un nouvel article « Pérou, le circuit des garages » dont nous ne savons pas quand il se terminera… Nous allons à pied au centre-ville en passant par l’allée couverte du marché. Nous déjeunons dans une gargote qui ne sert que du poisson et des fruits de mer, plus de riz que de mariscos dans l’assiette… Nous cherchons à nous ravitailler au marché et dans les épiceries, bien pauvres. Des fruits, des chips, des yaourts non conservés au froid et des œufs. Marie rentre à la chambre en tuk tuk et je vais à pied au camion déposer nos provisions et prévenir que nous reviendrons demain et y dormirons. Sur le retour, je trouve dans une pâtisserie (?) du jambon de poulet bien rose… Coup de fil de Guy pendant que Marie, mordue, ne quitte pas des yeux l’écran de télévision pour suivre le match Juventus-Real de Madrid. Nous relisons mon texte puis je mets le blog à jour. Nous dînons à la chambre avec nos délicieuses (!) tranches de jambon rose à goût de carton…

Dimanche 4 juin : C’est la Pentecôte ! Il n’est pas six heures que les cloches de l’église trop proche se mettent en branle, suivies par des chants crachouillés à plein volume. Moi qui, en d’autres lieux, me plaignais des muezzin ! Il est vrai qu’ici, l’église catholique est sérieusement concurrencée par les diverses sectes évangélistes, y compris les Pentecôtistes… Au Pérou, laïcité doit être un gros mot ! Sur l’écusson des voitures de police : « Dios, Ley, Patria ». Nous ne sommes pas les derniers à descendre petit déjeuner mais quand nous remontons à la chambre, plus d’eau chaude ! Je dois descendre réclamer pour pouvoir me doucher. Nous écrivons à Gérard qui s’est encore démené pour trouver références et tarifs des boîtes de vitesse et à Justine pour accepter sa proposition d’hébergement à Lima. Nous abandonnons la chambre et je vais porter en tuk tuk notre sac au camion. Je reviens à pied en passant par le marché, plus important le dimanche. Je prends quelques photos d’Indienne avec des jupes brodées et une plume de paon pour orner le feutre.

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Je retrouve Marie, installée dans une pièce au soleil. Après midi, nous nous rendons en ville, de nouveau par le marché. Beaucoup de stands de cuisine se sont installés, sur certains on sert des cuyes frits.

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Nous préférons une autre gargote de poisson. Ceviche et chicharrones de poisson pour Marie et parihuela pour moi, entre la soupe de poisson et la bouillabaisse épicée, copieux et bon. Faute de savoir quoi faire et de terrasses de café, nous nous dirigeons doucement vers le garage. Nous rangeons nos affaires puis nous nous installons dans les fauteuils dans la partie la moins dégueulasse du terrain. Une fanfare descend la route, nous nous précipitons avec les appareils photos, c’est un enterrement…

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Le soleil baisse, la température aussi, nous regagnons le camion pour écrire, lire. Je prépare un pisco sour, sans glaçons et trop bien servi puisque Marie peine à s’en remettre et se couche sans lire.

Lundi 5 juin : L’alarme ne sonne pas à cinq heures comme prévu, je m’en aperçois vingt minutes plus tard. Nous devons nous dépêcher pour être prêts à six heures pour l’arrivée du camion. Qui n’est pas là à l’heure… Ni même une heure plus tard… Chino est absent, je demande à son adjoint de téléphoner. Il n’a pas le numéro… S’apercevant que nous ne sommes pas contents il me demande d’arrêter un tuk tuk pour aller chercher ce numéro auprès d’une femme à l’entrée du marché. Il joint quelqu’un et j’apprends que le camion part d’Andahuaylas et devrait arriver d’ici une heure et demie, deux heures… Excédé, je décide que si à dix heures le camion n’est pas là, je vais à la police déclarer que j’abandonne notre Azalaï et que nous partons en bus à Lima puis en France ! Marie n’est pas d’accord mais elle doit admettre que nous ne savons rien et que cela ne peut durer. Je fais appeler Justine et lui demande de traduire mes intentions à Chino que cela n’affecte guère. Il dit qu’il passera voir si le transporteur, soi-disant un de ses amis mais dont il ne connaît pas le nom, est chez lui. Quelques minutes après, le camion est là ! J’engueule le transporteur qui rigole… Il s’aperçoit alors que notre camion est trop haut pour rentrer dans le sien. Il doit démonter des barres transversales ce qui prend du temps. Il n’a pas non plus prévu de rampe d’accès… Il faut attendre que le propriétaire d’un taxi qui barre la sortie du garage revienne, dégage le passage avant que nous puissions, poussés, sortir sur la route. Je dois descendre en roue libre, sans frein à main jusqu’au terrain de sport où le camion s’est acculé aux tribunes en contrebas afin que son plateau soit à peu près au niveau du terrain. Ils, le transporteur et le chauffeur ont aménagé une sorte de rampe avec des rondins, des pierres et deux planches. Je dois sortir nos plaques de désensablement pour améliorer l’accès qui reste difficile. Ils tentent de nous pousser en rameutant les passants pour monter sur le plateau, en vain. Ils répètent plusieurs fois la tentative, déplacent le camion, réaménagent la rampe. A la fin ils parviennent à nous faire monter.

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Il faut encore attacher, caler tout à bord. Et enfin à treize heures trente, nous démarrons. Nous sommes ballottés et bien vite j’ai des suées, l’estomac qui chavire et les intestins qui crient misère… Nous descendons, trente cinq kilomètres, jusqu’au village proche du fleuve Pampas où ils s’arrêtent pour déjeuner. Nous restons dans le camion, je n’ai pas du tout envie de manger, Marie grignote un bout de fromage. Nous repartons pour quelques centaines de mètres et pénétrons dans une cour où, pendant une heure et demie, ils vont charger des cartons et des cageots d’avocats, devant et derrière le camion. Nous disparaissons presque dessous. Nous repartons, secoués et sans grande vision du paysage, entre les planches des ridelles. Bientôt la nuit tombe, nous apercevons les lumières d’Ayacucho. Nous pénétrons dans la ville puis le camion s’arrête dans une rue. Je suis invité à descendre en foulant aux pieds toute la magistrature péruvienne puis, avec deux de nos conducteurs, sans explication, nous sautons dans un tuk tuk. Nous roulons jusqu’à une rue sombre. Nous cherchons semble-t-il quelqu’un. L’un d’eux s’adresse à un groupe d’hommes assis, la bouteille de bière à la main, hébétés et incapables de répondre. Nous retrouvons celui que nous sommes venus chercher, déjà bien imbibé et dont l’haleine houblonnée se devine de l’autre côté de la rue… Il nous emmène à son « atelier » mais il a oublié la clé. Il retourne la chercher et je découvre dans une cour, presqu’aussi crasseuse que celle d’Uripa, la boîte de vitesse démontée. Deux pignons ont toutes leurs dents arasées ! Et un autre a été emporté par un tourneur et non rapporté… Je m’énerve, préviens que je ne paierai pas tant que la boîte ne sera pas livrée à Lima. On me promet tout, qu’elle sera remontée demain, expédiée dans la journée, arrivée avant d’être partie, que les dents auront repoussé, etc… Nous repartons retrouver le camion reparti à la sortie de la ville. Marie qui n’avait pas été mise au courant de mon départ m’a cru assassiné, égorgé, dévalisé dans un coin sombre. Elle est sortie du camion (le nôtre) pour piétiner le futur guacamole avant que je ne revienne la rassurer sur mon sort. Nous repartons dans la nuit. Nous profitons d’une courte halte de nos transporteurs pour avaler quelques chips et un yaourt avant de descendre le lit et nous coucher, sans nous déshabiller. Une couchette de chenille de fête foraine, elle tangue, roule, verse d’un côté, de l’autre…

Mardi 6 juin : Je parviens à dormir entre deux consultations du GPS pour savoir où nous en sommes. Le matin nous trouve sur la panamericana. A huit heures nous sommes dans Lima. Les avocats sont livrés et nous nous rendons au garage Salazar. Il faut débarquer le camion, ce qui sera réalisé au moyen de deux chariots élévateurs. L’un soulève l’arrière, recule pour permettre au second de venir soulever l’avant latéralement. Le camion du transporteur avance. Le nôtre se trouve ainsi suspendu dans les airs.

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Marie avait eu la sagesse de sortir avant… Les deux chariots abaissent simultanément leurs lames et il retrouve son asphalte bien aimé. Je règle les transporteurs puis nous nous installons dans le petit bureau, profitons du wifi pour découvrir les sympathiques messages de soutien des amis. J’appelle Justine qui parle avec le mécanicien, qui ne peut se prononcer sur une possible réparation tant qu’il n’aura pas vu la boîte qui doit arriver demain. Elle ne peut nous héberger avant samedi, nous devons trouver un hôtel. Nous hésitons beaucoup, je réserve au White House sur booking.com, à Miraflores. Nous préparons un sac, sautons dans un taxi et nous nous y rendons. Notre réservation n’a pas été prise en compte et les prix ne sont pas les mêmes mais nous acceptons pour deux nuits. Je découvre alors la chambre, un réduit sans fenêtre, table ou chaise pour 50 dollars. On m’en propose une autre avec fenêtre mais plus chère. Furieux je demande à être remboursé et parle d’un véritable scandale ! Nous reprenons un autre taxi qui nous dépose au El Patio, toujours à Miraflores, chambre plus agréable dans une courette fleurie mais plus chère, 55 $. Nous n’avons pas encore déjeuné, nous ressortons et découvrons le quartier moderne de Lima, ses commerces dignes d’une grande métropole occidentale. Les prix sont aussi bien plus élevés. Nous aboutissons encore une fois dans un restaurant spécialisé de poisson. Bon ceviche, chicharrones de poisson et causa aux fruits de mer, sorte de crêpe de pomme de terre fourrée avec une purée de crevette et de crabe. J’observe le patron qui prépare un pisco sour. Me voyant intéressé, il nous en parle et nous en offre un petit verre. Je lui demande d’autres recettes à base de pisco, il nous donne celle du chilcano de pisco que nous promettons de venir goûter. Je vais porter du linge à laver à une lavanderia toute proche puis nous marchons en direction du Parc Central. Au passage, nous visitons un petit supermarché Metro qui nous ferait presque saliver… Nous nous arrêtons quelques instants sur un banc du parc mais le ciel inévitablement gris, brumeux, n’incite guère à une pause bucolique. Nous revenons à l’hôtel en passant par une boutique intéressante d’artisanat et faisons la connaissance d’Edouard, voyageur français qui nous parle de l’Australie. Nous dînons au Tropicana, bonne cuisine et bière glacée pour changer d’Uripa. Retour à la chambre pour visionner un film québecois sur TV5Monde, incompréhensible sans sous-titres.

Mercredi 7 juin : Bonne nuit malgré quelques coups de marteau au matin. Le petit déjeuner, quelconque, est servi dans une petite pièce très joliment décorée avec des objets anciens : cadres en argent, copies de statuettes en céramiques, toiles de l’école de Cuzco. Je pars en taxi au garage et apprends que la boîte de vitesse n’est pas arrivée hier soir. Les secrétaires appellent Ayacucho où on affirme avoir envoyé la boîte. Je vais avec le mécanicien à la compagnie de transport où nous ne trouvons pas trace de l’expédition. Retour au garage et nouvel appel à Ayacucho. La boîte n’a pas été envoyée car le coût de l’expédition, 60 soles, n’a pas été payé ! Les secrétaires s’engagent à rembourser l’expéditeur et ce dernier à réaliser l’expédition aujourd’hui. Inutile que je reste au garage, je retourne à l’hôtel en taxi. Marie est catastrophée. Nous décidons, puisque le soleil semble vouloir briller aujourd’hui, de nous rendre sur la corniche. Nous déjeunons dans un petit établissement à prétentions artistiques puis marchons jusqu’au bord de l’océan. Quelques immeubles de verre et béton donnent à cette corniche un aspect moderne, développé, très localisé.

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La falaise qui domine une plage de galets a été aménagée avec des restaurants et des boutiques de luxe. Nous apercevons, perdu dans la brume, le quartier de Barranco où nous déménagerons demain faute de chambre libre au El Patio. Nous longeons la corniche, dominons une longue jetée sur laquelle est construit un bâtiment qui évoque les anciens casinos des plages de la mer du Nord.

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Nous atteignons le Parc de l’Amour avec une statue géante d’un couple enlacé mais habillé, et avec des céramiques colorées où sont inscrites des sentences poétiques, signées par des couples. Nous nous faisons déposer par un taxi près du centre commercial Suche, une simple ruelle avec des restaurants et quelques boutiques d’antiquaires. Evidemment nous leur rendons visite, évidemment nous nous laissons séduire par une peinture sur métal de l’archange Saint-Michel… Dans la boutique voisine, un joli tupus me plairait bien mais ce n’est sans doute pas le moment de faire d’autres folies… Je suis fatigué et rentrerais bien à la chambre mais Marie veut se rendre à un autre marché artisanal, plus éloigné qu’elle ne l’avait indiqué sur le plan. Nous traversons le quartier des bijoutiers, surtout des objets en argent, vaisselle principalement. La distance ne la rebute pas quand il s’agit de faire des achats… Dans cet immense marché d’artisanat où les marchands sont plus nombreux que les acheteurs, nous trouvons des boutiques qui vendent des retables beaucoup plus jolis que ceux vus jusqu’à présent mais ils coûtent plusieurs centaines d’euros ! Un plus petit lui plairait bien mais le prix reste élevé et le marchandage ne réussit pas. Nous rentrons tous deux frustrés, elle pour son retable et moi pour l’épingle en argent. Le taxi qui nous ramène doit faire de grands détours avant de nous laisser devant l’hôtel. Je vais rechercher le linge à la lavanderia puis je repars au supermarché acheter notre dîner. Jambon serrano, salades pas fameuses, bières et au retour, chez un confiseur, des tejas, grosses bouchées fourrées au miel et aux pécans. Nous dînons à la chambre puis regardons les informations à la télévision.

Jeudi 8 juin : Encore une bonne nuit que j’aurais aimé prolonger mais je veux être au garage tôt. Après un rapide petit déjeuner je repars, une fois de plus, chez Salazar Land Rover. Le patron, Salazar, me dit dès mon arrivée que la boîte est bien partie d’Ayacucho et qu’elle doit être arrivée à dix heures. Je patiente, une fois de plus… Les secrétaires arrivent et peu après dix heures m’avertissent que la boîte est là. Un mécanicien commence à la déballer puis peine à l’ouvrir. Ce type de boîte leur est inconnu. Il parvient tout de même à en sortir les engrenages. Trois d’entre eux sont en très piteux état, comme je les avais vus à Ayacucho. D’après lui, il est préférable d’en acquérir une neuve… Je fais appeler Justine qui parle avec les secrétaires. Il faut attendre l’avis de monsieur Salazar pour une décision définitive, décision qui sera rendue cet après-midi à quinze heures. Je reviens à la chambre avec un taximan, amateur de musique classique, ce qui change des salsas et autres musiques tropicales habituelles. Marie dit avoir perdu une chemise de nuit au lavage, je retourne à la lavanderia qui n’en trouve pas trace. Nous prenons un taxi qui nous conduit à Barranco à l’auberge de jeunesse où nous avons retenu une chambre. Elle est logée dans une des maisons du vieux quartier. La chambre est grande, claire, avec une télévision. Nous repartons aussitôt déjeuner. Nous nous laissons séduire par une offre de deux plats à partager pour 38 soles, au Songoro Cosongo. Un honnête ceviche et un aji de gallina qui ne plaît pas à Marie, le piment a été oublié… L’addition ne correspond pas à ce qui nous avait été annoncé. Nous protestons et ne réglons que la somme due. Mais nous sommes en pleine zone touristique ! Nous allons nous promener au puente de los suspiros, une vulgaire passerelle qui enjambe une ruelle descendant vers le bord de mer en passant entre d’anciennes maisons toutes transformées en restaurants, pubs qui doivent être animés le soir. L’église est très fréquentée… par des charognards qui squattent son toit… De l’autre côté du pont, un sentier le long de l’église aboutit à un point de vue d’où on ne voit rien… Nous descendons la ruelle jusqu’à surplomber la voie express qui suit la côte. Des vendeurs de colifichets, babacools ou rastas, étalent leurs productions dans l’attente du touriste. Après avoir tout juste distingué les falaises de Miraflores, perdues dans la brume grise, nous remontons à l’hôtel attendre le coup de fil de Justine. Comme il fallait s’y attendre, la boîte est morte et il faut en commander une autre. Je tente de le faire sur le site de LRdirect mais je ne parviens pas à régler ni par Paypal ni avec la carte bancaire. Je demande donc à Gérard de s’en occuper dès demain. Je ressors à la nuit pour aller acheter des provisions au supermarché Metro installé dans l’ancien marché. Je reviens avec mon poulet et les bières par des rues bordées d’anciennes « folies » fin de siècle ou début XX° qui, dans la pénombre, ne manquent pas de charme.

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A vérifier de jour… Les restaurants sont nombreux, l’activité nocturne promet d’être intense… Nous dînons à l’auberge dans la cuisine puis nous regagnons notre chambre pour une nuit qui sera calme malgré un certain trafic en soirée.

Vendredi 9 juin : Je suis réveillé dès neuf heures dans l’attente du message de Gérard, annonçant l’exécution de la commande de la boîte de vitesse. Le message tarde à venir, j’en envoie un à Julie pour qu’elle se renseigne. Enfin je reçois un avis de commande suivi d’un autre la confirmant. Tout va bien, je remercie Gérard puis un nouveau message nous avertit qu’il y a encore cent livres britanniques à régler au titre de la caution pour un échange standard, qu’ils doivent être réglés en cliquant sur un lien qui ne fonctionne pas ! J’en avertis Gérard qui n’a pas plus de succès… LRdirect contacté par lui nous avertit qu’un technicien va tenter de résoudre le problème mais le temps passe, nous n’osons pas sortir de peur de ne pas recevoir le message. A onze heures, il faut se rendre à l’évidence, tout est désormais fermé en Angleterre et nous ne pourrons résoudre le problème avant lundi… Les dieux sont contre nous ! Nous échangeons encore quelques messages avec Gérard et Julie pour constater notre impuissance. Nous sortons pour nous rendre au supermarché Metro tout en examinant les cartes des restaurants, généralement plus chers qu’ailleurs. Nous achetons quelques produits pour midi et prenons le chemin du retour à la chambre. Marie fait un malaise et doit se reposer dans une des chapelles de l’église de la place centrale avant de regagner l’auberge. Pas de nouveau message de LRdirect. Il ne se passera rien avant lundi mais nous appelons Julie qui essaiera demain de téléphoner en Angleterre. Après un temps de repos, Marie descend déjeuner dans la cuisine puis nous remontons nous reposer avant de ressortir. Nous nous rendons au Musée Pedro de Osma, pas trop éloigné. Il est installé dans une ancienne demeure début XX° siècle et expose une remarquable collection d’œuvres de la période coloniale. Les salles sont petites, accrochage et éclairage ne sont pas toujours ceux qu’il faudrait mais nous y retrouvons avec un grand plaisir des Vierges entourées de roses, le vêtement embelli par de fines résilles d’or, le brocateado, et des archanges arquebusiers, asexués, jupes en dentelles, chapeaux à plumes colorées.

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Belle salle également de sculptures, figures du Christ souffrant et Saintes pâmées. Une salle à l’extérieur du bâtiment principal présente des objets en argent, vaisselle et bijoux dont des tupus anciens pré-incas et plus récents de l’époque coloniale. Une dernière salle expose des céramiques incas ou de Tiawanaku. Nous revenons à la chambre nous reposer puis nous attendons l’arrivée de Justine. Nous la retrouvons dans la salle à manger, seul lieu convivial avant de décider d’aller dîner au Tio Maria. Nous commandons des grillades, côte de porc ou anticuchos mais arrosées d’eau, faute d’alcool ! Nous discutons bien, elle est très sympathique, le rire facile. Nous convenons d’emménager chez elle demain puis revenons vers le ravin qui descend vers la mer. Marie, frustrée, a envie d’un pisco sour ou d’un autre cocktail. Nous allons nous installer à la terrasse du café Javier et commandons pisco sour et chilcano de pisco, un autre mélange à base de pisco et de ginger ale. Justine n’est pas trop portée sur les alcools et nous abandonne son chilcano de maracuja. Nous remontons vers l’hôtel, nous nous quittons et promettons de la retrouver demain chez elle.

Samedi 10 juin : Les éboueurs passent, comme la veille, à trois heures du matin sans que cela ne trouble les habitants, le bruit fait partie de leur vie, pétarader en moto en pleine nuit est tout à fait permis, frapper avec un marteau à sept heures normal ! Rien de nouveau au matin, Julie a essayé de téléphoner à LRdirect sans les obtenir, elle propose un message en anglais que j’envoie, sans y croire, peut-être que lundi matin, leur nombre les alertera… Nous prenons un taxi qui rapidement, en suivant la voie de long des plages, nous amène chez Justine. Elle et son mari Cris occupent un petit appartement au seizième étage d’une tour en bord de mer avec une vue sur la mer de toits plats des masures qui les entourent.

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Je vais avec Cris au supermarché qui est au pied des tours refaire quelques achats. Ils partent passer la journée chez une grand-mère. Nous déjeunons de nos restes de poulet puis commence une sieste que prolonge Marie. Faute de savoir comment m’occuper, je passe la fin de l’après-midi sur internet. Une douleur, sans doute le nerf sciatique, me préoccupe, je ne sais comment me tenir pour ne pas avoir mal. Nous nous cuisinons des pâtes carbonara avec crème et lard locaux, pas génial… Justine et Cris rentrent, nous discutons ensemble puis nous allons nous coucher.

Dimanche 11 juin : Pas un bruit dans l’appartement, il fait bien jour (et bien gris !) quand enfin Marie se réveille. Nous petit-déjeunons sans trouver le sucre ni du vrai thé, persuadés d’être seuls, quand émerge Cris encore plus tardif que nous. Nous décidons de nous rendre à la Punta passer la journée. Un taxi nous conduit à l’extrémité de la péninsule sise au sud du port de Callao. Il reste quelques maisons de l’époque où La Punta était la villégiature de Lima, réputée pour ses bains de mer. Pourtant il n’y a pas de belle plage, une jetée battue par les vagues et une île au large. Les familles sont venues passer la journée, les enfants font du vélo ou du roller skate. Quelques restaurants de poissons et fruits de mer racolent les clients. Nous prenons place à une table en bordure de la jetée mais sans vue sur la mer. Nous partageons une portion de jalea, des fruits de mer, un petit crabe difficile à décortiquer et du poisson en beignets. Rien de mémorable… Pas de vin blanc sec, que du demi-sec, nous préférons la bière. Nous arpentons la jetée, contemplons les vols de pélicans et les crabes qui n’ont pas encore fini dans une assiette.

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Après quelques stations sur plusieurs bancs, nous revenons en taxi, plus difficile à marchander dans ce sens. Nous passons au supermarché compléter nos provisions et vérifier que pour les repas suivants nous trouvons les produits nécessaires, ce qui n’est pas le cas. Nous retrouvons Cris et Justine devant leur ordinateur en train de suivre une série américaine. Je me repose un peu, ma sciatique (?) rend la position assise douloureuse. Je tape le récit de la journée. Nous dînons tous ensemble. Justine a confectionné une quiche à la tomate avec une pâte à l’huile d’olive et une salade de carottes rappées. Nous restons discuter, parler de nos voyages avant d’aller nous coucher. Je ne vais sans doute pas dormir longtemps, anxieux d’avoir des nouvelles de Gérard à qui j’ai demandé de m’avertir dès qu’il aurait des informations de LRdirect.

Lundi 12 juin : A trois heures et demie, ne dormant pas et attendant avec impatience des nouvelles de Gérard, je lui envoie un message. Il a tenté de téléphoner en Angleterre et faute d’avoir tout compris, il passe le relais à Julie qui apprend qu’un mail d’instruction va nous être envoyé. Gérard le reçoit, l’astuce consiste à acheter une pièce fictive du montant de la somme due, ce qu’il fait et dont je reçois confirmation. Il ne nous reste plus qu’à attendre la notification de l’envoi de la boîte de vitesse. Ce ne sera apparemment pas pour aujourd’hui… Je me lève tard, Marie reste couchée. Je me contente d’un thé puis essaie de faire des virements bancaires pour régler Gérard et Justine mais nouveau problème avec la BNP qui nous envoie des codes d’accès par courrier à Toulon ! Nous déjeunons avec Justine puis nous entamons une sieste avant de profiter d’une apparition du soleil pour aller nous traîner dans le quartier de petites maisons récentes, jusqu’à un premier parc avec des jeux pour les enfants mais sans bancs puis à un second où nous pouvons nous reposer quelques minutes avant de revenir au supermarché acheter le nécessaire pour cuisiner ce soir. Un hachis suédois dans une poêle qui attache, ce n’est pas l’idéal mais Cris semble apprécier… Nous les abandonnons en train de jouer de la guitare et allons nous coucher.

Mardi 13 juin : Je ne sais comment me tenir dans le lit pour oublier ma sciatique. J’ai froid aux pieds et je ne digère pas bien avec une envie de vomir qui se concrétise au matin. Je ne me sens pas en forme et nous renonçons à nous rendre au Musée d’Anthropologie comme prévu. J’envoie les références bancaires à la BNP pour les virements à Julie et à Justine tout en guettant le message qui nous annoncerait que notre colis est en route. Il arrive passé dix heures, soulagement ! Nous pouvons suivre son acheminement mais la date estimée de livraison est lundi prochain !!! Je reste couché toute la matinée et l’après-midi sans envie de manger ni même boire. Je ne lis que quelques pages, sans courage de rien faire. Je ne veux pas dîner ce soir, Justine a prévu un gratin de brocolis aux cacahouètes… Je ne fais qu’une brève apparition à la fin du repas pour avaler un yaourt…

Mercredi 14 juin : Une meilleure nuit, presque d’une traite, dont me tire un coup de fil de Jean-Michel et Christine qui tentent de me remonter le moral. Je me sens en meilleure forme et petit-déjeune de bon appétit. Marie, elle, tousse à fendre l’âme… Nous nous rendons en taxi au Museo de Antropologia dans le quartier de Pueblo Libre. Des maisons anciennes entourent le musée et lui donnent un petit air provincial. Il occupe un bâtiment dont les salles sont réparties autour de deux patios. Nous commençons la visite par celles consacrées aux cultures Chavin et Paracas. Chavin est présenté avec les originaux ou des copies de stèles et aussi des têtes-clous. Pour Paracas, des vidéos et des photos sur les découvertes et les ouvertures des fardos, ces ballots funéraires momifiés trouvés dans les cimetières de la côte au sud de Pisco et surtout les tissus qui enveloppaient les corps, magnifiques réalisations d’une extrême finesse, occupent toute une aile. A l’étage supérieur de cette salle sont exposés quelques-uns de ces tissus, tuniques, turbans sur lesquels sont tissés des personnages mythiques avec des attributs de félins, d’oiseaux, de serpents ou plus rarement de poissons. Leurs couleurs, toujours vives, ont été préservées par la sécheresse du désert.

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Il est plus que temps de déjeuner, nous sortons du musée et allons nous restaurer dans une taverne, la taberna Queirolo, dont les boiseries des murs sont couvertes de photos anciennes. Nous partageons un plateau de ceviche, tiradito, chicharrones de pescado et des beignets de pejerrey, un excellent poisson de la taille de l’anchois. Nous retournons au musée pour continuer la visite des autres salles consacrées aux autres cultures : huari, lambayeque, chancay, chimu, tiwanaku et bien sûr inca. Mais les salles sont nettement moins intéressantes, vitrines anciennes, alignement de céramiques, quelques maquettes pour les Incas. Les dernières salles ne nous passionnent absolument pas, réservées aux temps historiques, ce ne sont que portraits en pied de Chefs d’Etat martiaux ou de valeureux généraux. La salle consacrée à l’Amazonie est particulièrement pauvre et est surtout consacrée à Kuelap qui géographiquement appartient à cette région. Un taxi nous ramène à l’appartement. Nous passons au supermarché acheter ce qui est nécessaire pour préparer des tomates farcies. Faute de chair à saucisse, nous achetons des chorizos qui déjà précuits ne vont pas avoir grand goût. Dur de cuisiner hors de chez soi… Nous apprenons que notre « colis » s’est enfin envolé pour Madrid… Nous dînons avec Cris et Justine toujours aussi gaie.

Jeudi 15 juin : Quand nous émergeons dans l’appartement, nos hôtes sont déjà partis travailler. Dans la nuit, notre colis est reparti de Madrid pour Lima et je garde l’espoir qu’il sera livré demain et remonté samedi… Je prépare du porc laqué avec les ingrédients locaux… Un taxi, un champion de la conduite qui emprunte à grande vitesse des rues à contre-sens (celui de la veille ne supportait pas de trop attendre aux feux rouges…), nous emmène au garage où nous prévenons les mécaniciens de l’arrivée imminente de la boîte de vitesse puis nous récupérons quelques affaires dans le camion. Nous déjeunons dans une gargote consacrée aux poissons et fruits de mer. Si, au menu, le ceviche n’est pas mauvais, les autres plats, tiradito et arroz de mariscos sont très moyens. Nous hésitons pour occuper le reste de la journée, l’heure étant déjà bien avancée. Nous nous faisons déposer à la huaca de Wallamarca, en plein cœur du quartier d’affaires et résidentiel de San Isidro. Une pyramide reconstruite, entourée de petits gratte-ciel de verre et de béton. Une large rampe d’accès qui n’est pas d’origine nous permet de monter au sommet de la pyramide et d’y découvrir quelques tombes où ont été disposés des mannequins pour évoquer les fardos enterrés ici.

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Peu à voir et encore moins au très modeste musée. Nous peinons à trouver un taxi qui nous ramène à l’appartement. Je repasse au supermarché puis nous retrouvons Justine à l’appartement. Nous préparons le porc laqué et des pâtes sautées qui sont plus réussis que les plats précédents. Justine et Cris ouvrent une très bonne bouteille de Merlot d’Argentine pour accompagner les plats. Pas de nouvelles du « colis » depuis qu’il est parti de Madrid…

Vendredi 16 juin : Réveillé à deux heures, j’ai le plaisir de trouver un message annonçant l’arrivée de notre boîte de vitesse à Lima. J’en avertis aussitôt Gérard qui m’incite fort justement à me recoucher… Je rêve de la voir livrée au garage aujourd’hui et qu’elle soit remontée samedi mais aucun autre message ne vient le confirmer. Nous prenons notre temps, seuls dans l’appartement. Après le petit-déjeuner, je vais jusqu’à une avenue où doit se trouver un bureau de la compagnie d’assurance la Positiva où je dois obtenir une prolongation de notre attestation. Je ne sais plus le numéro exact, je demande, on m’assure qu’il n’y a pas de « Positiva » dans le quartier et qu’il faut aller loin pour en trouver une… Dépité, je suis sur le point de revenir à l’appartement quand je retrouve sur OsmAnd la position de l’agence. A moins de cent mètres de là où je m’étais renseigné, se trouve bien une succursale de la compagnie d’assurance ! Renouveler mon attestation ne pose pas problème, le coût est dérisoire mais la procédure est longue et je dois patienter une bonne demi-heure que l’employé ait fini de se battre avec son ordinateur. Retour pour repartir aussitôt en taxi, avec Marie. Nous nous faisons déposer sur la Plaza de Armas, une fois de plus. Nous longeons le Palais du Gouvernement et empruntons l’ancien Ponte Piedra qui enjambe les eaux sales du Rimac et une bruyante et enfumée voie express. Nous découvrons alors avec grand plaisir une large rue, rendue piétonne, qui a conservé ses immeubles du XVIII° siècle avec de beaux balcons de bois en encorbellement. Moins outrageusement restaurés que ceux de la Plaza de Armas, ils paraissent plus authentiques, d’autant que certains se sont, avec le temps, déformés, gauchis et que les peintures ne sont plus très fraîches.

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Nous déjeunons dans une parilla, la Perricholi, de délicieuses tranches de porc grillées avec une sauce aillée et pimentée. Nous continuons dans ce quartier en passant devant l’église de Nuestra Señora de Copacabana, visible de loin par sa couleur fuchsia puis devant une brasserie avant de déboucher sur l’Alameda de Los Descalzos, une longue promenade fleurie entre deux rangées de statues classiques. Entre deux églises baroques, elles aussi colorées, aux courbes soulignées de blanc, des élèves s’entraînent à un défilé martial en levant bien le menton et en marquant le pas. A l’autre bout de la promenade, nous atteignons le couvent de Los Descalzos que nous visitons sous la conduite d’un jeune qui parle bien trop vite et a tendance à avaler les mots. Lui aussi a refusé notre faux billet de 20 soles ! A croire que nous sommes les seuls à qui on ait réussi à refiler cette maudite coupure… J’ai pourtant essayé de m’en débarrasser chez tous les commerçants, restaurateurs, taxis etc… En vain, tous ont l’œil ! Nous traversons de beaux patios qui ont vu de nombreux frères franciscains se promener. L’un est un jardinet sauvage, calme, hors du temps, l’autre, plus vaste, a été, récemment, décoré de fleurs et de personnages à costume andin, bonnet et poncho.

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La collection de peintures des écoles de Quito et de Cusco, entre autres, est importante mais les toiles mériteraient, du moins certaines, une bonne restauration et une mise en valeur autre que l’accrochage dans des couloirs sombres. Deux jolies chapelles baroques, sont, certes, abondamment décorées, mais sans les dégoulinures et les surabondances des retables d’églises d’ici ou d’ailleurs, Dior après Jean-Paul Gautier… Nous revenons sur nos pas, au pied du Cerro San Cristobal sur lequel s’éparpillent des constructions sans caractère mais colorées. Nous passons par le Paseo de Aguas, une courte promenade avec des bassins en eau qui se termine devant un aqueduc rose et tarabiscoté.

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Les arènes sont fermées, le musée taurin aussi. Nous retournons à l’entrée de la rue piétonne, repassons le pont puis allons prendre un taxi, celui qui, après bien d’autres, nous proposera un prix correct pour rentrer, juste à la tombée de la nuit. Justine et Cris y sont mais doivent bientôt partir chez des amis. Notre boîte de vitesse n’a toujours pas été livrée, elle est en douane ! Après le départ de nos hôtes, nous prenons un chilcano de pisco, ce cocktail avec du ginger ale, que j’ai acheté tout préparé au supermarché. Pas fameux, goût chimique et bien peu de pisco ! Nous dînons de jambon et de saucisson, pas fameux non plus…

Samedi 17 juin : Encore réveillé dans la nuit, je passe une heure sur l’ordinateur… Au matin, le moral est de nouveau en berne. Rien de nouveau, la boîte de vitesse est semble-t-il toujours en douane et ne sera donc pas livrée avant lundi… Mais quand partirons-nous ? Il ne nous restera guère de temps pour le Brésil et je n’ai pas envie de laisser le camion à Cusco et revenir encore une fois en Amérique du Sud. Nous avons invité Justine et Cris au restaurant et devons nous y rendre ensemble. Nous y sommes tôt, à midi, pour être sûrs d’avoir une table. Nous commandons des pisco sour, bien servis et très bons. Ils nous serviront de boisson pendant le repas puisque les plats arrivent peu après. Tacu tacu, une énorme crêpe de riz, pour Cris, un ceviche pour Justine, un picante de crevettes pour Marie, pas piquant et un filet de poisson à la crème avec foison de crevettes et de pétoncles pour moi, bon mais pas du tout péruvien. Cris nous quitte pour aller chez sa grand-mère et Justine nous accompagne au musée privé Amano où nous nous rendons en taxi. L’entrée est plus chère que dans les musées nationaux, 30 soles que je parviens à marchander à 20 ! Il s’agit de la collection de tissages péruviens d’un amateur japonais. Quelques petites salles dans la pénombre, dans lesquelles est exposé un superbe ensemble de tissus précolombiens dont les plus anciens remontent à deux ou trois siècles avant notre ère. Ce sont ceux de Paracas qui se taillent la part du lion avec des réalisations d’une extraordinaire finesse, des loupes sont même nécessaires pour apprécier les détails.

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Les informations en espagnol et en anglais sont complètes et claires. Au sous-sol, une salle complémentaire renferme les réserves dans des tiroirs fermés à clé mais un groupe avec une guide nous suit et les tiroirs s’ouvrent pour nous montrer brièvement d’autres merveilles… Nous rentrons avec Justine à l’appartement… Elle repart pour un concert, nous restons seuls et dînons de nos restes, saucisses et pommes de terre sautées. Une fois de plus la poêle est noircie par la friture et je dois me battre pour en effacer la majeure partie des marques.

Dimanche 18 juin : A trois heures du matin, le signal de réception de messages nous réveille, Marie-Cécile, Nicole, Vettou et, une heure plus tard, Julie, souhaitent un bon anniversaire à Marie et à moi une bonne fête des Pères. Elles n’ont toujours pas intégré la notion de décalage horaire… Nous nous congratulons réciproquement… Réveillés nous lisons avant de nous rendormir. D’autres messages arrivent à une heure plus décente. Nous petit-déjeunons tardivement puis nous partons en taxi, avec Justine et Cris qui ont rendez-vous avec le père de ce dernier pour déjeuner. Nous nous faisons déposer à l‘entrée de la huaca Pucllana, nettement plus impressionnante que celle de Wallamarca, plus grande et avec un aspect de bibliothèque dû à l’alignement des briques d’adobe comme des livres sur des rayons. Nous nous rendons aussitôt au restaurant du site où nous avons réservé une table pour essayer de transformer la table à l’intérieur en une autre sur la terrasse avec vue sur la huaca. Nous devons attendre une éventuelle annulation… Nous allons jeter un œil à l’entrée du site et visiter le modeste musée avant de retourner au restaurant. Nous patientons devant un pisco sour. Marie est ravie d’apprendre qu’une table s’est libérée et que nous pourrons déjeuner en contemplant la pyramide. Restaurant des plus chics, couverts, serviette en tissus et personnel stylé. Première déception : la carte qui nous est présentée ne propose pas tous les plats de celle affichée à l’entrée et notamment pas ceux qui nous tentaient, pas de cuy ni d’alpaca ! Les plats, un rizotto avec quelques lamelles de magret pour Marie, sans grande saveur, et un morceau de porc cuit au four et carrément fade nous dissuadent de commander un dessert ! Nous nous consolons en constatant que les pisco sour ont été oubliés sur l’addition. Marie n’aura pas eu le repas d’anniversaire qu’elle souhaitait ! Nous attendons quelques minutes pour pouvoir suivre une visite guidée en espagnol, de la huaca. Nous circulons au milieu des entassements de briques astucieusement disposées verticalement et espacées les unes des autres afin de résister aux tremblements de terre. Elles forment une sorte de Lego gigantesque et inachevé, uniformément couleur terre.

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Nous grimpons sur la pyramide entourée d’immeubles modernes et bien moins uniformes avant de repartir, fatigués de cette longue visite. Nous devons marcher jusqu’à un carrefour pour trouver un taxi qui nous ramène à l’appartement. Nous dînons avec Justine, Cris n’a pas faim après son repas paternel.

Lundi 19 juin : Pas de messages ce matin pour annoncer la livraison de la boîte de vitesse mais sur le site de DHL elle est annoncée pour ce soir donc je ne m’inquiète pas. Nous traînons dans l’appartement, n’osant pas trop sortir pour ne pas manquer un éventuel message. Nous allons déjeuner à proximité d’un menu ejecutivo très correct et copieux, ceviche et jalea ou chicharrones de pescado, sans saisir la différence… Nous allons acheter des morceaux de poulet pour le dîner mais nous ne trouvons pas de tomates au supermarché ! Retour à l’appartement, toujours pas de nouvelles. Nous commençons à nous inquiéter. Sur le site de DHL il est indiqué que notre colis est toujours en douane et il semble qu’il y ait un problème… Nous demandons à Justine de téléphoner à DHL. Nous apprenons que la valeur de la boîte dépassant 2000 $, la procédure prévue n’est pas valable. De plus l’adresse indiquée, celle du garage Land Rover, est celle d’une entreprise qui doit, elle seule, effectuer les démarches en douane. Le garage ne veut pas s’en occuper pour des raisons de fiscalité. DHL suggère que nous transformions l’adresse et que les documents soient au nom de Justine, résidente au Pérou qui pourrait faire l’importation. Elle passe plusieurs coups de fil et nous arrivons à la conclusion qu’il faut contacter LRdirect. J’envoie un message à Julie pour qu’elle téléphone en Angleterre puis je commence à rédiger un autre message en anglais à LR direct. Cris qui travaille dans l’importation pour Repsol et qui connaît les procédures rédige, dans un meilleur anglais, le message. Je suis de plus en plus résolu à tout laisser tomber, abandonner l’AzalaÏ, trop grande source de problèmes et à rentrer en France dans les plus brefs délais. Je nous accorde encore quelques jours pour voir si la situation se débloque rapidement sinon… Nous dînons de poulet-beurre d’ail et de tomates provençales au four, plus question d’utiliser leur poêle pour faire frire quoi que ce soit… Justine a préparé une tarte au chocolat et nous avions acheté une bouteille de vin argentin mais le cœur n’est pas à la fête.

 

Mardi 20 juin : A trois heures du matin, un message de LRdirect nous annonce que le problème est pris en charge par leur service de contentieux. J’attends des nouvelles de Julie à qui j’ai demandé de téléphoner à LRdirect. Je finis par l’appeler, elle m’envoie un modèle de courrier que je transmets. Au matin, nous recevons les documents demandés modifiés avec le nom de Justine. J’attends qu’elle se lève pour les lui montrer. Elle téléphone à DHL qui en prend note et nous renvoie à un agent en douane pour les formalités. Cris en avait déjà contacté un hier soir, nous lui transmettons les documents. Il ne reste plus qu’à attendre… Si nous avions abandonné le camion à Uripa, nous aurions gagné du temps, nous serions à la maison maintenant et nous aurions fait de sérieuses économies ! Nous ne faisons rien de la journée. Visite rapide au supermarché pour acheter de quoi manger, puis sieste entrecoupée de messages de Justine qui me demande de faire parvenir des informations à DHL, aux uns ou aux autres, en anglais ou en espagnol… Je ne comprends rien à toute cette paperasserie. Au retour de Cris et Justine, les problèmes semblent toujours plus compliqués et Justine part dans 2 jours… Il semble que nous devions maintenant attendre des nouvelles de l’agent en douane… Nous dînons. Justine a préparé une ratatouille, elle me fait deux œufs sur le plat puis, en dessert, nous faisons un sort au gâteau aux pommes de Marie.

 

Mercredi 21 juin : A deux heures du matin, nous sommes tous les deux réveillés. Marie déprime, doute de l’efficacité de l’agent en douane et voudrait que LRdirect intervienne ! Je reste partisan de la ligne « abandon du navire » si, à la fin de la semaine, aucune solution n’a été trouvée. Au petit déjeuner, nous apprenons que l’agent en douane doit envoyer un coursier avec un document à signer par Justine et qu’ensuite la boîte de vitesse pourra être dédouanée. L’espoir renaît… Nous allons faire des courses au supermarché puis attendons ce coursier. Il n’arrivera qu’à la fin du repas. J’offre à tous les participants un pisco sour catedral au Bolivar demain soir si la boîte de vitesse est livrée avant… Justine  nous laisse, nous passons l’après-midi dans une longue sieste dont nous ne sortons que pour nous rendre à une « manifestation » signalée par Justine. Un taxi nous dépose à la nuit tombée à la huaca Mateo Salado. Nous franchissons le portail et nous nous retrouvons face aux restes de la plus grande pyramide de Lima, autre ensemble cubiste de briques d’adobe comme pour les deux précédentes, dont un bel éclairage fait ressortir les strates, les blocs.

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Un petit groupe folklorique andin, orchestre de musiciens en poncho, pantalon blanc et bonnet, accompagne trois danseuses qui font virevolter leurs jupes noires. Nous les suivons jusqu’au site de la cérémonie célébrée au solstice d’été. Nous retrouvons Justine et une de ses amies. Une cinquantaine de personnes sont présentes, assises sur des chaises en plastique. Sur une rampe est dressée une sorte d’autel recouvert de fruits et de diverses boissons, vins et jus de fruits. Quelques personnes en costumes qui se veulent incas officient autour.

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Des discours peu audibles sont prononcés puis des invocations à la Pachamama, la déesse Terre puis à celle de la Mer, sont prononcées. Plusieurs personnes dans l’assistance semblent prendre très au sérieux cette reconstitution de rite, les yeux mi-clos, des feuilles de coca entre les doigts ou humant la fumée de gros « pétards », des nostalgiques du Tahuantinsuyu, l’âge d’or de l’empire inca. Je m’enquiers, soudain alarmé, si un sacrifice humain clôturera cette cérémonie. Il ne semble pas mais Justine nous assure qu’un alpaca est sacrifié à Cuzco lors de ces mêmes fêtes… On nous distribue des feuilles de coca que certains, j’en suis, mâchent, puis on nous offre sur un plateau des beignets ou des clémentines et un verre de chicha que nous refusons… Il faut aller offrir les feuilles de coca à une prêtresse qui les brûle dans un brasero. La fête se termine par une grande farandole qui se poursuit au pied de la huaca.

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Nous rentrons dîner de nos restes.

 

Jeudi 22 juin : Etre réveillés dans la nuit devient une habitude… Marie déprime, moi aussi… La douleur dans ma cuisse gauche m’empêche de dormir, je ne sais quelle position adopter et un antalgique n’y change pas grand-chose. Au matin, nous sommes seuls dans l’appartement et sans nouvelles de Justine partie travailler. Nous écrivons et faisons part de notre intention d’abandonner le camion aux Rufray, Tardieu et Xillo. Ils nous appellent ou nous écrivent peu après pour essayer de nous remonter le moral. Nous recevons et transmettons un échange de courriers qui laissent penser que les choses avancent… Je vais faire quelques courses et nous déjeunons de steaks hachés avec des pommes de terre sautées, ce qui m’oblige à récurer les poêles ! Après la sieste, nous nous rendons, en taxi, au garage Land Rover, chercher quelques vêtements et des médicaments. Nous découvrons que chaque soir le camion est rentré dans la cour et ressorti le lendemain matin ! Nous laissons croire que la boîte de vitesse va arriver bientôt, mañana… Un autre taxi nous dépose à la nuit tombée Place San Martin. Après avoir eu la frayeur d’un Bolivarcito fermé, nous découvrons un salon de l’hôtel où l’on sert le fameux pisco sour catedral ! Mais il est encore tôt. Nous arpentons une section de la rue piétonne avant d’aller nous asseoir sur un  banc de pierre de la place, à observer les rassemblements, uniquement constitués de mâles, autour de bonimenteurs dont nous ne savons pas le thème de leurs discours, politique, religieux ou simplement commercial. Nous allons attendre l’arrivée de Cris et Justine dans le hall de l’Hôtel Bolivar, sous la coupole 1900. Nous ne pouvons que prendre un pisco sour catedral ! Cris se contente d’un normal et Justine d’un jus de fruit…

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Quelques piqueos font passer les boissons. Nous rentrons à l’appartement écrire une dernière lettre pour demander une modification à un courrier. Nous avons tout de même bien l’impression d’avoir à faire à des incompétents au vu du nombre d’erreurs dans les documents ! A chaque fois que nous croyons que le nécessaire a été fait, il s’avère qu’il y a des erreurs à corriger si l’on veut que la bureaucratie péruvienne soit satisfaite…

 

Vendredi 23 juin : Encore un message de Julie à trois heures du matin ! Pour s’inquiéter de la situation… Je me promets de lui répondre ce soir quand il sera trois heures en France… L’appartement est désert quand nous nous levons, Cris et Justine sont partis travailler. Nous recevons encore quelques messages qui tendraient à prouver que les choses bougent, l’un d’eux nous demande même l’adresse de livraison mais nos espoirs  que celle-ci se fasse aujourd’hui semblent chimériques… Justine revient avant midi, nous déjeunons ensemble puis elle se prépare à partir pour la France. Elle doit encore signer, pour nous, un document à proximité de l’aéroport. Nous restons à lire  « chez nous »… En fin de journée, nous recevons, de l’agent en douane, la facture ! Plus de 1500 dollars !!! Nous en restons abasourdis : 200 $ pour l’agent en douane, 440 $ de frais de manutention et 900 $ de droits et taxes supposés déjà payés lors de la commande à LRdirect. Encore une fois je regrette de ne pas avoir abandonné le camion dès le premier jour de la panne… Marie voudrait que je réponde à l’agent mais il ne le demande pas ! Nous essayons de joindre Cris parti dîner chez son frère. Il nous met un message tard, je le rappelle, il nous déconseille de payer une telle somme, il va se renseigner demain matin et nous tiendra au courant.

 

Samedi 24 juin : La douleur dans ma jambe, particulièrement autour du genou, m’empêche de dormir. Mon hypocondrie me fait envisager les pires pathologies… Je me lève, la station debout est moins pénible, et passe quelque temps sur l’ordinateur. Cris repasse à l’appartement, il téléphone à l’agent en douane mais n’obtient qu’un très faible rabais sur sa commission. J’envoie un courrier à LRdirect pour rappeler que le prix était tout compris ! Nous nous résolvons à payer sans plus attendre pour essayer de hâter la livraison. Je vais avec Cris dans une agence bancaire et verse les 1500 $... Je reviens à pied, passe au supermarché puis je retrouve Marie. Nous repartons en taxi et nous nous faisons déposer à proximité du Museo de la Nacion. Nous déjeunons dans une parilla, côtes de porc et un honnête lomo saltado. Le musée est un immense bloc de béton grisâtre aux salles immenses et … vides ! Nous devons nous contenter d’une exposition sur la religion dans les Andes avec de beaux objets, retables d’Ayacucho, tableaux des XVII° et XVIII° siècles, céramiques, déjà rencontrés dans moult musées. Tout le rez-de-chaussée est consacré à la communauté Noire du Pérou avec surtout des photos. Nous cherchons dans tous les étages d’autres salles et ne trouvons qu’une autre salle de photos consacrée à la période du Sentier Lumineux et aux exactions commises des deux côtés. Les salles consacrées aux différentes cultures, visitées en 2017, sont fermées ou ont disparu ! Dépités, nous rentrons à l’appartement en taxi. Lecture, nous aurons bientôt épuisé toute la bibliothèque de Justine. Puis nous dînons et au lit…

 

Dimanche 25 juin : A partir de minuit nous parvient la musique et les chants éraillés depuis une cour en contrebas. C’est la fête du samedi soir et tout le quartier en profite… Jusqu’au petit matin… Nous sommes levés tôt, sans rien à faire, le moral bas. Je vais acheter un poulet rôti puis nous partons en taxi pour le MALI, Musée d’Art de LIma au centre de la ville du XIX° siècle. Nous déjeunons, mal, sans bière, dans une gargote proche du musée où nous nous rendons en passant par un jardin. Il occupe deux étages d’une grande bâtisse art nouveau. Nous commençons par le premier étage consacré à l’art péruvien depuis les temps précolombiens. Nous avons de nouveau droit  aux céramiques des diverses cultures, de la côte sud, comme de la côte nord. Le choix des objets est excellent et leur présentation, dans des salles claires, remarquable. Les explications, en espagnol et en anglais, sont complètes et pas répétitives. Ce sont évidemment les tissus Paracas et Nazca qui retiennent le plus notre attention avec des pièces d’une très grande beauté, aux couleurs intactes.

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Après la section précolombienne, nous nous intéressons à la période coloniale où sont exposées des toiles à thème religieux avec de gracieux archanges, des vierges dans des cadres de fleurs et surtout des chefs d’œuvre de l’école de Cuzco avec des personnages aux vêtement rehaussés de fils d’or, le borcateado et des Christs crucifiés portant des jupons de dentelle !

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Nous y passons beaucoup de temps et nous fatiguons vite. Nous abrégeons sur la période dite républicaine, peu intéressante. Les peintures du XX°siècle ne sont que des copies des courants picturaux parisiens et ne retiennent pas notre attention. Au rez-de-chaussée, une exposition sur la culture Nazca occupe plusieurs salles. Bien que las, nous voulons en avoir au moins un aperçu. Nous passons assez rapidement devant les céramiques, plus colorées que dans les autres cultures mais une salle où sont exposés de superbes tissus qui enveloppaient les momies, nous retient. Ces œuvres ne sont guère différentes de celles de la culture Paracas, des tissages d’une extrême finesse représentant des personnages mythiques, anthropo ou zoomorphes. Nous découvrons aussi des réalisations en trois dimensions, de petits personnages, toujours très colorés, gros comme des doigts, alignés en double rangée.

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Une autre salle montre des photos, anciennes pour certaines, et des projections de vues aériennes des fameuses lignes de Nazca mais aussi d’autres pétroglyphes moins connus. Quand nous en avons terminé, la nuit est tombée, épuisés, nous renonçons à nous rendre au Parc des Eaux pour le spectacle des jeux d’eau animés et musicaux, le remettant à un autre soir. Nous ne sommes pas encore partis… Nous rentrons en taxi, Cris n’est pas encore rentré, nous dînons sans prendre d’apéritif, pour le second dimanche de suite ! J’attends que Cris rentre pour aller me coucher.

Lundi 26 juin : Nous nous réveillons dans l’attente d’informations sur la date de livraison. Les copains semblent tous considérer que nous sommes sur le point de repartir alors que la situation est encore bloquée. Un message de LRdirect nous annonce un remboursement partiel correspondant aux frais de douane, bien inférieur à ceux que nous devons acquitter. Sieste après déjeuner puis nous apprenons qu’il y a un problème avec Justine qui n’est pas inscrite sur les registres des douanes. A chaque étape surgit une nouvelle complication…Justine, très en colère, nous envoie un message pour nous manifester son indignation et sa solidarité. Cris revient du travail, il pense que le nouveau changement de bénéficiaire peut être rapide… Nous envisageons de partir quelques jours pour changer d’air pendant que les formalités s’effectueront. J’ai préparé une galette vietnamienne au poisson mais la bouteille de gaz est vide avant la fin de la cuisson ! La bouteille de vin blanc nous en console… Après dîner, nous rédigeons avec Cris une nouvelle demande de changement de nom des documents, adressée à LRdirect.

Mardi 27 juin : Nous recevons les documents modifiés et Cris doit s’en occuper. Nous sommes de plus en plus désespérés et les messages de soutien de nos amis obtiennent le résultat inverse. Nous envoyons aussi un message à Julie pour lui dire la situation. Elle nous rappelle à midi et une longue conversation nous fait du bien à parler d’autre chose. Des messages de DHL et de l’agent en douane nous parviennent, pas toujours faciles à traduire mais qui nous donnent au moins l’impression que quelque chose se passe. Il semble que la modification de nom en faveur de Cris soit abandonnée car elle serait mal perçue en haut lieu. Après la sieste, nous décidons de nous rendre, toujours en taxi, au Circuit Magique des Eaux, un ensemble de fontaines animées dans un parc. Nous y sommes peu avant la tombée de la nuit. Nous nous promenons dans les allées, passant de fontaine en fontaine. L’une forme un tunnel dans lequel nous pouvons passer, une autre un labyrinthe, les autres sont plus classiques.

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Toutes sont formées de jets d’eau de puissance variable et de couleurs changeantes. Nous attendons sept heures et quart pour assister à un spectacle mêlant jets d’eau, projections sur un mur d’eau, hologrammes et lasers.

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Nous nous attendions à voir apparaître Mélenchon, il n’en sera rien… Le thème est très touristique et passablement nationaliste, le Pérou ! Nous rentrons à l’appartement. Cris n’est pas là, il nous a mis un message pour nous avertir qu’il dînait chez sa grand-mère. Quand il arrive, il douche nos espoirs, la situation est toujours bloquée et il semble n’avoir aucune idée de ce qu’on pourrait faire. Je décide de me rendre demain à l’ambassade et les avertir de notre projet d’abandon pur et simple du camion. Marie est catastrophée…

 

Mercredi 28 juin : Nous avons peu et mal dormi. Je réfléchis beaucoup à notre situation et envisage un retour du camion en conteneur vers la France. J’envoie donc, dans la nuit, mais le matin pour eux, un message à nos amis pour qu’ils recherchent des transitaires susceptibles de répondre à notre choix. J’écris aussi à deux sociétés maritimes et un peu plus tard, au service commercial de l’ambassade de France (dont je n’aurai jamais de nouvelle !). Après le petit déjeuner que nous avons pris tôt pour intercepter Cris avant qu’il ne parte travailler pour lui demander comment il voit la suite des évènements. Sans trop y croire, je téléphone à l’ambassade de France. J’expose notre situation qui ne semble guère émouvoir notre interlocuteur qui nous éconduit poliment… Ah le rayonnement de la France ! Alors que nous ne croyons plus à une solution pour la boîte de vitesse, alternance du chaud et du froid, nous recevons un message de Cris nous annonçant la validation de l’inscription de Justine sur les registres de la Sunat ! Les choses vont ensuite très vite. Nous sommes avertis du retrait du colis en douane et Cris nous informe d’une possible livraison dans la journée ! Nous n’osons y croire. Je vais en course au supermarché, nous déjeunons et restons dans l’attente d’un message nous demandant de nous rendre au garage pour le réceptionner. Après la sieste, je m’enquiers de l’heure d’une possible livraison auprès de l’agent en douane, Cris m’enjoins de me rendre au garage sans plus attendre. Je saute dans le premier taxi qui veut bien pratiquer un tarif honnête et qui me dépose peu après quatre heures au garage. Elle est là ! Livrée peu auparavant, toute brillante, toute propre, elle n’attend plus que d’être remontée. Les mécaniciens l’examinent, se penchent dans les entrailles de la bête et me convient à revenir vendredi soir pour savoir quand nous pourrons récupérer le camion car jeudi, demain, est férié, fête des Saints Pierre et Paul, deux de ces apôtres que je me promets de noter dans mes carnets… Sans eux, nous pouvions sérieusement espérer repartir avant la fin de la semaine ! Je reviens à l’appartement avec, encore une fois, un de ces taxis-nerveux (pléonasme !) à la conduite virtuose, que l’on pourrait qualifier de culottée si elle ne s’appliquait pas à des véhicules-suppositoires qui parviennent à se glisser entre le rétroviseur extérieur et le volant des autres voitures sans qu’ils ne s’en aperçoivent… Un taxi marseillais ou même parisien ferait office de sénile vieillard cacochyme à côté de ces artistes… Même si celui du retour effleure de son rétroviseur extérieur la poignée d’une autre voiture et que le conducteur de cette dernière, en guise d’avertissement, baisse sa vitre et agite sous le nez de mon chauffeur une batte de base-ball ! Ce qui a le don de refroidir quelques fractions de seconde les humeurs de kamikaze de notre Ben Hur  péruvien… J’ai eu l’idée de rapporter du camion les bouteilles de pisco et de jarabe pour arroser ce (provisoire ?) bon dénouement avec un pisco sour… Mais les citrons verts manquent au supermarché, je dois encore trouver une épicerie pour en acheter. Cris rentre, tout va pour le mieux… J’ai confectionné des pisco sour en utilisant le blender de Justine, le résultat est presque parfait !

 

Jeudi 29 juin : Toute la nuit mon genou me contraint à me lever pour tenter d’atténuer les douleurs. Je commence à envisager l’idée de consulter… Nous partons tard, sans avoir revu Cris, pour aller déjeuner à Miraflores sur les falaises qui surplombent la mer. Nous nous installons à une table, avec vue sur la grisaille, au restaurant Popular qui n’a de populaire que  le nom et certainement pas les prix. Marie est déçue par ses pétoncles gratinées au parmesan, une petite noix et beaucoup de fromage, j’ai pris un rizotto servi avec une cuisse de canard confite qu’un peu de sauce aji péruanise heureusement. Et pour accompagner nos plats : un pisco sour ! Marie me traîne à une exposition artisanale comme on en voit partout… Elle ne veut pas marcher et faute de savoir où aller, nous rentrons à l’appartement attendre l’heure de dîner. Nous sommes couchés avant que Cris ne rentre.

 

Vendredi 30 juin : Réveillé toutes les deux heures, j’envie Marie qui dort à gros bouillons… Un message du docteur Etienne me donne des noms de médicaments que je vais devoir trouver, il hésite entre sciatique et crise de goutte… Pas de Prédnisolone à la pharmacie du coin, il va falloir que je cherche ailleurs… Rachida propose de nous fournir un devis pour un conteneur avec le camion jusqu’à Marseille, on ne sait jamais… Je n’ai plus rien à lire et je manque toujours d’enthousiasme pour repartir, le ressort est cassé… Après déjeuner nous faisons cuire des pommes de terre pour faire un hachis Parmentier. Je pars à pied jusqu’à la pharmacie de l’Avenue de la Marina où je trouve le médicament indiqué par Etienne mais en pastille de 5 mg… Ensuite je fais scanner, à la demande de Rachida, le document douanier d’importation temporaire pour qu’elle nous obtienne un devis du retour du camion depuis Callao. Un taxi m’emmène au garage. Le camion est sur la fosse mais la boîte n’est toujours pas remontée et personne ne s’active dessus… J’attends que le mécanicien joigne par téléphone le patron, seul à décider. Il nous annonce une livraison pour mercredi ! Je me récrie, peut-être mardi me concède-t-on… Retour à l’appartement, nous préparons le hachis Parmentier puis je confectionne un Chilcano avec du pisco et du ginger ale en attendant des nouvelles de Cris. Il nous annonce qu’il reste ce soir chez son frère…

 

Samedi 1er juillet : Encore une nuit passée en alternance de périodes de sommeil, et de périodes éveillé, passées à arpenter les pièces… Au cours de l’une d’elles, je sors la carte du Brésil, calcule les kilomètres pour rejoindre au plus court Montevideo, 7000 kms ! Et à envisager un itinéraire, si nous revenons en septembre/octobre, ce qui nous permettrait de retrouver Julie et Alex pour le salar d’Uyuni et la fête des Morts à La Paz, peut-être aussi avec Jean-Michel et Christine.  Marie passe la matinée sur le smartphone à envoyer des messages à Justine et à Cris. Nous cherchons comment occuper la journée de demain, sans trouver de réponse. Un taxi nous dépose à Miraflores et nous allons déjeuner sur la terrasse chauffée du restaurant Mama Olla, dans une rue piétonne. Le garçon n’en est plus un, c’est un vieux monsieur, sautillant et plaisantant qui aimerait bien nous pousser à la consommation… Nous partageons des chicharrones de calamars dont les morceaux sont si petits et entourés de tant de pâte que nous ne sentons que cette dernière. Puis nous avons commandé, Marie un poisson en sauce au maracuya, le fruit de la passion, et moi un traditionnel arroz con mariscos. Celui-ci m’arrive recouvert de fromage râpé ! Nous échangeons nos plats et aucun de nous n’est content, même si Marie trouve le sien bien garni. Nous retournons dans l’allée où nous avions découvert deux ou trois antiquaires. Chez celui où nous avions acheté une petite peinture sur métal, un petit retable, pas trop récent, séduit Marie, je le lui offre, sans me ruiner, pour son anniversaire !

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Le tupus en argent vu chez son voisin et qui m’avait plu, est toujours en vente mais nous ne cherchons pas à le négocier et je crois comprendre que ces tupus ne plaisent plus à Marie. Elle a toujours en tête le retable aperçu au marché Indien. Nous y retournons donc, le retrouvons, nouvelle tentative de marchandage tout aussi vaine mais elle y tient tant qu’elle cède et l’achète ou plutôt m’envoie l’acheter… Nous rentrons, toujours en taxi, somnoler ou tapoter sur nos appareils informatiques en attendant l’heure du dîner. Plus rien à lire, je me jette sur les sudoku du Monde…

 

Dimanche 2 juillet : Enfin une bonne nuit ! Depuis que j’ai pris la première dose de corticoïde, les douleurs ont disparu et mon genou se fait ignorer, même en position couché. Nous nous levons tard. Nous hésitons sur le programme de la journée. Nous avons vu hier des affiches pour une foire d’antiquaires, à Miraflores. Nous nous faisons déposer à proximité et allons déjeuner dans un chifa. Porc au riz sauté pour moi, aux nouilles supposée sautées aussi pour Marie, pas ravie… Nous remontons la rue barrée aux deux extrémités, quasi déserte, où quelques stands proposent aux très rares badauds quelques bricoles plus dignes d’un vide-grenier que d’antiquaires… La visite vite terminée, nous ne savons que faire. Nous retournons vers les jardins avec l’idée d’y passer quelque temps assis sur un banc… Attirés par la musique, nous approchons d’une arène entourée de quatre ou cinq gradins. De la musique, tropicale bien sûr, s’échappe d’un appareil et quelques couples dansent. Pas des jeunesses, des qui ont dû faire des ravages dans les dancings des années 60… Les corps sont fatigués, les masses de chair ne sont plus là où elles devraient être, mais la grâce est encore là. Les dames sont maquillées et coquettes, les messieurs ont fait moins d’efforts de présentation mais enchaînent les acrobaties sur la piste ! Quelques gandins, cravate, pochette, chapeau, nœud papillon, tentent de séduire encore.

TRANSAMERICA (4.3.- Pérou ou le grand circuit des garages)

Au fil du temps les gradins se remplissent, la piste devient trop étroite. Une petite Noire de 3,4 ans se taille un joli succès en se déhanchant parmi les ancêtres… Nous rentrons en taxi, passons au supermarché et après avoir raconté la journée et relu le texte du blog, nous nous offrons un pisco sour pour ne pas rater l’occasion d’utiliser le blender de Justine, grâce auquel le cocktail est mieux réussi. Cris arrive juste à temps pour en profiter... Au fil du temps, les gradins se remplissent, la piste devient trop étroite. Une petite Noire de 3,4 ans se taille un joli succès en se déhanchant parmi les ancêtres… Nous rentrons en taxi, passons au supermarché et après avoir raconté la journée et relu le texte du blog, nous nous offrons un pisco sour pour ne pas rater l’occasion d’utiliser le blender de Justine grâce auquel le cocktail est mieux réussi. Cris arrive à temps pour en profiter.

 

Lundi 3 juillet : Encore une bonne nuit, sans douleur au genou. Nous avons un appel en vidéo des copains, les Rufray, Tardieu et Lignon qui cherchent à nous encourager. Un message de Rachida nous demande de fournir une copie d’un autre document dont je ne vois pas la nécessité pour un simple devis, néanmoins je vais en faire un scan à proximité du petit marché local. Je découvre des boutiques et des boucheries où nous aurions pu nous ravitailler plus tôt. Plus tard, un message de Cris nous apprend qu’au garage, certaines pièces manqueraient sans savoir lesquelles ! Le moral en prend un coup, nous ne savons pas ce qu’il faut en penser, nouveau retard, pièces introuvables ? Nous décidons de nous rendre au garage après déjeuner. A notre arrivée toute l’équipe des mécaniciens s’affaire sur notre camion, la boîte de vitesse est remontée ainsi que l’embrayage, le frein à main et les arbres de transmission. Pas de pièces manquantes, je crois comprendre que des boulons ou des écrous ont dû être remplacés. Le camion devrait, après essais et un tour de roue, être prêt pour demain ! Nous repartons réconfortés mais je reste de mauvaise humeur. Nous nous faisons déposer par un taxi dans le centre de Lima, au Marché Central. Nous y faisons un petit passage et découvrons des boucheries spécialisées dans le mouton, le cabri ou le porc… Nous suivons ensuite la calle Capón qui, après avoir franchi un portique chinois, pénètre dans le barrio Chino. Les enseignes sont en idéogrammes mais la population n’est pas très asiatique. Des bancs sont placés sous des toits à la chinoise et les restaurants avec des canards et des filets de porc laqués en devanture nous mettent l’eau à la bouche. Nous revenons vers le centre-ville, Marie traîne la jambe mais veut tout de même marcher jusqu’au Musée d’Art Populaire, plus loin qu’elle ne le croit. Nous revoyons l’église San Agustin mais sa façade n’est pas éclairée et la nuit est tombée. Bien entendu le musée est fermé à cette heure. Nous revenons sur nos pas et, en attendant d’aller dîner, nous allons prendre un pisco sour dans les salons de l’hôtel Maury, toujours désert. A sept heures et demie, nous nous rendons au restaurant l’Eau Vive, tenu par des sœurs, une « chaîne » que nous avions déjà eu l’occasion de fréquenter en Haute-Volta. Cris nous y rejoint aussitôt dans une des salles immenses et quasi désertes, sans décoration, tristes à pleurer ! La carte semble faire la part belle à la cuisine française. Nous commandons, Cris une quiche lorraine qui le satisfait, Marie et moi partageons des pétoncles-coquilles Saint-Jacques, pas très bien cuisinées puis nous prenons des plats de poisson, Marie des crevettes en sauce au coco servies quasi froides et Cris et moi un filet de corvina supposé être en sauce aux câpres qui se battent en duel dans l’assiette. Pas de dessert faute de tarte aux pommes. Le vin blanc péruvien n’était pas fameux. Nous nous esbignons, raccompagnés par notre servante, une Noire en boubou, avant le concert des nonnes qui chantent l’Ave Maria à neuf heures… Retour en taxi et adieu à Cris avant ce que nous espérons être notre dernière nuit chez lui. Toujours pas de nouvelles de Julie…

 

Mardi 4 juillet : Je ne suis pas de bonne humeur au réveil, me demandant de quoi aujourd’hui et les jours suivants seront faits… Nous commençons à ranger nos affaires pour être prêts à partir dès que nous aurons le feu vert du garage. A onze heures, je téléphone, on m’annonce que le camion est en cours d’essais et de rappeler une demi-heure plus tard. A midi, nouveau coup de fil, je ne comprends pas tout et envoie un message à Cris pour qu’il se renseigne. Plus tard il nous annonce, ce que j’avais compris : rappeler à trois heures, sans plus de précision… Pourquoi ces retards, un problème ? Nous nous demandons toujours si nous allons réussir à partir… Julie nous appelle, nous sommes contents de l’entendre et surtout de pouvoir parler d’autre chose que de nos problèmes mécaniques. A trois heures, nouveau coup de fil, on me dit que tout va bien, derniers réglages et ce sera prêt à quatre heures trente… Nous finissons de nettoyer l’appartement, claquons la porte derrière nous, sautons dans un taxi et filons au garage. Le camion est toujours sur la fosse et les mécaniciens s’activent à remonter le frein à main en ponçant les garnitures trop épaisses. Mais ils ont bientôt terminé. L’addition est très honnête, environ 600 euros… Nous ne traînons pas et après des adieux au personnel, nous prenons la route. Nous sommes rapidement sur la panamericana et nous nous arrêtons juste à la tombée de la nuit, à Lurin, dans une grande station-service où nous retrouvons un camping-car de Français. Nous effectuons du rangement et retrouvons nos marques dans ce camion que nous avons bien failli abandonner… Nous dînons au gril de la station-service, bon steak, presque saignant mais bière tiède.

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