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30 août 2014 6 30 /08 /août /2014 23:03

Mardi 12 août : Dans la nuit, je suis réveillé par la musique puis je me rendors. Marie, avec ses boules Quies ne s’est rendu compte de rien… Ce matin, les montagnes du Caucase sont bien visibles, des pics dentelés, partiellement couverts de neige. Nous remplissons les jerrycans avec les derniers roubles. Comme ses collègues ex-soviétiques, la revêche caissière a le visage peu amène des femmes qui, de l’amour, n’ont pas connu toutes les joies... Puis nous sortons rapidement de la ville. La route s’enfile dans de belles et spectaculaires gorges, entre deux falaises presque verticales où les traces des éboulis sont bien évidentes. Quelques kilomètres et nous sommes à la frontière. Un peu d’attente puis nous sommes admis au poste de contrôle et aussitôt mis à l’écart avec tous les possesseurs d’une importation temporaire de véhicule. Il faut attendre le responsable qui se contente de collecter les documents. Un gros officier en tenue camouflée vient rôder autour du camion et ne trouve pas à son goût la plaque d’immatriculation, il est vrai en grande partie décollée et maintenue par des bouts de ficelle, et semble vouloir que nous retournions les changer en ville. Je ne lui réponds qu’en français qu’il ne comprend pas et il finit par aller passer sa mauvaise humeur sur d’autres. Puis ce sont nos jerrycans de gasoil qui posent problème, on nous assure que les Géorgiens ne nous laisseront pas entrer avec. Je cache les deux métalliques dans la capucine et nous nous présentons au poste géorgien. Les formalités se font simplement et rapidement et nous revoilà en Géorgie et donc de nouveau en Asie puisque nous franchissons le Caucase ! La route continue dans les gorges, traverse des villages totalement différents de ceux de Russie. Finies les maisons en bois avec fenêtres et volets décorés. Ici, elles ne sont pas très belles, des cubes avec un toit à quatre pentes, semblables à celles de Turquie, mais toujours avec un bout de jardin fleuri et quelques arbres fruitiers. Dans le village de Gergeti, nous bifurquons pour aller voir l’église de la Trinité que nous n’avions pas vue lors de notre voyage en 2010. Nous l’apercevons au sommet d’une montagne, détachant ses tours sur le ciel bleu.

Mongolie 2014 (6.- Géorgie, Turquie)

Une piste étroite de quelques kilomètres part du village, nous nous y engageons. Elle est peut-être la plus dure de tout ce voyage, presqu’intégralement gravie en première, avec des échantillons de tous les types de piste possibles, sauf le sable. Nous ne sommes pas les seuls dessus, nous croisons non sans difficultés, d’autres 4x4 qui peinent comme nous. Beaucoup, plus sages, ont choisi de grimper à pied… Mais nous sommes récompensés quand nous débouchons sur un plateau verdoyant où paissent des vaches et que nous découvrons devant nous cette très belle église, typiquement géorgienne avec, au-dessus du cube rehaussé dans la partie centrale de chaque côté des absides, le tambour de la tour et son toit conique.

Mongolie 2014 (6.- Géorgie, Turquie)

Une seconde tour, plus petite, lui tient compagnie. Nous sommes très surpris par le grand nombre de visiteurs locaux et étrangers qui s’y pressent. Il n’y avait pas tant de monde en 2010 ! Le tourisme a dû se développer… Nous gravissons à pied la dernière rampe et pouvons alors admirer de près les beaux décors sculptés dans la pierre en forme de croix ou d’entrelacs autour des étroites fenêtres.

Mongolie 2014 (6.- Géorgie, Turquie)
Marie doit, à sa grande fureur, revêtir une jupe par-dessus son pantalon et se coiffer d’un châle pour pouvoir entrer dans le sanctuaire. Des icônes, anciennes ou récentes, sont offertes aux fidèles qui les baisent ou s’agenouillent devant. Le ciel se couvre, je dois patienter pour prendre des photos avec le soleil. Nous redescendons puis continuons la traversée des gorges, sur une route difficile soit à cause des travaux, soit à cause de la circulation. Nous avançons lentement, revoyons les paysages de montagnes ravinées puis à Ananuri, le lac et le château que nous ne revisitons pas. Nous rejoignons enfin l’autoroute, laissons Tbilissi et filons en direction de Kutaisi. Mais cela ne dure pas et nous devons continuer sur une route ordinaire très fréquentée où il est difficile de doubler. Nous nous arrêtons à six heures sur une colline au milieu des pruniers, derrière un restaurant où nous avons l’intention de dîner. Nous commandons des chachliks, sans doute les plus mauvais de ce voyage ! Des morceaux de porc frits et pas même présentés sur une brochette !!!
 
Mercredi 13 août : Il a fort plu dans la nuit et je ne pense pas possible de nous rendre en Svanétie pour voir les maisons-tours mais au moment de démarrer, le ciel se dégage. Nous décidons d’aller jusqu’à Kutaisi puis d’aviser. La route passe dans une étroite vallée boisée mais je n’ai guère le loisir de l’admirer. La circulation est infernale, les Géorgiens, les Méridionaux des Russes, sont d’abominables machos au volant. Pas question de rester derrière un camion ou un véhicule plus lent et ils sont tous plus lents bien sûr ! Alors ils dépassent sans se soucier des limitations ou des interdictions, obligeant ceux qui arrivent en face à se rabattre ou bien se rabattent eux-mêmes en abusant des queues de poisson. De la conduite sportive ! Nous parvenons sains et saufs à Kutaisi et en demandant notre chemin, nous trouvons l’église Bagrati. Nous l’avions vue il y a cinq ans, en travaux de restauration. L’extérieur est terminé, l’intérieur est en cours. Tout a été reconstruit en copie conforme à l’original et le résultat est sinistre. Plus d’âme, plus de charme, une pierre grattée pour la rendre identique aux pierres neuves utilisées, une toiture en cuivre teint en vert émeraude.
Mongolie 2014 (6.- Géorgie, Turquie)

A l’intérieur ce qui correspondrait au balcon de l’orgue et les colonnes sur lesquelles il repose sont en acier bruni, ce qui n’est pas forcément une mauvaise idée mais paraît tout de même bizarre ici. Nous sommes très déçus, nous aurions pu éviter d’y venir.  Nous sommes d’accord pour mettre le cap sur la Turquie et en passant par le petit poste frontière de Posof. Nous trouvons la route de Baghdati, qui continue ensuite en longeant dans un vallon encaissé un joli torrent. Nous nous arrêtons sur ses bords pour déjeuner puis nous continuons. La route commence à s’élever et atteint l’inattendue station thermale de Sairme avec des installations modernes pour curistes. Nous fuyons vite cette ville d’eau… Surprise : la route goudronnée s’arrête à la sortie de la station, une piste lui succède ! Au début elle est correcte puis elle commence à se dégrader, toujours en montée… Nous traversons un massif boisé très dense. Des lichens s’accrochent aux branches des arbres.

Mongolie 2014 (6.- Géorgie, Turquie)
Elle devient franchement sportive, du genre pour dingue du 4x4… Plus haut, nous entrons dans les nuages, la visibilité est réduite à quelques mètres, nous ne progressons qu’au pas. J’ai des hallucinations : des monstres surgissent devant le camion ! Ils se révèlent être de vulgaires vaches effarées ! Nous parvenons à un plateau à plus de deux mille mètres. Une autre piste y aboutit. La piste va commencer à redescendre, le soleil revient mais elle reste très difficile, flaques, marches, buttes glissantes. Nous aurons mis trois heures pour faire quarante kilomètres… Nous parvenons ainsi à une autre station thermale, Abastumani, plus ancienne. Les maisons ou plutôt les vastes demeures familiales vitrées, décorées de dentelles de bois, pourvues de superbes loggias sur des colonnes, tombent hélas en ruine. Nous sommes heureux de retrouver le goudron et de filer vers la frontière turque. Dernier plein de gasoil et nous arrivons au poste. Personne n’attend ! La sortie de Géorgie prend moins de cinq minutes, l’entrée en Turquie à peine dix minutes. Nous roulons quelques kilomètres puis nous arrêtons sur une piste entre des champs. Nous aurons bien mérité la vodka-tonic de ce soir ! L’appel à la prière du muezzin au coucher du soleil nous rappelle que nous sommes en terre d’Islam.
 
Jeudi 14 août : Réveil à l’heure habituelle et départ pour une longue journée de route. D’autant plus longue que nous aurons confirmation d’un nouveau changement de fuseau horaire, nous n’avons plus qu’une heure de différence avec la France. Nous traversons encore des montagnes couvertes de prairies où paissent de nombreux bovins. Les minarets taillés comme des crayons se distinguent à peine des rangs de peupliers. Des nappes de brume envahissent les creux, nous sommes au-dessus, dominant les vallées, avant de descendre sur Kars. Nous retrouvons les bonnes routes turques, larges et pas trop fréquentées par des conducteurs plus respectueux des règles que les Géorgiens ou les Russes. A Kars, nous changeons des dollars chez un bijoutier et nous trouvons ensuite un supermarché Migros, avec même des alcools. Plus de porc mais du bœuf et de l’agneau bien découpés, de la charcuterie de bœuf et en particulier du pasterma. Et nous continuons notre course vers l’Ouest. Nous avons quitté les montagnes et sommes désormais sur un plateau où les moissons battent leur plein. Les exploitations sont de petite taille, avec des tracteurs mais on aperçoit encore des paysans qui coupent à la faux sur leur lopin et des herses tirées par des chevaux. Apres déjeuner, nous contournons Erzurum. La chaleur est forte, la température dépasse les 40°. Le ciel, les nuages, les terres, les montagnes disparaissent dans la même pâleur laiteuse. Passage à Erzincan en évitant le centre. Nous longeons de nouveau une rivière puis dans un col le camion recommence à hoqueter puis repart. Nous arrêtons pour boire un soda dans un café avec une terrasse sur la rue. Que des hommes ! Jeunes, vieux tuent le temps devant un thé ou un café, les vieux portent la casquette et quelques-uns tripotent à longueur de temps un chapelet. Autre col et à nouveau le camion tousse, je dois rétrograder en première avant qu’il ne reparte, l’incident se répète. Je ne sais que penser, cochonneries dans le gasoil, injecteur défectueux, contact électrique occasionnel… Nous arrêtons à six heures dans une jolie prairie en contrebas de la route.
 
Vendredi 15 août : Nous roulons en direction de Sivas puis de Kayseri sur des routes toujours aussi larges, reposantes, presqu’ennuyeuses. Marie reçoit un message de Julie pour sa fête puis un de Nicole. Nous sommes sur le plateau anatolien, toujours au-dessus de 1000 mètres. Les monts sont pelés, les moissons faites, la terre est aride sous un soleil implacable. Peu avant Kayseri, nous allons revoir le très beau caravansérail de Sultan Hani, restauré depuis notre dernière visite. Le portail en est cadenassé. Je vais frapper à une porte, c’est une école, l’institutrice, foulard, manteau qui descend jusqu’aux chevilles, m’ouvre. Elle ne parle aucune langue étrangère mais deux de ses élèves sont des petites Turques de France en vacances. Elles nous signalent qu’il faut téléphoner pour faire venir le gardien. Celui-ci, alerte, arrive sur sa mobylette et nous ouvre grand les portes. Il parle allemand et nous donne quelques informations. Un beau décor sculpté dans la pierre orne le petit kiosque central qui était une mosquée. 
Mongolie 2014 (6.- Géorgie, Turquie)

L’intérieur avec ses voûtes et ses bat-flancs donne une bonne idée de ce que devait être une halte caravanière au XIII° siècle.

Mongolie 2014 (6.- Géorgie, Turquie)

Nous nous arrêtons un peu plus loin devant le site de Kültepe dont nous ignorons tout mais qui a l’honneur de deux étoiles sur notre carte. Peu d’ombre pour déjeuner. Courageusement, sous un soleil de plomb, quelle température peut-il faire ? 43°C, 44°C ?, nous nous lançons à l’assaut de la colline sur un sentier fléché. Nous apprenons qu’il s’agit du palais et de bâtiments d’un roi anatolien du XIX° siècle avant notre ère. Nous ne pouvons distinguer qu’une aire réalisée en pierres plates et les bases de murs. Rien d’inoubliable… Marie veut passer à l’office du tourisme de Kayseri. La ville a plus d’un million d’habitants et s’est étendue sur des kilomètres. Un service de tramway, des passerelles au-dessus des avenues, des escalators pour sortir des souterrains, sont les marques d’un pays en plein développement. Nous nous garons juste le temps de nous renseigner. La ville aurait peut-être mérité une plus longue visite mais faute de livre-guide nous ne savons où aller. Nous apercevons en roulant, quelques tekke et une ancienne mosquée. La sortie de la ville est à l’échelle de sa démesure, interminable. Nous reprenons un bout de route puis nous nous dirigeons vers la Cappadoce. Nous y entrons par Ürgûp dont nous reconnaissons difficilement les maisons troglodytes, désormais cachées derrière des constructions standardisées modernes. C’est désormais une route à quatre voies qui relie Ürgüp à Göreme ! Nous revoyons tout de même avec plaisir et même éblouissement ces cheminées des fées, ces pitons creusés d’habitations et d’églises rupestres. Nous ne visitons rien mais je ne résiste pas au désir de les prendre en photos sous une belle lumière.

Mongolie 2014 (6.- Géorgie, Turquie)
L’idée principale, est de trouver un camping et d’enfin, nous reposer. Ils ne sont pas nombreux, les pensyons les ont remplacés ainsi que les boutiques d’ « Art Shop ». Nous en trouvons un dans la descente sur Göreme. Un emplacement ombragé par deux arbrisseaux qui n’empêcheraient pas une limace de bronzer, une piscine coincée derrière le bloc sanitaire à l’eau parcimonieuse et à l’éclairage chiche, le tout pour vingt euros que nous faisons ramener à treize ! Nous allons prendre un pot, cher, à la terrasse qui domine la vallée, les pitons et… la route ! Connexion internet très faible, je réussis tout de même à lire les messages et en particulier celui avec les projets de Julie pour l’année prochaine. Je vais profiter de la piscine très agréable néanmoins. Retour au camion, je sors la table et les fauteuils, je suis sec avant même de m’asseoir. Pour dîner, nous allons pour la Sainte-Marie dans un restaurant repéré lors de l’un de nos arrêts-points de vue. La vue sur la Vallée des Pigeons depuis la terrasse est superbe de nuit, dans les assiettes c’est moins bien… Les köftes tant attendues n’en sont pas et Marie doit attendre son plat longtemps.
 
Samedi 16 août : Nous sommes réveillés par le bruit des brûleurs des montgolfières qui, à six heures du matin, emmènent des touristes survoler la Cappadoce. Nous ne nous levons pas aussitôt, c’est une journée de repos et nous traînons au lit avant de nous décider à sortir de notre léthargie. Pendant que Marie se prépare, je vais laver du linge puis le mettre à sécher. Nous ne nous rendons à l’Open Air Museum de Göreme qu’à onze heures quand il commence à faire très chaud… Il s’agit d’un ensemble d’églises troglodytes des X° et XI° siècles, taillées dans le tuf de ces cônes qui ont rendu célèbre la région. Nous n’y sommes pas seuls, les touristes déversés par des norias de bus y sont nombreux et nous devons parfois faire la queue au pied des escaliers qui permettent d’y accéder. Elles sont minuscules, leurs parois sont couvertes de magnifiques fresques aux couleurs admirablement préservées par la sècheresse de l’air et l’obscurité.
Mongolie 2014 (6.- Géorgie, Turquie)

La première, Tokalı, est une merveille : deux salles décorées à des époques différentes. La première est toute dans des tons vert et ocre rouge, dans la seconde le bleu, un bleu outremer profond, domine pour raconter la vie de Jésus et presque toujours un Christ Pantocrator à la voûte. Les autres églises, une dizaine, reprennent le même thème et y ajoutent parfois celui de la vie de saints tels Basile. Plusieurs couches de fresques sont parfois discernables sur la même paroi, des dessins en rouge très simples à des œuvres très élaborées. Nous en ressortons épuisés, assoiffés. De retour au camping, nous avalons de grands verres de citronnade pour Marie, de rakı pour moi. Après déjeuner, je vais me connecter, mettre à jour le blog et constater qu’aux dates possibles, il n’y aurait pas de places sur le ferry d’Igoumenitsa à Venise… Nous repartons en emmenant Jean-Pierre pour un tour dans les environs. Nous arrêtons d’abord à Çavusin où les maisons troglodytes en ruine forment une falaise percée d’ouvertures dans un long mur qui me fait penser à Matera.

Mongolie 2014 (6.- Géorgie, Turquie)

Plus loin, à Zelve, un exceptionnel ensemble de cheminées des fées attend les touristes. Nous nous promenons au pied de ces grandes aiguilles à l’abri d’une roche qui leur donne un aspect de champignon ou de maison des Schtroumpfs.

Mongolie 2014 (6.- Géorgie, Turquie)

 

Après un dernier point de vue décevant, nous revenons par le même itinéraire que la veille. Nous déposons Jean-Pierre au camping et allons nous garer dans le centre de Göreme pour une visite fructueuse, du point de vue de Marie, des boutiques de souvenirs. Nous remontons au camping prendre l’apéritif avec Jean-Pierre mais nous n’avons plus de glaçons, le réfrigérateur n’a pas tourné. Dîner au restaurant le Sedef, plats bons et copieux, excellents pide et adana kebab pour ma part et retour pour la nuit au camping. 

Dimanche 17 août : Je compte au moins vingt-huit montgolfières de toutes tailles et couleurs qui, ce matin, nous survolent, grosses bulles molles que pousse le vent. Il est encore tôt mais comme je suis réveillé, j’écris pour la seconde fois mon journal de la veille. Hier soir, l’ordinateur qui commence à avoir ses humeurs m’avait soudainement planté et refusé de continuer d’assurer son emploi, j’avais donc perdu tout ce que j’avais écrit. Depuis plusieurs jours j’ai aussi perdu l’usage de plusieurs touches des chiffres, le 1, le 2, le 5, le 7, le 9, le ° et donc les voyelles accentuées qui vont avec… Nous plions bagages, quittons le camping, pris en photo par son sympathique propriétaire. Nous entamons une journée de route pour nous rapprocher de la Grèce. Après Nevşehir, nous traversons, jusqu’à Konya, une étendue rigoureusement plate et quasi désertique malgré l’implantation de quelques industries et des tentatives de culture irriguées. Après Konya le paysage n’est pas beaucoup plus engageant mais il y a tout de même quelques bosquets… La route, toujours excellente et à quatre voies se poursuit par Afyon puis Kütahya. Ensuite, en cours d’élargissement, elle traverse une belle région de collines boisées, peu de monde y passe, aucun camion. Nous nous arrêtons pour la nuit en bordure d’une piste, dans un vallon. Jean-Pierre vient prendre l’apéritif puis reste dîner. Marie a prévu de faire cuire des pâtes dont elle pensait qu’il avait envie. Il apporte des côtes d’agneau que nous partageons, les pâtes n’ont pas de succès et finissent à la poubelle. 

Lundi 18 août : Le ciel est couvert et bientôt il pleut. La route est en travaux, nous passons dans les nuages avant de retrouver, au sortir des montagnes dont nous n’aurons pas vu grand-chose, la plaine et un ciel bleu. Après Balıkesir, nous suivons la direction des Dardanelles. La nouvelle route ne passe plus par les montagnes mais se dirige droit sur la côte. C’est alors la lente et énervante traversée d’une succession de stations balnéaires fréquentées par la bourgeoisie turque en vacances. La route quitte le bord de mer, grimpe dans la montagne avant de redescendre vers Çanakkale que nous traversons pour arriver au port d’embarquement des ferries. Nous n’attendons pas et montons à bord de l’un d’eux aussitôt.

Mongolie 2014 (6.- Géorgie, Turquie)

 

Nous revoici en Europe. Une fois débarqués à Eceabat, nous allons manger des köftes dans l’un des restaurants pour touristes devant le port. Ils ne sont pas mauvais, mais les portions sont minimales. Nous longeons jusqu’à Gallipoli le détroit des Dardanelles avant de traverser le bras de terre et retrouver la mer à notre gauche. Parvenus à Keşan et toujours affamés, nous allons nous offrir une tournée de köftes, nettement meilleures et avec une bière glacée cette fois. Ce sera notre « quatre heures » ! Derniers kilomètres en Turquie, la frontière est vite franchie et nous retrouvons la Grèce. Quelques kilomètres d’autoroute, puis traversée d’Alexandroupoli pour parvenir à notre camping habituel. L'ouzo s'impose au restaurant du camping suivi de souvlaki et de fioles de retsina​...
 
Mardi 19 août : De plus en plus à l’ouest, le soleil se lève de plus en plus tard et nous aussi… Nous nous attaquons à la traversée de la Grèce sur l’autoroute de Salonique. Les péages qui n’étaient pas en activité lors de notre dernier passage le sont maintenant et tous les trente kilomètres nous devons verser notre obole : 6 euros, comme les camions car mesurant plus de 2, 20 métres de haut ! Nous longeons de loin la mer, une mer digne de la Grèce, d’un beau bleu qui inciterait à la baignade. Nous sommes à Salonique que nous contournons à la mi-journée. Marie et Jean-Pierre ont envie d’aller aux Météores. Nous continuons donc sur la route d’Athènes jusqu’à Larissa où nous abandonnons l’autoroute pour une simple route. Passage dans un grand supermarché, tout neuf. Le peu de choix des produits m’étonne. Peu de variétés, on se croirait en Mongolie… La route serpente puis le massif des Météores, sorte de gros doigts rocheux se profile à l’horizon. Nous nous en approchons, Marie ne reconnaît rien ! Kalampaka, la petite ville sise à ses pieds ne vit que du tourisme, ce ne sont que guest-house, campings, hôtels, tavernes, restaurants et boutiques de souvenirs ou fabriques d’icônes. Nous cherchons un camping, en trouvons un dans la cité voisine, Kastraki, et je crois bien qu’il s’agit du même camping qu’en 1992 . Il est encore tôt mais nous ne bougeons plus. D’autres Français possesseurs de camping-cars 4x4 viennent discuter avec Jean-Pierre, les comparaisons de modèles, de performances m’ennuient prodigieusement, nous préférons nous rendre à la terrasse du restaurant du camping boire un soda, nous connecter à internet, relire le blog. Jean-Pierre nous y rejoint et cherche lui aussi les éventuels passages sur un ferry au départ d’Igoumenitsa mais sans succès. Nous prenons l’apéritif au camion, il faut bien finir les bouteilles, nous n’y parvenons pas ce soir, puis dînons au restaurant, au frais, sur accompagnement de bouzouki. Grillades et bouteilles de restina. Je reste effectuer toutes les corrections sur mon texte et mettre le blog à jour, en fumant un havane acheté en détaxe à la frontière.
 
Mercredi 20 août : Ce matin encore nous ne nous réveillons qu’à sept heures. Le camping est bien endormi. Nous sommes dans les premiers à monter les lacets de la route qui mène aux différents monastères perchés sur les pitons. A chaque virage, une nouvelle vision s’offre à nous, bâtiments monastiques en équilibre au-dessus du vide, balcons en encorbellement, églises byzantines minuscules.
Mongolie 2014 (6.- Géorgie, Turquie)

Nous atteignons le parking du plus grand des monastères, Metamorphosis, Il ouvre ses portes aux visiteurs à neuf heures et une file d’attente s’est déjà formée sur les escaliers qui y conduisent. Nous n’avons pas très envie de nous mêler aux groupes et préférons redescendre à celui en contrebas, Varlam, plus modeste et tout aussi intéressant. Marie a prévu un châle pour se couvrir la tête mais ce sont ses jambes de pantalon qu’elle doit cacher sous une jupe d’emprunt, pas la tête ! Des chats font la sieste et la font très bien, au pied de la jolie petite église, inévitablement byzantine. A mon grand étonnement, tout l’intérieur est couvert de belles fresques dont la vision est malheureusement gâchée par  la lumière que filtrent des carreaux de couleurs jaune ou bleue. Quelques très belles scènes, une Dormition de la Vierge, qui semble très honorée ici, un Jugement Dernier avec un terrifiant monstre rouge qui, comme sur les murs des églises de Bucovine, ouvre grand une gueule pour engloutir les damnés, les Elus semblent un peu s’emmerder au Paradis…

Mongolie 2014 (6.- Géorgie, Turquie)

Nous allons jeter un œil au mécanisme de ravitaillement qui, autrefois, se faisait au moyen d’un treuil qui remontait un filet, aujourd’hui modernisé grâce à un palan électrique. Nous continuons le circuit, découvrant de nouveaux points de vue sur les quatre ou cinq monastères les plus connus. 

Mongolie 2014 (6.- Géorgie, Turquie)
Nous découvrirons trop tard qu’il en existe d’autres, logés dans les falaises et probablement accessibles à pied uniquement. Nous rejoignons la route de Ioannina, étroite, toute en lacets serrés qui traverse les montagnes avant de rejoindre l’autoroute, et ses péages ! Apres un rapide déjeuner, nous arrivons à Igoumenitsa où nous nous précipitons dans la première agence de voyage. Et là, alors que nous n’y croyions pas, nous trouvons un passage en open deck sur le ferry de Venise, vendredi matin. Nous devons tout de même débourser plus de cinq cents euros… Soulagés, dans tous les sens du terme, et contents de l’être, nous nous rendons dans un supermarché, aussi peu achalandé que celui d’hier, pour prévoir les repas jusqu’à Toulon. Nous nous rendons ensuite à la plage où nous avions passé la nuit et dîné en mars 2013. Il y a beaucoup plus de monde, la plage est envahie par les vacanciers. Nous allons prendre un pot dans le jardin du restaurant en contemplant les naïades locales. Retour au camion pour écrire mon journal et bouquiner. Apres une petite sieste, nous allons dîner au restaurant. Les amateurs de plage se raréfient, la plage se vide, le soleil descend, nous sommes bien sur la terrasse devant la mer. Ouzo puis nous nous régalons de calamars et de poulpes avec une puis deux bouteilles de Malamatina, ce vin blanc résiné que nous ne boirions pas en France... Jean-Pierre, toujours affamé s’est commandé un souvlaki de poulet puis une grosse daurade grillée. Nous regagnons à la nuit nos camions, seuls sous les eucalyptus.
 
Jeudi 21 août : Réveil très tardif, Marie reprend vite ses habitudes… Rien au programme de la journée si ce n’est repos ! Apres avoir traîné une bonne partie de la matinée, nous décidons d’aller nous promener avec la voiture. A la fois pour passer le temps mais aussi pour recharger les batteries auxiliaires qui semblent ne plus tenir la charge. Nous traversons les marais où nous faisons s’envoler des hérons cendrés puis nous suivons une piste le long de la plage qui grimpe ensuite sur une colline entourée par la mer et qui se termine à des élevages de poissons.
Mongolie 2014 (6.- Géorgie, Turquie)
Nous revenons nous garer au même endroit, à l’ombre. Après déjeuner, sieste, lecture, ennui. Jean-Pierre parti se promener seul, nous retrouve. Nous allons ensemble nous garer dans le centre-ville et prendre un pot dans un des cafés encore peu fréquentés de l’allée centrale. Nous laissons passer le temps. Nous allons acheter un journal, repérer le restaurant à spécialités de grillades à la broche où nous avions diné l’an dernier puis nous revenons au camion mais il y fait trop chaud et nous allons nous asseoir sur un banc de la rue piétonne. Nous dînons dans notre gril, excellent gyros, je goûte aux kokoretsis dont je n’apprécie que l’extérieur grillé, la farce d’abats évidemment n’a pas de succès. Nous allons nous garer au parking de la gare maritime pour une courte nuit.
 
Vendredi 22 août : Des passagers en attente d’un bateau n’ont pas cessé de toute la nuit de venir se garer, discuter à côté de nous et je n’ai pas beaucoup dormi. Je suis debout à cinq heures, Marie finit sa nuit et reste couchée. Nous entrons dans le port. Pour savoir à quel quai nous devons attendre le ferry, nous retournons à la gare maritime nous renseigner. Les bureaux de la compagnie ne sont pas encore ouverts, nous devons attendre plus d’une demi-heure pour faire viser les billets. Nous attendons ensuite l’arrivée du bateau et montons rapidement à bord. Nous ne sommes pas placés comme nous l’espérions le long du bastingage mais en plein milieu, coincés entre un camion et des camping-cars. Nous petit-déjeunons, Marie procède à sa toilette, je monte visiter les salons. Ils sont, comme les couloirs et les ponts encombrés de tentes, de matelas de passagers qui se sont installés pour la traversée ! Nous montons nous asseoir à une table pour lire et taper mon journal. Nous dînons dans le camion d'une boîte de conserve tout à fait appropriée et de saison : une choucroute !
 
Samedi 23 août : Je transpire encore dans la nuit mais au matin des coups de tonnerre annonciateurs d'orage dans les parages amènent un vent frais. Nous nous réveillons à 6 heures, heure d'Italie donc de France. Nous approchons de Venise mais le bateau doit attendre une autorisation d'entrée. Le temps s'écoule sous un ciel gris peu engageant. Nous apprenons à notre très grand dépit que, contrairement aux précédents voyages, nous ne longerons pas le Grand Canal, n'apercevrons pas de haut la place Saint-Marc mais accosterons ailleurs ! Effectivement, après avoir franchi une des toutes récentes écluses mises en place pour éviter les marées hautes, emprunté un long canal balisé, nous jetons l'ancre dans la zone industrielle de Porto Margera. Sortir du ferry demande encore de la patience... Nous voilà sur le sol italien. Peu d'indications à la sortie du port, je prends la direction de Venise et à Mestre nous trouvons l'autoroute. Il commence à pleuvoir puis de plus en plus fort jusqu'à Brescia. La circulation est très intense, plus calme ensuite. Le soleil revient progressivement. L'autoroute de la côte est encombrée par les retours de vacances. Nous sommes à Vintimille à 6 heures mais un bouchon de 7 kilomètres avant le péage nous fait perdre une heure. A sa sortie, Jean-Pierre nous fait de rapides adieux... Nous ne pensions pas qu'un voyage de deux mois et demi se terminerait ainsi, sans même un dernier apéritif. Nous voici en France. Nous roulons sans nous arrêter et rentrons à Toulon.
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30 août 2014 6 30 /08 /août /2014 16:58

 

Samedi 2 août : Brian, qui a des problèmes intestinaux, a du mal à se réveiller au matin… Nous repartons dans une steppe qui n’en est plus une. Plus de yourtes, de troupeaux. Les montagnes qui encadrent la vallée que nous suivons sont perdues dans les nuages et leurs sommets quand ils s’en échappent sont couverts de neige. Le ciel que nous avions cru clément au matin ne le reste pas et c’est dans une triste grisaille que nous allons suivre le lit de différentes rivières dans des vallées puis dans des gorges. Belle route que nous ne pourrons apprécier pleinement sans le soleil. Les maisons russes derrière leur palissade, avec leurs encadrements de fenêtres décorés, sont de plus en plus fréquentes. Beau paysage alpestre, prairies, forêts de conifères et même chalets de bois ou isbas de rondins. Nous sommes déjà loin de la Mongolie ! Dans les villages, derrière les palissades qui délimitent une concession familiale, se dresse une structure conique au toit arrondi que nous supposons être le sauna familial. Nous déjeunons de boîtes de conserves sur le bord d’une rivière, Brian est allé manger une soupe au poulet au café voisin. Nous continuons et plus nous avançons, plus nous quittons les steppes et retrouvons la Russie. De nombreux vacanciers sont venus profiter des activités de plein air qu’offre l’Altaï. Nous croisons de nombreux véhicules, de citadins qui partent pour un week end dans la nature. Des camps de vacances, des bungalows, des descentes de rivières, des treks, sont offerts à des sportifs, torses nus, ou en tenue de camouflage, de grands Russes virils à l’exemple de Poutine... La circulation s’intensifie, nous revoilà dans la Russie rencontrée à l’aller, de nombreux établissements en bord de rivière attendent les estivants pour le week end. En fin d’après-midi nous parvenons à Gorno-Altaïsk où nous cherchons un « grand » supermarché. Nous le trouvons sur la place centrale, dans un Mall tout moderne. Nous nous séparons de Brian qui nous quitte avec son vélo sans chaîne… Nous pénétrons ensuite dans la caverne d’Ali Baba, un supermarché russe comme il y en a dans toutes les grandes villes mais qui, après un mois de disette mongole, nous paraît une merveille. D’autres fruits que des pommes ou des oranges : abricots, brugnons dont un Carrefour ou un Auchan n’oserait pas proposer la vente. Du poulet, cuit, fumé, congelé, en morceaux, entiers, des saucisses appétissantes, du poisson fumé, de l’ikra et plein d’autres merveilles comme de l’eau gazeuse, des kotelets, sortes de boulettes de porc, des légumes insoupçonnés de l’autre côté de la frontière, chez ces barbares mongols mal dégrossis ! Nous cherchons ensuite un restaurant pour dîner ce soir mais nous ne trouvons rien. Nous reprenons la route de Novosibirsk et arrêtons dès que nous trouvons une piste qui nous amène au bord d’une rivière, au calme. Apéritif habituel puis nous dînons de croquettes de poisson qui sont surtout aux pommes de terre…

Dimanche 3 août : Nous nous réveillons avec une heure de retard sur nos habitudes ! A croire que nous en avons besoin… Nous reprenons la route, le camion grogne, couine, grince, gémit, siffle, une vraie volière. J’aimerais être aussi persuadé que Jean-Pierre que tous ces bruits intempestifs sont dus à mes silentblocs… Au sortir des montagnes, nous avons retrouvé la Russie que nous connaissons : champs de blé, de tournesols à perte de vue et alignements de bouleaux pour briser la violence des vents d’hiver. Les maisons aussi sont redevenues celles auxquelles nous étions habitués, toits en pente, bois pour les plus anciennes et matériaux modernes pour les récentes. La chaussée est bonne, trop, nous pourrions croire qu’il en sera toujours ainsi mais nous savons qu’il n’en sera rien. Sur les bas-côtés de la route, assises sur un tabouret, fichu sur la tête, des paysannes vendent le produit de leur jardin ou de leur cueillette : pommes de terre, oignons, myrtilles, superbes girolles, magnifiques cèpes. Nous achetons des myrtilles et un seau de cèpes ! Nous atteignons Barnaoul, à l’écart de la route de Novosibirsk, sur une route à quatre voies. Nous y sommes pour rendre visite au garage Land Rover. A l’entrée du pont qui enjambe l’Ob (nous découvrons qu’hier soir, nous avons dormi sur ses bords quand ce n’est encore qu’une modeste rivière), je demande à un policier qui surveille la circulation s’il connaît la rue Kalinina, adresse de Land Rover. Non seulement il sait, mais il me fait un plan très clair en me précisant les distances. Je suis les indications données et nous parvenons sans difficultés devant la concession Land Rover-Jaguar. Nous nous y étions rendus uniquement pour repérer les lieux mais nous découvrons que le magasin est ouvert. Non seulement ouvert mais il y a du personnel à l’atelier. Renseignement pris, il faudrait trois jours pour faire venir les silentblocs de Moscou. Le jeune qui baragouine un peu d’anglais ne manque pas d’astuce : il téléphone à son patron et nous propose de monter ceux du Defender neuf du garage ! Et nous pouvons faire la vidange en plus aussitôt !!! A deux heures et demie, je ressors avec des silentblocs neufs ( ou presque ?), un entretien avec échange des filtres. Pour environ 300 euros mais au moment de payer avec ma carte bleue, inutilisée depuis deux mois, je m’aperçois que j’ai complètement oublié le code ! Je dois utiliser celle de Marie dont je me souviens. Depuis je cherche… Nous déjeunons rapidement dans le camion puis nous allons nous garer sur les bords de l’Ob, à la gare fluviale. C’est une promenade dominicale avec poneys pour les enfants, baraques à chachliks où nous envisageons de revenir dîner ce soir. Nous remontons ensuite la large et très longue avenue Lénine. La place ne manquait pas pour construire les villes au XIX° siècle, les prospect, avenues, sont bordées de maisons anciennes, bâtiments de brique ou palais « chantilly » couleur pastel soulignée de blanc. S’y mêlent des immeubles plus récents de l’ère soviétique ou plus prétentieusement neufs, les grandes marques internationales y sont présentes. Nous allons prendre une pâtisserie ou un coca dans un café élégant dans l’espoir d’y avoir le wifi mais nous ne pouvons nous connecter. Nous repartons pour tenter notre chance à l’hôtel Barnaoul. Effectivement, assis dans un confortable canapé du hall, nous lisons notre courrier, répondons et mettons à jour le blog. Message de dernière minute de Julie, revenue ravie de ses plongées en Mer Rouge. Nous sortons de la ville et essayons de trouver un emplacement pour la nuit sur l’île au milieu de l’Ob. Nous parvenons ainsi à une plage, une vraie plage avec du sable, des chaises longues et de la musique… Nous retournons sur les bords de l’Ob avec l’intention d’y dîner et d’y dormir. Nous nous décidons pour un restaurant, le « Parus », avec une terrasse au-dessus de l’eau. Nous commandons de bons plats : côtes de porc, chachlik, poisson fumé et bières à la pression. On mange bien en Russie ! Nous restons sur le parking du restaurant en croisant les doigts pour qu’ils ne soient pas trop nombreux à venir faire ronfler les moteurs de leurs voitures en mettant la musique à fond…

Lundi 4 août : Des bavards incorrigibles et de la musique une bonne partie de la nuit ont perturbé notre sommeil mais nous avons tout de même dormi. Au matin, tout est plus calme ! Nous repassons le pont sur l’Ob et continuons en direction de Novosibirsk. La quatre voies ne dure pas et nous revoilà sur ces routes à deux voies avec une circulation trop importante pour elles. Peu avant la grande ville, nous entrons dans la « Cité des savants », Akademgorodok. Au milieu de la forêt, des instituts, des académies ont été installés à la belle époque soviétique. Les habitants des lieux, scientifiques, ingénieurs, y étaient choyés, au calme, dans des résidences en pleine nature. Difficile de savoir ce qu’il en reste mais quelle différence avec les villes agitées, bruyantes du « vulgaire »… Encore quelques kilomètres et nous plongeons dans la circulation folle de la grande ville. Je m’arrête sur une grande avenue pour aller changer des dollars, j’en profite pour repérer sur un plan du métro où nous nous trouvons. Nous parvenons, avec le plan succinct de notre guide, à trouver la gare. Nous nous garons en face, sur ce que nous découvrirons plus tard être le parking d’un grand hôtel. Nous allons faire des photos de la gare. Un grand bâtiment assez laid, peint dans un vert trop vif, avec, au milieu, ce que j’avais pris pour un arc de triomphe.

Mongolie 2014 (5.- Russie du sud)

Nous revenons déjeuner au camion puis nous décidons de nous rendre sur la place Lénine, la place principale de la ville, en métro. Le métro est plus récent que ceux de Moscou ou de Saint-Pétersbourg mais il est néanmoins décoré de céramiques politiquement neutres… Nous débouchons devant l’inévitable statue de Lénine drapé dans un manteau de granit. Un couple de travailleurs et trois partisans lui tiennent compagnie, bel ensemble qui ne paraît pas figé dans la pierre.

Mongolie 2014 (5.- Russie du sud)

Nous empruntons un souterrain, paradis des minuscules échoppes où on vend tout et rien, l’indispensable et l’inutile, pour traverser sains et saufs la place. J’abandonne Marie pour aller vérifier les horaires du musée des Beaux-Arts qui renferme une collection des œuvres de Nicolaï Roerich que nous avions peu appréciées lors de notre premier voyage, impressions que nous voulions confirmer ou infirmer. Musée fermé lundi et mardi ! Celui d’Ethnographie, sis dans un beau bâtiment, sur la place, est en restauration ! Nous revenons tout doucement à pied vers le camion. Nous allons prendre un verre dans un café élégant, un de plus. Marie cherche un magasin, toujours pour ses souvenirs, mais il est introuvable. La ville est moderne, dynamique, animée, du moins dans le centre. Nous retrouvons les camions et quittons la ville, bien aidés pour en sortir par le logiciel de Jean-Pierre. La circulation est très dense sur la route étroite, plus que dans notre souvenir. Jean-Pierre sent l’écurie et fonce, double camions et voitures, nous avons du mal à le suivre. A six heures il ne semble pas encore disposé à s’arrêter. Vingt minutes plus tard, nous nous enfonçons sur une route en terre et bivouaquons dans un champ. Apéritif puis nous faisons cuire les cèpes achetés la veille sur la route, pour accompagner les kotelets, partagés avec Jean-Pierre.

Mardi 5 août : Les champignons n’étaient pas vénéneux, nous avons tous survécu. Commence une longue et pénible séquence « auto, bouleaux, dodo ». Nous avalons les kilomètres dans un paysage toujours aussi monotone, A vous gâcher un voyage en Mongolie ! Heureusement le revêtement est bon et nous faisons une bonne moyenne. Nous déjeunons sur le bord de la route avant d’atteindre Omsk. Nous rendons visite à une sorte de supermarché pour reprendre du pain et de l’eau puis nous nous lançons dans la traversée de la ville. Le logiciel de Jean-Pierre nous fait passer par le centre, occasion de constater qu’Omsk est sans doute la plus laide ville de Sibérie. Marie aperçoit la gare encore plus clinquante que celle de Novosibirsk. Depuis le pont sur l’Irtych, nous n’apercevons que des immeubles-casernes et des usines. Il nous faut plus d’une heure pour en sortir et nous retrouver sur la route de Tyoumen. Nous roulons jusqu’à six heures et décidons de nous arrêter. Je vais refaire un plein de gasoil, Jean-Pierre ne s’en aperçoit pas et continue… Nous ne le revoyons pas ! Nous avançons sur la route, arrêtons, revenons sur nos pas, attendons. Pas de Jean-Pierre ! Nous reprenons la route, avançons sans savoir s’il est devant ou derrière… Nous finissons par nous arrêter en retrait de la route pour dîner et espérer le voir passer… 

Mercredi 6 août : Toujours pas de Jean-Pierre ! Nous décidons de continuer jusqu’à Ishim où nous devons bifurquer. Nous n’avons roulé que quelques kilomètres quand je le vois dans le rétroviseur ! Notre Jean-Pierre tout faraud nous avait perdu de vue, était rentré dans le village et a dormi en retrait de la route, certain, affirme-t-il, de nous retrouver ce matin ! Nous repartons donc ensemble, sans avoir à mettre de message à Mireille, inquiète hier soir de ne pas avoir de ses nouvelles. Nous traversons Ishim, plein de bières et d’eau gazeuse puis à une fontaine, plein des réservoirs d’eau. Nous repartons sur la route qui permet de contourner le Kazakhstan. Très bonne chaussée qui devient atroce avec des trous à engloutir un semi-remorque !!! La région, plate, est couverte de lacs et d’étangs qui créent des zones de marécages. Nous poursuivons par Kurgan où nous nous arrêtons à la sortie pour boire un soda dans un café pour camionneur, désert à cette heure. Nous roulons encore car avons changé d’heure, en récupérant une. Nous ne trouvons pas de piste pour nous installer en pleine nature, ce ne sont que des champs difficiles d’accès. Pour une fois nous faisons halte dans un parc pour poids lourds. Jean-Pierre s’invite à l’apéritif et dîne avec nous d’une omelette aux champignons achetés sur le bord de la route.

Jeudi 7 août : Dans la nuit, je dois, comme on dit à Treichville, aller « cabiner » car j’ai le « ventre qui coule » ! Et, au réveil, dès que je passe de la position couchée à celle debout, je vomis les champignons de la veille ! Marie et Jean-Pierre ne sont pas incommodés… Je vais être patraque toute la journée. Nous continuons vers l’Ouest sans faiblir. Nous atteignons Chéliabinsk que nous ne traversons pas. A un nœud de routes, nous ne savons quelle direction prendre, Ufa n’est plus indiqué ! Nous essayons les différentes options avant de découvrir que la première était la bonne. Quelques kilomètres plus loin, le problème se pose à nouveau. J’en ai ras le bol de la Russie, de ses routes, de ses conducteurs excités. L’étroite route d’Ufa est très fréquentée, d’interminables files de camions s’étirent dans les deux sens. Parfois je désespère de les doubler, certain d’en trouver d’autres quelques centaines de mètres plus loin. La route monte et descend les petites montagnes couvertes de forêts qui constituent les monts Oural. Tous les cinquante mètres, une Lada, portes et coffre grand ouverts dégorge de bocaux, plutôt de grande taille, remplis de miel clair, ambré ou brun. A qui peuvent-ils vendre de telles quantités ? A d’autres producteurs ? Quand nous retrouvons la plaine, nous avons géographiquement quitté l’Asie, la Sibérie et retrouvé l’Europe. Le Texas ? Non le Tatarstan ! Des puits de pétrole dans la campagne pompent la précieuse huile. Il fait chaud, je ne suis pas en forme, je voudrais bien arrêter de bonne heure. Après Ufa, nous espérions trouver un emplacement en retrait de la route, protégés du bruit dans une auberge mais le patron croyait que nous allions prendre une chambre et veut que nous nous garions le long de la route. Nous repartons et allons nous installer dans les bois, derrière un rideau d’arbre.

Vendredi 8 août : A six heures et demie il fait à peine jour. Nous nous doutons bien que nous avons dû changer de fuseau horaire mais, dans le doute, nous continuons comme si de rien n’était. A huit heures, nous sommes sur l’autoroute en direction de Samara. L’autoroute ne dure pas et nous retrouvons bientôt le rythme d’une départementale française avec la circulation d’une pénétrante aux heures de pointe. Des champs de tournesols, un vol de corbeaux, un Van Gogh vivant ?

Mongolie 2014 (5.- Russie du sud)

Je me remets de mon indigestion de champignons et ce n’est plus qu’un mauvais souvenir… En début d’après-midi, nous atteignons Samara. Jean-Pierre utilise pour, après une longue et pénible traversée de la ville, nous amener dans le centre, en passant par quelques rues bordées d’anciennes maisons en bois. Nous nous garons dans une rue et partons à pied à la recherche d’un hôtel puisque c’est le seul moyen de nous faire enregistrer. Longue et bien fatigante marche en découvrant ce centre ancien où se retrouvent bien des styles architecturaux.

Mongolie 2014 (5.- Russie du sud)

Nous constatons que ce n’est pas une mais deux heures que nous avons rattrapées, nous sommes à la même heure que Moscou !  Le Jigouli-Bristol est un bel hôtel à la façade très ouvragée, beaux balcons style « nouille ».

Mongolie 2014 (5.- Russie du sud)

Le hall est des plus chics, la préposé est charmante même si elle oublie de sourire. Le prix est en conséquence mais je n’ai pas envie de courir ailleurs, Jean-Pierre non plus. Nous prenons deux chambres, j’en ai rarement eu de plus « classe ». Retour à pied, au bout d’une heure aux camions. Nous préparons les sacs et retournons à l’hôtel. Je me gare à proximité et nous prenons possession de notre nid douillet. Les miroirs, l’escalier sont superbes, dans le style art déco. Il faut aussitôt se connecter à internet, pas de nouvelles de Nicole ou de Julie, donner du linge à laver, en laver dans la baignoire. Nous partons en promenade. Nous longeons notre rue, Kubicheskaya, succession de beaux immeubles de différents styles, classique, art déco, baroque russe, trompe-l’œil, constructiviste de la période soviétique, style découvert grâce à Danièle Sallenave, dont je comprends la fonctionnalité mais moins l’esthétique. Quelle richesse pour un étudiant en architecture ! 

Mongolie 2014 (5.- Russie du sud)
Nous revenons à l’hôtel nous installer au bar pour profiter d’internet. Jean-Pierre nous rejoint et nous allons ensemble dîner de viandes grillées avec une bouteille de vin, dans un restaurant soi-disant argentin. Les plats sont très chers, la viande, vendue au poids, très surévalué, est bonne mais pas exceptionnelle. Encore du linge à essorer et d’autre à laver. Il ne doit pas y avoir beaucoup de clients qui utilisent à cette fin la baignoire…
 
Samedi 9 août : Nuit au frais, au calme. Marie n’a pas apprécié son lit et s’en plaint… Nous nous préparons sans nous presser puis descendons prendre le petit déjeuner mais on aurait dû nous demander la veille nos desiderata et nous le porter dans la chambre ! Nous remplissons une fiche et remontons attendre. Quand il arrive, tout est froid, les œufs, les saucisses, le thé ! Nous quittons ce bel hôtel mais au personnel pas très performant, la preuve, ils oublient de nous facturer le lavage du linge. Nous ne nous en plaignons pas… Nous descendons sur les bords de la Volga. Nous sommes très étonnés d’y trouver une belle plage de sable où des baigneurs profitent d’une eau tentante avec la chaleur qui va régner.
Mongolie 2014 (5.- Russie du sud)
Nous quittons Samara et suivons de très loin la rive gauche de la Volga. Champs de tournesols et de blé fraîchement moissonnés et de temps en temps une vilaine usine dont les cheminées crachent des fumées peu engageantes. La chaussée est, sauf à de rares et courtes exceptions, une horreur ! Boursouflée, crevée, creusée par les camions, nous dansons, chassons, tressautons dessus sur plus de quatre cents kilomètres. Nous nous arrêtons à Pugachev pour faire des courses dans un supermarché dont une fois de plus nous admirons le choix. Enfin Saratov, à presque six heures du soir. Nous traversons l’immensément large Volga sur un pont qui, par la même occasion, enjambe aussi un autre respectable fleuve, lui aussi semé d’îles provisoires. De lourdes péniches se traînent sur son cours, les bateliers ont disparu… Nous nous arrêtons, épuisés par cette route, peu après dans un champ en retrait de la route. Vodka-tonic avec l’avant-dernière boîte !
 
Dimanche 10 août : Jean-Pierre a entendu des coups de feu et même des rafales hier soir. Nous rien ! Nous continuons notre descente dans le Sud sur une route en bon état, pas trop fréquentée au début. Tout est jaune à perte de vue, les champs moissonnés couvrent les ondulations de la plaine. Après Kamyshin, vilaine ville industrielle où nous apercevons la Volga entre deux cheminées, le revêtement redevient une horreur et la circulation augmente. Nous nous traînons ainsi jusqu’à Volgograd, l’ancienne Stalingrad. Nous pensons avoir traversé la ville quand nous nous apercevons qu’il n’en est rien, qu’elle est beaucoup plus étendue que nous ne le pensions, plus agréable aussi que ne le laissait penser ses faubourgs miteux. Des bâtiments imposants, derrière des frontons et des colonnes copiés de l’Antique, s’alignent le long d’une avenue ombragée. Entre temps, pas erreur, nous avons traversé puis retraversé la Volga sur un nouveau pont, occasion de contempler les plaisanciers qui, comme en ce moment en France, s’entassent sur les belles plages, au pied de petites dunes couvertes de végétation. La traversée de cette énorme mégapole, qui s’étire sur une cinquantaine de kilomètres, va nous prendre plus d’une heure. Enfin nous en sortons sur la bonne route d’Elista, au milieu d’un désert dont je ne sais pas déterminer s’il s’agit d’une steppe rase et jaune ou de champs moissonnés. Nous entrons en République de Kalmoukie, seul peuple asiatique bouddhiste d’Europe. Nous nous arrêtons peu avant sa capitale à quelque distance de la route, derrière un rideau d’arbres. Nous transpirons dans le camion malgré toutes les ouvertures grandes ouvertes.
 
Lundi 11 août : J’ai eu très chaud au début de la nuit puis la fraîcheur est venue. Nous étions trop près de la route et toute la nuit des voitures sont passées bruyamment. Au réveil, le ciel est sombre et nous sommes en route depuis peu qu’il commence à pleuvoir très fort. Nous traversons Elista que je ne reconnais pas, la petite ville tranquille de mon souvenir est très animée, bruyante et les éléments de décor bouddhistes éparpillés, perdus dans cette ville identique aux autres. La pluie n’arrange rien, les ingénieurs civils de la municipalité n’ont manifestement pas prévu l’écoulement des eaux pluviales. Nous repérons le grand temple. Jean-Pierre va y faire des photos avec son parapluie, nous l’attendons au sec… Je retrouve le parc où abondent pagodons, statues du Bouddha, arcs de triomphe, tous de style tibéto-chinois.
Mongolie 2014 (5.- Russie du sud)

Jean-Pierre en a assez vu et nous n’avons pas envie de nous faire tremper ; aussi nous repartons. Nous continuons notre descente sur une bonne route peu fréquentée. Nous approchons du Caucase, ses sommets disparaissent dans les nuages alors que dans la plaine un timide soleil est revenu. Je suis étonné par l’importante activité qui se manifeste, la circulation sur des routes à deux, trois ou quatre voies est intense. Les petits producteurs agricoles sont installés sur le bord de la route et proposent fruits et légumes. Les voitures de police sont aussi très nombreuses mais la présence policière ne semble concerner que les véhicules. Nous traversons la République Kabardino-Balkar puis celle d’Ossétie du Nord. Nous roulons jusqu’à Vladikavkaz où nous nous garons pour la nuit sur le terrain d’une station-service du centre-ville avant de découvrir l’existence d’un karaoké juste derrière…

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30 août 2014 6 30 /08 /août /2014 04:32

Mercredi 16 juillet : Réveil à l'heure désormais habituelle. A sept heures et demie, nous quittons l'"Oasis" et prenons le chemin de l'aéroport. Nous ne tombons pas dans les encombrements et peu après huit heures, nous sommes devant un guichet du service de l'immigration. Nous devons remplir des formulaires, y coller une photo, rédiger en anglais une lettre justificative, tous documents qui ne seront jamais lus, régler une taxe proportionnelle au nombre de jours de prolongation du visa et remettre le tout à un employé qui tamponne nos passeports, nous pouvons rester jusqu'au 10 août en Mongolie ! Le problème a été réglé en moins de trois quarts d'heure... Il n'est que neuf heures, nous retraversons rapidement Oulaan Baatar, et sortons laborieusement de la ville par des quartiers de yourtes derrière des palissades, de moins en moins reluisantes au fur et à mesure que nous nous éloignons du centre. Nous retrouvons la steppe sous un ciel mi-gris, mi-timidement ensoleillé. Les troupeaux de chevaux aussi. Je ne sais quel dressage leur a donné ce tic : tous, en liberté, encensent continuellement. Nous avons la surprise de passer à côté d'une immense statue équestre de Gengis Khan, en patriarche guerrier, en acier inoxydable, reposant sur une salle circulaire au sommet d'une colline. Nous nous arrêtons pour la photo, une curiosité plutôt qu'une œuvre d'art...

Mongolie 2014 (4.- l'Est, le Gobi et l'Altaï)

Nous ne visitons pas le musée, peu motivés par les conquérants sanguinaires... Nous passons des cols peu élevés, chacun est marqué par un ovoo, tas de pierres où sont nouées des écharpes bleues. L'un est surmonté de mâts d'où pendent des queues de chevaux blanches, un crotale momifié s'enroule sur le pilier central. Des offrandes simples ont été déposées, argent, cigarettes, bouteilles vides de vodka, jouets etc... Nous déjeunons devant l'un d'eux. Nous nous faisons arrêter, ainsi que d'autres voitures, par un policier, sans doute pour un excès de vitesse en agglomération. Il nous demande si nous parlons anglais, puis, incapable de formuler dans cette langue ses reproches, il sourit puis nous fait signe de continuer notre route... Elle se dégrade, il faut slalomer entre les trous jusqu'à Öndörhaan, le chef-lieu de province endormi. Plein de gasoil et achat d'une bonbonne d'eau puis nous cherchons à quelques kilomètres de piste, un Balbal. Cette pierre levée qui représente un homme assis avec une grosse tête, des sourcils proéminents et une coiffure importante, est le jumeau de ceux que nous avions vus au Kirghizstan.

Mongolie 2014 (4.- l'Est, le Gobi et l'Altaï)
Cette pierre levée qui représente un homme assis avec une grosse tête, des sourcils proéminents et une coiffure importante, est le jumeau de ceux que nous avions vus au Kirghizstan. Nous entamons la piste, bien tracée, large, avec, au début, une tôle ondulée que nous avalons à 80 km/h. Mais il y a de plus en plus de trous et nous la quittons pour une piste parallèle roulante. Nous arrêtons pour la nuit entre plusieurs d'entre elles. Pourvu que personne n'en trace une nouvelle !
 
Jeudi 17 juillet : Il est passé quelques voitures dans la nuit et il a plu mais rien d'inquiétant. Nous repartons sur une piste de plus en plus mouillée qui devient même franchement gadouilleuse. Nous ne roulons pas vite, 30 km/h de moyenne ! Heureusement que parfois des portions sont plus roulantes. Paysage inchangé de steppe presque déserte, plus de yourtes, peu de troupeaux. Nous atteignons Batnorov, perdu à un carrefour de pistes. Nous progressons sur les collines, glissons sur l'herbe mouillée, chassons dans les ornières... Mes yeux fatiguent à fixer sans cesse la piste. Nous ne sommes pas les seuls, de nombreux Mongols semblent se rendre eux aussi à Dadal, avec toutes sortes de véhicules, gros 4x4 ou voitures légères qui passent malgré tout, nous ne savons comment ! Deux citernes constituent la station-service de Norovlin d'où nous prenons la piste qui mène à Dadal, en passant sur un pont moderne au-dessus de l'Orhon. Des montagnes apparaissent et des forêts au sommet des collines. Un arc de triomphe marque l'arrivée à Dadal. Des jeunes femmes déguisées en Bouriates accueillent les arrivants, enfin les locaux car nous n'avons pas même droit à un sourire... Nous entrons dans le village, les maisons sont en rondins, semblables à celles de Sibérie. Tous sont très occupés à tendre des calicots, enseignes des divers commerces proposés aux visiteurs venus pour la célébration des Journées Bouriates avec des délégués chinois, russes et évidemment mongols. Nous apercevons une arène défendue par des cordons et des policiers et ce qui doit être le champ de courses. Nous trouvons le WWF où nous espérions obtenir des informations sur les festivités mais personne ne parle anglais et un responsable (?) en uniforme exige le paiement d'un droit d'entrée dans le parc du Khentii où nous n'irons pas. Marie tient à voir une statue de Gengis Khan. Elle est laide, un monument blanc se dresse à proximité, elle découvrira ensuite qu'une représentation du même Gengis y est gravée. Nous revenons nous garer près de l'arène. Jean-Pierre et moi partons à la pêche aux informations mais personne ne parle anglais et donc ne peut nous renseigner. Il semble tout de même qu'il s'agit bien d'une forme de naadam avec lutte, course de chevaux et tir à l'arc. Nous discutons ensuite pour décider par où nous allons rejoindre le Gobi. La route suivie par Joëlle est peut-être plus intéressante mais longue et nous demanderait sans doute trop de temps. Je suis en colère d'être ici, une bien longue et difficile route qu'il va falloir refaire ! J'aurais bien aimé me reposer mais rien ne se décide, Marie veut faire des photos des maisons du village et Jean-Pierre part faire un tour à pied. Nous allons nous installer en dehors du village, à l'orée d'un bois. Nous achevons notre bouteille de pastis en compagnie de Jean-Pierre. Nous sommes couchés quand on vient frapper violemment sur la voiture et, semble-t-il, en nous appelant. Ce sont trois policiers, dans un anglais primaire qui les fait pouffer, qui veulent que nous déménagions ! D'autres visiteurs campent à proximité mais nous, nous ne devrions pas ! Je refuse, ils s'entêtent mais quand je dis "to-morrow" ils sont contents et s'en vont...
 
Vendredi 18 juillet : Nous nous levons une heure plus tard et nous nous rendons à la fête après nous être débarrassés de nos ordures. Ce qui n'est pas un mince problème. Nous ne trouvons jamais dans les villes de poubelles, à se demander ce qu'ils font de leurs déchets, alors que le pays est propre ! Les gens affluent et se dirigent vers les gradins en bois construits autour du stade où doit avoir lieu la cérémonie. Tous ont revêtu le magnifique costume traditionnel bouriate : une deel chatoyante tant pour les hommes que pour les femmes. Celles des hommes s'ornent d'un grand zigzag de trois bandes de couleurs sur le plastron.
Mongolie 2014 (4.- l'Est, le Gobi et l'Altaï)

Les femmes ont enfilé par-dessus un gilet brodé de fils argentés ou dorés. Hommes et femmes portent une coiffure différente des Mongols : un bonnet conique, parfois bordé de fourrure, généralement bleu, et de son sommet surgissent et retombent des fils rouges.

Mongolie 2014 (4.- l'Est, le Gobi et l'Altaï)

Ceux des femmes sont ornés de lignes de perles blanches qui tombent de la nuque et de grosses perles jaunes et rouges sont attachées sur le pourtour du bonnet.

Mongolie 2014 (4.- l'Est, le Gobi et l'Altaï)

De rares bijoux en argent sont portés par les femmes âgées.

Mongolie 2014 (4.- l'Est, le Gobi et l'Altaï)

Tous ont de larges ceintures de cuir décorées de plaques d'argent, parfois avec des turquoises. Nous en prenons plein les yeux ! Je mitraille à tout va, assis dans les gradins vite remplis. Les différentes délégations des arrondissements mongols et celles de la Russie et de la Chine (sans oublier la délégation anglaise, trois membres, qui a fièrement déployé l'Union Jack), s'alignent face à la tribune officielle, donc nous tournent le dos... 

Mongolie 2014 (4.- l'Est, le Gobi et l'Altaï)

Commence alors une série de discours des représentants des délégations qui n'intéressent que les passionnés de la cause bouriate (le seul mot que nous comprenions dans ces torrents de paroles mais qui revient un peu trop fréquemment, prononcé avec emphase !). Suivent une série de scènes, jeunes gymnastes dorées, grotesques danseurs déguisés en cygnes, épisode gengiskhanesque avec quelques figurants habillés en guerriers mongols, frappant d'énormes tambours puis défilant à cheval. Un cortège de toutes les délégations qui font un tour d'honneur en saluant le public, précède un immense drapeau bouriate, porté par quelques représentants très applaudis. Le stade se vide, nous partons à la recherche d'un officiel parlant anglais qui pourrait nous exposer le programme des manifestations de la journée mais aucun ne souhaite ou ne peut s'exprimer dans cette langue. La déléguée anglaise nous offre un programme mais il est en mongol qu'elle ne comprend pas... C'est une jeune Russe qui nous le traduit très vaguement : tir à l'arc, lutte et courses de chevaux ! Les épreuves de tir à l'arc sont plus sérieuses qu'à Khatgal. Des lignes ont été tracées, les tireurs sont tous en grande tenue et un jury à côté des cibles, des rouleaux gros comme le poignet et posés sur le sol, juge les concurrents.

Mongolie 2014 (4.- l'Est, le Gobi et l'Altaï)

Des femmes participent dont une, d'âge vénérable, qui, malgré ses lunettes, rate rarement sa cible.

Mongolie 2014 (4.- l'Est, le Gobi et l'Altaï)
Nous revenons au camion déjeuner, quelques curieux viennent rôder autour de la porte ouverte. Nous retournons au stade, trouvons de la place dans la tribune officielle que ses occupants ont désertée. Nous devons attendre avant que commence un épisode de lutte, moins intéressant qu'à Khatgal, nous sommes trop loin et les lutteurs ne portent pas la seyante brassière... Les combats vite expédiés, il faut attendre une demi-heure avant que commence une nouvelle série de combats. Quand ceux-ci sont terminés nous décidons de repartir et de nous avancer pour demain. Nous reprenons la piste de Norovlin. En tête, je prends une piste très roulante, que je crois parallèle et qui s'éloigne de la piste principale. Bientôt Marie s'inquiète, Jean-Pierre a des doutes. Je m'entête et nous parvenons en vue de Norovlin, de l'autre côté d'une zone marécageuse. En suivant un véhicule qui s'y rend, nous trouvons la piste de Öndörhaan, à la sortie de Norovlin. Ouf ! Nous roulons encore quelques kilomètres puis nous arrêtons dans la steppe un peu trop peuplée de moustiques à notre goût. Nous avons achevé la bouteille de pastis hier soir, le cubi de vin rouge est fini, nous entamons le dernier saucisson. Il est temps de prendre la route du retour !
 
Samedi 19 juillet : Il a plu toute la nuit, de gros orages se sont succédé. Nous avons de grosses craintes pour l'état de la piste qui, à l'aller, était déjà bien boueuse. Il ne pleut plus quand nous démarrons, la piste est mouillée, nous roulons presque continuellement à côté, dans l'herbe. A notre grand étonnement nous avons moins de difficultés qu'à l'aller, sans doute parce que nous ne repassons pas aux mêmes endroits. Après Batnorov, la piste est presque sèche, il n'y a pas trace des orages. La piste principale, large, rectiligne, malgré de nombreux trous, permet de rouler relativement vite. Nous sommes à midi à Öndörhaan, plein de gasoil puis tournée des mini supermarchés pour essayer de nous ravitailler. Le pain chez l'un, de la vodka et de la bière (ils en ont tous !) chez un autre, pas de citrons ni de bonbonnes d'eau... Nous cherchons la sortie de la ville en direction de Choyr. Nous devons demander tous les cent mètres, montrer le nom écrit en cyrillique, certains ne comprennent pas que nous cherchons la route. Enfin, nous sommes dans la bonne direction après avoir franchi un pont. Nous déjeunons rapidement puis suivons la bonne piste sablonneuse dont Jean-Pierre contrôle le tracé sur son ordinateur. Personne en vue, ni humains ni animaux, pas de voitures. Au bout d'une centaine de kilomètres et alors que nous devrions arriver à une bourgade, nous constatons qu'elle n'est pas en vue. Nous allons nous renseigner à une yourte en dehors de la piste. Il se trouve que nous ne sommes pas sur la bonne piste mais que nous sommes tout de même dans la bonne direction. Nous continuons donc. Un camionneur nous rassure sur la direction mais confirme que nous ne sommes pas sur la bonne piste.  Nous arrêtons pour la nuit à proximité de la mine de Bor Öndör. Je comptais m'offrir une vodka-tonic pour me remettre des émotions de la journée mais il s'avère que le Schweppes acheté à Öndörhaan est une boisson énergisante (en aurais-je besoin ?), sucrée et parfumée au citron que la vodka ne relève pas.
 
Dimanche 20 juillet : Le vent violent n'a pas cessé de souffler toute la nuit et ne cessera pas de la journée. Le ciel gris convient parfaitement comme fond de décor au carreau de la mine et au village proche dont l'environnement de détritus est consternant. Les sacs plastiques couvrent la terre sur des kilomètres à la ronde. Jean-Pierre se fait fort de nous mener à Choyr grâce à sa cartographie sur ordinateur. Il se lance sur des pistes, en change, revient sur ses pas, se trouve trop au nord puis trop au sud, emprunte des pistes à peine tracées avant de retrouver une ligne de poteaux électriques que nous suivons.  Il aura eu le mérite de nous faire involontairement passer devant un superbe ovoo, adossé à de gros rochers ronds sur lesquels un Bouddha a été gravé et peint.
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Nous rejoignons l'excellente route goudronnée en provenance de Chine sur laquelle nous atteignons des vitesses oubliées ! Enfin nous atteignons Choyr ! De l'ancienne base aérienne russe ne subsistent que des bâtiments et des pavillons autrefois coquets, en totale déliquescence aujourd'hui. Aussi gaie que les autres villes de province, la bourgade n'a pas grand-chose à offrir au voyageur. De même que son supermarché où je trouve tout de même des bonbonnes d'eau et du vrai tonic ! Nous trouvons la piste de Govi-Ougtaal à la sortie de la ville. Par précaution je demande à quelques personnes la direction... La piste est bonne, facile sans erreur possible jusqu'à ce que nous nous apercevions que nous dévions de la trajectoire à suivre. Nous cherchons plus au sud, puis plus au nord et nous nous lançons sur une mince piste qui, Ô Miracle, non seulement va dans la bonne direction mais parvient même au but ! De là, nous continuons sur Mandalgovi. Je passe devant, me fiant au GPS, nous suivons une très bonne piste, rapide malgré la tôle ondulée. Nous croisons un Anglais, un original (pléonasme ?) qui voyage à pied harnaché à un chariot contenant tous ses biens ! Ce matin l'herbe de la steppe était devenue jaune, cet après-midi elle se raréfie. Nous sommes désormais dans le Gobi, pas encore un vrai désert mais tout de même bien moins peuplé que le Centre ou le Nord. Nous nous arrêtons à un puits pour essayer d'avoir de l'eau, il faudrait un seau et une corde. Mais notre venue a attiré tout un troupeau de beaux chameaux, aux bosses bien droites donc bien pleines, qui viennent nous faire les yeux doux, persuadés que nous allons les abreuver. Ils nous voient repartir, pleins de reproches...

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Nous retrouvons la bonne route goudronnée peu avant Mandalgovi. Plein de gasoil puis rapide petit tour en ville mais décidément il n'y a pas grand-chose à voir. Nous repartons, profitons du goudron pour nous avancer pour demain et allons bivouaquer dans les collines à l'écart de la route. Nous invitons Jean-Pierre à partager notre repas.
 
Lundi 21 juillet : Au réveil, c'est le Bol d'Or ! Un premier motocycliste, intrigué, passe lentement devant nos camions puis va s'arrêter sur une colline proche d'où il nous surveille. Rassuré que nous ne soyons pas des soucoupes volantes, il se rapproche et se gare à deux mètres du camion et attend... Il repart prévenir ses copains qui reviennent avec leurs pétrolettes, tournent autour de nous puis repartent. Nous reprenons la bonne route goudronnée, un plaisir rare dans ce pays. Le sable est de plus en plus présent, des montagnes ou plutôt des dunes couvertes d'une maigre végétation rase ondulent à quelque distance de la route. Et puis cela se gâte ! Sans crier gare, le bon goudron laisse la place à l'ancienne piste, la route est en construction et nous roulons à droite ou à gauche, proches ou éloignés... La piste peut être bonne, couverte d'une tôle ondulée cassante ou très roulante, sablonneuse ou boursouflée d'ornières sèches. Nous arrivons tout de même à Dalanzabad à midi. Nous déjeunons avant d'entrer en ville. Une voiture qui passe propose à Jean-Pierre l'achat d'un pistolet avec cartouches et ceinturon. Il décline la proposition... Nous cherchons le centre-ville, une avenue coupée par une allée de frondaisons non entretenues, devenue une jungle. Nous changeons des dollars à la banque, trouvons un supermarché où nous complétons nos provisions avec ce que nous y trouvons. Marie s'y trouve mal ! Elle regagne le camion, je lui mets la climatisation, il commence à faire chaud dans la région. Jean-Pierre veut se prendre une chambre pour avoir une vraie douche. Nous en faisons autant, une suite avec un salon à un étage moins élevé car l'hôtel Dalanzabad est sans ascenseur... Nous refaisons les pleins d'eau, puis allons garer les camions dans le parking de l'hôtel. Je retrouve Marie à la chambre non climatisée, nous relisons le texte, mettons le blog en ligne, prenons connaissance des messages puis je descends avec Jean-Pierre nous renseigner sur le restaurant. Nous avons la surprise de trouver Joëlle et Klaus garés devant ! Je vais rechercher Marie, pas très en forme et nous allons boire une bière ensemble au bar de l'hôtel. Nous nous racontons nos aventures. Nous retrouvons un Klaus loquace et une Joëlle très en forme. Ils nous déconseillent de dîner à ce restaurant et nous emmènent à un restaurant coréen. La carte est en mongol, aucune des trois employées ne parle anglais ou russe et ne semble décidée à nous servir ! Nous retournons donc à l'hôtel où nous dînons très correctement ensemble. Grandes discussions. Nous convenons de nous retrouver demain pour passer la journée ensemble. Retour à la chambre où nous tentons d'appeler Julie pour lui souhaiter, un peu en avance son anniversaire mais bien sûr nous tombons sur son répondeur.
 
Mardi 22 juillet : Réveillé, comme tous les jours maintenant, à six heures, je tente de joindre Julie à Toulon. Nous parvenons à lui souhaiter son anniversaire et à en savoir un peu plus sur ses vacances. Nous quittons sans regret cette chambre qui aurait pu être confortable avec un matelas plus mou et quelques améliorations basiques. Pour le petit déjeuner, nous devons faire intervenir la réceptionniste pour obtenir de la serveuse un thé Lipton. "Lipton" le mot magique pour éviter le thé au lait ! Nous retrouvons Jean-Pierre avec qui nous nous mettons d'accord sur la prochaine semaine d'itinéraires puis Joëlle et Klaus. Nous passons à la poste acheter des cartes postales et des timbres, occasion d'avoir affaire à une employée aussi peu souriante que les autres. Nous nous rendons au marché, deux petits stands vendent des légumes et des fruits. Peu de choix, nous achetons des salades puis dans une boutique des tomates et de petites pommes de terre. L'autre côté de l'allée est occupé par les bouchers qui débitent des quartiers de viande mal identifiée dans une odeur et un décor dignes d'un film "gore". Nous quittons la ville en nous dirigeant avec le GPS sur Yolyn Am. Nous laissons une bonne route goudronnée pour retrouver une piste dans la steppe qui se rapproche d'une chaîne de montagnes avant de parvenir à l'entrée du parc... Nous acquittons le droit d'entrée puis nous rendons visite au musée de la nature. Nous aurions préféré voir vivant les nombreux animaux empaillés que l'on y trouve, dont des léopards des neiges, gros chats en voie de disparition. Les  boutiques de souvenirs installées sous des yourtes à l'entrée n'ont pas grand-chose à proposer. Joëlle et Klaus nous rejoignent, nous roulons de concert jusqu'au parking à l'entrée des gorges. Nous y déjeunons, chacun chez soi. Nous ne sommes pas seuls, des touristes ont été amenés par des Tours operators. Le ciel est parfois gris, parfois partiellement ensoleillé, quelques gouttes tombent. Nous partons à pied, Marie, peu en forme, pas sûre d'aller au bout. Le sentier s'enfonce dans des gorges en suivant un maigre ruisseau. Nous scrutons les flancs des montagnes, les pentes des falaises dans l'espoir d'apercevoir quelque animal sauvage mais seuls de sympathiques petits rongeurs, des pikas, peu farouches, se montrent. Au bout de deux kilomètres, la gorge se resserre et dans le cours du ru apparaissent des plaques de glace.
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Nous sommes à 2250 mètres d'altitude et dans cette étroite cluse, la glace se conserve presque tout l'été. Une glace terreuse, salie par tous les visiteurs qui tiennent à s'y faire prendre en photo dessus. Nous en faisons autant... Retour en compagnie de Joëlle dont la conversation fait oublier à Marie la fatigue de la marche. Nous décidons tous d'aller bivouaquer sur une piste perdue entre des collines aux couleurs mauves.

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Je tente de charger le logiciel de navigation de Klaus puis nous prenons tous l'apéritif. Joëlle et Jean-Pierre achèvent la dernière bouteille de pastis, Marie, Klaus et moi célébrons les produits locaux et principalement la vodka... Nous dînons chacun dans notre camion.
 
Mercredi 23 juillet : Nous retrouvons notre heure habituelle de départ. Nous faisons nos adieux à Joëlle et Klaus avec promesse de se revoir en France. Nous partons sur la piste qui s'enfonce dans la montagne puis suit des gorges de plus en plus étroites. La piste est maintenant dans le lit de gravier du ruisseau, les falaises se resserrent et il ne reste que l'exacte largeur de nos véhicules pour déboucher de l'autre côté de la gorge et sortir des montagnes.
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Un stûpa moderne entouré de chèvres et de moutons, auprès de quelques yourtes, marque l'entrée dans une belle steppe verdoyante sur laquelle nous trouvons une bonne piste rapide.

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Nous parvenons à Bayandalay, misérable bourg, carrefour de pistes où nous ne nous arrêtons pas. Nous mettons le cap au nord, retraversons la steppe puis entamons la montée dans la montagne qui nous sépare d'une autre steppe. Quand la piste commence à trop s'écarter de la direction indiquée par notre GPS, nous nous arrêtons.  Je pars sur de vagues traces de roues, trouve une yourte où on ne nous renseigne pas clairement puis en suivant la bonne direction, nous retrouvons une piste bien tracée qui prolonge celle que nous avions laissée et nous emmène hors des montagnes. Nous traversons une autre steppe puis voyons se profiler une masse rougeâtre qui se révèle être le site cherché : Bayanzag, les falaises de feu ! C'est ici qu'on a trouvé des dinosaures fossilisés mais il ne reste rien sur le site si ce n'est une colline érodée, un mini Grand Canyon qui ne méritait pas le déplacement... 

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Nous avons pu le voir sous le soleil mais des averses tombent de ci de là et nous n'y échapperons pas dans l'après-midi. Après déjeuner, nous allons voir à quelques kilomètres une forêt, un bien grand mot pour désigner un ensemble d'arbustes aux troncs noueux courbés par le vent qui parviennent à pousser dans le sable, ce sont des saxaouls.

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Encore quelques kilomètres pour arriver à Bulgan. Plein de gasoil puis nous explorons les cinq ou six boutiques du village, elles n'ont pas grand-chose en magasin et, à notre grand étonnement, pas de vodka ! Nous continuons en direction de Khongori Els. J'utilise le tracé donné par Gérard et Anne-Marie ce qui nous évite de chercher notre chemin. La piste est dure, une tôle ondulée sans pitié sur laquelle nous ne pouvons que trop rarement nous lancer. Tout le camion tremble, plus rien ne reste en place, les bouteilles se renversent, les bouchons se dévissent, les œufs se cassent, les abricots séchés s'échappent de leur boîte et se répandent dans les placards, les morceaux de sucre fondent dans le blanc des œufs... Après une nouvelle traversée de la montagne, nous apercevons les dunes qui forment un long cordon devant les montagnes. Nous les approchons pour mieux les distinguer, de belles dunes dignes du Sahara.

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Je quitte la piste de Khongori Els pour nous rendre à leur pied. Quand elles sont devant nous, nous trouvons une piste dans le sable qui traverse le cordon dunaire. Nous l'empruntons, passons entre les dunes. J'ai très envie de bivouaquer là, entouré de dunes mais Marie et Jean-Pierre préfèrent que nous allions au bout du tracé. A mon grand dépit, nous retraversons le cordon puis longeons les dunes avant d'arriver à Khongori Els où il n'y a que des camps de yourtes pour touristes. Nous tentons d'approcher des dunes mais une végétation dense nous en empêche et on vient nous signaler que nous n'avons pas le droit de rester là où nous envisagions de nous installer.

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Nous devons revenir et nous arrêter entre deux camps de yourtes. Je suis furieux ! Marie est inquiète pour la journée de demain, car nous ne savons pas trop par où passer et nous n'avons aucune indication ou tracé de pistes.
 
Jeudi 24 juillet : Je m'aperçois en voulant refixer le mécanisme de fermeture du capot moteur qui se dévisse au bout de cent mètres de piste, que celui-ci, fixé sur deux pattes au moyen de trois vis pour chacune n'est plus attaché que par une vis, desserrée, pour l'une et aucune pour l'autre ! Heureusement Jean-Pierre dispose de vis avec des rondelles-freins qui permettent de remettre en état le malheureux capot que nous maintenons désormais fermé au moyen d'une sangle... Devant l'inquiétude de Marie, je décide Jean-Pierre à nous rendre dans les yourtes près desquelles nous avons dormi pour nous renseigner. Nous abandonnons l'idée de passer par le sud via Gurvantes, faute de points GPS, et cherchons à rallier Bayanlig. On nous en indique d'un geste du bras la direction mais où est la piste ? Nous nous rendons dans un camp de yourtes à touristes dans l'espoir d'y trouver des guides parlant anglais. Au premier camp, nous rencontrons une guide qui parle français, elle accompagne un groupe de retraités ramollis qui ne daignent pas nous adresser la parole. Elle nous trouve un Mongol pourvu d'une motocyclette, qui se fait fort de nous mettre sur la bonne piste, moyennant finances bien entendu, 50 $ ! Nous nous récrions, tentons de négocier à 20 $. Devant le refus du monsieur, nous nous rendons à un autre camp tout proche où nous le retrouvons et nous convenons finalement de lui verser 25 $... Aussitôt dit, aussitôt fait, nous le suivons difficilement, il roule plus vite que nous avec sa pétrolette... Nous franchissons des collines, coupons des pistes qui partent nous ne savons où et au bout de 25 kilomètres, nous rejoignons une piste relativement large et semble-t-il importante. Notre guide nous abandonne là et nous dit : "C'est tout droit..." Marie est rassurée, Jean-Pierre est persuadé que cette piste est sur son ordinateur et moi je suis mécontent d'être venu voir les dunes du Gobi, de ne pas y avoir dormi, de ne même pas les avoir foulées, de n'avoir grimpé au sommet d'aucune, même une pas bien haute, pour essayer d'avoir une vue sur une (timide) mer de dunes... Nous roulons bien sur cette piste si fréquentée que nous ne croiserons qu'une seule voiture jusqu'à Bayanlig. Mais j'ai enfin la sensation de traverser le désert du Gobi. Aucune trace humaine, pas de yourtes, pas de troupeaux, un paysage saharien avec tous les types de désert que l'on peut s'attendre à y trouver.
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Le reg caillouteux et rigoureusement plat sur lequel on peut rouler vite si la tôle ondulée n'est pas trop forte et la piste rectiligne, l'erg sablonneux où le camion glisse mollement dans les traces des prédécesseurs, les oueds à sec qu'il faut traverser en dégringolant des berges abruptes, la végétation rabougrie où seuls des arbustes aux longues racines qui peuvent aller chercher l'eau en profondeur survivent dans les zones inondées en saison, tels ces saxaouls qui abondent sur le parcours. Et même une gazelle effarouchée que sa fuite révèle, nous ramène au Sahara ! Marie ne quitte pas des yeux le GPS, surveille notre trajectoire comme du lait sur le feu ! Nous atteignons Bayanlig dont l'importance des bâtiments récents surprend dans ce désert, trois stations-service alimentent en carburant les environs. Nous cherchons encore de la vodka mais la région semble curieusement tempérante ! Pas de bières ni d'alcools dans les mini épiceries ! Nous continuons sur Bayangovi dont la piste, parfois mouillée, suit une ligne de poteaux électriques. Encore un de ces gros villages aux constructions administratives récentes. Nous refaisons un plein de gasoil puis nous demandons le chemin pour Shinejist. Un client de la station qui s'y rend, nous propose de le suivre. Il a une voiture ordinaire et roule très prudemment dans les passages difficiles. Nous n'avons pas de mal à le suivre et j'apprécie de rouler doucement, de savoir à l'avance quand il faudra ralentir... Nous repartons d'abord en franchissant une barrière rocheuse puis dans la steppe. Il s'arrête au bout de quelques dizaines de kilomètres pour fumer une cigarette avec la demi-douzaine de personnes, sans compter les enfants, qui s'entassent dans sa voiture. Nous le remercions et continuons seuls, plus vite. Nous arrêtons peu avant la ville et bivouaquons à quelque distance de la piste, dans les collines. Plus de pastis, pas de vodka, je me contente d'une bière pour me désaltérer...
 
Vendredi 25 juillet : Nous atteignons bientôt Shinejist que nous ne faisons que traverser. Nous continuons en direction de Bayan Öndör. Jean-Pierre se fait fort de nous y conduire grâce à son ordinateur mais bientôt je constate au GPS qu'il s'éloigne de la piste directe. Je me renseigne dans une yourte, nous ne sommes pas sur la bonne route.  Nous revenons sur nos pas puis je cherche la bonne piste en posant des questions aux personnes de rencontre. Il faut ensuite quitter cette piste pour nous diriger vers le monastère d'Amarbuyant, nous ne savons trop où... Toujours inquiets de rater la piste, nous tournons trop tôt et suivant de trop près les indications du GPS, nous nous fourvoyons sur des pistes abominables, roulons dans le lit d'une rivière, escaladons une colline hors-piste pour nous informer auprès d'une yourte, où une femme ne peut que nous indiquer une vague direction d'un geste du bras. Heureusement un motocycliste placide et vaguement inquiétant nous indique une piste qui suit une chaîne de montagnes. Après quelques zigzags dans une plaine, nous trouvons une piste qui se hisse à flanc de montagne, enjambe des collines et soudain débouche au-dessus de gorges. Nous dominons alors le site d'Amarbuyant, un ensemble de temples et de bâtiments monastiques détruits dont il reste des pans de murs et un nouveau temple de style tibétain. Deux parallélépipèdes surmontés d'un cube, tous blanchis, sur une plateforme à laquelle on accède par un large escalier. D'où nous sommes, nous entendons résonner des gongs qui doivent appeler les lamas à quelque cérémonie.
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Des stûpas éparpillés dans le village et des bâtiments récents complètent la vue. Nous descendons dans le village au grand étonnement des pèlerins ou des habitants venus en ce lieu saint. Nous nous rendons au temple d'où sortent les habituelles mélopées. Il est tout neuf, sa décoration n'est pas exceptionnelle, dessins naïfs, fenêtres modernes. A l'intérieur pendent du plafond des cylindres de tissus colorés et un lama accompagné de quelques moinillons récite des soutras.

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Parfois, comme un tourne-disque que l'on arrête, la mélopée déraille puis repart. Quelques fidèles viennent s'imprégner de la sainteté du lieu, certains dont une jeune fille qui doit avoir beaucoup à se faire pardonner, joignent leurs mains au-dessus de la tête puis s'allongent de tout leur long, face à terre, se relèvent et recommencent. Nous grimpons sur le tertre où se dresse un ovoo mais le temps désespérément gris ne favorise pas la vision du site. Nous remontons sur la falaise, y déjeunons puis repartons. Jean-Pierre a ressorti son ordinateur et trouvé une piste qui nous amènera directement à Bayan Öndör. Elle traverse la montagne en se glissant dans des gorges à peine plus larges que le camion. Nous roulons parfois dans le lit du torrent heureusement à sec. La piste est souvent en dévers, position que je n'affectionne guère. La première vitesse est souvent sollicitée, quand l'avant touche la berge abrupte d'un ruisseau, le pare-chocs arrière ne tarde pas à en faire autant... Enfin nous parvenons à Bayan Öndör, gros village aussi attractif que les précédents. Nous rendons visite aux épiciers, ici nous trouvons de la vodka, de la bière, du vin présenté comme français mais pas de boissons fraîches ! Le principal, la vodka, étant assuré nous repartons. La piste continue dans les montagnes, d'abord bien tracée jusqu'au stûpa d'un col, elle se ramifie ensuite et nous ne savons laquelle suivre. Nous tentons à droite, elle semble s'éloigner de notre but : Chandmani, dont nous n'avons pas les coordonnées. Après nous y être essayés, nous revenons sur nos pas, tentons une seconde piste qui pénètre dans les montagnes, devient de plus en plus difficile et ne laisse plus la place qu'aux motocyclettes. Retour à la case départ, nouvelle tentative en suivant le cours d'un torrent en direction de la plaine mais là aussi, la piste devient impraticable. Le temps a passé, nous ne savons plus à quelle piste nous vouer  et pas une voiture en vue ! Un Mongol en motocyclette qui surgit sauve la situation, il nous précède sur une piste qui dévale en direction de la plaine verdoyante. Jean-Pierre s'y retrouve sur son ordinateur et assure nous conduire sans problème à Chandmani. Mais il est tard et nous n'y serons pas ce soir. Nous invitons Jean-Pierre à prendre l'apéritif, obligatoirement à base de vodka !
 
Samedi 26 juillet : Nous avons dormi à quelques mètres de la piste mais nous n'avons pas été dérangés par le passage de véhicules. Personne n'a emprunté cette piste et nous ne croiserons personne de la journée. Le ciel est tout bleu aujourd'hui, nous aurions bien aimé qu'il soit ainsi hier... Nous continuons en direction de Chandmani. Nous passons près de lacs où nous n'apercevons aucun animal ou oiseau. Nous ne traînons pas dans ce bourg encore endormi, les boutiques sont encore fermées à neuf heures du matin. Un automobiliste obligeant nous met sur la piste de Biger. Nous sommes toujours dans un paysage inchangé, une steppe toujours aussi peu peuplée et des chaînes de montagnes qui l'encadrent. La piste est plutôt bonne et autorise une bonne allure. A Biger, une épicerie est suffisamment achalandée pour proposer de la vodka, finie la prohibition ! Nous repartons avec chacun notre bouteille... Mais rien de plus, pas même de pain... La piste est plus large, tracée bien droite mais avec de la tôle ondulée sur laquelle nous pourrions rouler vite si elle n'était pas de temps en temps traversée par des rigoles, des tranchées qui coupent tout élan. Nous la quittons pour nous rapprocher des montagnes dans l'espoir d'atteindre l'entrée d'une gorge trouvée sur internet ! Nous atteignons bien ce qui semble être le débouché du torrent qui doit traverser ces gorges mais la piste se perd et nous renonçons puis revenons sagement à la piste principale. Après une première partie rapide, elle traverse une zone coupée par des torrents qui ont creusé à la fonte des neiges des mini canyons qu'il faut alors contourner. Commence ensuite l'interminable ascension du col Jargalantin davas qui va nous prendre plus d'une heure ! Une première partie semble interminable, il y a toujours une montée après celle que nous venons de passer puis c'est un plateau en pente douce avant une dernière rude montée à 2800 mètres. Nous marquons un arrêt à l'ovoo qui s'y trouve avant de dévaler sur Altaï.
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LA grande ville où nous espérons nous ravitailler en produits rares : poulet, viande, fruits etc... Nous y retrouvons le goudron, des feux rouges mais pas de "grand" supermarket. Les mêmes épiceries que partout avec un léger mieux mais guère. Nous reprenons de la bière, des tomates fripées, des œufs anémiques, du pain de la semaine dernière, du tonic (une bonne surprise depuis que nous avons retrouvé de la vodka...). Au moment de repartir, nous sommes abordés par un Mongol qui a passé dix ans aux Etats-Unis et qui nous emmène dans son café-fast food. Nous lui achetons des portions de goulasch et des nouilles sautées, à emporter. Avec lui nous faisons la tournée des autres épiceries et y trouvons des cuisses de poulet  congelées. Nous passons ensuite à la poste où nous pouvons nous connecter à internet, vérifier que nous n'avons pas de messages, en envoyer à Julie et Nicole. Il commence à se faire tard. Nous sortons de la ville en direction de Khovd. A la hauteur de l'aéroport, nous quittons la route pour nous enfoncer dans les collines et trouver un lieu de bivouac. Des motocyclettes et des voitures passent mais peu. Jean-Pierre nous propose de dîner ensemble du goulasch mongol, précédé d'une vodka-tonic bien entendu...
 
Dimanche 27 juillet : Nous faisons la grasse matinée, départ à huit heures, avec une demi-heure de retard ! Nous passons à l'aéroport, à la recherche d'une boîte aux lettres. Il n'y en a pas ! Nous passons à la poste, elle n’ouvre qu'à dix heures et il n'y a pas de boîte à l'extérieur. Les cartes postales ne partiront que de Khovd... Dernière visite à une épicerie pompeusement auto-qualifiée de supermarket, j'y achète un de ces saucissons à l'ail fumé qu'affectionnent les Russes et que déteste Jean-Pierre... Nous quittons Altaï et décidons de rester sur la piste principale, droite, large et rapide malgré sa tôle ondulée. Jean-Pierre s'envole et disparaît. Envoyé sur orbite ? Entré dans une autre galaxie ? Dans la quatrième dimension ? Nous le retrouvons une heure plus tard, très décontracté, à côté de son engin spatio-temporel à défibrillateur magnéto-électrique à diffuseur de neutrons thermolactyls, plus communément appelé Defender 130. (Délire ? Non des lyres ! J’ambitionne d'être le poète du Transmongolien...). Le paysage est d'une mortelle monotonie, une plaine caillouteuse sans végétation à l'infini et deux chaînes de montagnes à l'horizon. Nous faisons s'enfuir des gazelles trop rapides à suivre. Vers midi, se profile le glacier du Tsast Bogd uul, un autre apparaîtra plus tard. Dans l'après-midi nous avons l'heureuse surprise de trouver un goudron inespéré avant plusieurs dizaines de kilomètres. J'en serais ravi si je ne constatais pas que dessus, le camion chasse comme sur la tôle ondulée, ce qui ne m'y avait pas trop surpris mais m'inquiète sur une route non déformée et sans grand vent. Dès que je débraye ou accélère, je perds brièvement le contrôle de la trajectoire. Jean-Pierre émet l'hypothèse d'un problème de transmission sur la roue arrière gauche. Nous continuons à faible allure, pas plus de 70 km/h alors que nous étions à 80/90 km/h sur la piste ! Plus question d'aller à Chandmani, nous continuons sur Khovd. Nous nous arrêtons pour la nuit à l'entrée de la ville, nous irons demain consulter un mécanicien. Jean-Pierre vient dîner avec nous les pâtes tsuivan achetées hier à Altaï.
 
Lundi 28 juillet : Nous nous levons un peu plus tard que d'habitude mais nous avons confirmation, en arrivant dans une Khovd déserte, que nous avons changé de fuseau horaire, nous n'avons plus que 5 heures de différence avec la France. Première mosquée, pour nous rappeler que nous sommes en pays kazakh donc chez des musulmans. Je comptais me renseigner dans une agence de voyage indiquée dans le Lonely Planet pour trouver un mécanicien mais l'agence a disparu. Je vais à la Police où j'explique avec trois mots de russe que je cherche un mécanicien. Grand sourire du chef qui nous envoie avec un jeune policier dans un garage. L'atelier n'est pas encore ouvert mais presqu'aussitôt le patron arrive, mal réveillé. Je lui explique le problème avec des gestes. Il nous fait entrer dans sa cour, appelle son mécano, secoue les roues arrières et trouve aussitôt la raison de nos ennuis : Les silentblocs des tirants du pont arrière sont, l'un écrasé, l'autre quasiment pulvérisé. Ils les démontent, parviennent à grands coups de marteau à extraire la masse caoutchouteuse du reste de la pièce en principe indémontable, puis à rajouter une rondelle de caoutchouc chauffée, adaptée, insérée. Du grand art ! Pas sûr que ce serait agréé par Land Rover mais ça fonctionne. Soulagé de 100 000 tögrög, 40 €, nous repartons rassurés. Nous passons à la poste enfin ouverte puis au supermarché. Un vaste hangar où nous ne trouvons pas grand-chose de plus qu'ailleurs. Les morceaux de porc fumé, à demi congelés, sont très gras, peu appétissants. Marie cherche dans une pharmacie des produits de beauté qu'elle ne trouve pas. Avant de repartir nous voulons changer quelques dollars. Trois banques sollicitées ne pratiquent pas le change. La quatrième accepte. La responsable sort sa belle machine pour contrôler la validité de nos billets. Pas de chance, même en les passant dans tous les sens, ils ne sont pas bons ! Nous insistons, elle fait un essai avec les billets du coffre-fort, ils ne sont pas bons non plus !!! Elle fait une nouvelle tentative avec une autre machine et obtient les mêmes résultats... Vaincue, elle nous fait le change sur un coin de table et nous regarde partir mi- soulagée, mi- inquiète... Nous essayons de trouver la tour d'observation supposée être sur les bords du lac Khar U à quelques dizaines de kilomètres de Khovd, sur la route d'Altaï. Nous ne l'avions pas aperçue hier en arrivant mais nous avions d'autres préoccupations. Cette fois non plus nous n’y trouvons rien, ni la tour ni une piste qui y conduirait. Nous revenons au col au-dessus de la ville et déjeunons avec la vue sur la ville et en arrière-plan les montagnes encore enneigées.
Mongolie 2014 (4.- l'Est, le Gobi et l'Altaï)

Le centre-ville de Khovd est entouré par les yourtes installées dans des cours délimitées par des murets. Nous retraversons la ville, peinons à en trouver la sortie en direction d'Ölgiy, la dernière ville en Mongolie. Au sortir de la ville nous traversons une grande prairie couverte de yourtes, des chevaux sont embarqués sur des camions. Il a dû y avoir une grande fête ce week end... La piste file droit vers les montagnes. De belles montagnes pointues, de plus en plus proches, derrière, nous apercevons de plus en plus de sommets enneigés et des glaciers.

Mongolie 2014 (4.- l'Est, le Gobi et l'Altaï)

Nous passons un col et roulons au milieu des prairies où paissent des troupeaux, principalement moutons et chèvres, gardés par des bergers à cheval. Les chevaux ne sont pas absents, les yacks peu nombreux. Je ne roule pas vite, contrôle à plusieurs reprises l'état des tirants, tout semble aller bien. Nous contournons des montagnes, roulons sur des pentes qu'occupent des yourtes baignées par une douce lumière (surtout avec les lunettes de soleil...).

Mongolie 2014 (4.- l'Est, le Gobi et l'Altaï)
Encore un col puis nous descendons vers le lac de Tolbo, entouré de belles montagnes. Nous y bivouaquons sur les bords mêmes, presque à la limite des vaguelettes qu'un vent frais y forme. Un troupeau de chevaux broute à côté de nous. Une vodka-tonic s'impose pour fêter la remise en état du camion.
 
Mardi 29 juillet : De violentes bourrasques de vent nous ont obligés à rabattre le toit dans la nuit. Le ciel est tout gris et il ne tarde pas à pleuvoir mais en arrivant à Ölgiy, le soleil revient progressivement. La ville est aussi laide que les autres, peut-être même plus… Nous nous garons devant le musée. Il est neuf heures et demie, il ouvre à huit heures, c’est le branle-bas de combat ! Notre venue oblige le personnel à accourir, ouvrir les portes, allumer les lumières… Une charmante mais peu souriante employée ne nous quitte pas d’une semelle et nous donne parfois des explications en anglais. La première salle, au rez-de-chaussée, présente une galerie de malheureux animaux empaillés, les félins et les ours se voudraient féroces et ne sont que grotesques. Le premier étage est consacré à l’histoire récente du pays et plus particulièrement de la région. Photos de dirigeants couverts de la tête aux pieds de médailles, diplômes délivrés à des ouvriers méritants de l’ère soviétique, stakhanovistes distingués, récompensés. Le dernier étage, le plus intéressant, présente des objets traditionnels et notamment de beaux costumes des différentes ethnies de la région. Une superbe yourte kazakhe est exposée avec des coffres et des tentures de toute beauté. Des selles magnifiques, décorées de plaques d’argent et incrustées de pierres semi-précieuses, sont également exposées. En ressortant, nous sommes escortés par des femmes qui nous emmènent dans leur boutique d’artisanat. Nous y retrouvons ces belles tentures que nous avions déjà vues (et achetées…) à Almaty et Bichkek. Jean-Pierre en achète une. Nous nous rendons ensuite chez un autre marchand d’artisanat ; Une tenture nous tente mais elle est plus chère que celles que nous avons déjà. Un troisième marchand en propose d’encore plus chères… Nous allons jusqu’au marché qui ne commence à ouvrir qu’à dix heures. Les échoppes sont installées dans des cases en tôle d’acier, toutes identiques et fort laides. Nous n’y trouvons rien d’intéressant, nous n’achetons que des pommes. Marie, réflexion faite, retourne acheter quelques tissus. Nous faisons le tour des agences de voyage pour nous renseigner sur les environs, la première est fermée, il faut téléphoner et dans la seconde, je suis reçu comme un chien dans un jeu de quilles… Nous quittons la ville avec l’intention de trouver un camp de yourtes où nous aurions passé l’après-midi à nous reposer mais les deux indiqués dans notre guide restent introuvables… En désespoir de cause, nous prenons la route de Sagsaï. Au début, elle longe un torrent aux eaux laiteuses puis gravit un col avant de dégringoler sur ce gros village endormi. Personne dans les rues. Le vent particulièrement violent, soulève des tourbillons de sable qui découragent les promeneurs. Nous avons encore des difficultés à trouver la sortie de la ville jusqu’à ce qu’un homme nous mette sur la route et nous laisse un croquis précis de la suite du trajet. Nous roulons dans une plaine en partie inondée avant de longer une chaîne de montagnes, obligés parfois de nous arrêter pour attendre que les tourbillons de sable cessent ! Nous atteignons Tsengel, village de maisons en rondins ou en ciment, cachées derrière leurs palissades. Nous trouvons l’hôtel Artych où je compte me renseigner sur la possibilité d’entendre le chanteur diaphonique Bapizan. Le personnel ne parle pas anglais mais une touriste espagnole de passage m’apprend qu’elle l’a entendu la veille et qu’il est parti aujourd’hui pour plusieurs jours. Nous allons boire un soda au café, je dois aller chercher des glaçons pour les rafraîchir… Nous hésitons à dîner au restaurant mais les plats ne nous tentent guère et la perspective de ne pas pouvoir boire la bière glacée nous en dissuade. Nous décidons de rester ici pour la nuit. Nous cherchons un emplacement qui serait à l’abri du vent. Nous traversons la rivière sur un pont de bois, une jolie prairie où sont installées des yourtes nous tente et l’impossibilité de trouver un emplacement protégé des bourrasques nous décide à y bivouaquer dans l’espoir que ce maudit vent faiblira dans la nuit.
 
Mercredi 30 juillet : Le vent s’est calmé et le soleil brille ! Nous ne trouvons pas de poubelles dans la ville encore déserte mais quelqu’un nous indique le chemin pour les lacs du parc Altay Tavan Bogd. Il suffit de suivre le cours de la rivière Khovd qui traverse la ville, par la rive droite et non gauche comme indiqué sur les cartes… Nous suivons les gorges de cette belle rivière au courant impétueux, parfois bordée de quelques arbres.
Mongolie 2014 (4.- l'Est, le Gobi et l'Altaï)

Encore une "Rivière sans retour"… Nous la quittons après un pont et suivons dès lors un de ses affluents sur quelques kilomètres avant de nous lancer dans la traversée de collines. La piste n’est pas fameuse, très creusée par les pluies, couverte de flaques dont les camions ressortent éclaboussés et de nouveau recouverts d’une croûte de terre. Les tumulus du néolithique sont nombreux, amas de pierres de forme circulaire ou annulaire encerclés par d’autres pierres. Les pierres levées sont également fréquentes. Bientôt se profilent ces montagnes encore couvertes de neige que j’attendais, alors que je désespérais de voir ce paysage de lacs et de pics enneigés. Du sommet d’une dernière colline nous découvrons le lac Khurgan qui s’étire au pied des montagnes.

Mongolie 2014 (4.- l'Est, le Gobi et l'Altaï)

Nous ne regrettons plus tous ces kilomètres de piste. Nous descendons petit à petit vers ses rives. Nous le dépassons pour aller voir son jumeau le Khoton nuur avec lequel il communique par un étroit chenal. Pour passer sur l’autre rive il faut emprunter un pont de bois rustique d’à peine la largeur du camion. Je commence à m’y engager, arrive en courant le gardien qui gesticule, me fait signe d’attendre. Il prétend que la charge maximale est de 2 tonnes mais contre le versement d’une obole négociable, la charge autorisée est relevée au poids de nos camions… Je traverse donc puis Jean-Pierre qui n’avait pas compris qu’il pourrait passer ensuite.

Mongolie 2014 (4.- l'Est, le Gobi et l'Altaï)

Une fois réunis, nous entamons une discussion avec le gardien des Poids et Mesures. Le droit de péage est ramené de 5000 à 2000 tögrög par véhicule. Nous devons ensuite nous manifester auprès des garde-frontières. Nous aurions dû demander une autorisation pour nous rendre dans cette zone frontalière. Nous donnons nos passeports puis le soldat de garde s’en va conférer avec les autorités supérieures. Ce qui nous laisse le temps de déjeuner dans les camions. Il nous rapporte les passeports, nous pouvons continuer. Nous contournons le lac par sa rive sud, aride et moins engageante, nous sommes au pied des montagnes qui forment la limite de l’Etat avec la Chine. Jean-Pierre prend la tête. Nous passons devant une belle sépulture, quatre tombes de forme rectangulaires précédées chacune d’un balbal. L’un est très beau, barbe, moustaches en croc, il tient dans sa main droite ramenée sur son ventre une sorte de fiole.

Mongolie 2014 (4.- l'Est, le Gobi et l'Altaï)

Un autre très abimé est identique, les deux derniers sont informes. Plus loin un amas de cailloux, couronné d’une dernière pierre chaulée, a la forme d’un double stûpa.

Mongolie 2014 (4.- l'Est, le Gobi et l'Altaï)

Plus loin, dérangées mais pas effrayées, trois élégantes en robe cendrée, s’écartent de la piste. Comment peut-on appeler « grues » d’aussi nobles volatiles ?

Mongolie 2014 (4.- l'Est, le Gobi et l'Altaï)

Jean-Pierre suit au plus près les bords du lac et donc ne trouve pas la piste par laquelle nous voulions revenir sur Sagsaï. Il va rouler sur les collines à la recherche de la bonne piste, en vain. Nous nous rapprochons de la piste empruntée ce matin mais nous devons à plusieurs reprises traverser des rivières avec un courant non négligeable…

Mongolie 2014 (4.- l'Est, le Gobi et l'Altaï)
Quand il devient évident que nous allons retrouver nos traces, Jean-Pierre tente de se lancer, et nous avec, dans les collines mais nous finissons par renoncer, peu sûrs d’être sur la bonne voie. Nous continuons donc de suivre le cours de la Khovd, parvenons au pont traversé ce matin et nous arrêtons pour la nuit sur une plage de galets au bord de la rivière. J’ai une bonne migraine… Je constate que les silentblocs ont souffert, j’attends de voir ce qui va se passer sur le goudron… Jean-Pierre vient partager le poulet grillé par mes soins…
 
Jeudi 31 Juillet : Il a fait froid cette nuit. Nous avions baissé le toit, néanmoins nous avons eu les pieds au frais. Le soleil réapparaît et commence à réchauffer le camion. Nous repartons dans les gorges, aussi belles qu’à l‘aller. Après Tsengel, nous cherchons notre chemin, j’ai perdu nos traces aussi bien sur le GPS que sur l’ordinateur. Erreur d’enregistrement hier ? Nous partons sur une mauvaise piste puis Jean-Pierre s’avise qu’il a enregistré les traces et il nous fait prendre un de ces « raccourcis » dont il a le secret. Nous retrouvons ces fermes bâties en pisé qui défierons le temps moins longtemps que les tombes des cimetières, des cubes de pierres grises, sèches, surmontés du croissant de l’Islam.
Mongolie 2014 (4.- l'Est, le Gobi et l'Altaï)

Nous passons à Sagsaï sans nous arrêter et filons sur Ojgiy. Nous sommes contrôlés par la police à la sortie et à l’entrée de ces deux villes. Le silentbloc du tirant de droite est complètement pulvérisé et les rondelles frottent contre le tirant et le longeron en produisant un bruit métallique des plus inquiétants. Je me résouds à repasser chez un mécanicien… Je trouve celui indiqué dans notre Lonely Planet. Il est nettement mieux équipé que celui de Khovd, le « manager » assure pouvoir solutionner le problème mais je dois revenir à 3 heures. En attendant, nous nous mettons en quête d’un camp de ger, le mot mongol pour désigner une yourte. Marie ne veut pas quitter la Mongolie sans avoir dormi dans une yourte. Nous allons nous renseigner à l’office des parcs qui fait aussi fonction de centre d’information. Nous y retrouvons le directeur des parcs qui nous avait vendu la veille le billet d’entrée au parc Altaï Tavan Bogd. Il ne connaît pas les camps de yourtes que nous cherchons, nous en propose un autre et nous y conduit. Une grande yourte kazakh, dans une cour de la banlieue de la ville ! Nous lui expliquons que ce n’est pas vraiment l’idée que nous nous faisons d’une nuit en pleine nature… Il nous indique vaguement l’existence de deux camps en direction de l’aéroport. Nous cherchons, trouvons près de la rivière un premier camp peu engageant, à 45 $ par personne la demi-pension. Le prix et la situation nous font fuir… Un deuxième camp, Altaï Peaks ger camp, sur une colline conviendrait mieux mais il semble tout d’abord qu’il n’y ait pas de place. Nous attendons, en déjeunant dans nos camions, l’arrivée d’un jeune qui parle anglais, accompagné de la responsable. Nous avons une yourte en demi-pension pour 25 dollars. Affaire conclue. Une belle yourte avec trois banquettes-lits, une table basse et des tabourets, des tentures traditionnelles sur les murs, les deux mâts peints ainsi que les rayons du toit lui donnent une certaine authenticité. Marie s’y installe pour l‘après-midi puis je retourne au garage. Jean-Pierre m’accompagne pour faire laver sa voiture. Nous y retrouvons des Français rencontrés à Oulaan Baataar et que nous avions dépassés sur la piste, à leur grand scandale… Le seul mécanicien compétent doit se partager entre les différents véhicules en réparation, il s’occupe de temps en temps du camion… Les clients entrent, sortent de l’atelier, se penchent sur les moteurs des autres, on démonte des lames de ressort sous une voiture soulevée sur un pont, les règles de sécurité n’existent pas. Après avoir grossièrement découpé dans une épaisse plaque de caoutchouc quatre rondelles, y avoir pratiqué des trous, le tirant est remonté. Il ne reste plus qu’à prier pour que cela tienne jusqu’à un atelier Land Rover… Je fais faire un lavage bien nécessaire qui va durer près de deux heures ! Le camion ressort plus propre qu’il n’a jamais été. Je regagne enfin le camp, retrouve Marie. Jean-Pierre nous rejoint pour prendre l’apéritif dans notre yourte.

Mongolie 2014 (4.- l'Est, le Gobi et l'Altaï)
Nous dînons, comme prévu, dans une autre yourte. Repas vite avalé, une petite salade suivie d’une soupe avec des pommes de terre, des pâtes et quelques bribes de mouton et c’est tout ! Nous finissons de dîner au camion... Nous regagnons notre yourte, visitée par une sympathique petite souris…
 
Vendredi 1er août : J’ai eu froid toute la nuit et j’ai peu dormi. Pas question d’utiliser la douche du camp, le filet d’eau est froid et la chasse d’eau ne fonctionne pas. Au petit déjeuner, des tranches de pain, de la margarine et une gelée indéfinissable, mais nous avons tout de même quelques biscuits. Nous quittons donc ce camp de yourtes sans regrets. Jean-Pierre veut changer son excédent de tögrög à la banque et Marie revoir les boutiques, aussi nous rendons-nous en ville. A neuf heures du matin, rien n’est encore ouvert sauf les banques. Nous prenons la bonne route de la frontière, un goudron bien reposant. Un détour nous fait retrouver la piste mais c’est de nouveau le goudron puis une bonne piste jusqu’au poste frontière. Nous sommes dans des basses montagnes pelées, puis apparaissent des cimes enneigées et même quelques traces de neige fraîche à faible distance de la route. Si nous voyons encore des yourtes et des troupeaux, la steppe n’est plus verte mais roussie.
Mongolie 2014 (4.- l'Est, le Gobi et l'Altaï)

A dix heures et demie, nous nous mettons à la queue d’une file d’une vingtaine de voitures qui attendent pour passer la frontière, principalement des Kazakhs du Kazakhstan. Trois heures plus tard, après avoir déjeuné dans le camion sans quitter nos sièges, prêts à démarrer, nous n’avons guère avancé ! Quand ces messieurs et ces dames des services de l’immigration et des douanes ont fini de digérer et repris nonchalamment leur service, nous sommes admis sur l’aire de contrôle. Passeports, documents automobiles sont vérifiés, tamponnés à divers bureaux par un personnel bien moins aimable que celui du poste d’entrée. Entre temps nous avons récupéré, Jean-Pierre un Kazakh à pied et nous un Australien en panne de vélo. Ils ne sont pas autorisés à passer la frontière à pied et surtout pas traverser le no man’s land ! Enfin nous sortons de Mongolie, sans regrets pour ma part, le meilleur a été vu les quinze premiers jours et les pistes nous ont ensuite épuisés sans apporter rien de remarquable. Nous traversons quelques kilomètres  de no man's land sur une piste avant d’atteindre le premier poste russe où nous devons encore patienter avant d’être autorisés à continuer, sur une route cette fois, en direction du centre de contrôle russe à plusieurs kilomètres. Les formalités sont assez rapidement expédiées et nous nous croyons sortis d’affaire, il n’est encore que dix-sept heures trente ! Que nenni !!! Nous n’avions pas compté sur l’inépuisable énergie russe pour compliquer les démarches administratives… Nous devons encore nous rendre à un bureau pour enregistrer notre entrée. Un seul employé s’en charge et nous devons patienter dans le vent glacial. Quelques Kazakhs resquillent. Enfin à dix-neuf heures trente, après donc neuf heures de patience nous entrons réellement en Russie. Nous roulons à la recherche d’un coin de bivouac, nous sommes dans une très large vallée, loin des montagnes. Faute de mieux, nous nous engageons sur une piste et nous arrêtons à quelque distance de la route. Brian, l’Australien, monte sa tente puis sur notre invitation vient dîner avec nous, nouilles en sauce tomate, pas de la gastronomie !

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28 août 2014 4 28 /08 /août /2014 23:56

Mardi 1er juillet : Il a beaucoup plu cette nuit, nous avons dû fermer le rideau et ce matin, faute de lumière, nous ne nous réveillons qu'à sept heures passées. Nous nous dépêchons pour être à l'ouverture de la frontière. Nous y sommes peu après huit heures, les premiers, devant les camions mais il faut tout de même attendre neuf heures pour que la barrière soit soulevée. Les formalités côté russe sont plutôt rapidement accomplies, sans grand sourire de la part des responsables... Nous voici en Mongolie ! L'accueil pour le contrôle des visas est réalisé par de souriantes jeunes femmes qui parlent un peu anglais et nous aident à remplir les papiers. La douane est moins simple, il faut revenir voir trois fois l'officier qui semble dépassé par les évènements mais en un peu plus de deux heures, tout est réglé. Un bureau de change évite d'avoir affaire à des changeurs au noir, on nous vend une assurance automobile et une taxe (?). Nous roulons en Mongolie. Première surprise : contrairement aux renseignements fournis par les blogs ou les guides, le gasoil n'est pas plus cher qu'en Russie, légèrement moins cher même. Nous aurions pu nous dispenser de remplir tous les jerrycans hier. Les maisons des villages sont sans aucun cachet, finies les jolies isbas russes, elles sont en briques ou en béton, avec des toits colorés. Le conducteur mongol s'avère plus calme que son homologue de l'autre côté de la frontière, pas de dépassements hasardeux ni de vitesse excessive. Plus de forêts non plus, une steppe bien verte qui court sur des collines et dans laquelle d'innombrables troupeaux de moutons, de chèvres, de vaches et de chevaux paissent, à proximité de yourtes blanches disséminées dans la prairie.

Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)

Des cavaliers galopent et accompagnent les troupeaux, l'image d'Epinal de la Mongolie ! Dommage que le ciel reste obstinément bouché... Nous faisons un détour sur une route qui suit une voie ferrée, pour aller visiter un atelier de fabrication d'arcs et de flèches traditionnels. De la corne de mouflon est utilisée avec des tendons séchés pour former l'arc, recouvert ensuite d'une peau de serpent. Prix : 500 $ !!! Nous repartons sans acheter bien évidemment. L'indication de cet atelier dans les guides touristiques doit être pour quelque chose dans l'inflation... Nous déjeunons à côté d'un lac puis traversons Darkhan, une ville aux immeubles récents et qui ne donne pas envie d'y résider. Nous quittons la route d'Oulaan Baatar pour nous diriger vers le monastère d'Amarbayasgalant. Cent kilomètres dans la steppe avant de continuer sur une piste, roulante au début puis qui devient boueuse, avec quelques passages difficiles dans les lits des ruisseaux qu'elle traverse. Nous passons quelques cols entre les collines, toujours marqués par des Ovoo, des sortes de cairns, amas de pierres et de bouts de tissus, principalement bleus, sur lesquels il est de bon ton d'ajouter sa pierre. La piste débouche sur une merveilleuse vallée où des milliers d'animaux broutent à côté de dizaines de yourtes, petits points blancs sur le vert de la prairie. A l'autre extrémité, on distingue le monastère et son temple que surmontent un stûpa dont les quatre faces du cube au sommet sont ornées d'yeux, comme au Népal.

Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)

Il est dommage que devant se soient installés des commerçants qui proposent des hébergements dans des yourtes ou des maisons ordinaires, ce qui enlève du charme au lieu. Nous approchons du mur d'enceinte du monastère, nous nous garons et allons visiter l'ensemble. Nous retrouvons la disposition habituelle des temples chinois avec le pavillon des gardiens, géants féroces et menaçants, la tour du tambour et en face, celle de la cloche puis vient le temple principal, une très grande salle carrée soutenue par une centaine de piliers couverts de tissus multicolores.

Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)

Au centre, un puits de lumière d'où tombe une cascade de lanières de tissus.

Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)

Des statues de bodhisattvas et de lamas sont enfermées derrière des vitrines. Nous pouvons nous promener librement en compagnie de quelques familles qui ne manquent pas de joindre les mains haut au-dessus de la tête devant leurs divinités préférées. Plusieurs autres pavillons se suivent ou occupent les angles des terrasses. Tous sont de pur type chinois avec plusieurs toits superposés relevés aux coins, des tuiles en "dos d'anguille" sur lesquelles poussent des herbes et une décoration de toutes les poutres et chevrons, qui seraient plus colorés s'il y avait des crédits pour tout restaurer, mais c'est ainsi, dans une demi-restauration, que ce monastère a le plus de charme. 

Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)
Après en avoir bien fait le tour, nous regagnons les camions et allons nous garer dans l'axe du monastère, à l'écart du village. Juste avant qu'il ne recommence à pleuvoir. Jean-Pierre a mis une bouteille de champagne au frais pour arroser l'arrivée en Mongolie ! Un troupeau de beaux chevaux passe derrière les camions, les poulains ne quittent pas leurs mères, deux étalons s'affrontent et leur berger, à cheval, les regroupe et les pousse devant lui en allant rechercher les égarés. 
 
Mercredi 2 juillet : Le soleil est là ! Finis la pluie et le ciel gris, un inespéré soleil illumine la steppe, incendie les dorures du monastère et accessoirement nous réchauffe. Nous prenons notre temps, je vais faire quelques photos du monastère et des yourtes puis nous allons nous garer au pied de l'escalier qui conduit au stûpa. De vilains réverbères accompagnent la montée et les yeux du Bouddha, peints sur la partie supérieure du stûpa, au-dessus du dôme, nous surveillent dans toute la montée.
Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)

Du haut nous découvrons toute la vallée, les petits points blancs des yourtes mais les troupeaux sont trop loin pour être distingués. Nous rejoignons à flanc de colline l'autre escalier qui mène à un vilain Bouddha doré mais d'où nous apercevons le côté du monastère éclairé par le soleil. Nous descendons et rejoignons les jeunes moines qui se rendent au temple pour une séance de récitations. Ils sont assis en rang et psalmodient à toute vitesse un texte qu'ils doivent connaître par cœur, ce qui ne les empêche pas de chahuter, plaisanter, rire, se pincer ! Pas très sérieux ces lamas en puissance. De temps en temps, ils empoignent des instruments de musique, soufflent dans une conque, frappent un énorme tambour peint de couleurs vives ou agitent des clochettes.

Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)

Nous les abandonnons à ces tâches peu absorbantes et repartons. Nous reprenons la piste de la veille qui semble avoir séché. En passant un col, nous apercevons une concentration de chevaux. Nous approchons, pensant à un marché mais il s'agit d'une course préparatoire pour la grande fête du Naadam qui doit avoir lieu dans une semaine. Des gamins, d'à peine une dizaine d'années, montent, avec ou sans selle ou étriers, des petits chevaux nerveux. On attend une dernière monture qui arrive sur une camionnette, en descend sans aide, aussitôt enfourchée par un gosse et le départ est donné dans les hurlements des jockeys improvisés.

Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)

On nous explique qu'ils doivent courir dix kilomètres, contourner des collines et arriver à quelque distance d'ici. Nous nous y rendons en roulant dans la steppe et quelques minutes plus tard, nous voyons arriver au grand galop les premiers cavaliers, suivis par des motocyclistes qui, sur leurs engins chinois, ne peuvent les suivre. Nous repartons, suivons une piste, différente de celle de l'aller, ce qui ne manque pas d'inquiéter Marie, mais nous épargne le franchissement de la portion de boue. Nous déjeunons quand nous sommes de retour à la route que nous prenons ensuite pour revenir à Darkhan avant de continuer sur Oulaan Baatar. Comme la veille, la route est à péage, pour des sommes très modiques, quelques centimes d'euro ! Les montants récoltés sont bien insuffisants pour entretenir la route et son revêtement est particulièrement mauvais, même à l'approche de la capitale. Une portion est tellement mauvaise que personne ne roule dessus mais sur des pistes parallèles, chacun choisit la sienne avec pour seule règle de ne pas être sur la même que les autres... Curieux ballet où les véhicules se croisent, se dépassent sans plus aucun respect de la conduite à droite. Enfin nous voici à Oulaan Baatar. La ville est très étendue, toute moderne, longue à traverser dans les encombrements. Les conducteurs mongols que j'avais trouvés respectueux du code de la route et prudents ne sont plus les mêmes ici, les voitures non plus, les gros 4x4 sont nombreux et aussi arrogants que leurs chauffeurs. Nous cherchons la guest house Oasis, pas difficile à trouver, elle est au bout de la longue avenue qui traverse sur plus de vingt kilomètres la ville. Nous pouvons nous y installer mais nous n'y sommes pas seuls, plusieurs véhicules de toutes tailles, presque tous français, y sont déjà et  nous devons nous serrer pour pouvoir y rester. 

Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)
Nous commandons aussitôt un repas, rien d'exotique, wiener schnitzel (la propriétaire est Autrichienne !) et saucisses frites ! Nous avons le wifi, ce qui nous permet de recevoir les messages des amis et de Julie. Après dîner, nous restons dans la salle du café et utilisons l'ordinateur puis Marie va se coucher et je continue seul à mettre le blog à jour et lire les nouvelles.
 
Jeudi 3 juillet : Pas trop pressés ce matin. Il a plu dans la nuit mais le soleil nous le fait oublier. Nous commençons par porter du linge à laver à la responsable des machines à laver puis nous nous faisons déposer sur la grande place par un "taxi" sans licence commandé par notre aubergiste. Nous sommes en plein centre de la ville, aucun bâtiment ancien, à croire qu'Oulaan Baatar est sortie de terre ces dix dernières années et qu'il n'y avait que des yourtes avant ! Le bâtiment qui domine la place est le Parlement gardé par de grandes statues de Gengis Khan, son fils et Khubilaï Khan son petit-fils, les héros nationaux, des despotes qui auront réussi post mortem... 
Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)

Au sous-sol du Parlement un inattendu musée de la nation mongole, peu de choses intéressantes et encore moins d'explications en anglais. Le tour de la place est occupé par d'autres constructions officielles, opéra, bourse et au sud la fierté des habitants, un presque gratte-ciel d'acier et de verre en forme de double voile de bateau, le Blue Sky. Jean-Pierre a envie de visiter le Musée National, nous préférons attendre de repasser à Oulaan Baatar et d'avoir un peu vu le pays. Nous nous séparons donc et nous nous rendons au Musée des Beaux-Arts, visite que nous ne regrettons pas. Une superbe exposition de statuettes en bois ou en argile, représentations de cavaliers ou d'hommes qui nous rappellent les jolies statuettes chinoises que nous aimons. Dans une autre salle, belle collection de thangka mais notre inculture en matière de bouddhisme est trop patente pour que nous appréciions complètement ces représentations peintes de dieux, souvent d'aspect terrifiants, et qui nous paraissent appartenir plus au panthéon hindou. Nous ne pouvons qu'apprécier le côté esthétique. Plus loin des "appliqués" grandes représentations des mêmes dieux réalisées en tissus brodés, découpés et cousus sur d'autres, des perles et des pierres semi-précieuses y sont parfois ajoutées. Et plein d'autres objets dont de splendides statues de Bouddhas en argent du grand rénovateur des arts au XVI°siècle, un certain Zanabazar, totalement inconnu dans notre Occident autocentré. Nous retrouvons Jean-Pierre et allons déjeuner ensemble au Tuul café, à côté du musée. Je commence à me lasser des buzz, et ne voudrais plus entendre parler de raviolis pour les six mois à venir après notre retour... Nous rendons visite à quelques antiquaires, judicieusement installés à côté du musée... Le principal qui semble avoir de belles pièces est fermé et les prix demandés chez les autres sont inimaginables pour nous. Nous remontons quelques avenues jusqu'au petit mais très joli temple de Gesar Sum, très chinois d'apparence avec ses toits de tuiles vertes. Il est occupé par quelques lamas qui reçoivent en consultation des quidams en mal de réconfort. Ils récitent, comme d'habitude, des mantras à toute vitesse, n'y comprenant peut-être pas plus goutte que ceux qui sont venus les solliciter.

Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)

Nous traversons ensuite un quartier très populaire, à se croire à des kilomètres de la ville moderne. Masures en triste état, ruelles de terre impraticables aux véhicules et échoppes minuscules. Dans l'une, un bric à brac d'objets de brocante, nous dénichons quelques peintures qui ne me déplaisent pas mais Marie n'est pas de mon avis et là aussi, les prix sont exagérés. Jean-Pierre en achète une presque sans marchander. Nous sommes alors le long du mur d'enceinte du plus fameux monastère de Mongolie, Gandan Khiid. Les pèlerins et des touristes asiatiques viennent y faire leurs dévotions. A toutes les portes, très belles par ailleurs, sont assis des marchands de sachets de graines pour nourrir les très nombreux pigeons qui pullulent, roucoulent en chœur, jettent un regard offensé à ces étrangers qui ne leur lancent pas la pitance attendue et, dans un envol soudain, masquent le ciel un instant.

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Deux jolis petits temples sont plantés côte à côte et quand on les contourne, on découvre sur une autre place, le plus grand des temples, de type tibétain celui-là. Une massive construction blanche percée de fenêtres aux allures de meurtrières et surmontée de ce qui pourrait passer pour un temple chinois en bois aux toits relevés. Malheureusement des constructions le déparent, deux ignobles baraques en tôle pour brûler des cierges, peintes en bleu, cachent la moitié de la façade et le portail d'entrée est désormais pourvu de vitres sales. Trois stûpas longent un de ses côtés, un bien blanc, un jaune bien jaune et un bleu on ne peut plus bleu...

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A l'intérieur une immense statue de bronze doré d'Ayash toise avec bienveillance les visiteurs. Des milliers d'autres statuettes, habillées de manteaux de brocart, sont disposées dans des niches sur les murs de la salle et regardent passer les dévots, les mains jointes qui tournent autour du géant débonnaire.

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Nous rentrons en taxi après un séjour dans les encombrements. Nous récupérons le linge, le mettons à sécher puis étudions l'itinéraire des jours suivants. Marie voudrait pouvoir programmer précisément notre boucle prévue dans le centre du pays, je crois plus sage d'attendre et de voir au jour le jour. Nous dînons dans le camion puis je vais écrire mon texte au café, envahi par de bruyants motards tchèques et autrichiens.
 
Vendredi 4 juillet : Aujourd'hui, nous repartons pour une grande boucle dans le centre et le nord. Nous devons auparavant passer au bureau de l'immigration pour demander une prolongation de nos visas. Jean-Pierre s'est renseigné auprès des autres Français et nous assure que c'est facile d'y aller. Nous démarrons en laissant le paiement de nos nuits à ces mêmes Français, la responsable n'étant pas encore arrivée. Nous plongeons aussitôt dans les encombrements, la route suivie semble dans la bonne direction puis je commence à avoir des doutes et bientôt Jean-Pierre avoue être perdu... Nous abandonnons l'idée de passer au bureau de l'immigration, peut-être à notre retour à Oulaan Baatar. Nous sortons de la ville et retrouvons la steppe mais le ciel est gris, au mieux voilé et nous n'apprécions pas autant qu'à l'arrivée le paysage. La route est encore correcte avec de rares passages avec des nids de poule. Pour pique-niquer, nous nous arrêtons à proximité d'une famille venue rassembler et partager en deux un troupeau de chèvres. Deux cavaliers dont l'un avec une longue perche font tournoyer leurs chevaux pour guider les deux troupeaux de pauvres bêtes affolées.
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Nous continuons d'avancer vers l'ouest et quittons bientôt la route pour entrer dans le parc de Khögno Khan que rien ne signale. Une piste, deux traces de roues, file droit dans la steppe en direction d'une barrière rocheuse. Nous cherchons avec le GPS un monastère que nous trouvons après avoir contourné un éperon rocheux, au fond d'un cirque constitué de grosses roches arrondies. L'ancien monastère est ruiné, il ne reste que des pans de murs en brique de terre qui se délitent lentement. Des temples sont installés autour. Nous allons voir le plus intéressant, une petite salle évidemment très colorée avec thangka aux murs, tambours et tissus sur les colonnes. 

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Le chef des lamas est une femme qui nous fait payer 2000 tögrög le droit de visiter. Nous allons voir, Jean-Pierre et moi, en compagnie de deux autres Françaises et de leur guide, toutes peu sympathiques, dans les rochers, un autre temple encore plus petit. Nous quittons le cirque qui, avec un rayon de soleil, aurait été un site ravissant et prenons la piste qui mène droit aux dunes de Mongol els. Nous nous en approchons en roulant sur des buissons de petites fleurs mauves. 

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Pas bien hautes les dunes et couvertes en grande partie d'herbes ou de buissons. Nous repartons en longeant le cordon dunaire, rejoignons le lit très large, marécageux, d'une rivière. Les troupeaux y broutent une herbe encore plus verte que dans la steppe. Nous aurions aimé y bivouaquer mais il est tout de même encore bien tôt. Nous retrouvons le (mauvais) goudron en direction de Kharkhorin mais le revêtement devient de pire en pire et de nouveau, on roule sur des pistes à peine meilleures sur les côtés. Jean-Pierre est ravi de me dépasser et de rouler très vite... Je ne vois plus bien clair, mes yeux fatiguent. Enfin nous sommes à Kharkhorin, nous apercevons le vaste quadrilatère du temple Erdene Zuu, son mur d'enceinte flanqué de tours-stûpas

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Un haut lieu du tourisme : le parking est encombré de 4x4 de touristes et des boutiques de souvenirs, nouvel exemple de l'artisanat dévoyé par les touristes ignares, sont alignées face à l'entrée du site. Nous y faisons une rapide visite, pour le cas où la météo serait pire demain... A l'intérieur du mur d'enceinte, une vaste esplanade de quatre cents mètres de côté où il ne reste que quelques beaux temples d'aspect chinois, de grands stûpas et un bâtiment d'allure tibétaine.

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Tous les autres ont été rasés dans les années 1930 par le régime communiste. Nous les approcherons de près demain, peut-être sous le soleil...
 
Samedi 5 juillet : Le Bouddha est avec nous, le ciel est tout bleu et le soleil éclaire les remparts d'une belle lumière dorée. La visite des temples ne commençant qu'à neuf heures, nous ne sommes pas pressés. Pendant que Marie se prépare, je vais me promener dans l'enceinte et prends des photos des trois temples magnifiques et de celui de type tibétain. 
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Je suis seul, libre de me promener à ma guise, de contempler sous toutes leurs faces ces exceptionnels monuments, les plus beaux de Mongolie. Avant de nous rendre à l'intérieur des temples, nous allons nous garer derrière l'enceinte et marchons quelques centaines de mètres pour aller voir une grande tortue de pierre, l'une des deux seules qui restent sur le site de l'ancienne capitale mongole du XIII°siècle, Karakorum. 

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Des marchands de souvenirs ont installé leurs stands autour et nous nous laissons tenter par quelques objets en guise de cadeaux, ainsi que par une image à l'authenticité douteuse mais pour le prix ! Nous revenons devant l'entrée principale du site et, après avoir payé le billet d'entrée, car il s'agit désormais d'un musée et non plus de lieux de culte, pénétrons enfin dans le Saint des Saints. Sur une terrasse, sont alignés les trois plus beaux temples, de type chinois, toits relevés, tuiles vernissées, poutres emmêlées et peintes Sur les côtés, deux plus modestes temples rectangulaires de trois pièces chacun, renferment une belle collection de thangka, gravures, fresques et peintures ainsi que des nangpa, peintures sur fond noir, collées sur un tissus à trame noire également. Nous passons d'un temple à l'autre. Tous renferment des statues du Bouddha à des âges divers, entouré de bodhisattvas et autres divinités, sans oublier les féroces dieux-gardiens. Les murs sont couverts de fresques avec toujours des représentations de Bouddha et de divinités. Notre inculture dans ce domaine nous terrifie et nous regrettons fort de ne pas pouvoir nous documenter plus sérieusement sur ces rapports de dieux aux noms sanscrits et de Bouddha. Je n'ai pas le droit en principe de photographier mais je m'autorise quelques clichés discrets.

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Il en est de même au temple Lavrin qui lui est en activité, mais avec moins de bonheur. A onze heures s'y tient une cérémonie que suivent des Mongols venus déposer des vœux en compagnie de quelques personnes âgées qui ont revêtu leurs plus beaux habits traditionnels, la deel, une ample robe de tissu damassé, boutonnée jusqu'au col, serré à la taille par une ceinture à boucle et plaques d'argent incrustées de turquoises.

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Les lamas, après avoir revêtu un bonnet jaune, commencent par des incantations à l'entrée du temple, puis tout le monde entre et s'assoit. Les lamas récitent les habituels mantras mais avec plus d'entrain et de force que les moinillons distraits d'Amarbayasgalant. A intervalles plus ou moins précis, ils s'accompagnent de trompes, de conques, de tambours et de cymbales. Les fidèles viennent remplir des bols de lait à une grande cuve en faïence et les distribuent aux lamas. Je suis repéré à photographier et prié de remballer mon appareil...

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La cérémonie n'évoluant guère, nous ressortons du temple et reprenons les voitures. Nous allons nous renseigner sur la possibilité de se rendre aux chutes de la rivière Orhon dans un restaurant-agence de tourisme, Morin Jim, tenu par un Français absent. D'autres Français, tout jeunes, nous apprennent qu'ils s'y rendent avec une voiture et que nous pourrions les suivre pour trouver la piste. Nous déjeunons très rapidement dans ce restaurant, encore des buzz, et des khuushuur, sorte de beignets farcis avec la même viande que les gros raviolis, meilleurs que ces derniers dont nous sommes las ! Nous rejoignons les Français au marché où ils attendent leur véhicule qui arrive en retard, puis va s'arrêter pour acheter de l'eau, puis pour une autre raison, puis pour un plein d'essence avant de prendre la route goudronnée et non pas la piste qui longe l'Orhon comme espéré... Nous les dépassons pour continuer seuls mais à Khujirt, ne sachant quelle piste suivre, nous sommes contents de les laisser repasser devant et de les suivre sagement à distance. Grand bien nous fait puisque nous allons suivre des traces peu profondes dans les herbes, par monts et par vaux, en passant d'une vallée à une autre, toujours au milieu de milliers de chevaux en liberté, de yourtes. Certaines ont l'antenne parabolique, les panneaux solaires et une voiture ou un camion garé à côté. Nous sommes toujours éblouis par ces scènes champêtres, la paix qui s'en dégage. Les yaks, au poil noir plus fourni sous le poitrail, sont de plus en plus fréquents. Nous entrons dans le parc Hangayn Nurru où nous longeons l'Orhon bordé de pins.

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Nous sommes alors dans une immense vallée entourée de tous côtés par des montagnes. Nous devons encore rouler avant d'arriver tard au bout de la piste, entre deux camps de yourtes pour touristes locaux venus passer le week end. Nous sommes assaillis par des nuages de mouches dès que nous mettons le nez dehors. Le soleil est maintenant caché par les nuages mais nous allons tout de même voir la cascade. Il faut encore marcher un bon kilomètre au grand désespoir de Marie qui la croyait plus proche et avait préféré croire l'affirmation d'une femme les indiquant à 100 mètres plutôt que le GPS... La cascade n'a rien d'exceptionnel, la rivière se déverse quelques dizaines de mètres plus bas dans un bassin entre des falaises.

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Retour aux camions et dîner en espérant que les visiteurs seront discrets dans la soirée.
 
Dimanche 6 juillet : Pas de beau soleil ce matin, le ciel hésite, ne sait pas trop quoi faire et va rester toute la journée à faire plus ou moins la gueule. Je n'ai pas trop envie de retourner prendre des photos à la cascade qui ne mérite pas tant d'efforts. Réveillé tôt, j'ai lu dans la nuit et au petit matin ce sont les grognements d'un troupeau de yaks qui m'ont tiré de ma somnolence. Nous prenons le chemin du retour, en renonçant à trouver une piste pour relier directement Tsetserleg que personne ne peut nous indiquer. Nous reprenons nos traces de la veille grâce au GPS. Après un pont branlant, nous assistons de loin, à la traite des yaks. 
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Plus loin c'est un rassemblement de chevaux qui galopent, tournent, virent, des cavaliers à leurs trousses, qui nous font quitter la piste et approcher. Deux hommes, l'un muni de l'urga, cette longue perche à l'extrémité de laquelle est accroché un lasso, séparent les poulains de leurs mères et les attachent au licol sur des piquets pour commencer à les domestiquer. Les malheureuses juments suivent leurs petits puis semblent comprendre qu'il s'agit d'un passage obligé et s'éloignent. Les poulains récalcitrants freinent des quatre fers, tirent sur leur licol, trébuchent, font tomber leurs camarades dans une bousculade ponctuée par les cris des cavaliers et de ceux qui sont chargés de les attacher.

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Nous continuons notre route sur la piste très poussiéreuse.

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Je trouve le moyen de m'embourber bêtement à une traversée d'un creux mal négocié. Rien n'y fait mais grâce, encore une fois, à Jean-Pierre, ravi de prendre la photo et de pouvoir ressortir sa sangle pour me tirer, nous ne perdons pas de temps à utiliser les plaques de désensablement. Nous rejoignons Kharkhorin. Peu avant, nous quittons la piste principale pour nous lancer à la recherche de la seconde sculpture en forme de tortue qui doit se trouver sur une colline proche, suivant les indications du GPS. Je suis une piste qui finit en cul-de-sac dans une carrière. Toujours suivant les indications de l'appareil, je me lance, complètement hors-pistes, à l'assaut d'une colline au sommet de laquelle nous trouvons un bel ovoo avec une rangée de crânes de chevaux.

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Nous continuons de chercher cette maudite tortue avant que Jean-Pierre nous y mène, à moins de dix mètres de l'ovoo ! En contre-bas, j'aperçois la pierre phallique indiquée dans les guides. Nous pique-niquons avant de nous y rendre. L'intérêt est des plus limités, une pierre taillée en forme de phallus que les jeunes adolescents prennent plaisir à chevaucher... Nous traversons Kharkhorin et continuons en direction de Tsetserleg sur une route qui, pour la Mongolie, passerait pour correcte, mais pas sans surprises... Nous y cherchons le musée régional, dans un ancien monastère. Trois petits temples s'alignent, encadrés par deux autres sur les côtés. Les influences chinoises et tibétaines s'y mêlent, celui restauré avec la collaboration de Monaco (!) est une horreur ! Couleurs clinquantes, vives, vulgaires. Les autres ont eu la chance d'y échapper et leurs couleurs effacées ainsi que l'usure du temps leur ont donné une patine respectable et flatteuse pour l'œil. 

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Le premier pavillon avec des objets ethnographiques est intéressant de même que la section religieuse installée dans l'un des trois temples mais les autres sont sans intérêt, nous en espérions plus. Nous grimpons à demi l'escalier qui, derrière le monastère-musée, mène à un pavillon flanqué d'une vilaine statue de Bouddha en béton pour avoir une vue sur cette ville typique de l'urbanisation mongole actuelle : alignement sur les collines de maisons aux toits multicolores dans un quadrillage digne des townships d'Afrique du Sud. Nous décidons de continuer quelques kilomètres pour bivouaquer. A la sortie de la ville, nous devons acquitter un droit de péage juste quand le goudron se transforme en une piste ! Nous passons un col dans les pins avant de redescendre dans une immense vallée. Nous quittons la route principale pour piquer en direction du "Rocher sacré" un gros rocher couvert de graffitis modernes et sur lequel se trouveraient des inscriptions en différentes langues, invisibles sous les tags ! Nous allons nous installer pour la nuit sur les bords de la rivière qui coule en arrière du site. Jean-Pierre vient se faire offrir le pastis dû pour son dépannage alors qu'un bel orage éclate. Marie n'est pas rassurée et se voit déjà emportée par les flots... 
 
Lundi 7 juillet : Il a plu toute la nuit et le ciel reste couvert. Nous continuons sur la route, désespérés. Je serais partisan de nous arrêter, de geler cette journée avec l'espoir d'avoir du soleil demain alors que nous traversons des montagnes que nous ne faisons que deviner, perdues dans les nuages. Nous décidons néanmoins de continuer jusqu'à la rivière Chuluut. Il fait un froid de Sibérie et nous ressortons polaires, blousons chauds et chaussettes. Au pont, nous apercevons les débuts du canyon que les eaux ont creusé, se frayant un chemin entre deux falaises rigoureusement verticales. De la route qui est devenue une piste, nous faisons des incursions pour approcher le rebord, le torrent coule dans le fond, quelques arbres en font un paysage digne de "La rivière sans retour"... 
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Le soleil manque cruellement ! La piste, avec la pluie qui continue par intermittences, est glissante, boueuse, elle se divise en de multiples tracés, j'essaie de suivre les moins "gras". Le camion qui n'était pas bien propre et que la pluie de la nuit avait presque lavé est bientôt redevenu couleur de la terre, vitres latérales comprises. Nous parvenons à Tariat, ville de western ou d'"eastern" : maisons en bois, quelques commerces où on trouve tout et rien et des clients qui attachent leurs chevaux devant pour faire leurs courses. Je déniche tout de même du pain et une bonbonne d'eau dans une épicerie-quincaillerie-mercerie dont plus de la moitié du fonds de commerce est constitué par des bonbons et autres sucreries. Les clientes, avec leurs belles robes satinées traditionnelles nouées sur le côté et au cou, ressemblent presque à Gong Li dans "Le Sorgho rouge"... Je rêve ! Malgré un ciel toujours aussi peu engageant, nous nous rendons à la sortie de la ville dans le parc Khorgo Terhiyn Tsagaan Nuur. Une piste difficile entre flaques et cailloux pointus passe entre des montagnes et rapidement nous découvrons, au milieu d'un champ de lave, le cône du volcan Khorgo. Un bout de piste tracé sur ses flancs amène à un parking d'où part le sentier qui monte au sommet. Nous rencontrons Tuul, la guide des X. quand ils étaient venus en Mongolie, qui a reconnu les camions ! Nous commençons par déjeuner avec l'omoul fumé acheté à Oulan Oude. Pour passer le temps, dans l'attente d'un rayon de soleil, nous relisons le texte du blog puis Jean-Pierre vient nous dire qu'il monte au volcan, nous le suivons plus tard. Les visiteurs mongols sont nombreux et quelques-uns, américanisés (télévision ?) nous salue d'un "Hi" en nous croisant ! Le sentier est en partie constitué par des marches bétonnées et Marie parvient au sommet essoufflée comme moi, sans trop de peine. La vue plonge dans un cône inversé quasi parfait d'éboulis ferreux et nous apercevons derrière nous le lac Tsagaan Nuur. 

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Nous reprenons les camions et repartons à toute petite vitesse sur les pistes pour rejoindre les berges du lac. Après un col et une descente glissante, nous nous arrêtons pour bivouaquer sur les rives du lac, devant des cairns constitués de pierres et de cailloux de lave.

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Nous finissons de relire le blog qui ne pourra être mis en ligne que plus tard avant de nous réchauffer avec une de nos conserves de France, un cassoulet au confit arrosé de vin rouge !
 
Mardi 8 juillet : Il a encore plu dans la nuit et au matin, le ciel reste obstinément gris. Nous partons sur une piste mouillée, couverte de flaques pour le tour du lac. Les camps de yourtes sont nombreux et les touristes mongols très présents. Je roule tout doucement en essayant d'éviter flaques, bosses, rochers et surtout les zones boueuses. Des ruisseaux gonflés par les pluies descendent des vallées pour se jeter dans le lac. Pas de pont, encore moins de radier, il faut suivre les traces dans l'herbe, éviter les ornières trop profondes creusées par nos prédécesseurs et franchir le gué avec confiance dans la marque Land Rover. Les premiers ruisseaux se traversent bien mais alors que j'en franchis un plus profond, je m'aperçois que Jean-Pierre est resté planté dans l'eau. Il s'obstine à essayer de manœuvrer, sans résultat si ce n'est de creuser la gadoue sous ses roues. Deux 4x4 qui nous ont vu s'approchent, passent le gué et continuent leur route ! Nous sommes stupéfaits ! Je retraverse le ruisseau et vient me mettre en position pour tirer Jean-Pierre par l'arrière. Sans résultat autre que de creuser un peu plus sous ses roues.
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Arrivent deux minibus de touristes français avec un chauffeur mongol parlant français. Nous essayons tous de tirer avec des câbles mais le camion ne bouge pas. Il est alors question d'aller chercher un camion à Tariat. Je suis les deux minibus jusqu'à des yourtes proches. Le chauffeur francophone explique le problème à la femme du "chef" qui se trouve dans sa bergerie. Il faut attendre son retour. La femme nous invite sans grande chaleur à pénétrer dans la yourte mais pas question de faire des photos, pas un sourire et nous allons attendre longtemps un bol de thé. Du thé salé très étendu de lait de yak. Imbuvable ! Nous profitons de la sortie de la femme et de sa gamine pour nous en débarrasser dans un des nombreux récipients qui se trouvent sous la yourte. Son toit conique formé de nombreux rayons décorés est soutenu par deux piliers également peints. Le reste du mobilier est composé de quatre lits qui servent de banquettes, deux modernes et deux qui reposent sur des rondins. Des coffres peints récents servent de rangement et un énorme poêle à bois occupe le centre de l'espace, sa cheminée sortant par l'ouverture circulaire qui peut être ouverte ou plus ou moins fermée au sommet du cône. Arrivée du chef qui ne parle pas un mot d'anglais ou de russe, la communication est difficile. Il m'emmène sur sa petite moto, avec sa gamine entre nous; se rendre compte de la situation. Nous en profitons pour rameuter le troupeau de yaks qui broutait, du rodéo en moto ! Il convient, après avoir essayé de téléphoner, qu’il faut aller à Tariat. Nous repartons donc avec lui, retraversons le ruisseau et emmenons Jean-Pierre et Marie qui n'a pas voulu rester à la yourte goûter les spécialités lactées de la région... Il faut refaire la piste de ce matin et celle d'hier. Presqu'aussitôt arrivés, nous trouvons un camion, un plateau avec des roues jumelées à l'arrière. Jean-Pierre, pas heureux du tout, monte avec le chauffeur pour aller faire le plein d'essence. Pendant ce temps, je fais le taxi pour le "chef" : passage à la banque, remplissage à une station-service d'un bidon d'essence qui ferme mal et va nous empuantir le camion pour la journée, dire bonjour à son papa, achat de cigarettes et enfin nous repartons. Je lui interdis de fumer alors qu'il a son bidon d'essence à ses pieds... Le camion est déjà parti, nous le retrouvons avant d'arriver au véhicule de Jean-Pierre, il est arrêté, ses roues patinent sur l'herbe mouillée ! Je dois le tirer !!! Enfin nous arrivons sur place. Ils fixent leurs câbles à la sangle de Jean-Pierre qui a dû se glisser dans l'eau glaciale pour l'attacher. La première tentative n'a pour résultat que de casser la sangle, la seconde d'arracher la patte de remorquage puis ce sont leurs câbles, en triste état, qui cassent. Les roues du camion patinent, je sors mes tôles de désensablage pour les glisser sous ses roues, il y laisse quelques millimètres de gomme. Nous sommes l'attraction et aucun des véhicules de touristes qui passe ne rate la photo...  Je suggère que l'on tente de le tirer par l'avant. Le camion va faire un grand tour pour éviter d'avoir à franchir le gué. Je retraverse une fois de plus avec mes tôles et nous recommençons, la Land bouge, tressaute, mais ne décolle pas. Les heures passent consacrées à diverses tentatives infructueuses. Les câbles cassent, il faut aller chercher près des bergeries des pneus usagés qui vont permettre d'attacher les bouts de câble. Le "chef" et le chauffeur du camion se déshabillent et, en slip, se mettent à l'eau pour tout nouer.

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Et, enfin, alors que nous n'y croyions plus beaucoup, le miracle se produit, la land est arrachée à sa gangue boueuse. Nous sommes trempés, surtout Jean-Pierre, la pluie ne nous a pas épargnés. Nous allons tous à la yourte où doit se régler la question monétaire. Jean-Pierre offre 200 dollars, ils réclament 300 euros ! Jean-Pierre reste ferme, leur fait son numéro de charme et nous repartons. Les Mongols dont on nous avait tant vanté l'hospitalité nous étonnent, nous les trouvons au contraire très froids et peu aimables. Nous continuons tardivement, nous avons passé plus de huit heures, sans prendre le temps de déjeuner, à sortir la Land de ce bourbier. Nous parvenons au bout du lac, continuons sur la piste en direction du col Orookh, à 2300 mètres que nous franchissons sur une mauvaise piste rocailleuse, au milieu des pins et des mélèzes. Nous nous arrêtons dans la descente et invitons Jean-Pierre à partager notre dîner. Pastis, saucisses-purée, un rouge de l'Ardèche et pour terminer du genièvre (merci Laurence, merci Agnès !).
 
Mercredi 9 juillet : Le soleil est revenu, l'optimisme avec. Nous continuons la descente du col sur une mauvaise piste pleine de trous remplis d'eau, des nids de poule, d'autruche de ptérosaure ! Plus bas, nous suivons une belle vallée où des yourtes sont installées avec leurs troupeaux de yaks, de chèvres et de moutons, très peu de chevaux, une rivière coule au milieu, quelques arbres tapissent les flancs des montagnes et les prairies sont bien évidemment vertes.
Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)

Jargalant s'annonce par une oasis plantée de yourtes avant d'atteindre le bourg et ses maisons cachées derrière des palissades de bois sombres. Leurs toits colorés font un patchwork bleu, rouge, orange, sur le fond vert de la steppe.

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A la sortie de la ville, nous allons voir le "pont tordu", un ancien pont de bois d'allure très "rivière Kwaï" dont le tablier est formé de planches disjointes, d'inégales longueurs, reposant sur quatre ou cinq piles, et sur lequel je comptais bien nous photographier avec le camion mais hélas, il a rendu l'âme, une partie s'est effondrée dans le cours de la rivière et un pont en béton, tout neuf l'a remplacé.

Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)

Nous continuons en remontant dans les montagnes, les yourtes se raréfient et donc les troupeaux. Des pistes partent dans tous les sens, se rejoignent à des kilomètres; Puis la piste devient plus rocailleuse, s'élève, mais le col Zoolongiyn semble toujours plus loin, derrière une autre butte. Quand nous y sommes, nous dominons un paysage de montagnes désertes, de tous les côtés. Comme à tous les cols, un ovoo en marque le sommet, simple cairn ou perches de bois rassemblées en forme de cône et toujours couverts de bouts de tissus bleus noués.

Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)
Dans la descente, nous sortons d'un ruisseau où ils s'étaient plantés une berline et ses occupants. L'audace ou l'inconscience de ces gens qui se lancent sur des pistes que nous sommes contents d'affronter en Land Rover, nous laisse pantois ! Nous pique-niquons en vue de Shine-Ider qui, comme tous les villages mongols, colore la steppe avec ses toits. Nous continuons sur une piste meilleure mais qu'on ne peut perdre de vue. Nous passons une multitude de cols. Beau paysage mais la fatigue se fait sentir et je voudrais bien arriver à Mörön. Nous y retrouvons le goudron et une animation que nous n'avions pas connue dans les petits bourgs traversés. Nous arpentons, en voiture, les deux rues du centre-ville, trouvons un supermarché où nous allons essayer de trouver quelque ravitaillement. Le rayon des alcools et des friandises est bien fourni, les légumes et les viandes sont les parents pauvres. Les fruits font grise mine et les morceaux de viande congelée ne nous inspirent guère après notre dernière tentative, peu décidés à continuer de nourrir les chiens... Nous allons bivouaquer à une vingtaine de kilomètres de la ville, en plein milieu de la steppe, à proximité d'un site néolithique que nous visiterons demain. Je suis fatigué et une vodka-orange, avec Marie, en égoïstes, me paraît nécessaire...
 
Jeudi 10 juillet : Le soleil persiste et éclaire sur une face les "pierres à cerfs" que nous visitons ce matin. Ce sont des stèles d'environ deux mètres de haut, de section rectangulaire, dressées à proximité des nombreux tumulus entourés d'un cercle de pierre. Elles sont alignées en deux rangées selon un axe nord-sud et couvertes de représentations de cerfs aux belles ramures, dressés vers le ciel, en rangées parallèles. S'y trouvent aussi, en moins grand nombre, des représentations de ceintures munies de poignards, de haches ou d'outils, la lune et le soleil sont également représentés. Deux sont remarquables, l'une avec à son sommet une tête humaine avec des boucles d'oreilles et une autre taillée dans une pierre ocre brune, les cerfs gravés et colorés en orange.
Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)

Nous revenons à Mörön, passons changer des dollars à la banque. L'employé veut me donner plus de 900 000 tögrög en billets de 5000, je proteste, il me donne quelques billets de 20 000 et se mélange ensuite dans le compte des billets de 10 000. Pas un Jérôme Kerviel ! Nous cherchons à nous renseigner à l'officiel Bureau d'Information, personne ne parle anglais ni ne comprend nos besoins... Nous cherchons la sortie de la ville, interrogeons des passants qui ne comprennent pas notre prononciation de Khatgal mais dont le visage s'éclaire quand nous le leur montrons écrit sur la carte. Ils nous conduisent avec leur voiture à la sortie de la ville. Nous y trouvons une excellente route goudronnée, comme nous n'en avions pas connu ces derniers temps, sans même un petit nid de poule, une bosse ! A mi-parcours, nous apercevons sur le bord de la route des tentes coniques, ressemblant fort à celle des Indiens d'Amérique, et devant, des rennes. Un campement d'éleveurs de rennes Tsaatanes pensons-nous.

Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)

Nous approchons des rennes aux bois couverts de velours, puis dans les tentes nous découvrons de l'artisanat en vente, de la verroterie dans l'une, des poignards taillés dans des bois de rennes dans l'autre. Un attrape-touristes ! Impression confirmée quand on nous demande de payer pour pouvoir photographier... Nous atteignons Khatgal sur les bords du lac Khövsgöl, le pendant mongol du Baïkal. La petite ville se développe vite grâce au tourisme, les camps de yourtes ou de cabanes se suivent sur les berges mais ne semblent pas faire le plein. Nous nous renseignons et avons confirmation de la date du naadam : demain ! Nous allons nous renseigner sur une promenade en bateau sur le lac cet après-midi. Nous tentons de déjeuner dans un campement mais il faut une heure pour nous préparer un repas, nous préférons nous rapprocher du lac et manger dans le camion. Nous allons nous garer près de l'embarcadère du bateau. On nous vend un billet, pas cher, l'équivalent de 0,80 euros ! Nous montons à bord, nous nous installons puis nous voyons tous les visiteurs quitter le rafiot, on nous invite à en faire autant, le billet ne donnait droit qu'à une visite, pas à la "croisière" ! Nous devons prendre un autre billet, 8 euros, pour remonter nous installer. A 15 h, heure prévue du départ, le bateau reste à quai, un quart d'heure plus tard arrive la capitaine, une boulotte engoncée dans un uniforme d'amiral soviétique, avec des gants blancs. Nous ne partons pas tout de suite, elle tient un long discours pour les familles qui sont venues, nombreuses, profiter de cette navigation. Enfin nous quittons le quai et nous avançons sur les eaux du lac, longeons des collines couvertes de pins et de mélèzes.

Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)
Un vent frais souffle, nous avons remis les blousons chauds. Hier à 1300 mètres d'altitude; nous étions bien, ici à 1700 mètres, nous avons froid. Pas grand-chose à admirer, une rive reste au soleil, l'autre est dans l'ombre d'un gros nuage noir menaçant. Au bout d'une demi-heure, le bateau s'arrête, nouveau discours de notre officier supérieur suivi d'incantations que les Mongols écoutent religieusement, mains jointes et yeux fermés. Et nous rentrons, mécontents de cette arnaque et amusés par l'ambiance à bord. Sur le pont supérieur est organisé un concours de danse sur de la musique disco. Tout le monde se déhanche et frappe dans ses mains... Il tombe quelques gouttes quand nous débarquons, aussi allons-nous nous réfugier dans un café tenu par des Américains qui ne proposent que peu de choses, café ou thé et quelques pâtisseries, mais nous sommes au chaud et le wifi nous permet de nous connecter, et avec une infinie patience de lire nos messages, tous publicitaires, aucun de Julie ou des amis. Je réussis à mettre le blog en ligne et nous prenons connaissances des nouvelles du pauvre monde. Nous cherchons un endroit pour bivouaquer. J'étais partisan de nous installer là où doit avoir lieu le naadam, nous nous y rendons pour repérer les lieux mais Marie et Jean-Pierre qui doit refaire un plein d'eau, préfèrent les bords du lac, où nous allons...
 
Vendredi 11 juillet : Sans nous presser, nous nous rendons au lieu où doit se dérouler le Naadam, fête nationale marquée par trois compétitions viriles : course de chevaux, tir à l'arc et lutte. Nous y sommes en avance, les commerçants venus étaler sur des grands plastiques jouets, vêtements en laine ou en feutre, bimbeloterie, et les restaurateurs commencent à s'installer. Nous attendons le début des festivités en nous promenant puis nous nous asseyons sur les bancs qui entourent une arène d'herbe, limitée à deux extrémités par des tentes. Soudain on annonce l'arrivée d'une cavalcade. Dans un nuage de poussière, précédés par quelques voitures, déboulent les descendants des hordes mongoles, des gosses de moins de dix ans qui montent à cru, sans étriers, encouragés par les cris des familles et des spectateurs. 
Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)

Je vais faire des photos des gens qui se pressent autour des animaux, tous ont revêtu leurs plus beaux habits traditionnels, ces belles robes, les deel, qui brillent au soleil. Les hommes, bottes de cuir aux pieds, sont coiffés d'un chapeau que n'aurait pas renié John Wayne et une longue écharpe jaune ou orange leur sert de ceinture.

Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)

Ceux qui en ont, hommes mais aussi femmes, tous âgés, arborent toutes leurs médailles sur la poitrine. De dignes personnages, en grande tenue, sont arrivés, ils portent en guise de coiffure une sorte de bonnet à pointe et font le bonheur des touristes photographes.

Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)

Car les touristes aussi, à notre grand désespoir, arrivent par minibus entiers... Un défilé des autorités marque le début des épreuves. Tous les corps constitués font un tour d'honneur, à l'extérieur puis à l'intérieur de l'arène, en saluant les spectateurs avant de s'installer dans la tente principale. Un joueur d'un instrument à corde, dans une superbe tenue à fond rose, accompagne une chanteuse très applaudie. Entrée en scène des lutteurs, en petite culotte, vêtus d'une brassière à manches longues, nouée sur le ventre et coiffés de la même tiare que les dignes personnages vus précédemment. Leurs belles bottes sont à bout pointu et relevé. Ils viennent saluer, embrasser un mât qui porte neuf crinières blanches puis imitent le vol d'un rapace en tournant autour.

Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)

Les combats commencent par des simulacres avec des enfants puis des amateurs sans tenue ou incomplète. Les combats sérieux voient s'affronter deux adversaires sans distinction de poids ou d'âge. Certains sont très rapides, d'autres durent longtemps, les corps ruissellent de sueur, les muscles fatiguent et chaque match se termine par un nouveau simulacre du vol du rapace du vainqueur alors que le vaincu passe sous son bras.

Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)

Le nombre de lutteurs est important et nous finissons par nous lasser. Nous allons déjeuner au camion alors qu'arrive une nouvelle course. Aux alentours, certains jouent au football ou au volleyball, une fête populaire, bon enfant. Nous sommes ensuite attirés par un rassemblement au-dessus duquel je vois voler des flèches. Nous approchons du terrain où l'épreuve du tir à l'arc est censée avoir lieu. Mais il s'agit plus d'une animation à l'usage des visiteurs qu'une véritable compétition. Les touristes s'y essaient avec plus ou moins de bonheur, sans crainte parfois du ridicule, quand la flèche tombe à leurs pieds... Nous retournons aux luttes qui continuent, dans l'attente d'une nouvelle arrivée d'une course. Cette fois, il s'agit de poulains qui arrivent sous les applaudissements de la foule. Le vainqueur est un jockey d'environ six ans !

Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)
Il semble que ce soit la fin des compétitions, les bancs de l'arène sont désertés. Renseignement pris, il y a encore une arrivée de course et les réjouissances continuent demain. Nous n'avons plus très envie d'en voir plus. Même si demain les épreuves seront plus sérieuses, nous décidons de repartir maintenant et de nous avancer pour demain. Nous reprenons la bonne route de Mörön puis continuons en direction de Bulgan. Nous nous arrêtons à six heures à quelque distance de la route, dans la steppe.
 
Samedi 12 juillet : Nous nous souhaitons un bon 45° anniversaire de mariage au réveil !  Nous reprenons la bonne route, pas pour longtemps, Bien que terminée, elle n'est pas encore ouverte à la circulation et nous devons rouler sur de mauvaises pistes parallèles. Nous tentons parfois de rouler dessus en y remontant mais ce n'est toujours que pour de brèves portions. Plus loin, la nouvelle route n'est encore qu'ébauchée et nous retrouvons le jeu qui consiste à emprunter la moins mauvaise piste en essayant de ne pas rouler sur la même que le véhicule qui vient en sens contraire, d'où un ballet d'engins qui se croisent, s'évitent, se frôlent... Nous déjeunons sur le bord de la route en regardant passer les voitures des familles qui sont venues passer le week end à la campagne, sous la tente ou sous la yourte. Beaucoup arborent un grand drapeau mongol sur la voiture. Ils s'installent sur le bord de la route et ont la joie de respirer les nuages de poussières soulevés ceux qui passent. Enfin nous retrouvons un bon goudron. Je peux alors regarder le paysage : inchangé, steppe et troupeaux de moutons et de chèvres, mais les yaks ont disparu à cette altitude plus basse (1300 mètres) ! Nous traversons Bulgan et à notre consternation, c'est de nouveau la piste pour la route directe d'Oulaan Baatar. La piste peu fréquentée s'enfonce dans la steppe, entre des collines, parfois roulante jamais très longtemps, parfois cassante et alors trop souvent abordée à trop grande vitesse. Le résultat est le pot de sauce moutarde qui envoie des giclées dans toute la cellule et un pot de confiture à demi vidé, plus le liquide vaisselle dans celle de Jean-Pierre. Nous arrêtons le soir au bord d'un ruisseau pour une grande séance de nettoyage. Je suis fatigué et inquiet à l'idée des parcours de piste qui nous attendent si nous allons dans l'est comme prévu... Nous débouchons la dernière bouteille de champagne avec quelques toasts pour fêter ce grand jour avec Jean-Pierre.
 
Dimanche 13 juillet : Nous repartons avec l'intention de suivre une piste le long de la rivière pour peut-être retrouver plus rapidement le goudron. Mais bientôt nous avons des doutes sur son tracé, aussi revenons-nous sur nos pas et rejoignons le pont (il y en a un et il n'est pas effondré comme le craignait Marie). De l'autre côté, toujours la piste... Nous nous égarons encore sur des chantiers avant de suivre le bon cap. La région est quasi déserte, très peu de yourtes. Nous roulons entre deux petites chaînes de montagnes avant de trouver une excellente piste sur laquelle nous nous envolons jusqu'à ce que nous arrivions à une carrière... la piste d'Oulaan Baatar s'infléchissait plus à l'est... Encore quelques kilomètres pour rien... Nous passons un col marqué par un ovoo, puis redescendons dans une vallée aussi peu fréquentée. Nous n'aurons croisé qu'un ou deux véhicules sur cette piste depuis Bulgan. Nous voici de nouveau sur la route de la capitale. Nous cherchons la piste qui doit nous mener au parc Khustayn Nurru où se trouvent les fameux chevaux de Przewalski. Une dizaine de kilomètres d'une piste sablonneuse nous mène à l'entrée. Nous sommes aussitôt assaillis par des jeunes filles qui parlent anglais, nous donnent des explications et nous vendent les billets d'entrée. Nous déjeunons dans le camion puis après une rapide visite du Visitor's Center où ne se trouvent que quelques photos de la faune et de la flore, puis un passage à la boutique de souvenirs où Marie s'attarde plus longuement, nous reprenons les camions et entrons dans le parc. La piste est mauvaise, pas entretenue ! Nous roulons très lentement, écarquillant grands les yeux dans l'espoir d'apercevoir les chevaux, les cerfs, les biches ou tout autre animal qui peuple le parc. Mais seule une intrépide marmotte daigne se montrer à l'orée de son terrier. Nous suivons une piste de moins en moins tracée et de plus en plus difficile, franchissons un col pour redescendre dans un autre vallon où nous faisons demi-tour, passablement déçus. 
Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)

Sur le chemin du retour, un groupe de touristes taïwanais qui scrutent tous la montagne dans la même direction nous incite à nous arrêter aussi et à braquer téléobjectifs et jumelles dans la même direction qu'eux. Ils nous aident (ce ne sont pas des Chinois continentaux !) à repérer un troupeau de chevaux loin dans les hauteurs, sous les arbres, puis un autre groupe, encore plus loin dans une prairie au sommet d'un col. En repartant, Marie aperçoit près de la route un solitaire qui se laisse photographier avant de disparaître. Contents maintenant, nous nous engageons sur la piste où nos hôtesses nous avaient indiqué que nous aurions des chances d'en voir en soirée. Mais malgré notre attente et notre bonne volonté, nous n'apercevons rien. Jean-Pierre est partisan de retourner à l'entrée du parc, nous le décidons à retourner là où nous avions aperçu les deux troupeaux. Nous ne sommes pas les seuls à nous diriger dans cette direction. Et effectivement, un des troupeaux est descendu boire dans le ruisseau. Nous les voyons de près avec deux poulains dont un de l'année. Ce sont des animaux rustiques, de petite taille, guère différents de ceux que l'on voit dans la steppe, des bais à la robe crème, crinière et queue noire.

Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)
Tous les touristes, plus nombreux que les chevaux, surgissent de tous les minibus de location... Nous ressortons du parc et nous nous installons dans une prairie pour la nuit. Jean-Pierre nous invite à partager des pâtes au pistou.
 
Lundi 14 juillet : Nous démarrons à l'heure habituelle, sept heures et demie. Nous rejoignons la grande route d'Oulaan Baatar, presque sans trous, en croisant beaucoup de véhicules qui semblent revenir du Naadam. Jean-Pierre a des problèmes avec une attache de son lit, il doit le descendre et donc rouler plus lentement. Nous entrons dans la capitale, étrangement sans encombrements, nous allons comprendre pourquoi... Nous cherchons la route de l'aéroport que nous finissons par trouver, peu après le lieu où nous avions renoncé lors de notre départ d'Oulaan Baatar. De l'aéroport nous nous rendons aux services de l'Immigration pour demander une prolongation de visa. Le portail est ouvert, aucune voiture sur le parking ! Un gardien s'approche et nous annonce que ce lundi est férié de même que le lendemain, nous devrons attendre mercredi matin pour faire les démarches... Nous décidons, avant de retourner à la guest house Oasis, d'aller visiter le Palais d'Hiver. Nous le trouvons presque par hasard, ravis de ne pas nous être trompés dans cette ville où il n'y a aucune indication de direction. Construit entre la fin du XIX° siècle et le début du XX°, il est un superbe exemple de palais chinois. 
Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)

Trois portiques, derrière un mur de dragons, ouvrent sur une succession de cours avec des pavillons disposés symétriquement, tous dans un pur style chinois, toits de tuiles vernissées en dos d'anguille, décors finement peints des linteaux et présentation dans les salles de beaux thangka, d'appliqués, de sculptures de Zanabazar.

Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)
Certains pavillons ont été restaurés et affichent des couleurs trop vives, nous leur  préférons ceux à la patine plus émouvante. Le long de ces pavillons se dresse un bâtiment de style russe, le palais proprement dit. Il est meublé, jolies chaises chinoises, et montre les objets, robes, tenues, dont un incroyable manteau de peaux de zibeline et de renards de plusieurs mètres de large, ayant appartenu au dernier souverain de Mongolie. Nous nous rendons à la guest house, sans traîner en ville vu le peu de circulation. Les Français que nous y avions rencontrés sont tous partis, remplacés par des Allemands ou des Anglais. Nous banalisons l'après-midi consacrée à remettre en état ce qui doit l'être, tenter un décrassage devenu indispensable de la cellule et de ma personne, donner du linge à laver puis consulter notre messagerie, répondre, envoyer des cartes postales etc... Nous dînons, un peu tôt à notre goût à l'auberge puis allons nous coucher, fatigués de n'avoir presque pas roulé !
 
Mardi 15 juillet : Pas pressés aujourd'hui. Nous sommes prêts à neuf heures, prenons un taxi pour nous rendre au marché "noir" mais il s'avère qu'il est fermé, pas la moindre agitation autour. Nos espoirs de trouver un beau coffre ou tout autre "souvenir" s'envolent... Sans descendre du taxi, nous nous faisons conduire sur la place centrale dite Sukhbatar. Peu de monde encore aujourd'hui et, sans les touristes, il n'y aurait personne dans les rues. Contrairement à nos craintes, le Musée National est ouvert. Il retrace l'histoire de la nation mongole des temps préhistoriques à nos jours. Les sites de fouilles sont nombreux et nous retrouvons les tumulus rencontrés dans la steppe, les pierres à cerfs et d'étonnantes gravures pariétales. Certaines montrent des chars qui n'auraient pas déparé au Sahara, la similitude est frappante. Au premier étage, une salle est consacrée aux différentes ethnies de la Mongolie, des mannequins ont été habillés avec les costumes traditionnels des ethnies qui, parfois, n'ont que quelques centaines de représentants de nos jours. Des robes sont magnifiques, les bijoux d'argent aussi. Au second étage est retracée l'histoire du pays, histoire où un Gengis Khan idéalisé se taille la part du lion, puis la période moderne est évoquée mais elle ne nous intéresse que médiocrement, faute de temps pour lire tous les cartons en anglais. Une salle expose les objets de la vie de tous les jours. Il ne semble pas qu'il y ait eu une grande évolution depuis les XIII° et XIV° siècles... Nous allons retrouver Jean-Pierre et prenons un taxi, après un rapide marchandage. Nous nous mettons à chaque fois d'accord sur des tarifs qui provoqueraient des crises cardiaques chez leurs homologues parisiens, de quelques dizaines de centimes d'euros, à quelques euros pour les plus longues distances ! Nous nous faisons conduire au "Mongolian Barbeque" qui jouit d'une excellente réputation dans les guides et chez nos prédécesseurs. Il n'est fréquenté que par des groupes de touristes. Un tarif unique d'environ 12 euros pour un buffet et des grillades à volonté. le buffet est composé de diverses salades, dont du kimchi coréen, très correctement épicé et de plats de poulet ou de porc, des soupes etc... Nous avons droit ensuite d'apporter à deux cuisiniers placés autour d'une grande plaque chauffée par en-dessous, des tranches fines de viandes de porc, mouton, bœuf, poulet (pas même décongelées) et de légumes qui vont être grillés ensemble, retournés au moyen de longues baguettes métalliques puis arrosés de sauces au choix. Ce n'est pas vraiment mongol, le choix de la sauce donnera un goût asiatique ou européen. Rien de bien exceptionnel néanmoins. Nous nous faisons ensuite conduire au temple Choijin lama, en plein centre, mais nous ne pouvons l'admirer que derrière ses murs car il est fermé, bien que la pancarte à l'entrée indique qu'il est ouvert tous les jours de l'année ! Nous sommes désemparés, la journée est quasiment perdue et nous devons attendre demain pour nous rendre à l'immigration où nous allons encore devoir attendre. Nous rentrons donc à l'auberge nous reposer avant d'aller refaire des courses au supermarché. Nous dînons ce soir encore à l'auberge puis nous regagnons notre camion. Nous appelons Julie avec Skype. Elle est à Toulon, en vacances.
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28 août 2014 4 28 /08 /août /2014 14:39

Lundi 16 juin : J'ai voulu ôter les protections des disques de frein, ceux déjà changés à Dar es Salam. Hier un incessant bruit de tôles m'avait alerté et j'avais réussi à extraire celui de l'arrière droit, complètement découpé et j'avais constaté que celui de gauche allait faire de même. Tandis que Marie se prépare, je me glisse sous la voiture pour ce faire. Un violent orage crève à ce moment et je ressors trempé et couvert de boue ! Nous devons attendre dix heures pour visiter la Grotte de Glace. Nous avons essayé de nous couvrir chaudement, d'abord parce qu'il ne fait que 14° C à l'extérieur mais aussi parce que la température avoisine les 0°C à l'intérieur. Après avoir franchi trois portes de sas, nous pénétrons dans cette grotte, sous une colline. Nous découvrons aussitôt quelques concrétions gelées, deux ou trois stalactites (ou mites), quelques cristaux sur la paroi dus à la condensation de l'air venu de l'extérieur. Pour renforcer l'effet, les responsables du site ont prévu des éclairages colorés, des lampes rouges, bleues, vertes, illuminent les parois qui ne sont pas de glace comme annoncé mais de vulgaires blocs de roches sans le moindre intérêt.

 

Mongolie 2014 (2.- Sibérie)

Nous progressons ainsi plus d'une heure sous la conduite d'un guide qui ne s'adresse aux visiteurs qu'en russe bien entendu. Le lac attendu, une simple mare, a des eaux d'une très grande pureté dans lesquelles se reflète la voûte. Pour terminer nous avons droit à un air du Prince Igor tandis que des lumières multicolores dansent sur une paroi... Nous ressortons furieux d'avoir perdu du temps pour cet attrape-nigauds. Nous repartons sur la route d'Ekaterinbourg, les orages se succèdent et lavent les voitures du plus gros de la boue qui les recouvre depuis hier. Nous traversons les monts Oural, de simples collines boisées peu élevées. Nous faisons un détour pour aller nous prendre en photo devant un monument marquant symboliquement le partage Europe-Asie.

Mongolie 2014 (2.- Sibérie)
Nous arrivons à Ekaterinbourg, à la recherche d'un hôtel afin d'être enregistrés à la police. Guidés par Marie, nous traversons le centre-ville. Nous jetons notre dévolu sur l'un des moins chers, le Bolchoï-Oural, un survivant de l'ère soviétique, immense et désert. Nous avons une chambre bien simple, Jean-Pierre une autre et partageons la même salle de bain. Nous pouvons garer les voitures dans un parking sécurisé, gardé par un immense chien furieux. Je vais avec Jean-Pierre à la recherche d'une laverie automatique mais sans rien trouver. Je retourne changer des dollars puis j'utilise le wifi de l'hôtel pour lire les derniers messages et mettre le blog en ligne. Nous allons dîner tous les trois dans un Steak House à proximité. Notre connaissance du russe contraint un garçon à se remémorer ses leçons d'anglais du lycée. Marie et Jean-Pierre se régalent de pelmeni, des raviolis à la viande couverts de fromage puis d'une sorte de hachis Parmentier, Jean-Pierre affamé finit les plats. Pour ma part, je me satisfais d'un excellent tournedos grillé, saignant, servi avec une sauce excellente et accompagné de frites, un repas français ! Retour à l'hôtel sous le crachin. Grande toilette et petite lessive... Je ne suis pas couché, épuisé, avant minuit.
 
Mardi 17 juin : J'aurais bien dormi encore une heure ou deux de plus mais... Je suis courbatu et pas suffisamment reposé mais il faut partir visiter Ekaterinbourg et ses merveilles cachées qu'a devinées Marie... Avant, nous allons prendre le petit déjeuner dans une salle digne d'un relais de bas étage sur l'autoroute, modèle russe bien entendu. Très copieux le petit déjeuner, sous forme de buffet : pain, cake, charcuterie, soupe, fromage, macaroni, poisson frit, salades diverses et autres préparations inconnues. Le thé n'en est pas, la confiture infâme, le poisson plein d'arêtes, la charcuterie a goût de carton, rien de gastronomique donc. Il ne pleut plus, le ciel est bleu, à peine voilé et il fait un froid sibérien. Nous partons à la recherche de la ville historique par des avenues aux constructions modernes. Nous traversons un parc puis aboutissons à la place centrale sillonnée par des trolleybus antiques, sans doute mis en service à l'ère brejnévienne voire plus avant !
Mongolie 2014 (2.- Sibérie)
Marie nous fait faire un long tour d'un pâté de maisons sans trouver l'ombre d'une maison ancienne. Nous enchaînons par le quartier dit des écrivains, passons devant la demeure de l'un d'eux du XIX° siècle, totalement inconnu de nos services... Le quartier est plus calme mais sans guère d'attrait. Nous apercevons les bulbes de l'église "Par le Sang Versé" récemment construite sur les lieux de l'assassinat de la famille impériale en 1918. Nous en approchons, elle est tout à fait quelconque et je refuse de la visiter, comme pour le Sacré Cœur de Paris : deux églises bâties en expiation de crimes imputés au peuple supposé égaré ! J'y abandonne Marie, Jean-Pierre et moi revenons à l'hôtel, passons acheter du pain et de l'eau et reprenons les voitures. Nous récupérons Marie et cherchons la sortie de la ville. En nous dirigeant au sud nous finissons par trouver une avenue puis des échangeurs qui nous amènent à la route de Tyoumen. Il est déjà tard, nous déjeunons rapidement dans le camion puis avançons toujours vers l'Est. Les ralentissements ne sont pas rares, généralement à cause de travaux. Je commence à désespérer d'arriver un jour en Mongolie et frémis à l'idée de devoir retraverser la Russie ! Occasion pour certains conducteurs de montrer leur manque de civisme, ils roulent sur le bas-côté pour passer devant les autres, passent quand le feu régulant la circulation alternée est rouge, etc... Etonnant comme ils sont respectueux des feux et des passages cloutés en ville ! Paysage de champs et d'arbres alignés en files coupe-vent. Nous décidons d'arrêter peu avant Tyoumen, en lisière d'un champ, derrière un rideau d'arbres. Nous tendons un fil pour mettre à sécher dans le vent les vêtements encore mouillés.
 
Mercredi 18 juin : Nuit sans surprise, mais au réveil nous ne sommes pas seuls. Pas question de mettre le nez dehors, moustiques, moucherons, taons, frelons, guêpes et autres bestioles bourdonnantes et urticantes nous attendent de dard ferme. Regagner l'habitacle une fois prêts se fait en moulinant des deux bras, en pestant fort et en crachant avec hargne. Nous sommes bientôt à Tyoumen. Nous cherchons un supermarché pour acheter un gâteau afin de fêter dignement l'anniversaire de Marie qui a eu la surprise de se voir offrir à cette occasion le tableau (du moins la photo...) de Lepri qui lui plaisait tant. Nous nous perdons dans la ville sans trouver de grande surface. Nous allions renoncer et reprendre la route de Tobolsk quand nous en trouvons une. Rapides emplettes dont un splendide gâteau au chocolat ! Nous repartons sur la bonne route, peu fréquentée de Tobolsk. Nous y sommes peu après le déjeuner et avoir traversé un, ici l'Irtych, de ces larges fleuves dont la Russie a la spécialité. Nous devons demander notre chemin, faute d'indications en ville, pour trouver le kremlin. Nous le découvrons, superbement éclairé par le soleil, dominant la vieille ville et le fleuve qui coule à ses pieds. Derrière la muraille chaulée, flanquée de tours rondes, s'échappent les bulbes dorés ou bleus de la cathédrale Sainte-Sophie et la haute tour du clocher.
Mongolie 2014 (2.- Sibérie)

Les abords sont calmes et agréables, nous pouvons nous garer le long de la muraille. Nous devons contourner la cathédrale pour en trouver l'entrée. Vaste, elle est entièrement, murs, piliers et voûte, couverte de fresques, récemment repeintes à la manière des restaurations russes, c'est-à-dire pour donner l'aspect du neuf. Dommage mais l'ensemble est tout de même impressionnant. Un jeune pope officie, tout le monde se signe, se frappe du signe de croix à la mode orthodoxe, brûle des cierges.

Mongolie 2014 (2.- Sibérie)

Nous marchons jusqu'au rebord de la falaise pour contempler la ville basse. Hélas les maisons anciennes ont presque toutes disparues, remplacées par des immeubles laids pour la nouvelle bourgeoisie. Nous apercevons les deux églises de l'Archange Mikhaïl et surtout de Saint Zacharie et Elizabeth. Nous achevons le tour à pied du kremlin et reprenons les voitures pour aller voir de plus près ces deux églises et ce qui reste du Tobolsk d'autrefois. Saint Zacharie et Elizabeth a belle allure, une grande construction de briques aux fenêtres décorées, chaulée de frais, et ses toits, bulbes, gouttières, dessus de fenêtres d'un beau noir, forment un contraste remarquable.

Mongolie 2014 (2.- Sibérie)

Mais pas question de visiter, elle est en restauration, comme l'autre église du kremlin. Nous circulons dans les rues très calmes qui donnent l'impression d'un village, la verdure est partout mais les maisons sont presque toutes abandonnées, les fenêtres des maisons en rondins sont condamnées, celles en pierre ou en brique tombent en ruine, envahies par la végétation. L'église de l'Archange Mikhaïl aux toits verts, avec un bel escalier extérieur n'a pas grand-chose à montrer au visiteur mais son extérieur est intéressant. Nous nous rendons sur les bords du fleuve assister au débarquement dans le sable des voitures qui traversent sur un bac. De là, la vue sur le kremlin et les tours de Saint Zacharie et Elizabeth, est superbe.

Mongolie 2014 (2.- Sibérie)
Nous retournons nous installer au parking le long des murs du kremlin pour fêter les 68 ans de Marie. Le champagne est au frais et grâce au foie gras de Vettou, ce sera presque comme à la maison ! Nous sommes en pleine euphorie quand surgit un individu psychiquement perturbé. Il nous apostrophe, cogne aux fenêtres puis tape du poing sur la carrosserie. Nous sortons, Jean-Pierre et moi, tentons de l'éloigner mais le malheureux ne comprend rien et nous non plus à ses discours. Ne parvenant pas à l'éloigner et celui-ci continuant de vouloir ouvrir les portes du camion, je parle d'aller chercher la police. Je guette un véhicule  de patrouille au bord de l'avenue, bientôt rejoint par l'énergumène que chasse devant lui Jean-Pierre mais notre ami ne semble pas décidé à nous lâcher, se montre vaguement menaçant. Nous avons l'idée d'aller demander à l'auberge qui nous fait face de téléphoner à la police. Il nous y suit, tente à plusieurs reprises d'y pénétrer. Arrive la milice appelée par la réceptionniste. Une jeune fille qui parle trois mots d'anglais nous accompagne au commissariat avec le "perturbé" dans une jeep de la police. Nous ne voulons pas porter plainte, nous sommes ramenés à l'auberge, notre individu lui part pour une destination indéterminée... Jean-Pierre parle d'aller s'installer ailleurs, certain d'avoir d'autres problèmes dans la nuit. Nous finissons le repas, confit et patates sautées puis gâteau au chocolat acceptable. Jean-Pierre n'a plus très faim... Nous terminons la soirée par une courte promenade sous les murs du kremlin alors qu'à onze heures du soir il ne fait pas encore nuit.
 
Jeudi 19 juin : Grand beau ciel bleu au lever. Je laisse Marie finir de se préparer et retourne faire des photos en contournant le kremlin.
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Jean-Pierre qui a des problèmes avec sa barre de stabilisation arrière, un silentbloc a disparu, n'a pas très envie de prendre la route directe d'Omsk dont nous ne connaissons pas l'état. Nous reprenons donc la route de Tyoumen où nous parvenons avant midi. Nous contournons la ville et continuons sur la route d'Omsk, encore plus de 600 kms ! Toujours des files de camions qu'il faut doubler sur une route très mauvaise, un de ces revêtements "Orangina" comme les appelle, sous d'autres cieux et à propos de pistes, ce cher monsieur Gandini. Les ponts sont très souvent en réfection ou incapables de supporter la charge de deux files de poids lourds, on les emprunte alternativement dans un sens puis dans l'autre. Le paysage est un mélange de Picardie pour les champs et de Vosges pour les forêts. La constante est la présence de moucherons et de moustiques qui interdisent de trop mettre le nez à l'extérieur. Ils sont si nombreux qu'il faut constamment nettoyer le pare-brise. Le ciel se voile mais la température reste douce. En approchant d'Omsk, nous devons une fois de plus avancer les montres d'une heure. Nous avons maintenant cinq heures de différence avec la France. Nous traversons une zone inondée et arrêtons peu après pour bivouaquer dans un champ en retrait de la route.
 
Vendredi 20 juin : Nous avions réussi à éliminer tous les importuns moustiques hier soir. Et au petit matin, entrés, nous ne saurons jamais par où, ils sont de retour. Nouveau massacre ! Le ciel est gris, il tombe quelques gouttes mais cela va aller en s'améliorant toute la journée. Nous voici repartis pour une nouvelle journée de route, à avaler des kilomètres, d'abord sur une très mauvaise route, jusqu'à Omsk. L'entrée de la ville est sinistre, rues défoncées, bâtiments industriels peu engageants mais nous ne faisons que contourner la ville. Le revêtement est bien meilleur ensuite et la densité du trafic n'interdit pas une bonne moyenne. Paysage de plus en plus picard et de moins en moins vosgien. En fin d'après-midi, nous traversons des étendues marécageuses dorées par une douce lumière, plantées de touffes de bouleaux. Nous avons l'idée de passer la nuit dans une bourgade où passe le transsibérien. Nous nous rendons à la gare pour nous informer mais, incapables de formuler notre souhait et regardés comme des débiles légers, nous allons bivouaquer dans les bois à la sortie de la petite ville, pour le plus grand plaisir de moustiques de compétition, les plus dodus rencontrés de mémoire d'Africain ! Jean-Pierre vient prendre le pastis dans notre camion, il reste dîner.
 
Samedi 21 juin : Nous nous réveillons de nouveau lutinés par de coquines anophèles, sans doute produites par génération spontanée... Il fait beau et vite chaud. Difficile de croire que nous avions froid à Ekaterinbourg ! Nous nous sauvons dès que possible après une nouvelle hécatombe. Nous continuons en direction de Novossibirsk dont nous ne verrons rien, la contournant avant de retrouver la classique route à deux voies, pas trop encombrée mais toujours coupée par des travaux. Nous nous arrêtons pour refaire un plein de gasoil et découvrons qu'il existe un poste de lavage des véhicules. Nous y faisons décrasser nos camions qui abandonnent leur croûte de terre. Nous en profitons aussi pour remplir partiellement nos réservoirs d'eau. Trouver de l'eau est un problème en Russie. Les stations-services ne sont pourvues ni de poste pour air comprimé ni pour l'eau. Toutes n'ont pas de toilettes et quand il y en a... La caissière est invisible derrière une étroite lucarne juste à la taille d'un billet. Nous déjeunons avant Tomsk où nous arrivons en début d'après-midi. Nous traversons le fameux Ob, ses plages sont occupées par les citadins qui, en ce temps de canicule, vont se rafraîchir dans l'eau. La première impression est très favorable, une belle avenue bordée de bâtiments en pierre du XIX° siècle restaurés, derrière des parterres de verdure. Nous voulons essayer de trouver un parking d'hôtel qui nous accepterait. Nous faisons le tour des trois principaux établissements, tous refusent ! Pour passer de l'un à l'autre nous avons traversé les quartiers du centre-ville, apercevant au passage de belles maisons en bois ou en pierre que nous nous promettons de voir de plus près. Nous nous garons dans le centre et partons à pied, le nez en l'air. Aussitôt nous sommes séduits par ces maisons en bois, rondins ou planches, à un étage dont les fenêtres ont des encadrements très ouvragés, des frises et les piliers sont également sculptés.
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Les plus cossues sont pourvues de balcons supportés par des piliers. Hélas les fenêtres sont très souvent en PVC et les interstices entre les rondins, comblés avec des mousses isolantes. Toutes les maisons ne sont pas restaurées et beaucoup tombent en ruine mais le quartier est encore préservé de constructions modernes.

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Nous continuons notre promenade par la place Lénine, un reste de l'ère soviétique avec un Hôtel de Ville aussi hideux que ceux des autres villes (ou de Toulon !). Derrière le bâtiment nous allons prendre un pot au restaurant le plus chic de la ville, les prix nous dissuadent d'y dîner ce soir. Faute de Coca ou de tonic nous prenons une bière pression vite avalée et laissant la soif identique cinq minutes plus tard... Nous revenons aux camions par la Perspective (comme on dit ici...) Lénine, plus étroite dans cette portion mais toujours bordée par des édifices du XIX° siècle, devenus des magasins aux vitrines peu alléchantes. La chaleur, comme pour les jolies fleurs, a fait sortir toutes les jeunes filles, court vêtues et chaussées de talons hauts qui mettent en valeur le galbe de leurs jambes. Nous montons au sommet d'une petite colline, continuons par un escalier pour accéder à la terrasse du musée historique. La vue embrasse la place Lénine et ses abords mais il faut grimper au sommet d'une tour pour une vue sur toute la ville. Vue que j'aurais préféré ne pas avoir car mon illusion d'une ville sortie d'un roman de Gogol ou d'une histoire de Tchekhov ne résiste pas à la vision des toits colorés des immeubles modernes, les anciennes maisons étant noyées dans la masse et indiscernables. Nous décidons de chercher un restaurant pour ce soir. Le premier est un self-service amélioré mais ne correspond pas à l'idée que nous nous faisions d'une soirée au restaurant. Un second, le Obzhorni Ryad, conviendrait mieux mais il est encore tôt. Nous repartons voir d'autres maisons à quelques pâtés de là. Trois d'entre elles, la germano-russe, la maison des paons et celle des dragons sont, surtout les deux premières, fort bien restaurées et entretenues, particulièrement tarabiscotées dans la décoration à base de frises, de pignons, de cadres de fenêtres, de loggias, de bois découpé et peint.

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Nous revenons dîner russe : harengs pour moi, roulés au crabe (surimi !) et caviar (œufs de lompe !) suivis de bœuf Stroganov pour Marie, d'un hachis d'ours (!) ou de chevreuil ( deer ?) pour Jean-Pierre et moi. Le tout arrosé de vrais demis de bières pression; L'addition est tout de même bien élevée pour si peu. Nous hésitons sur le lieu où nous garer pour la nuit, le parking derrière l'hôtel de ville qui avait ma préférence n'a pas l'heur de convenir, aussi revenons-nous nous garer dans le centre.
 
Dimanche 22 juin : Quelques bruits dans la nuit mais nous avons tout de même dormi. Jean-Pierre se décide à utiliser son logiciel de cartographie et la sortie de la ville est rapide. Nous prenons la route de Mariinsk où nous devons rejoindre la route venant de Novossibirsk, prenant ainsi un raccourci qui, si la route est bonne, nous économisera du temps et des kilomètres. Le revêtement est un joli patchwork au début puis va bien s'améliorer. Nous sommes contents même si le ciel a tendance à se voiler. Des fleurs ont envahi la steppe, les cultures sont plus rares, la taïga nous environne. Nouvelle dégradation de la route qui devient piste défoncée, très poussiéreuse, Jean-Pierre devant soulève un nuage de terre sur plusieurs centaines de mètres. Nous retrouvons un goudron médiocre avant Mariinsk. Un gros bourg sinistre qui baigne dans une odeur de merde et de produits chimiques crachés par l'usine qui rouille au milieu des habitations. D'énormes tuyaux aux allures de monstre du Loch Ness courent le long des rues en formant des portiques à chaque entrée ou croisement de rue. La circulation presque nulle jusque-là redevient plus importante, principalement de camions, mais ce n'est pas trop un problème. Rapide halte pour déjeuner puis nous convenons de nous arrêter si possible sur le parking d'un hôtel à Krasnoïarsk. Evidemment aucune indication dès que nous sommes en ville, je ne sais où me diriger mais Jean-Pierre active, à ma demande, son logiciel et nous trouvons ainsi le centre et l'hôtel Krasnoïarsk. Un jeune employé s'empresse de nous ouvrir la barrière et de nous trouver deux places sur le parking de l'hôtel. A la réception, l'accueil est d'abord plus frais, pas question d'être sur leur parking si nous ne résidons pas à l'hôtel ! Puis la charmante réceptionniste nous autorise à nous installer sur un autre parking gardé, devant l'hôtel. Soulagés d'être garés pour la nuit, nous allons à la découverte des lieux. Nous surplombons une place, devant le théâtre-opéra, où les parents peuvent faire faire à leurs gamins ou gamines des tours en mini voiture électrique ou sur des poneys (l'un d'eux est déguisé au moyen d'une combinaison en zèbre !). Une fontaine et quelques marches à descendre et nous voici sur une autre place où des guinguettes ont installé des tables, des chaises et même des canapés qui ont connu des temps meilleurs. Des haut-parleurs diffusent des airs de danse et quelques couples se déhanchent, parfois en cadence...
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Nous sommes plus intéressés par l'odeur des chachliks qui s'échappe des braises. Nous nous offrons des bières et des brochettes mixtes, porc et poulet, délicieuses avant de continuer de descendre pour rejoindre les bords du très large Ienisseï. Là aussi des guinguettes attendent le client. Beaucoup de Russes sont venus à la recherche d'air plus frais, en famille, les filles sont souvent très court vêtues, ni Jean-Pierre ni moi ne nous en plaignons. Nous remontons aux camions puis allons profiter du wifi dans le salon de l'hôtel et lire les messages reçus depuis Cracovie. En guise de dîner nous redescendons sur les bords de l'Ienisseï nous offrir une seconde tournée de chachliks et de bière mais nous étions plus satisfaits au premier établissement. Retour au camion et longue soirée sur l'ordinateur à répondre aux parents et amis.
 
Lundi 23 juin : Les noctambules ont discuté tard puis, dans la nuit, des jeunes se sont livrés à un "rodéo" avec des motos et un quad, faisant rugir les moteurs. A six heures, je n'ai pas très envie de me lever... Nous trouvons un message de Julie qui a déjà réservé son vol pour les Seychelles. Marie veut voir la gare avant de partir. Je dois me débrouiller  pour y arriver. Tâche accomplie sans trop de mal, pour apercevoir un gros bâtiment à coupoles verdâtres, très XIX° siècle, rénové XXI°. Toujours selon les désirs de Marie, nous revenons par l'avenue Mir, la principale de la ville, bordée de bâtiments pompeux avec colonnes doriques engagées, que l'on peut voir dans toute ville de Russie ou de l'Europe de l'Est... Nous empruntons le pont sur l'Ienisseï et continuons par de larges avenues, à la recherche de la sortie de la ville, vers Irkoutsk. Je navigue à l'estime, nous perdons beaucoup de temps dans ces villes dont les chaussées sont en piteux état et sans la moindre indication de direction. Nous y voici enfin... Les cultures ont disparu, des parcours vallonnés distraient de la monotonie de la steppe. Peu de circulation. La route continue dans un paysage de taïga verte, où la forêt est de plus en plus présente bien que les arbres semblent souvent malades, branches mortes, troncs à nu, arbres étêtés. Nous suivons la voie ferrée, croisant ou dépassant des convois mais jamais le Transsibérien, au grand désespoir de Marie, ma petite Jehanne de France... Ce n’est pas encore demain qu'elle aura la version illustrée par Sonia Delaunay... Nous avons encore avancé les montres d'une heure, ce devrait être le maximum, 7 heures de différence avec la France. Nous nous arrêtons pour la nuit dans une prairie couverte de petites fleurs orange, jaunes et blanches. Jean-Pierre s'invite à l'apéritif. Un gros orage éclate, il inquiète Marie et ne m'empêche pas de m'endormir.
 
Mardi 24 juin : La pluie d'hier soir a bien détrempé la terre et les quelques centaines de mètres parcourus pour rejoindre la route suffisent pour recouvrir le camion d'une nouvelle couche de boue qui le protégera des coups de soleil et des piqures de moustiques, le veinard ! Nous continuons sur une route alternativement bonne ou en travaux. Nous traversons quelques petites villes industrielles, rouille, grisaille et sinistrose. Nous approchons de la mythique Irkoutsk, comme Michel Strogoff, nous avons hâte d'y parvenir. Ma pratique du volant se "russifie" : non-respect des lignes continues, dépassements audacieux, vitesse excessive. A revoir ! Grâce au logiciel de Jean-Pierre nous trouvons facilement le centre-ville. Nous nous garons et partons, Jean-Pierre et moi à la recherche d'un hôtel afin d'être enregistrés. Le premier, le Rus, nous paraît bien cher mais après avoir tenté notre chance à l'Angara, encore plus cher, nous y revenons. 4200 roubles soit 92 euros pour une chambre quelconque avec des lits jumeaux ! Nous allons rechercher les camions, pas de parking, ils devront dormir dans la rue. Après une toilette complète et une lessive mise à tremper dans la baignoire, nous allons faire le tour de la grande place centrale. A priori, je ne suis pas très séduit par la ville, mélange de maisons anciennes et d'immeubles soviétiques, à préciser demain. Je suis fatigué, coup de barre, près de 10000 kilomètres au compteur, un quart du tour de la terre, il est temps de marquer une pause. La pluie revient, nous rentrons boire une bière à l'hôtel faute de trouver une terrasse de café dans le centre. Nous relisons le texte du blog, vérifions le courrier puis allons dîner ensemble au restaurant de l'hôtel. Les prix sont honnêtes et nous goûtons au fameux omoul, le poisson du lac Baïkal, excellent servi légèrement fumé, moins intéressant frit. Retour à la chambre pour finir la relecture du blog, le mettre en ligne et écrire à Julie.
 
Mercredi 25 juin : Nous étions bien endormis quand notre téléphone sonne. Croyant qu'il s'agit de Nicole, je me précipite, c'est une publicité pour Alfa Roméo... Difficile de se rendormir ensuite. Nous ne nous réveillons cette fois qu'à huit heures et allons prendre le petit déjeuner, copieux et de bien meilleure qualité qu'à Ekaterinbourg. Nous retrouvons Jean-Pierre qui est allé faire une promenade et après avoir réglé la douloureuse, nous allons nous promener. Nous suivons un itinéraire qui nous permet de passer devant d'anciennes maisons en briques de riches marchands à la curieuse décoration baroque et colorée.
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En passant, nous découvrons d'autres maisons de briques ou de bois, mais presque toujours isolées au milieu de tristes bâtiments en béton fonctionnel. Nous nous dirigeons ensuite vers l'église du Saint-Sauveur, derrière le monument à la flamme éternelle en souvenir des soldats tombés pendant la guerre de 1941-1945. Ses murs de brique chaulés sont joliment décorés dans le style baroque russe et des fresques sombres ont été restaurées sur le mur extérieur de l'abside.

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L'intérieur est sans âme mais nous pouvons, sans Marie déjà bien fatiguée, grimper tout au sommet du clocher d'où la vue embrasse le fleuve, le centre-ville et la toute proche cathédrale de l'Epiphanie.

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Nous nous y rendons, elle aussi a eu droit à un toilettage complet et brille de ses couleurs saumon, blanc et vert, toutes fraîches. L'intérieur, lui aussi repeint à neuf, avec ses fresques habituelles sur tous les murs, plafonds, coupoles, piliers, est néanmoins impressionnant.

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Nous revenons sur la grande place Kirov déjeuner, assis sur un banc d'excellents chawarma, confectionnés par un Arménien qui aimerait discuter mais la conversation est brève ! Nous revenons vers les camions mais, avant de les récupérer, nous allons visiter le musée des Beaux-Arts. Nous sommes presque les uniques visiteurs. Seule la salle des icônes, dont deux ou trois me plairaient bien, et celle où sont présentés une vingtaine de thangka provenant de Mongolie ou de Bouriatie, que je verrais bien aussi sur un de nos murs, retiennent notre attention, les autres salles n'exposent que des peintures "pompiers" ou de vilaine facture, le seul Levitan est une petite marine peu représentative. Nous partons pour la gare, nous garons devant et allons y faire une rapide incursion. C'est un long bâtiment élégant du tout début du XX° siècle, lui aussi bien restauré et coloré, toujours dans ces tons pastel qu'affectionnent les Russes.

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Nous reprenons les camions et allons dans le quartier des maisons des Décembristes. Nous y trouvons d'autres coquettes maisons de bois, bien entretenues. Nous visitons celle du prince Volkonsky, un noble exilé au fond de la Sibérie, rejoint, comme d'autres, par sa femme, qui menèrent à Irkoutsk une vie point trop pénible à en croire la grande demeure qu'ils occupaient. Peu de choses à voir, des photos, des copies de documents et quelques objets. Marie, très motivée par sa lecture de Danièle Sallenave, examine tout de près, je trouve cela d'un maigre intérêt... Nous nous rendons ensuite au monastère Zamensky, facilement repérable à son église monumentale, plutôt laide, débordante de tourelles et de bulbes, là aussi repeints de frais. 

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L'intérieur, couvert de fresques récentes, est néanmoins surprenant par son iconostase aux allures de baroque européen. Un pope officie avec un accompagnement chanté de trois voies prenantes. Cette fois nous en avons fini avec Irkoutsk, Jean-Pierre trouve sans peine la sortie de la ville en direction du lac Baïkal, nous nous arrêtons dans une prairie, à l'écart de la route pour la nuit. Nous allons boire le pastis puis dîner de pâtes au pistou dans son camion avant de nous coucher.
 
Jeudi 26 juin : Mal dormi et donc réveillé avec une heure de retard. Nous repartons en traversant une région très cultivée. A Ust-Ordynski, un gros bourg à l'écart de la route, nous trouvons un supermarché dont l'ouverture doit être récente au vu du manque d'expérience des employées. Tous ici ont le type asiatique. Ce sont des Bouriates, pas très souriants... A une fontaine dans la rue, nous refaisons les pleins d'eau, en faisant la queue avec les habitants qui viennent remplir de gros jerrycans, faute d'avoir l'eau courante chez eux ! Un plein de gasoil et nous poursuivons. Dans des enclos, parfois pourvus d'une table et de deux bancs, sous un petit toit sur le bord de la route, sont plantés des totems chamaniques sur lesquels sont accrochés ou enroulés des morceaux de tissus votifs. L'usage veut que le voyageur de passage dépose un petit don, une piécette, quelques kopecks, une cigarette, un bout de chocolat. Nous ne dérogeons pas à la règle, pour éviter les crevaisons... La moitié des véhicules que nous voyons depuis quelques jours, ont la conduite à droite. Ce sont des voitures japonaises d'occasion importées par Vladivostok. La forêt réapparait, j'aimerais voir une oursonne et ses petits traverser la route mais elles ne sont pas folles. Enfin nous apercevons le lac Baïkal, d'un beau bleu pur, enfin, un lac comme tout lac qui se respecte... Nous devons attendre quelques minutes l'arrivée d'un bac qui, avec d'autres touristes, tous russes, va nous faire passer sur l'île d'Olkhon. Nous débarquons sans avoir eu à payer la traversée. C'est désormais une bonne piste qui traverse l'île, peu large, sur les 70 kilomètres de sa longueur. Nous déjeunons avec une vue sur le lac puis continuons jusqu'à Khuzhir, la capitale. Juste avant d'y entrer, nous roulons jusqu'au bord de l'eau pour nous tremper les pieds dans le lac. Pas très chaude, comme il fallait s'y attendre. A Khuzhir, nous cherchons à acheter de l'omoul fumé mais ceux que nous trouvons sont entiers et nous ne nous ressentons pas de les préparer pour parfumer nos doigts. Nous traversons ce gros village qui vit aujourd'hui du tourisme. Des auberges, des pensions avec des bungalows, des locations de quads et des offres d'excursions abondent dans les rues. Les vacanciers sont sur la plage, un long ruban blanc qui fait suite aux falaises. Ils se font bronzer, peu se baignent. Nous nous approchons du rebord de la falaise derrière le village et découvrons deux gros rochers dans l'eau, devant une crique de galets. Des arbres votifs et des totems garnis de tissus sont disposés sur le rebord.
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Après avoir réussi à trouver de l'omoul sous vide dans une supérette, nous repartons vers le nord. La piste se divise en plusieurs branches, circule sur les collines puis entre dans une forêt où elle zigzague entre les arbres. Dans cette portion, la piste très ravinée est particulièrement difficile et nous roulons au pas, désespérant d'arriver à la pointe de l'île à une heure décente. Mais les choses s'arrangent, la piste redevient roulante même si nous dansons sur les ondulations du terrain. Une erreur de piste nous amène dans une crique avec une plage de sable blanc. Nous continuons et parvenons enfin à l'extrémité nord mais il faut encore marcher et nous remettons la promenade à demain. Marie, est déçue de ne pas arriver avec la voiture au sommet des falaises. Nous nous installons à proximité, à côté de petits pavillons pourvus de tables et de bancs sous un toit.
 
Vendredi 27 juin : Nous sommes seuls au réveil à ce bout du monde. Encore un ! La brume recouvre le lac et nous dissimule sa rive occidentale. Nous retournons nous garer au départ du sentier qui mène à l'extrême pointe nord de l'île. Marie ne sait pas trop si elle va pouvoir y aller. Nous descendons le chemin qui passe entre les arbres. L'un d'eux est couvert de rubans votifs, transformé en arbre de Noël scintillant. Tout au bout nous sommes entourés par la mer sur trois côtés, une mer calme, à peine ridée par les envols d'oiseaux. Du haut des falaises, nous apercevons, aux jumelles, des points noirs, les têtes des phoques d'eau douce, des nierpa. Jean-Pierre en s'approchant du bord en découvre qui se dorent sur un rocher, d'autres sont dans l'eau, trop loin pour bien les voir.
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Nous revenons en suivant la crête des falaises, en passant d'un totem à un arbre votif. Nous reprenons les voitures et suivons une piste qui va bien au sud mais se termine dans un cul de sac, sur la côte orientale de l'île. Nous devons revenir sur nos pas. Nous repassons à la capitale, bref arrêt, le temps pour Marie d'acheter quelques "souvenirs" pour Julie ! Nous nous arrêtons pour déjeuner au bord d'une lagune, séparée de la mer par un cordon de sable, des vaches broutent la prairie, un tableau de Meissonnier ! Nous sommes au bac en début d'après-midi mais nous devons attendre une heure la mise en service d'un second bac pour retrouver la terre ferme. Nous avançons en direction d'Irkoutsk à bonne allure quand le camion commence à manifester de la mauvaise humeur. Le moteur crachote puis cale, repart après un  temps d'arrêt. Les mêmes symptômes qu'en Afrique du  Sud ! Jean-Pierre m'emmène reprendre du gasoil à plus de 30 kilomètres. Le phénomène se répète. Je change le filtre à gasoil sans résultat. Jean-Pierre me prend alors en remorque. Merci Jean-Pierre, content qu'il soit là... il roule vite à mon goût mais nous parvenons à la grande route d'Irkoutsk. Au village du carrefour, pas de mécanicien ! Je décide d'essayer de continuer sans être remorqué et ça marche ! En restant à un régime moteur bas, je parviens à rouler à plus de 80 km/h. Je soupçonne les particules qui bouchaient partiellement la crépine du réservoir d'avoir été aspirées lors de la prise en remorque, moteur tournant. Mais il ne faut pas en demander trop, pas d'accélération, c'est du provisoire ! Nous arrêtons à l'orée d'un bois pour la nuit. Un pastis s'impose, Jean-Pierre vient partager les boulettes d'une viande non identifiée, congelées, achetées au dernier supermarché... Que nous réserve demain ? Un Bouriate éméché vient quémander un verre d'alcool, nous ne lui offrons que de l'eau, il s'enfuit...
 
Samedi 28 juin : Réveillés sous un ciel triste, nous prenons la route. A mon grand étonnement, la voiture tourne rond, le repos de la nuit lui a été profitable. Les prairies font le bonheur de troupeaux de beaux chevaux bien gras au poil brillant, les attendrissants poulains de l'année, craintifs et étonnés ne quittent pas leurs mères. Les vaches, quand elles ne sont pas gardées par un bouvier à cheval, divaguent sur la route, de préférence sur la ligne continue sans étonner personne. Mais au bout d'une quinzaine de kilomètres le moteur recommence à hoqueter. Nous avançons quand même, par à-coups, à la recherche d'un avto mohika, expression que je pense indiquer en russe un mécanicien auto avant de comprendre qu'il s'agit d'un lavage voiture... A une trentaine de kilomètres d'Irkoutsk, j'identifie un atelier de réparation et vais y tenter d'expliquer mon problème. L'employé n'y comprend goutte, il faut attendre le chef. Ali survient, il comprend tout de suite et dirige les opérations. Le filtre à gasoil changé hier est redémonté, nettoyé, de l'air comprimé est envoyé dans les durites et nous en faisons sortir des caillots noirs ! Il faut ensuite démonter le réservoir, le rincer, souffler, nettoyer avant de tout remonter et refaire les pleins. Tout cela a pris du temps qu'Ali, un Iranien envoyé au fond de la Sibérie pour avoir trucidé à l'arme blanche deux individus en Lettonie, il y a près de 30 ans, occupe en nous racontant plein d'histoires avec force gestes : ses parties de chasse, ses opinions sur les différentes marques de voitures etc... Brave Ali et son compatriote Akram, merci de nous avoir fait partager votre repas, (pain et fromage !) et permis de continuer, pour la modique somme de 3000 roubles. Nous repartons, parvenons à Irkoutsk traversée (merci Jean-Pierre) sans erreurs, mais la ville se vide pour le week end et les encombrements ralentissent le trafic. La route traverse une belle forêt avant de descendre sur les bords du lac Baïkal à Kultuk, on devine le lac derrière des installations industrielles. Après Slyoudianka, la route suit de près le tracé du Transsibérien et les bords du lac. Nous cherchons à nous arrêter pour la nuit mais la voie ferrée interdit tout accès à la plage. Au village de Tankhoy, nous pouvons accéder à la plage en passant sous la voie ferrée et nous nous installons à la limite des galets.
 
Dimanche 29 juin : Marie a entendu siffler les trains toute la nuit et encore rêvé du Transsibérien... Ciel brumeux aujourd'hui, lourd, le lac et le ciel sont de la même pâleur métallique qui ne permet pas de les distinguer. Nous continuons de progresser vers Oulan-Oude sur une route parfois correcte, parfois en travaux, parfois parsemée de trous et de bosses qui feraient croire à la présence de taupes sous le goudron ! Nous longeons toujours la voie ferrée mais nous nous éloignons du lac Baïkal avant de suivre le cours de la Selenga jusqu'à Oulan-Oude. Nous nous garons dans le centre, à proximité de la grande place où, au milieu de parterres de fleurs, une gigantesque tête de Lénine (œuvre possible de Deibler ?), fixe l'horizon, sans le montrer du doigt comme d'habitude !
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Pas grand-chose d'autre à voir, une fontaine musicale, un opéra-théâtre rococo-soviétique matiné de bouriato-mongol, bref laid... Nous trouvons un supermarché, le Fauchon local avec des produits d'importation à des prix élevés. Nous allons déjeuner dans un restaurant mongol, Modern Nomads, histoire d'avoir un avant-goût... Très bons plats de viande de mouton ou de bœuf, copieux ainsi que des buzz, équivalents des pelmeni russes, plus gros. Nous ressortons le ventre plein... Nous cherchons le Musée Ethnographique, à la sortie de la ville. Nous nous trompons et nous arrêtons dans un datsan, un temple bouddhiste lamaïste. A l'intérieur du bâtiment principal, entouré de stûpa, nous assistons aux prières de quelques femmes qui se prosternent, se couchent sur le ventre de tout leur long, les mains jointes au-dessus de la tête devant une statue du Bouddha, derrière une vitre. Nous trouvons le musée de plein air un peu plus loin. Sur une grande prairie ont été disposés, dans un ordre chronologique, divers ensembles pour évoquer les civilisations qui se sont succédé en Sibérie, depuis l'âge de pierre jusqu'au début du XX° siècle. Les pétroglyphes ne sont pas identifiables, la reconstitution d'un habitat du néolithique trop soignée et les huttes des nomades de la toundra protégées par de très laids parasols métalliques. Les distances sont grandes, il fait une moiteur pénible et la digestion n'est pas terminée... Les familles sont venues pique-niquer sur les tables prévues à cet effet ou dans l'herbe et les enfants peuvent faire des tours de cheval ou de poney; Le zoo est aussi triste que tous les zoos, malheureux tigres et loups avachis, immobiles et ours grotesques dans des espaces insuffisants, traités comme des animaux de cirque auxquels on lance des rondelles de carottes. Nous revenons par les belles maisons et l'église du XIX° siècle, déplacées ici. On ne peut qu'apercevoir l'intérieur de l'église à travers une grille ainsi que l'intérieur meublé d'une maison dont les fenêtres sont encadrées d'une belle dentelle de bois.

Mongolie 2014 (2.- Sibérie)

La dernière, toute blanche, celle d'un médecin cossu, se visite. Elle nous console avec ses pièces richement aménagées. Nous nous apercevons en sortant que nous avons négligé toute une partie du musée mais nous manquons du courage pour y retourner. Nous reprenons les camions et sans coup férir, retraversons Oulan-Oude et continuons sur la route de la Mongolie. Nous la quittons pour le village d'Ivolginsk où se trouve un datsan réputé. Nous en apercevons les toits aux coins relevés de loin. A tous les arbustes des routes qui y conduisent, sont accrochés des carrés d'étoffe couverts d'écritures en sanscrit.

Mongolie 2014 (2.- Sibérie)
Une prairie, derrière, nous accueille pour la nuit. Nous sommes rejoints par un couple de sympathiques Australiens en moto, en provenance du Japon. Nous leur offrons le pastis dans notre camion en parlant de voyages bien entendu. Nous dînons léger puis nous regagnons la couchette, certains de faire de beaux rêves sous l'influence bénéfique du Dalaï Lama...
 
Lundi 30 juin : A cinq heures et demie, des jeunes, nous ne savons où, à une centaine de mètres, mettent la radio, chantent, crient puis disparaissent à six heures... Nous nous levons plus tard que d'habitude pour être à neuf heures au datsan. Encore peu d'animation. Nous pénétrons dans l'enceinte carrée et suivons les premiers fidèles qui, dans le sens des aiguilles d'une montre, font le tour des édifices, des maisons en bois traditionnelles russes, en faisant tourner les moulins à prière de toutes tailles, peints en rouge et couverts d'inscriptions en sanscrit (?) qui doivent traduire le Om mane padmi houm (Oh le joyau dans le lotus !). Nous parvenons à un temple où quelques lamas commencent à officier. Des dévots remplissent des requêtes sur des bouts de papier remis ensuite à un lama qui les transmet à celui qui va les lire ou plutôt psalmodier en chantonnant, à toute vitesse.
Mongolie 2014 (2.- Sibérie)

Nous allons voir d'autres temples, toujours des bâtiments carrés à plusieurs toits empilés aux coins relevés, très colorés, intérieurement aussi. Des représentations sont peintes sur les murs et aux plafonds, des bouts de tissus de toutes les couleurs forment des patchworks, des statues, représentations d'êtres fabuleux à plusieurs têtes et bras, mais pas de Bouddha, sont enfermées derrière des vitrines. 

Mongolie 2014 (2.- Sibérie)

Quelques lamas en s'aidant de clochettes, de tambours semblent se livrer à un marathon de récitatifs. Le temple principal sur plusieurs terrasses superposées, très kitsch, est fermé mais il a beaucoup d'allure avec des peintures quasi neuves, aux couleurs vives.

Mongolie 2014 (2.- Sibérie)

Nous retrouvons les temples de la Chine et pas du tout ceux de Birmanie. Après avoir fait le tour complet du complexe, nous reprenons les camions et prenons la route de la Mongolie. La forêt disparaît de plus en plus et des paysages de steppe se font plus présents. Nous déjeunons sur le bord de la route à côté d'un arbre votif et je ne manque pas de déposer ma pièce de 10 kopecks pour m'éviter de nouveaux ennuis (je n'avais pas laissé d'offrande à Olkhon, avant d'avoir les problèmes d'alimentation en gasoil ! Les Esprits s'étaient vengés...). Nous continuons sur une route de plus en plus étroite, de moins en moins bonne et de moins en moins fréquentée. Nous arrivons à Kyakhta, la dernière ville de Russie. Les casernes, des deux côtés de la route, semblent sa raison d'être. Nous changeons quelques dollars pour pouvoir refaire les pleins complets de gasoil avant la Mongolie et avoir encore des roubles pour le retour. Dernière halte à un supermarché puis nous cherchons un lieu de bivouac pour la nuit, Jean-Pierre nous emmène loin de la ville, sur des hauteurs. Nous prenons le pastis dans son camion puis dînons avec lui des boulettes de viande russes et de pommes de terre sautées.

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28 août 2014 4 28 /08 /août /2014 07:31
MONGOLIE
ETE 2014
 
Mercredi 4 juinA dix-sept heures, enfin, après les dernières emplettes (saucissons et charcuteries principalement...), nous quittons le parking du Carrefour de Grand Var et prenons la route pour la frontière italienne. Les kilomètres d'autoroute défilent, nous passons Nice avec quelques ralentissements puis nous sortons à la Turbie pour suivre une étroite route en lacets avec des vues sans soleil sur Monaco, ses yachts prétentieux et la mer qui se perd au sud. Nous trouvons la maison de Jean-Pierre qui nous accueille très gentiment, avec Mireille. Leur maison jouit d'une vue superbe sur la mer mais elle est architecturalement décevante, loin de ce que nous avions imaginé. Dernier pastis français puis un dîner avec des lasagnes qui réjouissent Marie et qui me valent une omelette en remplacement. Conversation sur le thème des voyages. Nous regagnons notre camion pour la première nuit de ce voyage. Coup de fil de Julie qui nous fait ses derniers adieux.  
 
Jeudi 5 juin : Nous sommes réveillés et aussitôt debout avec le jour. Nous avons repris nos habitudes dans le camion, je ne manque pas de râler après les placards et le réfrigérateur insuffisamment grands pour accueillir toutes nos provisions et qui ne manquent pas de les dégueuler à chaque ouverture. Nous sommes prêts à partir à huit heures en abandonnant Mireille, triste à l'idée de se séparer trois mois de Jean-Pierre. Nous rejoignons vite l'autoroute et entrons presque aussitôt en Italie. Bien connue série de viaducs er de tunnels puis après Gênes nous entrons dans les terres. Après Brescia les panneaux indicateurs me remémorent des sites de mes premiers voyages avec les parents en Italie : Desenzano, Sirmione etc... Nous déjeunons rapidement sur une aire de station-service. Je dois reprendre du gasoil, 1,75 euros le litre ! Je prends le minimum pour atteindre l'Autriche. Nous passons Venise, la circulation pénible quand il n'y avait que deux voies, celle de droite occupée par les camions, s'améliore et devient très fluide en attaquant la remontée dans une belle vallée qui s'enfonce dans les Alpes, encore mon décor rêvé pour "Le désert des Tartares". Quand nous atteignons les montagnes, l'autoroute les traverse presque continument sous des tunnels. La fatigue commence à se faire sentir. Nous voici en Autriche, une étape de 800 kms ! Jean-Pierre qui roulait derrière moi depuis ce matin, passe en tête à la recherche d'un emplacement de bivouac. A un carrefour il prend la direction de la Slovénie, confondant avec la Slovaquie ! Il a tout de même des doutes en découvrant des panneaux indiquant Ljubljana... En faisant demi-tour nous trouvons un vaste parking avec une buvette et des toilettes. Nous goûtons les bières locales en appréciant la chaleur du soleil puis nous regagnons nos camions que nous avons garés à proximité d'une table et de bancs. Nous étions seuls à l'arrivée, cela ne dure pas et bien que la place ne manque pas, une caravane vient se coller derrière nous ! Nous nous installons sur la table pour écrire puis dîner mais la fraîcheur arrive vite. Je ne traîne pas pour m'endormir...
 
Vendredi 6 juin : De plus en plus à l'est, le soleil nous réveille de plus en plus tôt et ce matin nous sommes prêts à sept heures ! Les premiers kilomètres se font en compagnie des locaux qui vont travailler à Klagenfurt. La circulation est plus fluide ensuite, toujours dans un paysage alpestre, prairies, forêts et chalets. A mon grand étonnement, le revêtement de la route n'est pas toujours parfait mais nous l'envierons sans doute dans quelque temps... Nous quittons les montagnes pour des plaines monotones. Avec l'intention de nous reposer quelques minutes, nous accédons à vitesse très réduite à une aire de repos. J'ai la surprise de voir un véhicule stationné commencer à reculer devant moi, traverser la route et continuer en marche arrière. Je l'évite par la gauche, Jean-Pierre par la droite puis je l'aperçois dans le rétroviseur continuer son petit bonhomme de chemin, et, emporté par son élan, grimper le rebord du talus avant de glisser vers la chaussée de l'autoroute et heureusement s'arrêter dans le fossé qui la borde. Personne au volant ! Sa conductrice ressort des toilettes, étonnée de ne plus retrouver sa voiture là où elle l'avait abandonnée sans avoir serré le frein à main. Nous lui laissons le soin de téléphoner aux secours... Nous passons Graz puis nous approchons de Vienne que nous contournons sans quitter les autoroutes et sans nous tromper de direction. Entre Vienne et Bratislava des éoliennes à perte de vue font mine de s'agiter mollement. Nous voici en Slovaquie, nous devons acheter, comme en Autriche, une vignette de circulation, le parebrise se remplit... Ce que nous apercevons de Bratislava laisse imaginer une capitale en pleine modernisation, les mini gratte-ciel surgissent de tous les côtés.  Le paysage n'est pas très différent, sans charme. Il commence à faire chaud, nous pique-niquons sur une aire de repos, sans ombre, nous avions mis du temps à nous réchauffer ce matin. L'autoroute s'arrête à Zilina, une simple route à deux voies, très encombrée lui succède, nous ne roulons plus à la même allure ! Nous passons des villes aux noms imprononçables avec trop de consonnes, (certaines inconnues !) et pas assez de voyelles, tels Tvrdosin ou Trstena... Nous prenons un raccourci en suivant le cours d'une rivière au milieu de la forêt. Dans les villages subsistent quelques vénérables maisons aux murs noirs constitués de troncs assemblés, plusieurs forment parfois des corps de ferme. Nous voici en Pologne. Nous nous arrêtons pour changer des euros en zloty. Je roule prudemment, ne connaissant pas trop les limites de vitesse, les radars sont de sortie ainsi que les caméras de surveillance. Nous retrouvons un bout d'autoroute avant Cracovie. Nous cherchons un camping, nous en trouvons un, pas celui que nous avions repéré mais après cette grosse journée de conduite, nous n'avons pas envie d'aller à la recherche d'un autre. D'ailleurs celui-ci est en pleine nature, au calme bien qu'occupé par un effrayant convoi de retraités hollandais en caravanes, chacun avec son antenne de télévision plantée devant son emplacement... Nous nous installons, décidés à faire la grasse matinée demain.
 
Samedi 7 juin : Le réveil est nettement moins matinal et, après une bonne douche, ce n'est qu'à neuf heures que nous quittons le camping. Après moult hésitations, nous avons décidé de laisser les voitures et de nous rendre en ville en bus. J'emmène Marie avec la voiture au passage clouté, me gardant bien d'essayer de couper le flot des véhicules dans les deux sens qui se ruent sur la route, après l'expérience presque traumatisante de la veille. Un minibus arrive presqu'aussitôt et, à toute allure, nous fait traverser les quartiers périphériques avant d'atteindre le centre-ville repéré à la présence de trolleybus. Nous contournons par de larges avenues aux immeubles autrefois cossus, mais certains ont aujourd'hui des crépis tristement gris ou en partie disparus. Après avoir traversé la Vistule, nous contournons le centre ancien et nous descendons au terminus, à proximité d'une galerie marchande moderne. Renseignement pris, la place centrale est à quelques centaines de mètres. Nous contournons une ancienne et imposante barbacane de briques avant de franchir la porte Florianska et suivre la rue du même nom, heureusement piétonne.
Mongolie 2014 (1.- Russie)

Bienvenue à touristland ! Les Polonais sont rares, on y parle toutes les langues et les boutiques sont toutes consacrées à satisfaire les envies, besoins des visiteurs... On propose même, entre le tour en mini taxi de la vieille ville et celui aux mines de sel, d'obscènes promotions sur les visites à Auschwitz ! La shoah commercialisée, banalisée... Les maisons anciennes, de style renaissance ou baroque ont souvent de belles façades colorées  dans des tons pastel, décorées de stucs ou de sgraffites qui imitent des damiers ou des formes en pointes de diamant, toutes choses déjà rencontrées dans toute l'Europe centrale. 

Mongolie 2014 (1.- Russie)

Nous atteignons rapidement l'ancienne place du marché dont nous avions gardé grand souvenir. Après une alerte de grisaille, le soleil est revenu et met en valeur les façades des maisons qui la bordent sur les quatre côtés réguliers de son carré. A l'un des angles, les deux hautes tours dépareillées de Notre-Dame dominent la place. En son centre la halle ancienne, grand bâtiment à étage, n'abrite plus aucun commerce de bouche mais dans une longue galerie éclairée par des réverbères, des stands de souvenirs, lui faisant perdre tout son charme. 

Mongolie 2014 (1.- Russie)

Nous  sommes déçus, ne retrouvant pas cette place telle que dans notre souvenir. Sont installés sous des tentes, des stands d'information pour nous ne savons trop quels produits. Et pour couronner le tout, un podium avec écrans géants, haut-parleurs et projecteurs, est posé en son beau milieu ! Nous entrons à Notre-Dame, bien que nous soyons mis en garde de visiter quand s'y tient un service divin, ce qui semble être le cas en permanence... Nous ne pouvons qu'admirer de très loin un retable sculpté et doré qui semble magnifique.

Mongolie 2014 (1.- Russie)

L'impression dégagée par la hauteur des voûtes, les murs colorés est puissante mais frustrante faute de pouvoir détailler chapelles, fresques, dorures etc. Alors que nous nous apprêtons à en sortir, entre un cortège de porteurs de fanions, d'hommes chenus aux belles barbes blanches soigneusement entretenues, suivis de blondinettes et pâlottes enfants de Marie, de quelques officiers coiffés de la classique casquette carrée et d'une longue cohorte de messieurs costumés en tenue de nobliaux d'autrefois, bonnets de fourrure, bottes de cuir rouge, redingotes généralement rouge lie-de-vin, plus rarement vertes, large ceinture, sabre recourbé et toutes médailles au vent. Renseignement pris, il s'agit de l'intronisation annuelle d'un nouveau roi d'une confrérie de notables et d'artisans de la ville. 

Mongolie 2014 (1.- Russie)

Nous faisons le tour de la place, découvrons le bâtiment du Collegium Maius. Un ensemble universitaire du XV° siècle, bâtiments de briques rouge sombre derrière de beaux pignons étagés. Sa cour est envahie de touristes qui troublent la sérénité de cet ancien lieu de sciences humaines. 

Mongolie 2014 (1.- Russie)

En face, l'église Sainte-Anne, dissimule derrière une façade quelconque un magnifique intérieur baroque, fresques au plafond, stucs, qui ne peuvent avoir été oubliés par Dominique Fernandez (à vérifier au retour !).

Mongolie 2014 (1.- Russie)

Nous revenons assister à la cérémonie lorsque le cortège où se mêlent sabres et goupillons de haute volée, sort de Notre-Dame, fait le tour de la place et revient assister à l'atterrissage de parachutistes aux pieds des assistants. On tire quelques coups de bombardes miniatures, les plumes de paon des bonnets s'agitent, les dames ont sorti leurs plus belles robes, parfois très démodées et les bambins déguisés en petits Polonais d'autrefois geignent dans leurs trop belles tenues. 

Mongolie 2014 (1.- Russie)

Nous allons déjeuner à la terrasse de l'un des cafés qui enserrent la place de leurs parasols. La bière pression, excellente, est glacée, les plats soi-disant de cuisine polonaise (bizarre la présence d'ananas dans les travers de porc !), peu copieux. Nous repartons en direction du Wavel, la colline où se dresse le château. Nous suivons une autre rue bordée de belles maisons. Au passage nous admirons la façade de l'église Saint-Pierre-et-Paul, précédée d'un bel alignement de statues des apôtres, même s'il ne s'agit que de copies.

Mongolie 2014 (1.- Russie)

A côté, l'église romane de Saint-André, cache un splendide intérieur baroque, la chaire en forme de bateau à voile dégouline d'or et d'argent, des putti peints ou sculptés paressent dessus, dessous, partout... 

Mongolie 2014 (1.- Russie)
Nous atteignons la colline du Wavel. Le château est une construction sans caractère que nous n'avons pas l'intention de visiter, nous nous contenterons de la cathédrale qui s'y dresse, accolée aux bâtiments royaux. L'intérieur foisonne de chapelles, toutes dédiées à de grandes familles. Nous croyons qu'il faut prendre un ticket pour la visite mais ce dernier donne principalement le droit d'accéder aux cryptes où se trouvent les sarcophages de rois, généraux ou personnages illustres dont peu nous sont connus. Mais nous pouvons escalader (Marie s'en dispense) un étroit et raide escalier de bois qui permet d'atteindre les cloches imposantes, enfermées dans un assemblage de poutres énormes, il doit y avoir une forêt entière dans ce clocher ! Du haut l'inévitable vue sur les toits de la vieille ville et les églises qui les surplombent. Nous achevons la visite par une belle chapelle aux murs couverts de fresques du XIV° siècles, peu intéressantes et dotée de deux beaux retables de la même époque, difficiles à détailler par une barrière mal placée. Nous revenons cahin-caha, Marie traîne la patte, nous tentons de voir encore quelques églises mais partout s'y déroulent des messes, très suivies. Nous revenons prendre un minibus et regagnons le camping. Je vais rechercher Marie à l'arrêt puis je vais m'installer au bar dans la verdure, boire une bière, encore une excellente, et commencer à reporter les photos sur l'ordinateur avant d'être chassé par les moustiques.
 
Dimanche 8 juin : Nouveau départ de bonne heure. Le dimanche, la circulation est faible, surtout à cette heure, et nous pouvons facilement couper la route pour nous diriger vers Cracovie que nous contournons sur des autoroutes avant de prendre la direction de Varsovie. Ce n'est plus une autoroute mais une simple nationale à deux voies, la chaussée déformée par les camions comme nous avions connu autrefois les routes de Pologne. Mais cela ne dure pas et si la route n'est pas plus large, le revêtement lui s'améliore. A mi-parcours nous retrouvons une portion d'autoroute mais nos espoirs d'arriver rapidement à Varsovie s'envolent au bout d'une cinquantaine de kilomètres quand nous devons nous résigner à continuer sur une simple route, heureusement pas trop fréquentée et sans camions. A l'approche de Varsovie la route devient à deux fois deux voies mais coupée de plus en plus souvent par des feux tricolores ou des passages pour piétons. La campagne est plate, monotone, des cultures à perte de vue, seuls des champs parsemés de coquelicots égaient l'uniforme verdure. La traversée ou plutôt le contournement de Varsovie se fait assez rapidement, nous nous arrêtons pour déjeuner quand nous sommes sur la route de Bialystok. Toujours une route à deux voies mais bonne et roulante, le réseau routier polonais s'est bien amélioré depuis notre dernier passage même s'il n'est pas encore aux normes d'Europe occidentale... Nous traversons des forêts épaisses et des cueilleurs proposent sur le bord de la route des girolles et des fraises. Nous achetons des champignons pour l'omelette du dîner. Nous quittons la route de Bialystok pour suivre une autre route, plus courte et tout aussi bonne, qui nous amène à Augustów. Presque chaque poteau électrique est surmonté d'un énorme amas de brindilles dans lequel nichent des portées de cigogneaux que leurs mères surveillent fièrement. Encore quelques kilomètres pour Suwalky où nous empruntons une petite route en travaux pour gagner les bords d'un lac où nous nous installons dans un camping. Ce n'est pas le lieu sauvage et désert que j'avais imaginé... Nous ne sommes pas seuls quoique nous n'ayons pas à nous plaindre vu le nombre de voitures (et de motos !) que nous avons croisées regagnant Varsovie le dimanche soir. Nous sortons la table et les fauteuils mais Marie trouve qu'il y a trop de vent et préfère rester dans le camion ! Nous prenons le premier pastis du voyage, installés dans l'herbe de la prairie. 
 
Lundi 9 juin : Je suis réveillé à quatre heures, il fait déjà jour ! Nous ne nous levons qu'à six heures et reprenons la route de la Lituanie. Dernier plein de gasoil pour épuiser nos zlotys. Ce n'est plus dimanche, les camions sont sur les routes et nous ne pouvons que les suivre, sans aucun espoir de les dépasser, mais ils roulent à bonne allure. Passage en Lituanie avec juste un arrêt pour acheter la vignette automobile. Le pare-brise, grâce à notre collection, est décoré comme un maréchal soviétique. Nous commençons à rencontrer d'anciennes maisons en bois avec les cadres des fenêtres ouvragés, peints d'une couleur différente des murs. Nous traversons Kaunas sans nous arrêter mais en nous trompant plusieurs fois aux carrefours mal indiqués. Nous arrêtons pour déjeuner au bord d'une mare, Jean-Pierre en profite pour casser son éclairage de plaque en reculant dans un arbre ! Nous continuons d'avancer mais nous avons avancé nos montres d'une heure à la frontière et le temps passe vite. Des travaux sur la route contraignent à une circulation alternée et bien que la signalisation ne soit pas toujours scrupuleusement respectée, nous perdons du temps. Nous quittons la Lituanie pour la Lettonie sans presque nous en apercevoir. A Daugavpils, nous cherchons un supermarché, occasion de nous remettre en mémoire nos quelques mots de russe... Nous en dénichons un comme nous aimerions en trouver par la suite... Nous rachetons des fruits et de la viande, pas de conserves, nous n'avons pas encore entamé notre stock. Encore des kilomètres sur une bonne route peu fréquentée jusqu'à Rēzekne. Le ciel, couvert toute la journée, se décide à crever et une averse lave le pare-brise et salit la carrosserie. Nous passons Rēzekne et finissons par trouver un camping au bord d'un lac. Nous y sommes les seuls. Jean-Pierre qui fête aujourd'hui ses 66 ans a mis le champagne au frais. Nous l'accompagnons avec des toasts grillés sur lesquels nous étalons des tranches d'un poisson inconnu fumé. Nous dînons ensemble dans le camion, encore un repas plus alcoolisé que prévu...
 
Mardi 10 juin : Dans la nuit, des pêcheurs sont venus mettre une barque à l'eau et malgré leur discrétion, ils nous réveillent. Nous profitons des installations sanitaires de ce camping/motel, tout récent mais mal fini. Nous sommes bientôt à la frontière. A notre grande surprise, la sortie de Lettonie ne se fait pas sans contrôle tatillon, passeports, carte grise, permis de conduire. Un groupe d'une quinzaine de camping-caristes français, des gens âgés, est dans la file d'attente. Puis nous commençons les formalités côté russe, relativement rapides pour la police, elles traînent à la douane. Le nombre de camping-cars perturbe le douanier très tatillon et il nous faut trois heures pour enfin rouler sur les routes russes. Nous avons encore avancé nos montres d'une heure et il est temps de déjeuner. Nous changeons des dollars avec un "biznessman" qui tient boutique sur une table de la cafeteria de la première station-service. Plein de gasoil enfin à un tarif intéressant, 0,70 euros ! Nous repartons sans espoir d'arriver à proximité de Moscou ce soir. Des orages éclatent et se succèdent tout l'après-midi. La chaussée n'est pas toujours bonne mais nous roulons bien, doubler les camions ne pose pas de problème, nous dépassons des éléments du convoi des camping-cars qui se traînent à 60 km/h. Je suis fatigué, pas assez dormi, Jean-Pierre trouve que nous roulons trop, aussi décidons-nous d'arrêter vers les 17h30 à Nelidovo, au "camping", en fait un de ces parking "staïanka" que nous avions fréquentés lors de notre premier voyage en Russie, un simple terrain sans commodités, entouré d'un haut mur surmonté de barbelés et surveillé par un gardien dans son mirador ! Pas très plaisant... Le groupe des camping-caristes français y arrive par groupes dans  la soirée.
 
Mercredi 11 juin : Nous avions fermé tous les rideaux et dans le noir complet nous avons bien dormi, sans nous réveiller, jusqu'à six heures. Quand nous sommes prêts à partir, Jean-Pierre, au grand plaisir de Marie qui en avait elle aussi envie et contrairement à ce qui avait été convenu avant le départ, nous demande si nous ne pourrions pas nous arrêter à Moscou et passer le reste de la journée sur la Place Rouge ! Je suis furieux, je n'ai aucune envie d'aller me fourrer dans la circulation de la ville et d'y trouver un emplacement pour la nuit... Nous repartons à bonne allure dans un paysage toujours aussi vert et monotone. Les derniers kilomètres se font sur une autoroute en travaux puis nous atteignons le périphérique dans les encombrements. Long contournement de la ville avant de nous diriger vers le centre pour trouver, grâce au GPS, un parking proche de la Cité du Cosmonaute, indiqué par un voyageur sur son blog. Le long d'une artère fréquentée, la nuit risque d'être peu agréable... La station de métro la plus proche est plus éloignée que nous ne le pensions, aussi un ami du gardien se propose, moyennant finance, de nous y déposer. Nous retrouvons les métros russes avec une descente en escalator vertigineuse. Les rames sont très bruyantes mais nous sommes rapidement dans le centre. J'ai mal examiné la carte et nous ressortons à l'air libre à une station encore éloignée de la Place Rouge. Nous marchons longtemps avant d'apercevoir les murs du kremlin et de nous retrouver sous la cathédrale Saint Basile, celle aux bulbes colorés, présente sur toute carte postale...
Mongolie 2014 (1.- Russie)

Mais l'accès à la Place Rouge est interdit, nous devons contourner Saint-Basile, apprendre au passage que nous sommes à la veille de la fête nationale et que les tentes, le podium qui y ont été dressés sont destinés aux festivités du lendemain ! Néanmoins nous visitons la cathédrale, retrouvons avec plaisir le dédale des chapelles sur deux niveaux, aux murs repeints à fresque à décor floral. 

Mongolie 2014 (1.- Russie)

Elles abritent de superbes iconostases et de magnifiques icônes, en particulier une Trinité de l'Ancien Testament. 

Mongolie 2014 (1.- Russie)

Un quatuor d'hommes pour assurer la promotion et la vente de ses cd, s'est installé dans l’une des chapelles et régale les visiteurs d'airs religieux. Les voix résonnent magnifiquement sous les voûtes, en particulier la basse remarquable. Nous devons traverser le magasin Goum pour longer la Place Rouge, occasion de revoir ces temples du luxe, en face du mausolée de Lénine. Les galeries sont très belles mais la débauche de publicités tapageuses gâche la perspective.

Mongolie 2014 (1.- Russie)
Nous débouchons sur l'entrée de la Place Rouge, seul endroit où nous pouvons avoir une vue sur les murs du kremlin, le mausolée de Lénine et Saint-Basile caché en partie derrière le podium érigé pour la plus grande gloire du despote moderne. Des tee shirts à son effigie sont vendus, certains le montrent avec des lunettes noires qui lui donnent des airs de mafioso du plus sûr effet. Nous ne savons plus trop que faire. Marie insiste pour montrer à Jean-Pierre des stations de métro. Nous repartons pour la station Komsomolskaïa où nous changeons de ligne et où nous revoyons les splendides mosaïques à la gloire de Lénine au plafond de la station. Nous rentrons ensuite. Je retourne à pied au parking avec Jean-Pierre puis vais rechercher Marie avec la voiture, sans me tromper dans les rues. Nous dînons chacun dans notre camion en nous demandant si la nuit ne sera pas trop bruyante.
 
Jeudi 12 juinQuelques motos dans la nuit ont fait rugir leurs moteurs mais nous avons tout de même bien dormi et nous sommes prêts à affronter l'abominable journée de route qui nous attend ! En ce jour de fête nationale, nous espérions peu de monde dans les rues, ce qui fut le cas dans Moscou dont nous sortons rapidement. Après m'être trompé de sens sur le périphérique, erreur vite corrigée, nous prenons le pseudo autoroute de Kazan. Pseudo car elle n'a d'autoroute que les deux voies (pas toujours) séparées mais elle est continuellement coupée par des passages piétons, des feux tricolores et les traversées d'agglomération se font à vitesse limitée (nous ne savons toujours pas quelles sont les normes en Russie !). Est-ce la fête nationale, amorce d'un long week-end, le début des vacances scolaires, qui a poussé les familles sur les routes ? Toujours est-il que tout Moscou semble avoir choisi la destination de Vladimir pour cette journée. Nous roulons au pas dans d'abominables bouchons sur plusieurs files. Le sens de la discipline pousse de nombreux conducteurs à rouler sur la bande d'arrêt d'urgence puis aussi sur les bas-côtés, quelques audacieux s'aventurent à contre sens sur la voie opposée ou sur l'autre bas-côté. Folklore garanti ! Nous commençons à connaître quelques compagnons d'infortune, la blonde qui lit le manuel de sa toute nouvelle Suzuki, ceux qui ont emmené un chat sur la lunette arrière, le gros, ventre à l'air etc... Nous avons le temps d'admirer de belles maisons en bois, aux couleurs passées mais toujours avec de beaux encadrements de fenêtres. Nous arrêtons tardivement pour déjeuner après quelques fausses joies quand nous avons cru que nous étions au bout de nos peines, mais au bout de quelques kilomètres, trop rapidement parcourus pour de nombreux amateurs de voitures tamponneuses, nous devions admettre que chi va piano, va sano... Beaucoup de voitures sont des modèles qui en "imposent", des marques occidentales ou japonaises, les Lada deviennent rares. A six heures du soir nous devons reconnaître, qu'après avoir parcouru moins de deux cents kilomètres dans la journée, nous ne passerons pas Vladimir aujourd'hui et nous nous arrêtons sur un vaste parking pour poids lourds. Un pastis s'impose après cette épreuve... Serons-nous à Kazan demain ? Rien n'est moins sûr !
 
Vendredi 13 juin : Nous réussissons à partir encore plus tôt, à sept heures nous sommes sur la route, dégagée ! La circulation est normale. Mais où sont-ils donc tous passés ? Nous roulons à bonne vitesse, même quand il n'y a qu'une voie dans chaque sens, les camions se laissent doubler et de temps en temps des voies de dépassement permettent de doubler les plus lents. La chaussée, sauf en de trop rares portions, est très dégradée, boursouflée, cloquée, rafistolée, les trous sont comblés au seau de goudron avec une pelletée de gravier... Nous traversons une forêt très touffue de bouleaux et de conifères, où il doit être facile de se perdre à moins de 5 minutes de la route. Arrêt pour vider ce que Jean-Pierre appelle les "boîtes à caca"... Nous avançons rapidement et commençons à croire à l'arrivée à Kazan ce soir. Après le déjeuner nous continuons d'avaler les kilomètres. Nous ne sommes plus qu'à 70 kilomètres de Kazan quand un ralentissement nous fait perdre près de trois quarts d'heure : un pont au revêtement complètement raviné, crevé, creusé par les roues des innombrables camions, est abordé et traversé par ces derniers à la plus faible allure possible. Bien entendu quelques malins roulent sur le bas-côté pour ne pas attendre comme tout le monde... Nous parvenons à Kazan dont nous découvrons le kremlin de l'autre côté de la Volga. Nous traversons ce très large fleuve sur un pont, passons au-dessus d'îles occupées par des maisons qui me semblent bien peu au-dessus de l'eau. Nous nous dirigeons vers la gare, trouvée sans trop de difficulté. A proximité, nous trouvons l'hôtel Volga où nous avions résolu de prendre une chambre mais la revêche hôtesse nous affirme qu'il est complet. Je pars avec Jean-Pierre à la recherche d'un autre. Le "Mirage", un cinq étoiles lui conviendrait, pas à nous, mais il est aussi complet. Les deux jeunes filles de l'accueil tentent en vain de nous trouver un hébergement. Nous nous résolvons à passer encore une nuit dans une staianka, un parking gardé, à proximité du stade, un terrain vague le long d'une voie passante. Jean-Pierre n'avait pas rêvé la Russie ainsi... 
 
Samedi 14 juin : Beaucoup de passage, camions, motos, trains et même hélicoptère mais j'ai tout de même très bien dormi. Le ciel était couvert hier et nous avions eu quelques averses, nous avions néanmoins pu apercevoir les murailles du kremlin, les bulbes de la cathédrale ainsi que les minarets de la nouvelle mosquée sous un petit rayon de soleil. Il n'en est plus question aujourd'hui, il pleut au réveil et il en sera ainsi toute la journée. A désespérer ! Nous commençons par aller nous ravitailler dans un supermarché très bien achalandé, avec profusion de charcuterie, très souvent fumée, poissons également fumés, laitages et yaourts. Nous avions espéré trouver une éclaircie en en ressortant, mais non ! Nous nous rendons ensuite au marché central, une grande halle bétonnée où dans plusieurs pavillons parallèles, on trouve ce que nous avons acheté au supermarché, avec un plus grand choix... Les abricots sont tout petits, les cerises appétissantes sans parler des pêches plates. Nous nous contentons d'un cornet de minuscules fraises des bois. Nous allons nous garer près de la porte du kremlin côté Kazenka, un affluent de la Volga. Nous franchissons une porte dans la muraille qui l'entoure au sommet de la colline. Peu de visiteurs, le site paraît abandonné, les bâtiments officiels de la présidence de la République Tatar sont désertés en ce samedi. A côté d'une tour en brique à sept étages, légèrement inclinée, se dresse la cathédrale de l'Ascension. 
Mongolie 2014 (1.- Russie)

Nous sommes contents de nous y abriter et d'y trouver un peu de chaleur... La décoration récente est sans grand intérêt, fresques sulpiciennes, dorures, iconostase clinquante. Tout le monde se signe, se prosterne y compris les jeunes. Nous allons apercevoir les quais derrière le kremlin et de l'autre côté du fleuve les immeubles modernes, ceux de la Kazan du XXI° siècle. Nous passons entre deux rangées de bâtiments du XIX°siècle bien restaurés, dédaignons la mosquée Qolcharif dont les minarets bleus portent haut dans le ciel le croissant musulman. Nous ressortons du kremlin et débouchons sur une très belle avenue entièrement bordée des mêmes constructions du XIX° siècle.

Mongolie 2014 (1.- Russie)

Nous en parcourons une partie avant de nous décider à déjeuner, bien qu'il ne soit que midi, dans un restaurant sans prétention, dans une salle en sous-sol, décorée comme pourrait l'être un restaurant marocain et diffusant de la musique que l'on pourrait entendre dans le même lieu. Nous commandons des brochettes, celles au poulet sont très tendres, mon plov ne tient pas la comparaison avec ceux d'Asie centrale. La bière est fraîche et nous sommes à l'abri. Il pleut toujours à la sortie, j'ai froid, les pieds mouillés, j'ai hâte de retrouver le camion et de pouvoir me changer. Nous retraversons le kremlin, rendons visite à la mosquée, construction récente pour faire plaisir à la communauté musulmane tatare. Elle est digne d'un état du Golfe sans en avoir les moyens pour sa décoration, couleurs criardes et calligraphie chiche.

Mongolie 2014 (1.- Russie)

Enfin le camion ! J'enfile un tee shirt et mon blouson chaud. Nous partons pour une visite de la ville en voiture, le peu de circulation facilite la conduite. Nous nous rendons sur les bords du fleuve pour une vue dans la grisaille. Des constructions pour nouveaux nantis se développent en divers styles, certains évoquent les magasins du Printemps ou des immeubles haussmanniens surchargés de colonnettes, de statuettes dans des niches, d'autres, plus modernes, sont des assemblages de cubes sans couleurs. Désolante pseudo modernité pour "M'as-tu vu". Nous traversons quelques avenues qui nous confirment que Kazan est une belle ville, malgré les restaurations ou constructions récentes d'édifices religieux, qui ne doit pas manquer de charme quand elle est animée, sous le soleil... Nous quittons très déçus par le temps et cherchons le monastère de Raïfa, à une trentaine de kilomètres de la ville. Par un peu de hasard, l'aide de passants plus aimables que les préposés des divers guichets que nous avons dû fréquenter, nous trouvons ce monastère dans une belle forêt. L'enceinte renferme quelques églises et autres bâtiments reconstruits ou restaurés après l'effondrement de l'Union soviétique. Une fois franchie la traditionnelle tour-clocher, nous sommes au milieu d'un ensemble de constructions trop neuves, le vert trop vert, le bleu trop bleu et les dorures des bulbes trop brillantes. 

Mongolie 2014 (1.- Russie)

Deux des églises sont ouvertes aux visiteurs, celle de la Mère de Dieu de Géorgie, fresques laides, dorures, icônes trop récentes. Dans la seconde, celle de la Sainte Trinité, un office se déroule, toute la gent ecclésiastique récite, chante, présente une icône au bon peuple qui ce manque pas de se signer et de se prosterner. 

Mongolie 2014 (1.- Russie)
Je me fais repérer, (moi qui avais cru être discret !) et admonester pour avoir pris des photos, interdites à l'intérieur. Nous retournons aux camions et bien qu'il ne soit pas tard (mais se décider, prend du temps !), nous renonçons à reprendre la route et restons sur le parking du monastère pour la nuit. La pluie cesse en début de soirée.
 
Dimanche 15 juin : Nous sommes prêts à 7 heures. Première surprise de la journée, Marie m'offre, pour la Fête des Pères, de la part de Julie, une bande dessinée littéraire et le dernier Milan Kundera de sa part ! Le ciel est en grande partie dégagé mais nous n'envisageons pas sérieusement de retourner dans Kazan. Jean-Pierre a l'idée de prendre la route directe de Perm qui nous ferait gagner plus de 150 kilomètres, mais sur une route secondaire dont je crains le mauvais état. Il a un logiciel avec les routes de Russie et grâce à lui nous trouvons facilement cette route, meilleure que je ne le craignais, étroite mais peu fréquentée. Nous sommes dans une région de vastes plaines ensemencées en céréales, coupées par des alignements d'arbres coupe-vent. Nous traversons des villages qui, au fur et à mesure que nous nous éloignons des centres urbains, sont constitués de moins en moins de maisons en briques et de plus en plus de maisons en bois puis en rondins. De ces maisons de pionniers, multiséculaires, popularisées par les films américains de la conquête de l'Ouest. La maison principale en rondins équarris, est coquettement pourvue d'ouvertures : fenêtres, lucarnes, décorées, et entourée de bâtiments secondaires qui forment une cour fermée par un portail.
Mongolie 2014 (1.- Russie)

La couverture des toits est souvent dans des matériaux plus modernes, mais pas toujours. La police est de sortie, nombreuses sont les voitures de patrouille embusquées mais nous leur échappons ! Nous roulons à bonne allure sur une route au revêtement acceptable, passant par Arks puis Malmyzh. Là, la route commence à se dégrader. Nous franchissons un large fleuve sur un pont de bateaux. Nous devons y acquitter un péage, sans ticket, exorbitant, 500 roubles, environ 11 euros ! De l'autre côté du fleuve, nous attend une portion de piste dans la boue. Une terre grasse, déjà ravinée, que nos larges pneus écrasent, malaxent, creusent de nouveaux sillons, tout en faisant gicler par-dessus ailes, capot et même toit, des torrents d'une eau limoneuse qui sèche vite et recouvre la voiture d'une croûte terreuse. Les essuie-glaces fonctionnent en permanence, dégageant une vision restreinte sur la piste. Il en est ainsi trente kilomètres avant de retrouver, soulagés, ébahis mais aussi rigolards, une portion de goudron, pas des plus parfaits mais au moins sans surprises... 

Mongolie 2014 (1.- Russie)

Les cultures ont disparu, la forêt nous enserre, les villages ne semblent pas avoir changé depuis Dostoïevski ! Toujours pressé, je regrette de ne pas avoir pris le temps de m'arrêter pour prendre des photos des maisons, de la piste, de la forêt. Message, impatiemment attendu de Julie pour la fête des Pères. Nous retrouvons, à Igra, la route principale. La circulation est bien moins importante qu'avant Kazan, elle redevient dense à l'approche de Perm que nous contournons sur une belle autoroute, toute neuve, en direction d'Ekaterinbourg. Mais nous aurions dû nous douter qu'il ne pouvait en être ainsi très longtemps. Nous revoici sur une route étroite sans possibilité de doubler, les retours de week end dans l'autre sens interdisant toute audace. Néanmoins nous parvenons à Koungour où nous devons demander notre chemin à chaque carrefour pour trouver le site des grottes de glace. Nous en avions l'intuition, nous en avons la confirmation. Depuis le temps que nous roulons cap à l'est, nous avons changé encore une fois de fuseau horaire, deux heures d'un coup, Il est plus de neuf heures quand nous pouvons nous installer sur le parking d'une auberge à côté du site. Jean-Pierre et moi avons droit, Marie aussi, à un pastis pour nous remettre des émotions de la journée et arroser la Fête des Pères. Dîner tardif, coucher encore plus.

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11 novembre 2010 4 11 /11 /novembre /2010 01:00

Vendredi 17 septembre : Le soleil tarde à venir nous réchauffer. Nous partons quand il arrive et revenons sur nos pas pour revoir la citadelle bien éclairée. Nous continuons en direction d’Akhaltsikhe. Nous cherchons à voir un dernier monastère, nous l’apercevons dans la montagne mais la route est coupée et il n’est pas question de terminer à pied. Nous nous garons dans le centre ville et allons refaire des provisions. D’abord dans une boutique puis au marché où, pour la dernière fois, nous achetons de ces délicieuses tomates, bien charnues, qui n’ont rien à voir avec les productions calibrées, sans défaut, et sans goût de l’Union Européenne. Je dois encore changer quelques euros pour refaire un ultime plein de gasoil et amortir ainsi le prix des carburants en Turquie. Nous repartons vers la frontière, la route devient piste, longe des barbelés et parvient au poste. Rapide contrôle des Géorgiens, l’un d’eux me fait ouvrir la cellule et les coffres, il n’insiste pas après avoir découvert les toilettes… Formalités presque aGeorgie-4047.JPGussi rapides côté turc. Nous retardons encore nos montres d’une heure, soit au total deux heures de décalage avec l’Arménie sans nous être beaucoup déplacés en latitude. Nous passons un col dans les sapins, à plus de deux mille quatre cents mètres d’altitude, avant de redescendre dans les alpages du plateau anatolien. De nombreux troupeaux, moutons, bovins et chevaux que j’aime toujours voir en liberté, juments accompagnées des poulains de l’année, dégustent les dernières herbes fraîches avant la venue des grands froids. Plus inattendues, des bandes d’oies cacardent, cagnardent, sifflent, surveillées par leurs jars qui criaillent, gloussent. Les éleveurs sont campés à mi-pente dans des abris de pierres recouverts de terre sur laquelle pousse du gazon. La route est en travaux et les véhicules soulèvent des tourbillons de poussière sur des kilomètres. Enfin Kars. Nous trouv ons un cybercafé avec un message de Julie et quelques accusés de réception de notre carte électronique. Nous allons faire des courses dans un petit Migros, une chaîne locale de supermarchés. Les prix ne sont plus les mêmes ! Je ne résiste pas à la tentation d’une petite bouteille de rakı (sans point sur le i !). Nous repartons en direction d’Erzurum. Beau paysage du plateau avec des collines dans une lumière douce de fin de journée, et toujours des troupeaux dignes du Texas ou de l’Argentine. De nouveau, la route est en travaux, la piste est alors large, très roulante mais les nuages de poussière dans lesquels il faut doubler et le soleil de face nous font arrêter tôt, à la sortie d’un village, sur un terrain vague. Nous arrosons le retour en Turquie d’un verre de rakı glacé, loin de valoir l’ouzo

 

Samedi 18 septembre : Il fait jour très tôt et nous sommes vite réveillés. A huit heures nous entamons la longue traversée de la Turquie d’est en ouest. Jusqu’à Erzurum nous sommes dans un paysage qui ne déparerait pas en Afrique du nord, pitons, montagnes tabulaires au milieu d’étendues plates, mais avec plus de végétation, les oued ne manquent pas d’eau. Nous contournons Erzurum puis Erzincan en nous abaissant tout doucement, passant de mille sept cents, mille huit cents mètres à mille deux cents, mille cent mètres d’altitude, tout en franchissant des barrières montagneuses par des cols à plus de deux mille mètres. Je vide mes jerrycans de gasoil arménien dans le réservoir au fur et à mesure de notre avancée. Nous roulons depuis que nous avons rejoint la route de Doğubayazit, avant Erzurum, sur des chaussées le plus souvent séparées, avec un revêtement généralement bon mais parfois coupé par une zone de travaux. Nous entrons dans le centre de Sivas car il nous faut changer des euros et je me souviens l’avoir fait l’an dernier à un endroit précis. L’opération est rapidement menée et me permet de revoir, de loin, les minarets et les monuments seldjukides. Nous repartons mais le soleil baisse et pour les mêmes raisons que la veille, nous arrêtons à dix-huit heures sur l’aire d’une station-service en retrait de la route. L’environnement, (nous sommes près des toilettes…), n’est pas enchanteur mais la nuit tombe bientôt, une demi-heure plus tard que la veille.

 

Dimanche 19 septembre : Le soleil se lève de plus en plus tôt, pas nous ! Nous reprenons notre route jusqu’à Yozgat où nous abandonnons la route d’Ankara pour nous diriger sur le plateau vers le site hittite de Boğazkale. Nous y étions passés au retour d’Iran mais Marie ne s’en souvient plus et surtout, nous avons l’espoir d’y trouver un camping et peut-être une machine à laver car une grande lessive devient urgente. Avant d’entrer dans le bourg, nous allons directement au site de Yazilikaya car l’heure est propice à la vision des bas-reliefs Turquie-4050.JPGgravés sur les parois de deux crevasses. Ils représentent des processions de dieux et de déesses se dirigeant vers une scène centrale assez facilement lisible dans la première ravine. Dans la seconde, une très belle procession d’une douzaine de dieux fait face à une représentation d’un roi protégé par un dieu. Nous commençons à retrouver des cars de touristes. Nous trouvons tout de suite un camping dépendant de l’Aşikoğlu Hotel sur un terrain herbu, planté de pommiers, au calme. L’hôtel se charge de la lessive. Nous déjeunons, je refais le plein des réservoirs d’eau puis nous nous rendons au site de l’antique cité hittite. Nous pouvons, heureusement, le parcourir en voiture car les distances sont grandes d’un point à un autre, le tour des fortifications fait plus de six kilomètres. Nous pouvons contempler, des hauteurs, le plan des Turquie-4055.JPGtemples dont les bases ont été reconstituées. Les portes des couloirs voûtés qui traversent les murailles, encadrées par des lions, des sphinx de pierre, ont été remises en place mais les plus belles sont dans les musées de Berlin ou d’Ankara, seules les plus dégradées sont restées sur place. Je retrouve quelques images que j’avais encore en tête. Il fait chaud en plein après-midi et je commence à me lasser d’autant que le reste des ruines est peu parlant. Enfin nous revenons nous installer dans le jardin et nous sortons table et fauteuils sous les arbres. Nous étendons le linge lavé entre les pommiers puis nous allons dîner à l’hôtel, de l’autre côté de la rue. La salle est déserte, la carte réduite à quelques fausses grillades puisque şiş köfte et şiş kebab sont cuites à la poêle. Les portions sont minimes et très chères, de même que la bière. Notre plus mauvaise adresse en Turquie à ce jour ! Je profite du branchement électrique pour regarder sur l’ordinateur, « Gran Torino » avec Clint Eastwood qui grince très bien des dents…

 

Lundi 20 septembre : Il ne fait pas bien chaud au réveil. Nous rentrons le linge puis partons sans nous être vu réclamer le paiement de la lessive, légère compensation sur le prix des repas. Nous allons récupérer la grande route de Samsun à Ankara et continuons de perdre de l’altitude. Nous sommes dans la monstrueuse agglomération de la capitale avant midi. Peu d’indications de direction, seuls les noms des quartiers sont fléchés mais ils ne nous disent rien. Nous roulons sans trop savoir si nous nous dirigeons vers le centre ou si nous contournons la ville. Puis je crois reconnaître la colline sur laquelle se trouve la citadelle, nous nous dirigeons droit dessus et une fois dans l’artère principale d’Ulus, nous trouvons des indications. Nous montons et avons la chance de trouver une place pour nous garer à l’entrée de la muraille, face aux marchands de fruits secs. Nous allons nous promener dans la vieille ville, dans une rue bordée de maisons anciennes à encorbellement. Beaucoup ont été restaurées ou reconstruites avec plus ou moins de bonheur et transformées en hôtels, restaurants. Les rez-de-chaussée sont occupés par des boutiques de souvenirs ou de marchands de tapis mais il reste une vie traditionnelle dans le quartier et les femmes, pas forcément âgées, en pantalon bouffant à fleurs, fichu sur la tête, ne sont pas rares. Nous descendons ensuite, à pied, les pentes de la colline, entre des boutiques Turquie-4061.jpgd’artisanat pour touristes, bijoutiers, antiquaires. Nous trouvons un beau pendentif en argent mais beaucoup trop cher… Il y a une clientèle, pas nécessairement étrangère, pour les beaux objets du passé. Nous visitons en passant deux belles mosquées, toutes deux pourvues d’un minbar en superbe marqueterie et d’un mihrab très décoré. La seconde, Arslanhane a en plus un superbe plafond en bois, soutenu par des chapiteaux corinthiens ou doriques reposant sur des fûts. Des travaux sont en cours pour faire d’une des rues une allée aseptisée pour touristes. Avant de reprendre la voiture, nous déjeunons dans une gargote où nous sommes attirés par une clientèle locale de retraités et d’employés en col blanc et cravate. Pas de carte accroche-chaland, deux uniques plats : un excellent donner kebap avec de la viande de mouton, et des şiş köfte, un peu molles et trop grasses à mon goût mais tout de même meilleures que celles de la veille. Pour finir, nous prenons un thé qui ne plaît plus à Marie ! Nous redescendons dans le centre ville avec l’intention de trouver un cybercafé. Nous en voyons plusieurs mais il est impossible de se garer dans les larges avenues et nous sommes vite embarqués dans la toile d’araignée des voies rapides et bientôt nous ne savons plus où nous sommes. Nous abandonnons l’idée et sortons de la ville en traversant des quartiers récents qui s’étendent de plus en plus loin du centre. Nous nous arrêtons à la première grande ville, Polatli, nettement plus calme et nous y trouvons rapidement un cybercafé près duquel nous pouvons nous garer. Nous trouvons un message de Julie, envoyons une photo aux amis et répondons aux Fantino. Nous passons dans un supermarché, pas très bien fourni puis repartons. Route monotone, sans paysage remarquable. Le soleil baisse, nous traversons Eskişehir, interminable ville industrielle et nous arrêtons à la sortie dans une station-service, à côté de la concession Land Rover !

 

Mardi 21 septembre : Il fait jour plus tard  et nous avons eu moins froid dans la nuit. Au moment de démarrer, le gérant de la station-service vient nous proposer de boire le thé ! Plus loin, je refais un plein de gasoil et là aussi, on nous propose le thé. Ils sont fort aimables ces Turcs ! Et souriants et prêts à se mettre en quatre  pour vous indiquer votre chemin. Rien à voir avec les visages renfrognés, fermés des Arméniens. Le ciel est couvert, pas un seul rayon de soleil et il en sera ainsi toute la journée, avec même quelques gouttes de pluie. Nous sommes peu après à Bursa, ville gigantesque, plus de deux millions d’habitants. Encore dix kilomètres à rouler avant d’atteindre le centre ville. Nous demandons notre chemin puis des panneaux indiquent le cimetière de Muradiye. Je parviens à me garer presque devant, sur un emplacement réservé par un commerce mais il n’émet aucune Turquie-4067.JPGprotestation, néanmoins je crains toujours une intervention policière… Nous allons visiter la mosquée décorée de carreaux de faïence bleue. Nous avons dû nous déchausser et Marie se couvrir la tête d’un foulard. Dans le cimetière attenant, des türbe, des mausolées de pierres entrelardées de briques qui forment un décor géométrique. Carrés, hexagonaux, couverts d’un dôme et parfois avec un auvent, ils abritent des tombes de sultans, de leurs descendants, épouses, princes. Deux seulement sont ouverts et montrent les cénotaphes couverts d’un tissu vert. Autour des tombes de personnages importants, stèles gravées de textes, sourates et piliers surmontés d’un turban de pierre. Nous ne parvenons pas à visiter une maison ottomane restaurée ; malgré les horaires affichés, la porte est close. Nous reprenons la voiture, retournons près du centre et la garons le long d’un trottoir. Un employé surgit et nous fait payer, cher, deux heures de stationnement. Nous partons explorer les divers monuments anciens rassemblés près de là. Nous commençons par le bedesten, le bazar couvert. Boutiques de vêtements modernes qui pourraient être dans n’importe quelle rue d’un centre ville. Il nous semble que le nombre de jeunes filles et de femmes qui portent le foulard est plus important à Bursa. Certaines ont un imperméable ou une gabardine qui tombe aux chevilles et quelques « corbeaux », toutes de noir vêtues, hantent les allées. Nous ressortons devant la grande mosquée, l’Ulu Camii,Turquie-4075.JPG effectivement très grande, surtout de l’intérieur. Les dômes coiffent une vaste salle de prière : des tapis, une fontaine, un beau minbar à la superbe marqueterie et des versets du Coran en différentes calligraphies sur les murs. Beaucoup d’hommes lisent le Livre saint, assis « à la turque », sous les lustres circulaires aux multiples lampes. Nous passons à l’Office du tourisme qui a peu à nous offrir et nous confirme l’absence de camping dans les environs. Nous jetons un œil à une autre mosquée, Orhan Camii, puis allons nous perdre au Koza Han où, sur deux étages, Turquie-4082.JPGdans des boutiques qui encadrent un jardin, on vend des articles en soie, spécialité locale. Marie s’intéresse tout de suite aux écharpes, visite toutes les échoppes puis en achète deux. Nous ne parvenons pas à nous faire servir à une table de l’étage, nous retournons donc dans le bazar manger pour pas bien cher, dans une gargote, du ragoût de bœuf en sauce à la tomate, légèrement épicé et Marie des şiş köfte en sauce, rien d’inoubliable. Nous montons ensuite dans le vieux quartier d’Hisar. Marie, fatiguée, peine et se montre de très mauvaise humeur. Nous finissons par trouver les deux türbe cherchés, dans un jardin, avec une vue sur toute la ville mais ce ne sont que des toits et des immeubles sans caractère. Nous récupérons la voiture sans payer l’heure supplémentaire et repartons dans cette circulation fatigante, abrutissante. Celle-ci et les immeubles modernes construits sans aucun souci de préservation du caractère des bâtiments anciens, gâchent ce centre historique, aseptisé, ici comme dans les autres villes de Turquie. Nous trouvons à nous garer en payant, près de la mosquée Verte, la Yeşil Camii. Elle a été ravalée mais reste intéressante. Ses murs Turquie-4085.JPGextérieurs recouverts de plaques de marbre sont percés de belles fenêtres ouvragées entourées d’un rang de faïences bleues. A l’intérieur, deux chambres qui donnent sur la salle de prière et le balcon du sultan sont couverts de magnifiques faïences bleues, mais elles sont en partie cachées par des travaux de restauration. Nous allons boire un thé dans un restaurant avec vue sur la ville. Des jeunes filles fument, mais avec le foulard ! D’autres sans, pour être exact. Nous allons voir à côté, le Türbe Vert. Vert car il est recouvert à l’extérieur et en partie à l’intérieur, de carreaux turquoise ou verts. A l’intérieur, des Turquie-4090.JPGcénotaphes et surtout un beau mihrab décoré de carreaux de faïence bleue, du plus bel effet. Nous reprenons la voiture pour aller voir une dernière mosquée, du XIX° siècle, Emir Sultan Camii, sans grand intérêt. La vue sur la mosquée Verte est cachée par les cyprès du cimetière qui s’étend en dessous. Nous repartons, devons traverser la ville qui semble ne jamais vouloir se terminer, pour quelques kilomètres plus loin, atteindre une station balnéaire de la mer de Maramara, Mudanya. Nous n’apercevons que des immeubles modernes et remettons à demain la recherche des maisons anciennes. Nous nous garons sur le port, face au vent, au bord de l’eau pour la nuit.

 

Mercredi 22 septembre : Le vent a soufflé toute la nuit et continue au matin. L’engin de nettoyage de la municipalité vient tourner autour de nous, ce qui nous incite à nous lever. L’engin parti, c’est une équipe de balayeurs qui prend la suite, sans doute par manque de confiance dans la technologie. Ils sont en âge d’être en retraite, le septuagénaire (octogénaire ?) commande la brigade de sexagénaires (septuagénaires) mais ils ne sont pas violents, le balai doit servir plusieurs années… En partant, nous jetons un œil aux anciennes maisons en encorbellement. Quelques unes ont été restaurées, la plupart des propriétaires se sont contentés de couvrir murs et façades de ciment peint. Nous longeons la côte rocheuse sur quelques kilomètres jusqu’à un ancien village grec que nous traversons. Les lotissements pour Stambouliotes aisés couvrent les collines. Nous quittons ensuite le bord de mer, traversons des oliveraies plantées serrées sur les collines proches du littoral. Puis nous rejoignons la grand-route de Bursa à Çanakkale. Le ciel est toujours gris, il n’est dégagé qu’au-dessus de la mer. Nous roulons jusqu’à Lâpseki où nous embarquons, presque sans attendre, sur un bac. Le prix du passage est très inférieur (douze euros) à ce que je pensais. Et c’est bien inutilement que j’ai changé cent euros hier. Nous ne descendons même pas de la voiture pour voir s’éloigner la côte d’Asie et, une demi-heure plus tard, nous débarquons en Europe. J’aurais bien aimé me régaler d’une dernière portion de şiş köfte mais le restaurant au port ne plaît pas à Marie qui veut aller plus loin. Nous roulons sans trouver de restaurant et, à mon grand dépit, nous devons déjeuner dans le camion, d’un reste de pâté et d’une boîte de cœurs de palmiers ! Une heure de route plus tard, nous sommes à la frontière, passée rapidement. Je change les livres turques en euros, je discute quelques instants avec un couple d’Allemands qui remontent d’Afrique du Sud en Land Rover, puis nous embarquons quatre auto-stoppeurs polonais jusqu’à Alexandroúpoli. Nous cherchons à acheter une carte routière de Grèce, la nôtre étant obsolète, mais à quatre heures passées, les boutiques ne sont pas encore ouvertes et les marchands de journaux n’en ont pas. Nous trouvons un grand, moderne, rapide, cybercafé pour signaler à Julie et à Yvette notre retour dans l’Union européenne. Nous allons ensuite nous installer au camping municipal où nous nous étions déjà arrêtés à l’aller. Le soleil brille en Grèce et nous profitons de ses derniers rayons pour nous reposer dans les fauteuils. Nous achevons la bouteille de rakı avant de dîner. Nous téléphonons à Julie et à Nicole avec Skype. Tout va bien pour elles. Je branche l’ordinateur sur le courant, ce qui me permet de sauvegarder les dernières photos puis de regarder le film de Ken Loach « Just a kiss » après dîner.

 

Jeudi 23 septembre : Nous nous réveillons plus tard puis traînons. Je trouve à échanger un Elle contre des journaux anciens avec des Français. Nous quittons le camping, nous faisons un plein de gasoil, puis nous allons chercher l’autoroute. Enfin une véritable autoroute ou presque ! Les aires de stationnement sont rares, les stations-service en dehors mais elle est gratuite. Nous roulons à bonne allure, repassons à Kavála. Je commence à fatiguer et envisage d’arrêter à Salonique, mais après déjeuner, cela va mieux et nous continuons. Contournement de Salonique, traversée de la plaine agricole avant de nous diriger droit vers les montagnes. La nouvelle autoroute est tracée en ligne droite vers Igoumenitsa, franchit les montagnes dont nous ne voyons pas grand-chose, presque toujours sous terre dans une succession de longs tunnels. Enfin Ioánina. Nous devons Grece-4093.JPGtraverser la ville, atteindre le lac, apercevoir les murailles de la citadelle avant de trouver le camping, tout au bord de l’eau. Nous repartons aussitôt, Nouveau plein de gasoil, puis passage dans un supermarché désert que l’on pourrait croire dans un ancien pays de l’Est. Le petit nombre d’articles est présenté de manière à remplir les rayons, l’un à côté de l’autre. Nous parvenons néanmoins à acheter quelques produits. Nous repassons par le centre de la vieille ville. Quelques jolies petites maisons, des terrasses sympathiques. Je serais assez tenté de dîner dans une taverne et de me promener au bord du lac, mais Marie ne semble avoir envie de rien ! Aussi nous rentrons au camping nous installer une fois de plus face au vent venu du lac. Nous comparons l’ouzo au rakı, la Grèce gagne un point à zéro !

 

Vendredi 24 septembre : Le vent s’est calmé, cygnes et canards palment sur un lac d’huile. Le camping, bien qu’au bord du lac, n’est pas des meilleurs. Mal conçu : les toilettes sont à un bout, les douches ailleurs et tout cela éloigné du terrain. Nous ne partons qu’à dix heures, nous allons nous garer sur le bord du lac, sous les remparts que nous franchissons pour pénétrer dans le kastro, la ville ancienne. Les maisons y sont presque toutes Grece-4094.jpganciennes, fleuries, au calme. Plusieurs bâtiments de la période ottomane subsistent. Nous grimpons sur une colline au-dessus d’une ancienne bibliothèque pour approcher la mosquée Aslan Aga au dôme couvert de lauzes, comme les autres édifices anciens et les maisons de la région. De la terrasse, nous avons une vue étendue sur le lac avec la petite île en face de nous, cachée derrière les roseaux et une autre mosquée dans le contre-jour. A côté, le mausolée du tyran Ali Pacha est en triste état. Nous nous promenons dans les rues à la recherche des rares maisons qui ont conservé un timide encorbellement ou un balcon en fer forgé. Nous revenons sur les bords du lac et montons à bord de la vedette  qui emmène sur l’île. Nous y sommes en dix minutes et débarquons avec des mégères grecques, volubiles ou plutôt braillardes ! Restaurants et boutiques  de souvenirs guettent le touriste, heureusement rare à cette période. Nous nous éloignons du trajet attrape-touristes et gagnons à quelque distance, sur une colline, le monastère d’Haghios Nicolaos Spanos. Je vais interrompre le repas d’une grand-mère qui vient nous ouvrir la porte de l’église. L’intérieur est un émerveillement ! Des fresques superbes, peu détériorées, colorées, aux  couleurs encore vives, couvrent toute la surface intérieure de la nef et des ailes. La lumière est chiche mais nous pouvons les admirer à loisir, laissant nos yeux s’habituer  à la pénombre. Nous n’identifions pas toutes les scènes mais peu importe. Nous achetons le livret en anglais qui répertorie les monastères de l’île et leurs trésors. Nous marchons moins d’une centaine de mètres  jusqu’à un autre monastère, Haghios Nicolaos Dilios. Là aussi, une femme, tout en noir, vient nous ouvrir la porte de l’église. Elle est plus petite, sans ailes adjacentes mais les fresques couvrent aussi toute la surface intérieure. Les couleurs sont moins vives mais les scènes d’ensemble sont remarquables. Hélas, ce sont les deux seuls monastères ouverts aux visiteurs. Nous revenons dans le village, jetons un oeil à l’église du monastère où fut assassiné Ali Pacha, les fresques ont presque complètement disparu. Il est l’heure de déjeuner, un vivier rempli d’écrevisses, d’anguilles, de carpes, de truites et même Grece-4096.JPGde tortues nous tente. Nous prenons place sous un bel arbre, près de l’eau et nous nous faisons servir : écrevisses, tzatziki, et beignets de courgettes régalent Marie. Je suis moins heureux avec mon anguille servie bien trop frite et fort grasse. La bouteille de retsina glac é se boit toute seule. Avant de rembarquer nous allons visiter l’église du village dédiée à la Dormition, belle iconostase et chaire très décorée. Nous reprenons la voiture, sortons de Ioánina et trouvons la route de Dodóni. Je ne me souvenais pas du site. Un imposant théâtre  en bon état, du moins jusqu’à présent… On peut avoir des craintes pour l’avenir, des travaux de Grece-4098.JPGreconstruction sont en cours, une partie des gradins est remplacée ou complétée par des pierres trop claires, taillées avec des arêtes vives qui choquent au milieu des vieilles pierres usées, patinées, adoucies, tachées de mousses colorées. Nous déambulons au milieu des traces de temples. Le ciel est devenu gris, il nous épargne l’ardeur du soleil mais la vision des monuments est plus fade.  Nous repartons en direction d’Árta et de Préveza, sans nous décider si nous allons à l’une ou l’autre ville. L’absence de camping à Árta nous fait choisir Préveza, plus éloignée. Peu avant d’y parvenir, nous traversons le site de Nikopoli  dont nous apercevons de longs murs encore debout. Nous cherchons le camping, découvrons qu’il est fermé. On nous en indique un autre, six kilomètres plus au nord, au bord de la mer. Personne à l’accueil, excepté un chien agressif qui tente de croquer une jambe de mon pantalon, avec la mienne dedans ! Nous décidons donc de nous installer en bordure de plage pour la nuit.

 

Samedi 25 septembre : Il commence à pleuvoir dans la nuit et cela ne s’arrête pas avec le jour. Vu le temps, nous décidons de ne pas aller tout de suite à Leucade mais de faire le tour du golfe en passant par Arta. Nous revenons donc sur nos pas, à grands renforts d’essuie-glaces et nous entrons dans la ville où nous trouvons aussitôt à nous garer le long de la Panaghia Parigoritissa, la grande église byzantine qui domine la ville, dédiée à la Vierge consolatrice. Les cieux ont la bonté de suspendre leurs méfaits et c’est presque inutilement que nous enfilons les K-ways. L’église est un grand cube de pierres et de briques, surmonté de plusieurs dômes élégants. Elle est désaffectée et transformée en Grece-4100.JPGmusée. L’intérieur est saisissant : une très grande hauteur sous la voûte obtenue par plusieurs étages de colonnes antiques reposant sur des corbeaux constitués par des tronçons de colonnes. Tout en haut, le Christ Pantocrator surveille avec suspicion ces mécréants qui ne font pas brûler de cierges mais se régalent des belles fresques mises en valeur par l’éclairage de spots. Comme bien souvent, la rangée inférieure représente une frise de saints en somptueux costumes byzantins. Au-dessus les fresques sont plus détériorées. Nous continuons en suivant la rue principale puis dans une rue piétonne où nous trouvons un cybercafé, pour tuer le temps avec l’espoir de retrouver le soleil en Grece-4103.jpgsortant. Raté ! Et pas de messages… Nous repartons, trouvons la jolie petite église Haghia Théodora dont les murs extérieurs et le clocheton sont décorés à l’aide de briques qui forment des dessins géométriques. Elle est fermée mais le pope arrive et nous ouvre le sanctuaire. L’intérieur est entièrement couvert de fresques, la vie de Jésus en bande dessinée sur plusieurs rangées. Elles sont anciennes  mais elles ont dû être récemment restaurées, ce qui leur donne un regrettable aspect neuf mais, au moins, elles sont facilement lisibles… Le pope les date du XI° siècle mais elles doivent être plus récentes. Quand nous avons terminé de les admirer et glissé quelques piécettes dans le tronc, le pope referme derrière nous et s’en va. Le temps que nous y étions, des gens de passage ont profité de l’aubaine pour entrer baiser la main du religieux, les icônes et s’en sont retournés. Nous continuons dans la même rue jusqu’à une dernière église, Haghios Vassilios, fermée et sans pope à l’horizon. L’intérêt est à l’extérieur où les murs sont non seulement décorés avec l’intrication des briques mais également avec des frises de carreaux de Grece-4109.JPGfaïence. Nous revenons sur nos pas, jetons un œil distrait à un modeste odéon entre des maisons et aux quelques pierres éparses d’un temple d’Apollon. Nous récupérons la voiture et reprenons la route. Il commence à tomber un vrai déluge. Nous rejoignons les bords du golfe sans en voir grand-chose. Nous nous arrêtons pour déjeuner dans un petit port puis attendons une éclaircie qui ne vient pas. Nous repartons, ne trouvons pas le camping où nous avions envisagé d’attendre un jour meilleur. Nous quittons la route d’Athènes et suivons celle de Lefkáda. La pluie qui nous cache le golfe nous oblige à arrêter aussitôt. Nous attendons, bouquinons, siestons. Une légère (et passagère) amélioration nous incite à repartir. Nous traversons les montagnes couvertes d’oliviers avec des vues sur le golfe qui doivent être intéressantes sous le soleil. Enfin, une longue chaussée nous fait passer dans l’île de Leucade. Nous cherchons des informations touristiques dans la capitale, on nous indique un camping proche alors que la pluie redouble. Nous trouvons le terrain à quelques kilomètres et arrêtons là pour la nuit.

 

Dimanche 26 septembre : Il n’a pas plu dans la nuit et un timide soleil perce petit à petit, malgré encore des nuages d’orage. Nous ne nous levons pas de bonne heure et ce n’est qu’à dix heures que nous reprenons la route. Nous la quittons pour monter au village de Katouna d’où nous sommes sensés avoir une vue sur les marais salants, mais cette vision est très partielle et pas spécialement intéressante. Quant au village il est très quelconque. Nous redescendons poursuivre la route en direction de Nydri. C’est une station balnéaire qui n’a pas grand-chose à envier à Saint-Tropez, Viña del Mar, Malibu ou toute destination à la mode. La rue principale est une suite de loueurs de voitures, scooters, quads et le front de mer aligne des restaurants, des bars, des hôtels avec piscine, tous avec le même mobilier Grece-4112.JPGdernier cri. Côté mer, des voiliers et des bateaux à moteur de toutes tailles attendent d’être loués par les touristes. Nous nous demandons un peu ce que nous faisons là… Nous repartons par une étroite route de montagne qui nous offre le seul intérêt de la journée : une vue sur les montagnes du continent et les îles éparpillées sur la mer que sillonnent quelques voiliers. Parmi elles, Skorpios, l’île privée d’Onassis. Nous déjeunons au village de Plastistoma puis poussons, en roulant au milieu des oliviers argentés et des élégants cyprès, jusqu’au village de Karia, à mi-distance des côtes ouest et est. Nous nous promenons dans le village. L’animation ce dimanche est quasi nulle. Les maisons sont toutes neuves  ou du moins refaites, repeintes, fleuries, mais sans charme. Nous redescendons sur Nidri par une autre route, en arrêtant au village de Vafkeri, aussi peu intéressant. Nous revoyons dans la descente le bel étagement des îlots désormais bien ensoleillés, sur une mer d’un bleu outremer. Plus loin, nous faisons un court détour jusqu’au village de Póros, aussi endormi et avec aussi peu d’originalité que les précédents. Seuls les chats semblent l’habiter. Nous dévalons par les ruelles jusqu’à la route qui descend à une crique. Je dois aller rechercher la voiture, plus éloignée que je ne le pensais, et après avoir récupéré Marie, nous allons voir la plage de galets. Agréable, pas trop envahie de touristes, juste quelques tavernes au bord de l’eau. Nous repartons, un dernier détour nous amène au port de Syvota où des dizaines de voiliers attendent d’être loués. Tout est prévu pour le touriste navigateur : accastillage, alimentation et nous y trouvons même Le Monde. Nous prenons un pot au bord de l’eau avant de rouler jusqu’à Vassiliki à l’extrémité sud de l’île. Nous nous renseignons sur les horaires des bacs pour Céphalonie. Le prochain est à neuf heures demain matin ; à cause du vent et d’une mer agitée, il n’y en a pas eu aujourd’hui. Nous allons nous garer au bord de l’eau et faisons ensuite la tournée des restaurants. Ils proposent tous la même chose. Des gyros qui font un peu trop penser aux kebabs de France et d’autres, plus chics. Nous patientons jusqu’à la tombée de la nuit puis nous allons dîner à celui qui est le plus fréquenté. Nous nous régalons de poulpes frits puis Marie cale sur son pastitsio alors que je fais honneur aux souvlaki de porc, trop secs à mon goût. Les plats étaient très copieux et nous avons dû reprendre une seconde bouteille de retsina pour en venir à bout. Nous rentrons nous coucher à côté d’autres camping-cars garés au bord de l’eau.

 

Lundi 27 septembre : L’estomac trop lourd, j’ai mal dormi. Je me suis réveillé très tôt, en sueur et énervé par un moustique. Le vent s’est levé au matin et je crains que le ferry ne Grece-4116.jpgpuisse appareiller mais il se calme au petit jour. Nous nous levons à sept heures et allons stationner près de l’embarcadère. Nous petit déjeunons, Marie se prépare et nous attendons l’ouverture du guichet à huit heures pour acheter les billets de passage. Peu après, nous montons à bord d’une grande barge. Nous allons nous installer sur le pont supérieur. Nous levons l’ancre à neuf heures et regardons la côte s’éloigner.. Nous apercevons Ithaque sous un gros nuage noir et juste en face, Céphalonie. Des dauphins croisent notre route. Une heure plus tard, nous doublons une pointe rocheuse et entrons dans la baie au fond de laquelle se niche Fiskàrdo. Trente ans plus tôt, ce devait être un village adorable : quelques maisons aux couleurs pastel alignées sur le quai et des barques de pêcheurs. Aujourd’hui, les maisons sont cachées derrière les mâts des voiliers rangés les uns à côté des autres, et au-dessus des parasols des terrasses des bistrots qui ont annexé les quais. Nous débarquons et allons nous garer derrière le village puis nous Grece-4119.JPGallons nous y promener. Les constructions neuves sont toutes destinées au tourisme. Une abondance de végétation et de fleurs, des bougainvillées entre autres, les fait accepter. Nous nous renseignons sur une éventuelle excursion à Ithaque puis nous reprenons la route. Les touristes, même en cette saison, sont encore nombreux. La moitié des voitures qui circulent sont de location. Nous roulons parfois derrière des Britanniques âgés, peu aptes au maniement d’un véhicule avec la conduite à droite, et qui donc se gardent bien de dépasser le trente à l’heure, freinant à chaque virage, à chaque voiture croisée. La route suit la côte, en corniche, à mi-hauteur des falaises presque verticales qui plongent dans la mer. Nous apercevons bientôt le croquignolet village d’Ássos, niché au Grece-4127.JPGpied d’une forteresse vénitienne plantée sur un îlot relié à la terre ferme par un isthme très court. Nous y descendons, parvenons à nous garer  et allons nous y promener. Plus de touristes que d’autochtones mais cela reste supportable. Autour du minuscule port, quelques tavernes sympathiques et un café où je prendrais bien un ouzo mais Marie ne relève pas l’allusion… Nous nous arrêtons dans la remontée et déjeunons dans le camping-car en surveillant le défilement des nuages pour prendre une photo du village, de l’îlot et des falaises en arrière-plan, ensoleillés. Nous continuons sur la route en Grece-4131.jpgcorniche, apercevons la belle plage de Myrtos coincée entre deux falaises où des rangées de parasols attendent les chairs à bronzer. Le bleu outremer de la mer est taché le long de la côte de fonds plus clairs, presque polynésiens. Nous bifurquons ensuite vers la presqu’île Paliki, tout en continuant d’avoir de belles perspectives  sur la côte et les plans décalés des falaises. Puis la route descend vers une plaine agricole nettement moins intéressante. Nous passons à Lixoúri, pas bien engageant, nous allons voir à côté une plage très quelconque et un peu plus loin, une autre plage de sable rouge, réduite à une mince bande de sable. Nous entamons la recherche d’un certain nombre d’églises, dans des villages, censées renfermer des fresques ou des icônes, mais toutes sont fermées. Les villages sont déserts, la seule fois où nous trouvons une interlocutrice, elle nous explique (?) Grece-4135.jpgque pour avoir la clé, il faut aller à la capitale Argostóli, ou que son détenteur dort ! Un autre détour nous amène au monastère Kipoureon, reconstruit après les tremblements de terre. Il ne se visite pas, son seul attrait est sa position au sommet d’une falaise, au-dessus des eaux bleues. Nous avons fait une boucle sur cette presqu’île mais avant de reprendre la route d’Argostóli, nous allons jusqu’à la plage de Petani à laquelle nous parvenons après une longue descente à flanc de falaise en une suite de virages en épingle à cheveux. Il est trop tard, et le soleil fait défaut pour que ressortent les couleurs de la mer. Nous filons sur la capitale, l’atteignons, la traversons à la recherche du camping. Il ne devait fermer que le trente septembre mais il ne nous a pas attendus ! Nous nous installons en face, tout au bord de l’eau, rejoints ensuite par un camping-car de Suisses.

 

Mardi 28 septembre : Le ciel est de nouveau bien couvert et de temps à autre tombent quelques gouttes. Nous retournons en ville nous garer sur le port. Marie obtient des brochures à l’Office du tourisme puis nous nous rendons au Musée archéologique. Dans les vitrines des deux salles sont exposés les objets, poteries, bijoux en or, perles de verre, outils de bronze, trouvés dans les tombes mycéniennes de l’île. Les explications sont en grec et en anglais que je dois traduire tant bien que mal. Nous allons faire des courses dans un supermarché  et quand nous sortons de la ville, il est presque midi. Nous avons tant roulé et fait de détours que je dois reprendre du gasoil particulièrement cher sur l’île. Nous trouvons Grece-4138.JPGau bout d’une courte piste mouillée, au milieu des oliviers, les restes impressionnants des remparts  de la cité de Crani, constitués d’énormes blocs de pierres, régulièrement assemblés sur une portion, en puzzle cyclopéen ensuite. Nous déjeunons sur le site avant de revenir en ville prendre la route de Lakithra où nous ne trouvons pas d’indication de tombes mycéniennes mais nous voyons celles de Mazarakata, creusées  dans le rocher ainsi que les couloirs d’accès aux cimetières. Nous ne pouvons visiter le monastère d’Haghios Andreas, ses collections d’icônes et de fresques, il n’ouvre qu’à dix-sept heures. Marie est en colère de ne pas tout trouver indiqué et ouvert… Nous repartons, faisons des détours sur des routes étroites jusqu’à des villages de la côte etGrece-4140.JPG leurs ports, entre des falaises ocre ou grises. Spartia semble fréquentée par bon nombre de Grecs fortunés, à en croire les villas qui y sont construites. L’affluence touristique étant très faible, ces villages paraissent déserts. Nous continuons de suivre la côte, sous un ciel gris, les vues sur la mer sont ternes. Nous atteignons Lourdas, longeons sa plage puis repartons jusqu’à Skála, un peu plus animée. La villa romaine et ses mosaïques sont en travaux et de toute façon, elle ferme à quinze heures ! Puis c’est Póros, station balnéaire abandonnée. Nous repartons vers l’intérieur, la tombe à tholos mycénienne est, elle aussi, fermée depuis quinze heures… Nous franchissons un col. Dans la descente, sur la route mouillée, je dérape en freinant, il devient urgent de changer les pneus et de revoir les freins. Nous atteignons la station bien évidemment balnéaire de Sámi, dans la grisaille. La petite ville est trop triste pour que nous ayons envie de dîner sur le port. Nous trouvons le camping, plutôt cher mais il a une machine à laver que nous utilisons aussitôt. Je me bats encore avec l’ordinateur, essaie de refaire fonctionner cette  maudite lettre L, incontournable pour le mot de passe mais il n’y a rien à faire. Nous parvenons néanmoins, avec Skype, à téléphoner à Nicole et à Julie mais les conversations sont vite coupées.

 

Mercredi 29 septembre : Nous sommes consternés par la vision du ciel, toujours gris mais il ne pleut pas. Nous commençons par monter dans les collines qui surplombent la baie, jusqu’à l’acropole et aux murs de fortification de l’ancienne Sámi. On devine bien le tracé de l’imposante muraille mais il ne reste plus d’autres bâtiments debout. Entre les troncs séculaires des oliviers qui ne doivent plus guère produire, nous avons une vue, sans doute Grece-4143.JPGsuperbe sous le soleil, de toute la baie, fermée à quelque distance par Ithaque. Nous nous rendons ensuite à la plage d’Antisamos. Nous la découvrons de la corniche, superbement nichée entre des falaises couvertes d’un maquis. Les eaux sont d’un outremer profond, turquoise sur le bord mais là encore le soleil fait défaut. Nous revenons en ville, passons à l’Office du tourisme puis trouvons un cybercafé. Peu de nouvelles et aucun message ! Nous voici de nouveau oubliés ! Nous quittons la ville, arrêtons à la sortie pour voir une mare qui n’a rien de spectaculaire mais dont l’eau proviendrait de l’autre côté de la péninsule, par un phénomène géologique de résurgence. Plus loin, le même phénomène se reproduit dans une grotte souterraine, appelée lac Melissani, dont la voûte s’est affaissée, laissant ainsi entrer les rayons du soleil. Là, l’entrée est payante et bien chère pour le peu à voir. Nous descendons un couloir d’accès qui débouche dans la grotte.Grece-4149.JPG Le soleil, enfin revenu, fait briller d’un beau bleu l’eau dans laquelle tombent des stalactites. Nous embarquons avec d’autres touristes dans un canot propulsé à la rame par un bonimenteur polyglotte. Un petit tour sur l’eau, jusqu’au fond de la grotte et il n’y a plus qu’à ressortir ! Nous suivons la côte ensoleillée, quelques criques avec une eau limpide invitent à la baignade. Nous parvenons à Haghia Efimia, port et petite station balnéaire, poussons jusqu’à la sortie du village où nous attend une bien sympathique taverne, le Paradise, avec sa tonnelle qui nous permet de déjeuner à l’ombre, au-dessus de l’eau. Excellent tarama, curieusement appelé sur la carte salade de rogue (!), suivi de calamars frits trop huileux et d’une daube de poulpe, tendre, servie avec du riz en supplément. Le vin blanc à goût de citron fait agréablement glisser le tout. Nous repartons vers l’intérieur, montons jusqu’à un monastère d’où l’on a une belle vue sur Ithaque, si proche. Nous continuons dans les montagnes en traversant des villages sans perdre de vue la patrie d’Ulysse, du moins tant que nous ne sommes pas dans les nuages. Nous revenons vers la côte et nous retrouvons Fiskàrdo où nous avions débarqué, dans l’après-midi. Nous nous garons sur le parking, sans trouver d’emplacement plus propice pour passer la nuit. Nous nous reposons puis descendons sur le petit port nous faire confirmer l’existence d’une excursion en bateau à Ithaque demain. Nous nous installons dans les fauteuils d’un des cafés-bars-restaurants en terrasse pour goûter un ouzo copieusement servi mais pas donné non plus. Je vais rechercher la voiture et je la gare près de l’embarcadère du ferry pour la nuit. Des camionnettes surchargées arrivent, occupées par des familles de Roms qui commencent à faire la cuisine. Je mange seul, Marie est écœurée et ne touche à rien. Nous ressortons faire un tour le long du port pour dissiper ses nausées.

 

Jeudi 30 septembre : Ce sont les noceurs qui ont été les plus bruyants, les Roms, cuisine terminée, ont dormi. Le soleil semble bien revenu. Rassurés, nous allons prendre les billets pour la croisière à Ithaque. Nous découvrons que nous ne serons pas seuls mais avec une bonne cinquantaine de personnes, tous anglophones. Le bateau est ponctuel, nous nous installons sur le pont supérieur sur des chaises, tout à l’avant. Un peu de houle le chahute jusqu’à ce que nous doublions la pointe nord d’Ithaque. Nous longeons la côte où se Grece-4158.JPGtrouvent de rares villages, au fond de criques. Les montagnes sont couvertes d’un épais maquis. Nous apercevons les tours d’anciens moulins à vent, quelques chapelles isolées sur des îlots ou sur des pointes rocheuses. Nous entrons dans une baie profonde, dans la partie la moins large de l’île, puis au fond d’une crique où se trouve la petite capitale, Vathi. Nous avons droit à une heure d’escale dont dix bonnes minutes sont consacrées à choisir une carte postale pour Martine, trouver la poste, écrire quelques mots. Ensuite nous pouvons nous promener, l’œil sur la montre, dans cette petite ville, pas désagréable : des places ombragées, des maisons étagées autour du port qui, au Grece-4169.JPGmoins de loin, ont du caractère, et pas trop de touristes. Nous avons le temps de nous rendre à la cathédrale, mais bien entendu elle est fermée. Nous remontons à bord, appareillons et revenons sur nos pas. Nouvel arrêt sur une plage minuscule où notre énorme vaisseau vient troubler la tranquillité d’un couple de paisibles retraités, venus avec leur petit bateau goûter sous un parasol le calme et l’air pur. L’eau est limpide, avec des reflets turquoise et certainement pas assez chaude pour qu’à l’exemple de nos compagnons des îles du Nord, nous nous baignions. Nous repartons, de plus en Grece-4183.JPGplus affamés pour le village de Kióni où nous avons droit cette fois à une heure trente pour déjeuner et visiter. Nous sommes dans les premiers à nous ruer dans l’une des trois fausses tavernes qui nous attendent. Nous déjeunons au bord de l’eau, sardines grillées, souvlaki pas sec et le petit vin blanc de la maison, très agréable et bien frais. Nous avons juste le temps de grimper sur les hauteurs de ce joli village pour avoir une vue sur les maisons anciennes, un peu trop cachées par les voiliers. Nous sommes dans les derniers à rembarquer. Marie est ravie d’avoir foulé le sol d’Ithaque et je trouve que cette mini-croisière, pour un prix honnête, n’était pas trop ennuyeuse comme je le crains dès que nous sommes sur une embarcation et qui plus est, dans un milieu anglo-saxon. Nouvel arrêt pour une dernière baignade des acharnés et nous rentrons à Fiskàrdo plus tôt que prévu. Nous devons attendre l’ouverture du guichet pour prendre les billets du ferry. Une heure plus tard, nous remontons à bord d’un bateau, mais avec la voiture. Une petite heure de navigation pour retrouver Leucade à la tombée de la nuit et nous installer, comme à l’aller, au bord de l’eau entre des camping-cars.

 

Vendredi 1er octobre : Soleil au réveil. Nous repartons en direction de la côte ouest que nous rejoignons après avoir franchi une chaîne de montagnes. Nous descendons le long de la côte vers la pointe sud. La route en corniche offre de beaux points de vue, mais le grand Grece-4188.jpgmoment est l’arrivée, après une descente vertigineuse, à la plage de Porto Katsiki. Du parking, nous dominons une superbe plage encore déserte, entre de hautes falaises, baignée par les eaux turquoise. Trois ou quatre baraques en bois, des bars-restaurants en terrasse, ne parviennent pas à gâcher le site. Un court sentier, bien aménagé permet d’accéder à l’extrémité d’une pointe rocheuse d’où nous avons vue, d’un côté sur la plage, de l’autre sur les falaises et une grotte marine. Nous faisons la connaissance de Marcella et Cesare, un sympathique couple de camping-caristes italiens avec qui nous échangeons les adresses. Nous remontons sur la route et poursuivons jusqu’à l’extrême pointe sud de l’île, au phare édifié au-dessus d’un temple d’Apollon dont il ne reste qu’un malheureux caillou. C’est de là que Sapho se serait suicidée par désespoir amoureux en se jetant du haut de la falaise, le saut de Leucade. Une grille empêche d’approcher du bord et prévient ainsi les autres délaissés. Nous apercevons les montagnes bleutées d’Ithaque et de Céphalonie, posées sur une mer qui paraît d’huile. Nous décidons de retourner à la plage de Porto Katsiki dans l’espoir que le soleil a suffisamment tourné pour éclairer les falaises. Ce qui est en partie le cas et les scintillements sur l’eau transportent Marie, mais l’effet n’est plus le même : les touristes sont arrivés, il commence à y avoir du monde sur la plage et dans l’eau, et même un parasol. Après déjeuner, le ciel se recouvre, nous repartons vers le nord cette fois. Nous nous arrêtons à Haghios Nikitas pour descendre à pied jusqu’à la plage. Le village est très touristique. De belles maisons de pierre, chaulées, pourvues de grands balcons de bois, ont été construites ou rénovées sans qu’il soit toujours facile de voir la différence tant elles paraissent toutes neuves. Nous passons ensuite à une autre plage, toujours un mélange de sable et de gravier, sans intérêt notable, avant de rejoindre Lefkáda. Nous cherchons un supermarché, tous ne sont que des minimarkets, sans viande ni grand choix. Je refais un plein de gasoil et me fais indiquer d’autres supermarchés. L’un n’a pas un plus grand choix, l’autre est carrément désert, les rayons, les bacs, les gondoles, sont presque vides ! Serait-ce dû à un problème d’approvisionnement ? Nous avions vu à Salonique, à Ioánina et à l’entrée des grandes villes, des concentrations de poids lourds garés sur le bas-côté, manifestation sociale ? Marie veut faire un petit tour dans la vieille ville. Nous parcourons quelques ruelles où les maisons coquettes sont couvertes sur les murs de tôles ondulées peintes. Enfin nous reprenons la route, passons sur le continent par un pont, longeons un beau fort vénitien que je n’avais pas remarqué à l’aller. Puis un tunnel à péage nous fait Grece-4197.JPGpasser de l’autre côté du golfe que nous avions contourné. Nous longeons la mer sous un soleil revenu et décidons d’arrêter à Párga. Un bout de route avec de belles vues sur la côte nous amène à cette station balnéaire encore active. Nous continuons d’y chercher du steak haché que je finis par trouver chez un boucher. Nous arrêtons dans un camping en bord de plage. Je déniche une bouteille d’ouzo dans un bar pour arroser ce retour sur le continent (?).

 

Samedi 2 octobre : Nous quittons le camping sans regrets. Il ferme aujourd’hui et plus aucun entretien n’est assuré depuis quelques jours semble-t-il, les poubelles débordent et les lavabos, douches, toilettes, n’ont pas été nettoyés depuis belle lurette. Nous sommes bientôt à Igoumenitsa. Je vais prendre les billets de bateau pour Venise, en open deck pour jeudi prochain. Je suis très étonné par le prix, à peine plus de deux cents euros ! Nous nous rendons au port et prenons des billets pour le prochain ferry à destination de Corfou. En fait, Grece-4203.JPGun simple bac, comme ceux que nous avons pris dans les autres îles. Nous levons l’ancre à onze heures quarante-cinq, avec quinze minutes de retard. Plus une place de libre pour les véhicules à bord. Le trafic entre Corfou et le continent est intense, des bacs ne cessent d’arriver, repartir. Deux heures plus tard, après avoir longé la forteresse vénitienne et aperçu les maisons de la vieille ville qui donnent au bord de mer un aspect Malecon, mais pas aussi décrépites, nous accostons. Il est presque deux heures et nous commençons par Grece-4207.jpgdéjeuner dans le camion sans sortir de l’enceinte du port. Nous décidons d’aller nous garer près du centre ancien pour nous y promener. Contourner la vieille ville ne va pas sans quelques demi-tours ou marches arrière, et ensuite se garer n’est pas évident, entre les panneaux d’interdiction de stationner négligés par tous les automobilistes et les parkings inaccessibles. Je finis par trouver une place sur la corniche. Nous partons à pied dans des ruelles, des escaliers où le linge sèche sur des fils tendus entre les maisons. Pas de touristes, nous goûtons ce côté « Panier », comme à Marseille, mais bien vite, nous débouchons dans des ruelles qu’arpentent des troupeaux de touristes, de toutes nationalités, débarqués des bateaux de croisière ancrés dans le port. Conséquence : toutes les boutiques proposent l’habituelle camelote internationale. Nous visitons l’église Saint-Spiridon. L’afflux de touristes a l’avantage de faire ouvrir les portes de ces édifices… Le plafond est superbe, peint dans des médaillons. Nous pourrions être à Venise si les lampes d’argent accrochées au-dessus du sarcophage du saint, du Grece-4209.JPG même métal, couvert de bougies par les fidèles, et si l’iconostase ne rappelaient que nous sommes en terre orthodoxe. Nous sortons de ce quartier sur une vaste esplanade à demi couverte d’un impeccable gazon, terrain de cricket hérité des Anglais et pour parfaire l’aspect cosmopolite de la ville, une élégante rangée d’immeubles au-dessus d’arcades évoque immanquablement la rue de Rivoli ! Nous allons ensuite visiter l’ancienne forteresse où, là aussi, les fortifications vénitiennes se mêlent aux casernes et à l’église Saint-George de la période anglaise. Nous montons jusqu’au phare d’où nous aurions une magnifique vue sur la ville si nous n’étions pas à contre-jour. Nous regagnons l’esplanade, buvons un pot à une terrasse de café puis repartons dans la vieille ville. Des mariages vont être célébrés, occasion d’admirer les toilettes, parfois tapageuses, des participants. Nous trouvons un cybercafé et un court message, drôle, des Fantino, rien de Julie ! Nous reprenons la voiture, sortons de la ville en longeant la mer vers le nord. Corfou est beaucoup plus développée que les autres îles et il faut rouler plusieurs kilomètres pour ne plus se sentir en ville. Les plages sont toutes occupées par des établissements balnéaires et les taverna où nous avions envisagé de dîner ont disparu ou sont fermées. La nuit va tomber, nous nous décidons pour nous installer en bordure de plage, derrière un établissement fermé. Faute de dîner au restaurant, nous devrons nous contenter d’un cassoulet en boîte !

 

Dimanche 3 octobre : Nous revenons quelques kilomètres sur nos pas pour prendre une route qui monte vers le plus haut sommet de l’île, à neuf cents mètres d’altitude. J’entame alors une journée passée à tourner le volant dans un sens puis dans l’autre, à avaler épingle à cheveux sur épingle à cheveux sur des routes étroites, parmi les oliviers puis, plus haut dans les chênes verts. Nous montons, montons, jusqu’au sommet du Pantokrátor planté d’antennes qui disparaissent, réapparaissent au gré des nuages qui s’y accrochent. Les dernières centaines de mètres sont particulièrement raides, pour aboutir à l’entrée du Grece-4218.jpgmonastère qui s’y trouve. Les moines n’ont pas dû être ravis de voir installer une haute antenne en plein milieu de la cour de leur monastère. La petite église nous surprend. L’iconostase est en pierre et les icônes sont couvertes de plaques d’argent, à l’exception des visages et des mains. De nombreuses lampes du même métal pendent du plafond. La voûte et une partie des murs sont peintes à fresque ; elles sont en bon état mais disgracieuses, les visages, les profils surtout, sont presque caricaturaux. Pour ce qui est de la vue, ce n’est pas une réussite, les nuages la cachent, ils passent mais la vision n’est jamais totale. Ils attendront que nous soyons redescendus pour quitter le sommet ! Nous suivons un autre chemin pour retrouver le bord de mer, en empruntant une piste qui va aller en se rétrécissant, à tel point que la voiture doit écarter les buissons pour se frayer un chemin. Faute de carte routière, nous devons demander notre chemin à chaque carrefour, à des chasseurs ou à des randonneurs, mieux équipés. Nous retrouvons un bout de goudron pour une dernière descente vertigineuse jusqu’à la route principale. Nous suivons alors la côte, avançant de crique en crique, ce qui oblige à des détours pour traverser des villages dans des ruelles qui paraissent, jusqu’au dernier moment, moins larges que le camion ! La crique de Kouloura est jolie, isolée, peu fréquentée car sans plage ni place pour stationner. Nous hésitons à y déjeuner dans une taverne, préférons attendre le soir. Nous nous arrêtons sur un parking, juste en face de Butrint, en Albanie. Nous cherchons à repérer aux jumelles où nous étions six semaines plus tôt. Après déjeuner nous continuons le tour de l’île avec de fréquentes incursions vers des plages. Le nombre de touristes est encore important, les hôtels sont occupés, les voitures de location abondent. C’est d’ailleurs cet aspect trop touristique  qui me déçoit à Corfou. L’occupation de la plus petite calanque par des hôtels ou au minimum des gargotes, avec des parasols sur toutes les plages, que j’avais trouvée regrettable à Leucade ou à Céphalonie, atteint ici des sommets. Je suis aussi déçu par les paysages qui me paraissent quelconques, rien de plus que sur la Côte d’Azur ou en Corse, alors que dans les autres îles quelques sites étaient exceptionnels. Dans ces stations balnéaires, tout, absolument tout, est écrit en anglais ! A Grece-4221.JPGSidari, nous allons nous promener sur et autour de petites falaises, découpées, aux strates colorées, qui avancent dans la mer. Le sentier est tracé au rebord des falaises, longe les piscines, bars, matelas où des chairs britanniques fatiguées rosissent lentement mais sûrement.  Nous repartons dans l’intérieur, grimpons encore sur des routes où il vaut mieux ne croiser personne (et c’est encore plus difficile dans les villages !). Puis nous retrouvons des plages. Nous devons demander à plusieurs reprises notre chemin. Une dernière montée avec des échappées sur les baies, les îles et la côte albanaise et nous Grece-4227.JPGredescendons sur Paleokastritsa. Nous jouissons alors d’un panorama sur la ville, l’îlot couronné d’un monastère et les baies alentour. Je demande mon chemin dans une boutique à l’entrée de la ville et en profite pour acheter une bouteille du vin blanc local, le rouge est plus proche d’un porto, de même que le rosé et un autre blanc ( plus cher !), sans doute adaptés aux goût de la clientèle anglaise. Nous trouvons aussitôt le camping, en  face de deux tavernes où nous envisageons de dîner ce soir. A l’heure estimée décente, nous allons dans la taverna devant laquelle rôtissent des viandes en dégageant d’appétissantes effluves… La clientèle est exclusivement composée de touristes qui résident aux environs. Nous nous régalons, Marie d’un saganaki de crevettes suivi de poulpe farci et grillé et moi d’un excellent gyros. Tous les plats  sont copieux, trop même et le retsina ne parvient pas à tout faire passer d’autant qu’on nous offre des crêpes au chocolat ! Difficile retour au camion…

 

Lundi 4 octobre : Nous commençons par quelques emplettes au petit supermarché, sans grand choix, en face du camping puis nous descendons jusqu’au port. Une route monte au monastère perché sur l’îlot que nous avions aperçu la veille. Un feu rouge règle la circulation alternée sur ce court tronçon qu’empruntent des bus de touristes trop âgés ou trop fatigués pour monter à pied. Le monastère n’est pas très ancien, il a été repeint de frais Grece-4238.jpgmais il disparaît sous les fleurs et la vue sur la mer bleue et les rochers posés dessus compense la pauvreté architecturale. Des popes débonnaires égrènent leurs chapelets, aussi indifférents au défilé des groupes que les chats blasés, caressés par des mains internationales et plus photographiés que des starlettes à Cannes. L’église est assez belle, l’iconostase en pierre est pourvue d’icônes récentes et colorées, des lampes en argent pendent un peu partout et les éclairs de flash les font briller comme des boules lumineuses de boîtes de nuit. Le petit musée expose des icônes des XVII° et XVIII° siècles dont une Vie de Marie et une Vie de Jésus aux couleurs encore vives, ainsi que des curios dont il serait intéressant de connaître l’histoire de leur arrivée ici : squelette de baleine, œufs d’autruche etc… Nous reprenons la route avec, comme la veille, de nombreux détours pour descendre sur des plages ou des ports où la route d’accès se termine généralement en cul-de-sac, avec une place limitée pour stationner ou manœuvrer pour faire demi-tour. Nous traversons de véritables forêts d’oliviers aux troncs torturés, noueux. Des filets commencent à être installés dessous pour bientôt recueillir leurs fruits. Nous traversons des villages de montagne aux ruelles angoissantes (faudra-t-il y croiser un autre véhicule ?). Leur vision fugitive est généralement plus intéressante que la promenade  dans leurs rues. On s’aperçoit alors que les quelques maisons anciennes à grands balcons de fer sont, soit délabrées, soit entourées de constructions modernes et laides que la rétine n’avait pas retenues. Nous montons au sommet d’une colline, au « Trône du kaiser », d’où la vue embrasse l’île sur 360°, la mer de tous côtés. Un de ces panoramas où l’on voit tout et rien, tant les distances sont grandes. Nous déjeunons sur une plage dans le camion puis continuons notre avancée par à-coups vers le sud. Nous nous arrêtons sur une autre plage encore très fréquentée par les touristes et faisons quelques pas dans les premières dunes couvertes de graminées. Nous allons nous tremper les pieds pour vérifier que nous ne nous serions pas baignés… Nous parvenons à l’extrémité sud de l’île où des bacs attendent les passagers pour les Ïles Paxi et Antipaxi. Curieusement, alors que les plages plus au nord étaient encore très fréquentées par des Anglais, des Allemands ou des Suédois (chacun sa plage !), au village de Kávos, tous les commerces sont fermés, même les chats ont déserté ! Nous faisons des boucles pour être sûrs de n’avoir rien raté… traversons le village de Lefkimi qui a encore quelques maisons anciennes. Nous nous arrêtons dans un supermarché plus fourni où je complète nos achats puis nous rejoignons la côte orientale. La route suit la mer de très près, passe devant des tavernes sympathiques et nous arrivons à Messongi, pas trop animée pour une station balnéaire. Nous trouvons un cybercafé d’où nous appelons Nicole avec Skype, sur mon ordinateur, car j’ai oublié le mot de passe. Nous retournons sur le bord de mer et nous nous arrêtons à côté d’une taverne, au ras de l’eau. Nous y dînons au calme, juste sur un air de sirtaki de ce « Zorba le grec » qui aura beaucoup fait pour la diffusion de la culture hellène… Je me laisse séduire de plus en plus par le tsatsiki, suivi de calamars frits, pas gras et d’un souvlaki encore trop maigre ! Le vin blanc n’est pas assez frais, mais le patron sait se faire pardonner en m’offrant un verre d’ouzo au digestif.

 

Mardi 5 octobre : Nous repartons après une bonne nuit, à peine troublée par le passage de rares voitures. Le ciel se recouvre vite et le soleil sera absent presque toute la journée. Nous abandonnons la côte pour une nouvelle boucle à l’intérieur, occasion supplémentaire de rouler au milieu des oliviers aux troncs aussi torturés qu’un dessin de Fred Deux ! Nous nous élevons et avons une vue sur la côte occidentale puis orientale avec Corfou. Nous redescendons sur la côte jusqu’à la station balnéaire endormie de Benitses. Nous nous promenons dans le village aux maisons fleuries, en arrière de la zone touristique du bord de Grece-4245.JPGmer. Nous remontons quelques kilomètres jusqu’à la villa Achiléon, construite à la toute fin du XIX° siècle, dans le style des villas italiennes, pour abriter la neurasthénie de l’impératrice d’Autriche, Elizabeth, la fameuse Sissi. Elle est au sommet d’une colline entourée d’un bois aux essences méditerranéennes et tropicales, des cyprès et des pins font bon ménage avec une variété de palmiers. L’entrée est assez chère pour avoir le droit de déambuler dans les pièces du rez-de-chaussée, meublées de lourdes et riches commodes en marqueterie et de souvenirs de la famille impériale. Les terrasses sont intéressantes, des statues de philosophes antiques et de déesses grecques décorent desGrece-4246.JPG jardins fleuris. La passion de Sissi pour le bel Achille se manifeste dans une fresque au style bien pompier et des statues dont une gigantesque mais peu réussie. Nous retournons déjeuner au camion sur le port de Benitses. Nous nous offrons un instant de repos, le programme de la journée étant peu chargé, avant de prendre le chemin de Corfou. Nous n’allons pas dans le centre mais contournons l’aéroport pour nous diriger vers l’extrémité de la presqu’île de Kanoni. Nous parvenons à une plateforme d’où nous avons une vue sur la baie et découvrons à nos pieds deux îlots avec, sur chacun, un Grece-4247.JPGmonastère chaulé de blanc. Le plus proche et le plus grand est relié à la terre par une chaussée. Nous revenons sur nos pas à la recherche de quelques curiosités. Tout d’abord des bains romains avec des restes de mosaïques, en face d’une basilique très ruinée que nous ne pouvons contempler que de derrière les grilles ; après quinze heures, les sites sont fermés… Près du bord de mer, nous pouvons faire le tour de l’église byzantine Saints-Jason-et-Socipatras, à la belle décoration de briques entre les pierres, surmontée d’un dôme et de clochetons. Nous revenons vers les bains romains et allons nous promener dans les jardins à l’anglaise (nature sauvage mais avec des lampadaires) de la villa « Mon Repos », lieu de naissance du prince d’Edimbourg. Nous ne visitons pas le musée installé dans la belle villa avec colonnades devant et derrière et vue imprenable sur la mer et les montagnes du continent. Nous retournons à la pointe de la presqu’île jusqu’au petit port devant le monastère Vlachemes. Nous attendons que la pluie qui a commencé à tomber cesse pour en faire le tour et voir sa minuscule église aux icônes noircies. Nous passons le reste de la fin de l’après-midi dans le camion à attendre l’heure de boire un dernier ouzo. Si nous avions oublié que nous nous trouvons à l’extrémité de la piste de l’aéroport, quelques décollages et atterrissages nous le rappellent bien vite !

 

Mercredi 6 octobre : Il a plu toute la nuit et une légère accalmie au matin ne va pas durer. Nous n’aurons donc pas une vision du monastère de Vlachemes ensoleillé. Nous allons nous garer près du Musée archéologique que nous visitons. Il présente les résultats des fouilles locales et notamment du temple d’Artémis que nous n’avons pas vu hier soir. Son fronton notamment avec une inhabituelle et effrayante représentation de la Gorgone, très éloignée des figures vues en d’autres lieux et notamment en Turquie. Les autres salles exposent dans des vitrines, les classiques poteries en argile ou terre cuite aux noms impossible à retenir… Tout ce qui a été trouvé est présenté, même d’infimes brisures de vases. Nous reprenons la voiture pour essayer de nous garer plus près du centre mais les places sont rares et nous sommes contraints de refaire un grand tour de la ville avant de trouver un emplacement réservé pour handicapés, occupé par une chaise que je déplace. Nous attendons près d’une heure dans la voiture que les violents orages se calment et ce n’est que revêtus des K-ways, parapluie déployé, que nous affrontons la colère des cieux. Les arcades sous lesquelles nous pensions marcher à l’abri, sont occupées par les tables et les fauteuils des cafés. Nous avons vite les pieds et les bas de pantalon trempés. Le Musée byzantin se trouve plus loin que je ne le croyais, dans une église désaffectée de la vieille ville, face à la mer, en haut d’une volée de marches. L’église est très belle, plafond à caissons, curieux revêtement mural en faux « papier peint » et une belle collection d’icônes, très bien restaurées, est présentée dans un couloir adjacent. Quand nous ressortons, il ne pleut plus. Nous repassons par les ruelles et escaliers de la vieille ville avant de retrouver les lieux plus touristiques. Nous déjeunons tardivement au « Hrysomalis », une taverne peu touristique. On n’y trouve que quelques plats mijotés par la patronne aux fourneaux et servis par son mari. Nous reprenons du tarama, bien aillé suivi d’une bonne moussaka, dixit Marie et d’un sofrito de veau cuisiné au vin, à l’ail et aux herbes, accompagnés du vin rouge local qui n’a rien d’extraordinaire mais qui est toujours meilleur que celui acheté en épicerie… Nous causons avec nos voisines, une Allemande qui parle parfaitement français, presque sans accent  et une Française installée à Corfou. Nous achetons des journaux, « Libération » et le « Nouvel Observateur » pour faire passer le temps à bord puis Marie se met en quête d’une carte postale pour Nicole, longue recherche… Nous retournons au cybercafé mais impossible d’accéder à la messagerie et ma tentative de modifier le mot de passe se termine par un nouveau blocage du compte ! Enfin Marie trouve une carte, nous retournons l’écrire au camion où nous attendons que la pluie, qui a repris, daigne se calmer… Comme il n’en est rien, nous finissons par aller au port où nous nous garons à côté d’un autre camping-car de Français qui prennent le même ferry. Ils ont, à leur retour, la surprise de découvrir deux passagers clandestins qui s’en échappent ! Nous nous déplaçons, en restant côte à côte, pour nous éloigner du bruit de la circulation. Ils nous invitent à prendre l’apéritif dans leur camping-car. Jacqueline et Pierre sont restaurateurs en Savoie. Nous échangeons nos adresses et promettons de leur rendre visite. Pendant ce temps, « leurs » passagers clandestins viennent examiner les possibilités qu’offre notre camion… Nous regagnons notre cellule, dînons avant de nous coucher pour la dernière nuit en Grèce.

 

Jeudi 7 octobre : Je suis réveillé passé cinq heures et trois quarts d’heure plus tard, je me lève. En compagnie de Jacqueline et de Pierre, nous nous rendons à l’entrée du port pour l’Italie. Un car de Français est déjà là. A six heures trente le ferry arrive. Nous entrons dans le port puis montons à bord. A ma grande déception, nous sommes coincés entre d’autres camping-cars. Marie se lève, nous petit déjeunons. Pendant ce temps le ferry est retourné sur le continent et accoste à Igoumenitsa. Nous embarquons d’autres camping-cars et voitures. Il n’y a plus une place de libre à bord. Nous montons dans les salons. J’ai l’impression de me retrouver sur le même bateau que l’an dernier. Après l’avoir exploré, nous passons le temps à lire les journaux en regardant défiler les côtes d’Albanie et de Corfou. Nous déjeunons dans le camion puis remontons affronter l’après-midi à bord. Avec le GPS je surveille notre avancée, bien lente. Nous retrouvons et discutons avec les Savoyards avant de regarder décliner le soleil. Nous regagnons la cale et me doutant qu’après cette journée d’inactivité, je risque fort de me réveiller tôt si je dors maintenant, je regarde deux films américains, deux bluettes dans le milieu de la danse contemporaine, sur l’ordinateur en profitant du branchement électrique généreusement offert par la Minoan Line…

 

Vendredi 8 octobre : Nous nous réveillons tôt et après le petit déjeuner, la côte est en vue. Le temps pour Marie de se préparer et nous sommes à Venise. Nous montons sur le pont supérieur, très venté, jouir de l’arrivée. Une fois les îloItalie 4260ts industriels dépassés, nous voyons se profiler le campanile de Saint-Marc et le dôme de la Salute. Nous longeons, en les dominant de haut, les bastions de l’Arsenale et enfin les premières maisons dont les rayons du soleil matinal chauffent les couleurs, des jaunes, des ocre, des bruns, des façades aux fenêtres en ogive soulignées du blanc de leur encadrement, et les premiers canaux et les ponts de pierre qui les enjambent. Une vision magique ! Bientôt grossissent les murs du Palais des Doges, nous passons devant la place Saint-Marc, saluons la Salute. Il est huit heures, les cloches sonnent pour fêter notre Italie 4256arrivée. En un long et lent travelling nous détaillons les quais des Zattere. Je reconnais l’église des Gesuati, je devine celle de San Sebastiano. Le bateau poursuit sur son erre, dépasse la ville et vient mouiller dans le port. Le charme est rompu, nous retrouvons le monde moderne, les raffineries, les voitures, les usines. Le débarquement est laborieux. Nous faisons nos adieux à nos compagnons et promettons, en nous léchant d’avance les babines, de rendre visite à leur restaurant en Savoie. Nous ratons le rond-point où nous aurions dû tourner et nous nous retrouvons sur la chaussée, obligés de rouler jusqu’à Mestre pour pouvoir revenir nous garer au parking du Tronchetto, à quelques centaines de mètres du quai de débarquement ! Le tarif est exorbitant mais c’est Venise ! Nous prenons des billets pour le vaporetto, très chers eux aussi mais je néglige de les valider, ils serviront pour le retour. Nous descendons au premier arrêt dans le quartier de Dorsoduro où je me retrouve sans peine. Nous ne visitons pas San Sebastiano en travaux de restauration et partons à la découverte, sans itinéraire préconçu et même sans appareil photo, à l’écart des trajets classiques. Les touristes y sont peu nombreux et les boutiques de souvenirs rares. Nous flânons, émerveillés à chaque coin de ruelle, sur chaque pont. Le linge sèche entre les maisons, les habitants vaquent à leurs occupations, la Venise que nous aimons, dont nous ne nous lassons jamais. La seule ville au monde, avec Sanaa qui n’a pas sacrifié à la bagnole, sans édifices modernes, qui peut facilement être imaginée avec deux ou trois siècles de moins. Nous visitons l’atelier de réparation de gondoles que nous avions déjà aperçu mais où nous n’étions jamais entrés. Elles y sont poncées, laquées, vernies, bichonnées. En face, l’église San Trovaso est encore ouverte, et gratuite : des Titien, des Palma le jeune pour nous seuls. Nous suivons les Zattere mais nous sommes en période d’aqua alta et le vent pousse des vaguelettes sur les quais. Nous revenons vers l’intérieur et parvenons à la Salute dont les belles statues nous saluent de haut. A l’intérieur encore quelques Palma le jeune. Nous revenons vers l’Accademia, les touristes sont plus nombreux. Nous nous décidons pour une trattoria où nous faisons honneur à des moules et des vongole marinières puis à un excellent risotto aux fruits de mer, à défaut d’un risotto à l’encre de seiche dont j’avais le souvenir mais qui ne tente pas Marie et qui n’est servi que pour deux personnes. Un honnête vin blanc fruité fait passer le tout. Nous repartons, traversons le Grand Canal par le pont de l’Académie, en nous arrêtant longuement pour admirer la perspective des palais sur les deux berges et la fenêtre de la modeste mais coûteuse chambre qui nous avait hébergés, trois ans plus tôt. Nous passons devant la Fenice, encore des souvenirs et enfin parvenons sur la place Saint-Marc. Des travaux autour du campanile et sur une partie de la façade de la basilique gâchent la vision, sans oublier l’affluence touristique mais cette place, trop vaste, trop monumentale, n’a jamais été mon endroit de prédilection. Marie serait tentée par un chocolat chaud au café Florian mais au tarif déjà bien exagéré des consommations, il faudrait ajouter six euros par personne pour rémunérer l’orchestre qui distille des airs sirupeux ! Estimant que trop c’est trop, nous repartons, suivons le flot des badauds qui s’acheminent vers le pont du Rialto. Nous le franchissons et allons nous offrir chocolat et espresso, hélas  refroidis, dans un bistro sur les bords du canal. Je me fais réprimander pour avoir voulu nourrir les pigeons avec un biscuit ! Nous suivons, de près ou à l’intérieur, le tracé du canal avant de reprendre le vaporetto et retrouver en fin d’après-midi le camion. Nous quittons Venise et prenons l’autoroute de Milan, le soleil de face mais il disparaît bientôt derrière les nuages. A sept heures, il fait nuit, nous roulons encore une heure, jusqu’à Piacenza où nous arrêtons pour la nuit, sur une aire de station-service. Nous découvrons alors que nous avons un message de Karine qui nous annonce de gros dégâts à la maison, dus à la chatte ! Le retour risque d’être encore une fois difficile… Il ne faudrait jamais rentrer… Je continuerais bien encore de rouler mais Marie ne veut rien savoir.

 

Samedi 9 octobre : Je suis réveillé très tôt, prêt à reprendre la route mais Marie dort ! Je n’ose la tirer de son sommeil que vers les sept heures. Nous reprenons l’autoroute. Bonne moyenne jusqu’à Gênes puis c’est l’inévitable série des tunnels de la côte jusqu’en France. Nous roulons jusqu’à Antibes pour aller déjeuner au Courte-Paille. Marie téléphone à Nicole. Et nous revoilà à Toulon pour constater les dégâts de Réglisse…

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8 novembre 2010 1 08 /11 /novembre /2010 15:41

 

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Mardi 31 août : Nous n’avons pas entendu les cloches et le soleil tarde à passer au-dessus de la montagne. Il n’éclaire les deux églises qu’au moment de partir. Nous redescendons dans Kutaisi, le musée est toujours fermé. Nous sortons de la ville par une mauvaise route déformée avant de rejoindre la grand-route. Peut-être que je m’habitue mais la circulation me paraît plus aisée. Il est vrai aussi que je m’adapte… Les lignes continues ne me semblent plus infranchissables… puisque la police n’en a cure ! Nous traversons une région montagneuse, couverte de forêts, nous suivons des gorges, passons un col avant de redescendre dans la plaine. Nous achetons une spatule en bois sur le bord de la route puis un pain dans un village dont c’est la spécialité, chaque maison en fabrique et en propose sur le bord de la route. Il est chaud, sucré et parfumé aux épices, bien pour le petit déjeuner mais pas pour les rillettes ! Nous retrouvons dans les agglomérations le réseau d’alimentation en gaz typique des pays de l’ancienne Union Soviétique, des tuyaux qui courent le long des rues, les traversent, à plus de deux mètres de haut. Nous atteignons Gori, à l’écart de l’axe principal. Nous cherchons dans le Georgie-3713.jpgcentre ville la statue du plus célèbre enfant du pays : Joseph Vissarionovitch Djougachvili, plus connu sous le nom de Staline… La statue a disparu, elle est en « restauration », nul ne sait quand elle sera remise en place. Une plus modeste, presque honteuse, trône entre sa maison natale que l’on peut visiter et qui a été placée sous un portique à l’antique, et le musée, un bâtiment de style géorgien, mélange de mauresque et de manuélin, que nous évitons. Nous repartons et remontons une jolie vallée verdoyante. Jardins et vergers débordent de fruits. Des espaliers dépassent au-dessus de la route, il en pend de lourdes grappes de raisin. Les maisons quand elles étaient en bois devaient former de beaux villages, aujourd’hui, elles ont toutes des toits de tôle et les antennes paraboliques y fleurissent. Nous arrivons à l’église d’Ateni, trGeorgie 3717ès classique, elle domine la vallée sur un promontoire. Le gardien nous ouvre la porte mais la jupe de Marie est jugée trop courte, elle doit en emprunter une et se couvrir la tête d’un foulard. A l’intérieur, de prime abord, nous sommes très déçus. Tout est sombre, les fresques très abîmées mais la lumière surgit et nous sommes autorisés à pénétrer dans l’abside en pleine restauration et même à grimper sur les échafaudages. Marie ne monte pas, je trouve de belles fresques  aux couleurs passées mais encore lisibles. Je peux prendre des photos, le bakchich y est sans doute pour quelque chose ! Nous déjeunons rapidement sur le bord de la route puis nous cherchons le village troglodyte d’Uplistsikhe. Il est au-dessus d’une rivière qui fait le bonheur des enfants que j’envie… Le site est en plein travaux d’aménagement. Décidemment la Géorgie fait de gros investissements pour mettre en valeur son patrimoine et attirer des touristes. Une fois le droit d’entrée acquitté, nous nous tordons les pieds sur une ancienne voie d’accès creusée d’ornières puis en escaladant la pente où Marie peine. Des escaliers sont en construction mais non terminés. Enfin nous accédons à l’ensemble de grottes naturelles ou taillées dans la falaise qui a perduré Georgie-3723.JPGplusieurs millénaires. Nous y voyons des citernes, des bassins, de vastes salles, des églises ou des palais, creusés de niches, aux plafonds en caisson sculptés dans le tuf. Nous dominons le cours de la rivière mais tout cela nous paraît bien décevant. La réalité est trop souvent décevante par rapport aux descriptions enthousiastes des guides. Nous redescendons, prenons un soda avant de repartir, de retraverser Gori et de retrouver la grand-route. Elle devient alors autoroute, donc plus rapide et plus sûre. Nous en sortons à Igoeti, non sans mal pour trouver notre chemin et aller y voir les sculptures extérieures de son église Samtavisi, un décor floral ou deGeorgie-3735.JPG rinceaux autour des fenêtres, principalement au chevet, hélas dans l’ombre. Nous reprenons l’autoroute et la quittons à Mtskheta. Nous longeons la rivière puis entrons dans cette petite ville calme. Nous approchons de sa grande église mais les abords en travaux ne sont guère propices à y passer la nuit. Nous décidons de nous rendre à l’église de Dzhvari que nous apercevons au sommet d’une colline. En trouver la route d’accès n’est pas une mi nce affaire et notre connaissance du russe bien insuffisante pGeorgie-3731.JPGour comprendre les explications. Nous nous trompons, reprenons l’autoroute dans le mauvais sens, en sortons, revenons et e nfin accédons au site. Nous n’y sommes pas seuls. C’est un lieu de rendez-vous, on vient y profiter de la vue, faire un vœu etc… Et cela ne cesse pas à la nuit tombée ! Marie reste au camion pendant que je monte jusqu’à l’église admirer le confluent des rivières et la vue sur Mtskheta, à contre-jour. Pas question d’entrer dans l’église, mon short tahitien est jugé trop court, mes « belles jambes » (dixit Nicole) effraient la mère tourière… Je redescends au camion où nous nous désaltérons avec de grands verres de rosé.

 

Mercredi 1er septembre : Toute la nuit des visiteurs bruyants sont montés sur la colline se prendre en photo, admirer la vue nocturne sans oublier de claquer les portières, s’interpeller à voix haute et mettre de la musique… J’ai peu dormi ! Le moral s’en ressent, je suis déjà las de ces églises, toutes identiques, de ces fresques et ce sera la même chose en Arménie… Nous montons de nouveau à l’église, revoir la vue puis constater que l’intérieur Georgie-3736.jpgde l’église est sans le moindre intérêt. Nous retournons dans Mtskheta et nous nous garons près d’une ouverture dans le mur d’enceinte de la cathédrale, la plus grande, la plus importante église de Géorgie, le Notre-Dame local. Il est vrai que son tambour, dans une pierre verte, et ses façades ornées de belles sculptures en bas-relief lui donnent du cachet. Fenêtres ornées, grandes croix de pierre sur les murs, les artistes n’ont pas lésiné. L’intérieur est immense, une cérémonie s’y tient. Pas de bancs, on se tient debout ou on s’agenouille. De souffreteuses jeunes filles brunes se pâment devant les icônes, embrassent  toutes les représentations de saints. Des popes barbus vont, viennent, couverts d’atours chatoyants. Un chœur éthéré de femmes chante des louanges, nous sommes presque sous le charme ! De belles fresquesGeorgie-3745.JPG, un Christ bizarrement entre des représentations des signes du Zodiaque, un autre, immense, sévère, dans l’abside ! Nous finissons de faire le tour par l’extérieur avant de nous rendre à une autre église. Samtavro est le lieu de vénération d’un saint homme, fleurs, images religieuses sont déposées sur sa tombe. Nous repartons sur une route qui longe le cimetière, les tombes sont dans des enclos délimités par une barrière métallique, chacun pourvu d’une table et de deux bancs. La route se dégrade vite  avant de monter rudement vers une falaise, creusée de troglodytes. Nous atteignons le monastère de Shio Mighvime. Notre arrivée fait surgir des moines, tout en noir, portant barbe et calotte qui me demandent de me garer à l’extérieur, en bas de la côte. Je peine dans la montée à pied pour rejoindre Marie. Les deux églises sont sans le moindre intérêt. Les fresques sont du XIX° siècle et d’un goût saint-sulpicien très assuré, seul le site justifie le détour. Nous déjeunons dansGeorgie-3755.JPG le camion, à l’ombre puis échangeons quelques mots avec des rugbymen qui ont joué dans des équipes en France. Retour à Mtskheta puis nous suivons la route « militaire » construite au XIX° siècle par les Russes pour contrôler le Caucase. Nous la remontons jusqu’à un important barrage dont nous longeons le grand lac de retenue. A son extrémité, nous découvrons dans un virage la forteresse d’Ananuri qui commandait la vallée. Ses murailles crénelées, ses meurtrières, ont encore belle allure. A l’intérieur, deux Georgie-3753.JPGéglises occupent presque tout l’espace. L’une d’elles a une façade très richement ornée : croix, vigne, aigle et lion de pierre sculptés. Nous décidons de continuer de remonter en suivant les gorges d’un torrent. La route s’élève rapidement entre les flancs veloutés de montagnes entaillées par les torrents. Les meules de Georgie-3757.jpgfoin ponctuent les champs fauchés. Nous atteignons une station de ski mais nous ne poursuivons pas vers la toute proche frontière russe. Nous n’avons presque plus de gasoil et nous devons retourner en chercher. Nous descendons presque constamment au point mort jusqu’à un village où je trouve un bidon de dix litres. Nous revenons vers Tbilissi et enfin y entrons. La ville s’allonge en suivant le cours de la Kura. J’essaie de me faire tout petit dans le flot de voitures qui nous emporte. Nous parvenons dans le centre où nous devons trouver un endroit pour stationner cette nuit et le lendemain. Je me fais indiquer un parc, rate la ruelle qui y mène, cherche ailleurs, me retrouve à faire de bien compliqués demi-tours dans des impasses encombrées et finis par retrouver le parc. Nous y trouvons une place dans la verdure, à l’écart de l’agitation. Nous allons en promenade explorer les environs. Marie se plaint vite des distances. Nous ne trouvons pas de restaurant géorgien, aussi revenons-nous à l’entrée du parc dîner en terrasse au « Kazbegui » fort honnêtement de brochettes de porc, des shashlik bien sûr, et Marie d’un kababi, un hachis de mouton, oignons et œuf, pimenté dans une crêpe roulée. La bière est glacée et glisse toute seule. Marie est fascinée par une fontaine de jets d’eau espacés, verticaux, d’intensité variable, qui fait la joie des enfants. Retour au camion, toujours une étuve pour écrire et étudier le programme du lendemain.

 

Jeudi 2 septembre : Nuit au calme malgré le bruit assourdi et distant de la circulation. Nous sommes seuls sur le parking au réveil. Nous prenons un taxi après en avoir négocié le prix, Georgie-3759.JPGil nous dépose près du pont de Metekhi. Nous sommes dans le vieux Tbilissi. La rivière Kura partage la ville en deux et crée un axe agréable, presque paisible malgré la circulation sur ses berges. En face de nous, sur l’autre rive, une statue équestre prétentieuse, l’église de Metekhi et un ensemble de belles maisons avec vérandas, colonnes, décorées d’une dentelle de bois ajourée, à la fois Nouvelle-Orléans et La Réunion ! Nous allons en trouver beaucoup dans ce quartier. Nous remontons la rue des bains sulfureux. Des établissements, nous ne voyons que les dômes de briques, pas question d’y tâter, l’eau est à 45°c ! De l’autre côté Georgie-3760.JPGde la rue, une suite de belles maisons restaurées. Face à nous, un autre établissement de bain que l’on pourrait prendre avec son décor de faïences bleues pour une mosquée iranienne. Nous suivons des ruelles entre des maisons anciennes en plus ou moins mauvais état. Nous dépassons une mosquée de briques rouges  qui ne paraît pas en être une, puis suivons un sentier qui nous amène au sommet de la colline, à l’entrée de la citadelle de Narikala qui la couronne. Il n’en reste que des murailles de briques à décor géométrique et une fois sa porte franchie, il ne s’y trouve plus qu’une église récente. Une cérémonie s’y déroule, à laquelle quelques personnes assistent et trois jeunes femmes forment un chœur qui répond Georgie-3768.JPGau pope. Des remparts, nous avons une vue sur toute la ville, l’ancienne à nos pieds et la récente plus éloignée. Nous redescendons au pont, le franchissons pour monter à l’église de Metekhi qui n’a rien d’exceptionnel mais d’où nous avons une belle vue sur la ville ancienne, ses maisons traditionnelles, les tambours des églises et la muraille de la citadelle au-dessus. Nous repassons sur la rive droite et suivons la rue Leselidze. Nous la quittons pour aller traîner dans le vieux quartier de Betlemi. Encore de belles maisons, certaines superbes comme celle, cachée derrière des arbres, avec une longue véranda à l’étage décorée d’une Georgie-3769.JPGmerveilleuse dentelle de bois ajouré et un petit pavillon couvert de vitraux colorés. J’imagine un roman de Kessel, du temps où la ville s’appelait Tiflis, qui se passerait dans ces ruelles, au milieu de ces maisons alors dans toute leur splendeur. Beaucoup sont en piteux état et il est peu probable que leurs occupants aient le souci et les moyens de les restaurer. Une synagogue voisine avec des églises géorgiennes ou arméniennes. Nous continuons de parcourir des rues bordées de maisons anciennes avant de déboucher sur une grande avenue où les superbes maisons adossées à la muraille ont été restaurées depuis quelque temps et ont donc pris une certaine patine. Dommage que les antennes paraboliques les déparent. Marie commence à être fatiguée, nous décidons de Georgie-3780.JPGdéjeuner dans le jardin du restaurant « Prestige » de la rue Leselidze. Nous goûtons d’autres spécialités : le khatchapouri, une galette œuf et fromage, des aubergines aux noix et pour moi un mélange de pommes de terre, d’oignons et de viande rissolés ensemble que j’accompagne d’une sauce tkemali à base de fruits et de piment. Tout est bon dans l’ensemble mais nous apprécions surtout les grands demis (des vrais !) de bière glacée, trois nous suffisent à peine !!! Nous remontons jusqu’à la place de la Liberté. Dans le bâtiment de style mauresque qui héberge l’Hôtel de ville, nous découvrons l’Office du tourisme. Marie fait une razzia de prospectus. Nous traversons la place sans presque un coup d’œil pour le Saint-Georges doré (il y en a partout !) au sommet de la colonne plantée au beau milieu. Nous nous rendons à la Galerie d’art pour, espérons-nous, voir une belle collection d’icônes. Nous devons payer un supplément pour visiter le « Trésor », puis déposer sacs et appareil photo ce qui ne manque pas d’énerver Marie déjà bien fatiguée, avant d’être promenés par une guide qui parle français devant des icônes en argent, en or, couvertes de pierres précieuses, très rarement peintes. Il faut subir devant chacune un discours formaté, rapidement débité, saoulant ! Les autres salles sont fermées et le musée doit être rénové l’an prochain… Ouf ! Nous suivons la grande avenue Roustavéli, une succession de pompeux bâtiments officiels, théâtre et opéra dans le style architectural géorgien. Nous sommes du mauvais côté, au soleil, mais impossible de traverser l’avenue et le flot de voitures. Les passages souterrains ne sont pas en vue. Marie peine, râle parce que fatiguée mais veut trouver internet, la poste, une terrasse de café… Je l’abandonne pour chercher la poste qui a déménagé de l’autre côté, ce que tout le monde ne semble pas savoir et qui m’oblige à des allers et retours inutiles. Je rejoins Marie, nous empruntons un passage souterrain et trouvons une terrasse de café. Un Coca Cola plus tard, je l’abandonne de nouveau pour repartir en quête de la poste, encore difficile à découvrir au fond d’une cour, un minuscule bureau ! Je me connecte au cybercafé voisin, le temps de trouver un message de Julie et un de Marie-Cécile. Je retrouve Marie après avoir acheté et vidé une bouteille d’eau gazeuse. Nous repartons lentement en nous arrêtant souvent, jusqu’au camion. En plus des vieilles femmes qui tendent la main à la porte des églises, un bon nombre de personnes âgées, correctement vêtues, mendient. Les Roms, surtout des femmes avec des enfants, sont aussi nombreux. Les passants donnent facilement des piécettes. Nous retournons dîner au même endroit, des mêmes plats, avec la même quantité de bière et Marie toujours fascinée par les jets d’eau…

 

Vendredi 3 septembre : Notre cerbère à la voix cassée a pour compagnons de misère deux ou trois marginaux qui, comme la veille, tiennent une conférence sans grande discrétion au milieu de la nuit. Quand les débats plus ou moins houleux cessent, nous pouvons nous endormir… Au matin, il fait enfin frais et je ne transpire plus. Pendant que Marie se prépare, je vais à la proche supérette acheter de l’eau et quelques produits. Nous quittons Tbilissi en suivant des avenues, à l’estime quant à la direction. Par chance, nous nous retrouvons sur la bonne route en direction de Telavi. Nous roulons dans une plaine Georgie-3782.JPGmonotone avant de bifurquer, cap au sud, en direction de l’Azerbaïdjan. Les cultures disparaissent, nous entrons dans une steppe vallonnée avec encore quelques champs et des troupeaux gardés par des bergers à cheval. Nous franchissons un col puis descendons vers un village de colonisation pratiquement abandonné. Encore un bout de piste et nous atteignons, dans un décor de montagnes striées de strates rouges et blanches, le monastère de David Garedzha. Nous pensions arriver à un site de troglodytes mais s’il y a bien encore quelques grottes occupées par des moines, c’est un monastère de briques, avec vérandas, coursives en bois, que nous pouvons visiter. L’intérêt est limité même si dans ce Georgie-3789.JPGcadre il ne manque pas d’attrait. J’abandonne Marie à la boutique du monastère et pars seul pour l’ascension de la falaise qui le surplombe. L’escalade est difficile, pénible sous le soleil de midi et bientôt je crache mes deux litres de bière de la veille, hésite à continuer, espère toujours avoir fait le plus dur et continue… La vue sur les toits du monastère et sur les montagnes colorées alentour est superbe même si l’heure est peu propice. Enfin je parviens sur la ligne de crête. De ce côté-ci la vue porte sur le désert incandescent. Je suis l’arête sans remarquer d’autres troglodytes, j’aperçois une chapelle mais le sentier redevient difficile et je renonce. Par crainte de l’insolation, je me suis mis le mouchoir noué aux quatre coins sur la tête et c’est ainsi, rouge, suant, que je retrouve Marie après une rapide descente. Nous regagnons le camion où je récupère lentement tout en absorbant une bonne quantité d’eau gazeuse fraîche pour remplacer toute l’eau perdue. Nous repartons, retrouvons la route monotone. Je commence à somnoler, un Coca dans Georgie-3792.JPGune épicerie me réveille. Nous faisons un détour pour passer par la jolie quoiqu’un peu trop « belle » petite ville de Sighnaghi. Le long de sa rue principale, de belles maisons avec vérandas en encorbellement, repeintes de couleurs pimpantes. Un effort est fait pour la préserver et y attirer des touristes mais ils ne sont pas encore au courant et la ville est bien calme. En faisant demi-tour, je touche un pilier avec la porte de la cellule, encore un gnon ! Nous repartons, retrouvons la route de Telavi. Nous entrons dans la région des vignobles. Les villages se succèdent et je commence à fatiguer. Peu avant Telavi, Nous nous arrêtons et nous nous garons sur l’esplanade, devant le musée Tchavtchavadzé, un poète du XIX° siècle, « le » grand poète géorgien. Ce n’est pas tellement lui qui nous intéresse mais la production vinicole du domaine ! Néanmoins nous devons subir la visite de sa belle demeure, avec mobilier, peintures, portraits de toute la famille et ses descendants, sous la conduite d’une jeune guide anglophone avant de parvenir à ce qui nous y a attiré : la dégustation ! Nous goûtons un blanc et un rouge de bonne facture et faisons l’emplette d’une bouteille de rouge, cépage « saparavi » local, tout de même cher, surtout pour le niveau de vie du pays. Nous nous installons devant le domaine pour la nuit. Une fois de plus, nous avons choisi le lieu de rendez-vous des jeunes de la ville. Musique, cris, guitare. Cela ne dure pas et le calme revient vite.

 

Samedi 4 septembre : Il fait un agréable 25°c dans le camion que nous aimerions conserver toute la journée. Nous peinons à nous lever, la fatigue commence à se faire sentir. J’envisage une journée de repos au lac Sevan en Arménie. Nous parvenons presqu’aussitôt à Telavi. Nous cherchons le centre qui, en ce samedi, n’est pas l’endroit le plus animé. Rien n’est encore ouvert, à dix heures nous dit-on. Je poste deux cartes dans la boîte devant la poste, pas sûr qu’elles partent… Un cybercafé est ouvert. Pas de nouveaux messages, les copains nous ont oubliés… Nous répondons à Julie, à Marie-Cécile et au message de Simone. Nous allons voir la place proche, déserte, devant les murailles de la citadelle. Nous reprenons la voiture pour approcher la statue équestre d’un obscur roi puis nous sortons de la ville. Un policier que nous emmenons nous met sur la bonne route. Nous traversons la plaine. Des camions s’en vont, chargés de grappes de raisin noir. Nous Georgie-3798.jpgapercevons sur une éminence l’église et la tour derrière l’enceinte de Gremi. Muraille et tour sont en pierre, l’église, classique est en brique, peu décorée à l’intérieur. On distingue mal des fresques qui ont souffert des infiltrations d’eau. Nous reconnaissons néanmoins une Dormition de la Vierge. A côté, dans la tour, un musée bien cher pour ce qu’il a à montrer : quelques objets en bronze d’époques variées, des cruches cassées, d’anciens traîneaux pour écraser le grain. On peut monter au sommet de la tour, Les marches sont hautes, Marie renonce, elle fait bien, la vue sur la plaine et les montagnes embrumées est quelconque. Nous revenons sur nos pas et bifurquons vers Alaverdi. Marie aurait bien aimé suivre la route qui monte vers la frontière tchétchène, sans oser l’imposer, mais nous ne savons rien de son état ni de la possibilité d’y voir de belles tours de défense. Dans les campagnes, sur les pistes, les antiques Lada sont fréquentes, ce n’est qu’en ville qu’on voit des 4x4 rutilants, vitres fumées, noires, qui sur les mauvaises routes roulent au pas ! A Alaverdi, nous trouvons sur le bord de la route la cathédrale du même nom. Elle est en pleine restauration, l’extérieur disparaît sous les Georgie-3805.JPGéchafaudages et l’intérieur est presque nu, à peine distingue-t-on quelques traces de fresques. Une famille présente un coq et un bélier à un prêtre, à l’entrée, pour les bénir, puis les emporte. Nous les retrouvons sous les arbres où nous déjeunons, en train de les égorger ! Nous retournons sur Telavi. Encore un détour pour les églises d’Ikalto, sans grand intérêt, là aussi les travaux de remise en état vont bon train. A Telavi, nous décidons de prendre la route directe par le col de Gombori quoique les renseignements sur l’état de la piste soient mauvais. En cours de route, nous allons voir dans un beau sous-bois, encore trois églises, sans aucune décoration, tant intérieure qu’extérieure. Je commence à avoir ma dose d’églises mais ce n’est, hélas, pas fini… La route du col est en travaux, sans véritables difficultés, des portions sont d’excellent goudron, d’autres en construction. C’est après le col proprement dit que la piste est la moins bonne mais toutes les voitures passent. Le croisement et la rencontre avec les engins de chantier sont les seuls problèmes. Nous retrouvons la route de Tbilissi que nous évitons par un contournement pas toujours bien indiqué. Marie manifeste le désir d’un dernier détour, encore pour une église. Nous filons sur Bolnisi puis continuons sur une route étroite jusqu’à l’église de Bolnisi Sioni. Précédée d’un campanile trapu, elle est rectangulaire, sans décor extérieur, dans une belle pierre verte. L’intérêt est à l’intérieur mais une cérémonie nous interdit d’y pénétrer. L’endroit ne se prête guère à y passer la nuit, en pleine rue du village. Nous continuons donc quelques kilomètres, trouvons au bout d’une piste, la jolie église de Tsughrughachen qui domine la plaine. Les popes nous accueillent mais nous demandent de nous garer à l’extérieur. Nous admirons la vue, le décor du tambour et de l’encadrement des fenêtres. L’intérieur est nu. Nous nous installons, on nous apporte du thé, du miel, des bonbons et du melon. En échange, nous offrons une tournée générale de rosé italien que tous avalent sans vergogne et qu’ils ont la politesse de trouver bon. En retour, nous avons droit à un demi-litre de rouge, « production familiale » dont heureusement nous n’avons pas à vanter les qualités… Disons que pour accompagner notre repas du soir, confit et pommes de terre, ce n’est pas l’idéal. Marie se défile vite et se rabat sur le rosé italien.

 

Dimanche 5 septembre : Une nuit sans bruit ! Des ricanements (?), des glapissements (?) que j’avais cru poussés par des gosses hier soir, se répètent à l’aube, peut-être des renards… Nous faisons nos adieux aux popes. Celui qui avait offert thé, miel et melon hier soir, nous apporte encore du thé parfumé à la menthe poivrée et du miel qui va compléter nos stocks, ainsi que du pain. Nous ne pouvons refuser et aurons donc pris deux petits déjeuners… Nous quittons notre ermitage et retournons à l’église de la veille. Mais, à nouveau, une cérémonie se prépare. Un pope et ses assistants, tous chamarrés d’or et de pourpre, accueillent des dignitaires, tout vêtus de noir, avec de grandes barbes d’ayatollahs. Nous ne pouvons examiner l’intérieur de l’église et repartons. Nous filons vers la frontière arménienne dans un paysage qui pourrait être saharien, des pics volcaniques surgissent d’un sol aride. La sortie de Géorgie se fait très rapidement avec un responsable souriant et anglophone. Le pont sur le Debed franchi, nous sommes en Arménie. Les formalités sont un peu plus longues mais il n’y a presque pas de trafic. Nous devons prendre des visas de vingt et un jours pour six euros cinquante chacun et payer quinze jours  d’importation temporaire de la voiture pour cinquante euros. La route est nettement moins bonne, les seuls véhicules sont d’antiques Lada et de même qu’en Géorgie, les charrettes tirées par des ânes ou des chevaux sont fréquentes. Nous roulons dans des gorges qui seraient belles si une succession d’usines en activité, mais pas du tout dernier cri, n’en ternissaient la vision. Amas de ferrailles rouillées, béton grisâtre fatigué et fumées inquiétantes font partie du paysage. Ce n’est plus l’alphabet géorgien mais arménien, tout aussi peu déchiffrable. Les pancartes sont en arménien et en cyrillique et, sur les routes, en caractères latins. Nous empruntons une route étroite qui grimpe sur le plateau, jusqu’au village d’Haghpat. Nous y découvrons l’un des plus beaux monastères du pays. La premièreArmenie 3811 vision est décevante. La pierre, du basalte, est noire et l’ensemble est entouré de maisons, rien de bien spectaculaire. L’ensemble des bâtiments comprend une église, un réfectoire, un campanile et un hamazasp, une salle d’étude ou de réunion. Tous construits dans des blocs de pierre de belle taille et couverts de plaques du même matériau. Pas de toits de tôle mais l’exubérance baroque, les décors ouvragés des fenêtres et des tambours, sont inconnus ici. Tout y est plus sévère. Nous faisons connaissance avec les gavit, le narthex de l’église, une vaste salle dallée de pierres tombales, caractéristique des monastères arméniens. Les salles sont Armenie-3814.JPGbelles, vastes, réalisées au moyen de paires d’arcs parallèles qui se croisent Nous déjeunons dans le camion, au-dessus des bâtiments puis repartons. Dans la descente, je trouve une fontaine où je peux adapter mon tuyau pour remplir les réservoirs d’eau mais je n’ai pas trop des deux mains pour boucher les fuites du robinet ! De retour dans la vallée, nous atteignons la bien vilaine ville d’Alaverdi, une vision du paradis socialiste des années cinquante. Immeubles lépreux, usines, fonderies et mines de cuivre. A fuir ! Nous remontons jusqu’au monastère de Sanahin, au milieu d’une extension de la ville, derrière des HLM piquetés de paraboles. Même impression de tristesse dans ce monastère malgré les deux Armenie-3822.JPGbelles salles voûtées des gavit, ouvertes sur l’extérieur, tristesse renforcée par la désagréable vision d’un lamentable abandon du site. L’herbe pousse entre les pierres, des arbustes grandissent sur les toits et pourtant ces monastères sont classés par l’Unesco au patrimoine mondial. Autre caractéristique locale : les khatchkar, des croix de pierre très ouvragées disposées un peu partout et qui me rappellent les croix celtiques mais en plus travaillées. Nous continuons de suivre la vallée sans trop savoir où nous allons pouvoir nous arrêter pour la nuit quand nous remarquons un panneau « Kamp ». A tout hasard, je suis le bout de piste qui nous amène à un centre avec des terrains de sport. Je demande s’il serait possible de camper. Le personnel est un peu étonné mais ne fait aucune difficulté pour que nous nous garions à l’intérieur de ce qui s’avère être une colonie de vacances en période estivale.

 

Lundi 6 septembre : Grand calme, même pas de renards ! Il fait frais au matin. Dans la journée, la chaleur était supportable, en partie à cause de l’altitude et sans doute n’aurons nous plus de canicule. Nous repartons vers Vanadzor. L’arrivée dans la ville est démoralisante : des usines, des tuyaux, des barres d’immeubles d’une tristesse à pleurer. Nous désespérons presque de trouver un centre ville avec une quelconque activité. A un carrefour règne une animation sur quelques centaines de mètres, des étals et de minuscules boutiques de bric-à-brac. C’est un marché aux puces où on vend, et peut-être achète,  des brouettes sans roue, des fers à repasser sans poignée et des roulements auxquels il manque deux ou trois billes… Je trouve à changer des euros à un taux moindre qu’à la frontière puis nous complétons nos provisions dans une supérette où il faut payer à chaque comptoir. Bon choix de salaisons et nous trouvons tout ce dont nous avions besoin. Pour un cybercafé il faut aller dans le « centre », une artère, un peu moins déprimante, où des commerces « modernes » mettent un semblant de vie. Nous trouvons un message de Marie-Cécile qui nous rassure sur l’état de santé d’André. Nous quittons (non sans devoir demander notre chemin à chaque carrefour, faute de panneaux indicateurs), cette vallée de larmes pour suivre de nouvelles gorges dans la montagne couverte de forêt, jusqu’à Dilijan. Ici, pas question de dépasser la limitation de vitesse, l’état de la chaussée ne le permet pas. Cloquée, boursouflée par les plaques de bitume apposées à diverses époques pour boucher les trous, elle secoue plus sûrement et à moindre coût qu’un manège à la Foire du Trône ! Les vieux bus que nous rencontrons ont tous sur leur galerie des bouteilles de gaz, Armenie-3828.JPGleur carburant. Nous y trouvons un petit espace où des maisons ont été restaurées dans le style traditionnel mais elles sont trop neuves, toutes avec les mêmes balustrades, les mêmes décors. Des artisans y sont installés mais les boutiques sont fermées et l’on n’y voit pas l’ombre d’un touriste. Nous repartons, grimpons sur une petite route en forêt jusqu’au monastère de Haghartsin. Encore une très grosse déception mais cette fois pour la raison inverse de Sanahin. Ici la reconstruction (et non plus la restauration !) va bon train. On s’agite sur le chantier, les pierres sont grattées, blanchies et si trop usées, remplacées par de toutes neuves. A cette vision désolante s’ajoute le bruit des compresseurs et des tronçonneuses, les particules Armenie-3831.JPGd’abrasifs dans l’air ! Nous nous arrêtons à quelque distance pour déjeuner, nous avons alors une belle vue sur le monastère dont on ne distingue plus trop les travaux. Marie a envie d’aller au monastère de Makaravank, ce qui nous oblige à remonter en direction de la Géorgie par la route qui longe la frontière azérie, dans une zone contestée. Pour une fois, la route est bonne, celle qu’il faut suivre ensuite jusqu’au site, l’est moins. Nous trouvons le monastère dans les bois, en pleine montagne. Et Armenie-3836.jpgpour une fois, nous estimons qu’il méritait le détour. Nous y sommes seuls. Le portail est fermé mais il n’est que symbolique, il suffit de contourner le mur d’enceinte pour se retrouver devant la belle façade du gavit. Des bas-reliefs ont été sculptés, animaux, lions, oiseaux, et le décor autour des fenêtres et au-dessus des portes est digne des églises géorgiennes. Des pierres vertes, roses, rouges, noires ont été utilisées et Armenie-3837.JPGilluminent la façade. A l’intérieur, le devant de l’autel a été très finement sculpté. Nous revenons sur nos pas pour un dernier détour au monastère de Gashavank. Ici, les visiteurs ne sont pas rares et des échoppes de souvenirs les attendent dans les maisons du village que dominent les bâtiments monastiques. Encore un bel ensemble, avec de belles croix, les khatchkar, et un Armenie-3846.jpgdécor d’une grande délicatesse. Nous serions presque réconciliés avec les églises arméniennes ! Nous n’avons pas encore vu de religieux dans ces monastères, au contraire de la Géorgie où les lieux de culte étaient réutilisés. Les règles ne semblent pas aussi strictes, les femmes sont en jupe et ne portent pas de foulard. Nous retournons à Dilijan et poursuivons en direction du lac Sevan. La route s’élève dans de belles montagnes puis un long tunnel nous fait passer sur l’autre versant, presque sans végétation, et nous descendons vers le lac. Proche d’Erevan, c’est un lieu de villégiature  très fréquenté. Des restaurants alignent des tables et des bancs, protégés du soleil par de vilains plastiques bleus que nous avions pris de prime abord pour des tentes ! On peut aussi louer des bungalows, des domik. Nous cherchons à camper. Après avoir essuyé un refus puis nous être vu demander trop cher en échange d’un simple droit de stationner, nous trouvons un terrain sous les arbres, au calme semble-t-il. Nous dînons au restaurant du terrain, seuls, les estivants venus pour la journée sont repartis. Au menu : un lavaret grillé, un poisson du lac à la chair ferme et fine et des kababi qui sont, comme en Géorgie, des brochettes de viande hachée. La bière est à la température ambiante…

 

Mardi 7 septembre : Réveil tardif et au frais. Nous sommes presque à deux mille mètres d’altitude et nous avons dormi toutes fenêtres fermées. Nous avons décidé de nous octroyer une journée de repos. Grand nettoyage, lessive puis lecture, mots croisés nous occupent jusqu’à l’arrivée d’un bus (à gazogène !) de gens venus faire la fête. Ils installent une sono, allument un grand barbecue, tuent un mouton et s’affairent en cuisine. Aucun d’entre eux n’a la bonne idée de nous proposer une de ces splendides brochettes  qui nous font saliver. Pas même un bonjour, tout juste un regard curieux, vite détourné, dans notre direction. Nous déjeunons dehors, sur la table avec le poulet fumé acheté hier, très salé. Courte sieste tandis que les barbecues s’allument autour de nous et que des musiques diverses font assaut de décibels. Nous allons ensuite faire un tour sur la presqu’île. Sur le promontoire,Armenie-3849.JPG deux églises sans particularité et quelques khatchkar, toujours aussi délicatement ouvragés. Au bord de l’eau, des guinguettes attendent le client mais ils commencent à se faire rares. Le lieu est touristique, des marchands de souvenirs sont installés et sur les escaliers qui mènent aux églises, des peintres du dimanche transforment Sevan en un Montmartre local. De l’extrémité de la presqu’île, nous avons une vue sur toute l’étendue calme du lac qui se perd à l’horizon. Nous allons prendre un verre à la terrasse  d’un restaurant puis, la carte ne nous inspirant pas, nous rentrons au « camping » attendre l’heure de dîner tout en guettant les départs de nos trop bruyants voisins. Nous allons voir évoluer les jet-skis sous le nez des baigneurs, le sable est noir, nous ne tentons même pas de nous tremper le bout des pieds, l’eau doit être trop froide. On vient nous vendre des écrevisses, nous les gardons pour demain. Au dîner nous goûtons le sudjuk, un très appréciable saucisson de bœuf épicé. Les derniers fêtards partis, nous pouvons dormir.

 

Mercredi 8 septembre : Le vent a soufflé fort dans la nuit, j’ai même cru entendre des vagues (?) sur le lac. Nous quittons le camping sans voir personne. Nous laissons l’« autoroute », une deux fois deux voies pour Erevan et suivons les bords du lac Sevan, toujours aussi peu attrayant. Nous parvenons à Noratus dont Marie déchiffre le nom en arménien, nous suivons une mauvaise piste jusqu’au centre du village pour trouver le cimetière. Si nous avions continué, un panneau en caractères latins nous en aurait indiqué Armenie-3855.JPGle chemin sur une meilleure piste. Dans ce cimetière, toujours utilisé, se trouvent un grand nombre de pierres tombales gravées avec des scènes très réalistes : laboureur derrière sa charrue et ses bœufs, scènes de banquets et de musiciens. Le nombre de khatchkar de toutes les époques est encore plus important, ils sont alignés en rangées mais hélas tous orientés à l’ouest donc leur face est à l’ombre. Nous nous promenons avec une brochure en français mise à notre disposition. La venue de touristes a incité quelques vieilles à venir y filer la quenouille pour essayer d’y vendre bonnets et chaussettes de laine.  Nous faisons un Armenie-3857.JPGdétour pour aller voir le monastère de Dzoraguiough. Nous devons demander notre chemin à plusieurs reprises, occasion d’admirer les râteliers aurifiés de quelques vieilles en fichus colorés. Le monastère se réduit à une simple église entourée de khatchkar, également mal orientés. La route quitte le lac et s’élève au milieu de montagnes arides, désertiques, couvertes d’une herbe jaunie où les traînées vertes indiquent les méandres des ruisseaux. Nous passons un col à deux mille quatre cents mètres et aussitôt, dans la descente, nous nous arrêtons devant un caravansérail de la route de la soie. A cette altitude, il n’a pas de cour intérieure. Armenie-3869.JPGC’est une très grande salle voûtée à trois nefs, entièrement dallée, en bon état. On imagine facilement les animaux parqués au centre, de part et d’autre de la rigole recevant leurs déjections, les ballots déchargés sur les bas-côtés et les caravaniers réfugiés autour d’un feu dans les petites salles du fond. Il est richement décoré de stalactites de pierre dans les ouvertures du plafond et dans les niches. Nous déjeunons devant d’un repas inhabituel : les écrevisses de la veille, une fois décortiquées, il n’en reste guère, et du pasterma, ce jambon de bœuf séché, enrobé de paprika, particulièrement épicé. Une fois dans la vallée, nous retrouvons des oasis, de la végétation autour de torrents. Nous décidons de faire une boucle dans la vallée de Yegheghis. Nous sommes dans un cadre de montagnes qui ne dépareraient pas au Maroc et puis soudain, apparaît un piton d’où semblent couler des colonnes de section carrée, des orgues de basalte. Au virage suivant, c’est toute la falaiseArmenie-3871.jpg qui est ainsi couverte de ces « bordures de trottoirs » comme nous avions appelé les premières rencontrées dans le Hoggar. Elles sont presque toutes verticales, certaines font des ondulations et des grottes sont visibles. Nous remontons vers un village d’où nous avons une belle vue d’ensemble. La route, devenue piste, se dégrade mais elle va devenir cauchemardesque. Le village suivant de notre boucle est sur l’autre versant de la haute montagne qui domine l’endroit où nous nous trouvons. Nous demandons notre chemin à plusieurs villageois, mais il faut bien l’admettre, la piste défoncée, aux ornières profondes, sans beaucoup de traces de véhicules, est bien celle que nous devons emprunter. Nous nous y lançons, presque toujours en seconde vitesse, si ce n’est en première, notamment dans les virages en épingle à cheveux, et le niveau de gasoil est au minimum. Ma tentative de couper par un raccourci pour économiser le carburant avorte, nous calons au moment de rejoindre la piste. Trop lourd et manque de puissance ! Enfin nous parvenons au col sans avoir rencontré âme qui vive ni même le moindre animal. J’effectue une partie de la descente en roue libre, cela devient une habitude ! Nous apercevons des campements d’éleveurs puis des maisons et enfin un village, mais toujours pas de gasoil. Il faut encore descendre longtemps sur une ancienne route mitée pour retrouver la « grande » route. Je trouve des bidons de gasoil, moins chers que dans une station. On m’affirme qu’il provient de Russie mais le passage de camions Armenie-3885.JPGiraniens m’inciterait plutôt à en voir l’origine de ce côté… Nous repartons peu après sur une ancienne route, donc défoncée, pour suivre des gorges dominées encore par des orgues de basalte qui brillent dans le soleil. Au bout d’une dizaine de kilomètres, nous franchissons un pont et remontons jusqu’à l’entrée du monastère de Gndèvank. Nous nous garons sous sa muraille entourée de montagnes désolées. Juste devant l’église, toute une famille est venue fêter les dix ans d’un gamin. Nous sommes conviés à la table… On nous tient de grands discours auxquels nous ne comprenons rien. Le gamin Armenie-3877.JPGsouffle ses bougies sur un énorme gâteau dont on nous sert de généreuses portions accompagnées de rasades d’un vin rouge local, un vin doux qui passe avec les sucreries. Mais on nous sert aussi tout ce que nous avons raté et en particulier du mouton qui a été sacrifié et qui a été bouilli. La viande est dure, sans goût, nous n’y faisons honneur que du bout des dents. Les toasts se succèdent, cul sec, heureusement les verres sont petits et j’ai évité les tournées de vodka… Nous nous éclipsons, prétextant notre souhait de visiter l’église. Elle est sans grand intérêt à l’exception de quelques pierres tombales à l’extérieur. Nous nous gardons Armenie-3878.JPGbien de revenir à table. Et après échange de vœux, cadeau d’une carte postale de Toulon avec nos souhaits de bon anniversaire qui semble presque émouvoir la mère, relevé de l’adresse en arménien pour envoi des photos, nous parvenons à partir. Dommage, je serais bien resté devant le monastère pour la nuit… Nous retournons à la route principale, roulons encore quelques kilomètres puis nous arrêtons dans une gargote, le long du ruisseau. Nous demandons la permission, accordée, de dormir là et nous y dînons au-dessus du ru, d’une excellente truite grillée et d’une superbe brochette de porc. Hélas, là non plus, la bière n’est pas fraîche.

 

Jeudi 9 septembre : Le vent a encore soufflé toute la nuit. Les levers sont difficiles, le décalage horaire avec la Géorgie nous donne l’impression de partir à l’aube ! Nous continuons sur la route qui s’élève, passe un col dans un paysage de montagnes pelées. Des nuages coiffent les sommets alors qu’il y avait longtemps que nous n’avions que du ciel bleu. Nous refaisons un plein de gasoil et cette fois, je remplis un des jerrycans… Peu avant Sisian, un petit bout de piste nous amène à un site de mégalithes, des pierres dressées Armenie-3894.JPGdans un beau cadre de montagnes à perte de vue. Elles ont l’originalité pour nombre d’entre elles d’être percées d’un trou de la grosseur d’une prune. Des théories plus ou moins fumeuses ont été élaborées, certaines leur attribuent un rôle d’observatoire astronomique ( ?). Nous atteignons Sisian. La route d’accès à la ville est complètement défoncée, seul le centre ville est correct et encore… Nous trouvons l’église Saint-Jean d’un intérêt là encore limité, quelques têtes et les évangélistes sculptés sur le tambour mais il faut sortir les jumelles pour les distinguer ! Nous allons nous garer dans le centre ville, très réduit : une allée piétonne, des magasins de vêtements, de chaussures qui ne donnent pas envie d’y entrer et encore moins d’acheter, et un petit supermarché où, selon le même principe qu’à Vanadzor, on paie à chaque comptoir, viande, pain, boissons. Nous trouvons un cybercafé. Des nouvelles de Michèle, de Duyen, des Portier, de Giraud qui propose un rassemblement des Azalaï fin octobre (nous essaierons d’en être) et curieusement trois messages, un an après le voyage de Marocains qui m’insultent, blessés par mes dires ! J’en suis fâché mais cela ne peut que renforcer mon opinion sur les nationalismes imbéciles (pléonasme ?). Nous repartons, lentement, dans les rues en travaux et donc difficilement praticables de Sisian, obligés de demander notre chemin à Armenie-3898.JPGchaque intersection, puis sur une mauvaise route, elle aussi en travaux, jusqu’au monastère de Vorotnovank dans un très beau site, sur un éperon, au-dessus d’un torrent. Nous déjeunons tardivement, avant de faire le tour des lieux, sans intérêt particulier si ce n’est quelques pierres tombales dans le cimetière. Nous repartons, prenons un raccourci pour rejoindre la route principale que, suivant les indications de notre livre-guide, nous quittons pour un nouveau raccourci en direction de Tatev. La première partie de la route est correcte, les nids de poule viennent d’être rebouchés. Mais à partir du village d’Halidzor, ce n’est plus qu’une mauvaise piste étroite, à travers champs ou à flanc de collines, dont nous ne croirions pas qu’elle puisse être dans la bonne direction si des gardiens de troupeaux à cheval ne nous le confirmaient. Nous y sommes absolument seuls. Enfin nous retrouvons la route principale, elle aussi en travaux, et commence une longue et très raide descente dans les gorges du Vorotan. Hélas, le ciel s’est couvert et le soleil est Armenie-3907.JPGtotalement absent. Arrivés au torrent, Nous nous arrêtons pour aller voir le Pont du Diable, un pont naturel sur lequel passe la route. Nous suivons un sentier d’où nous avons une vue sur les stalactites de roches et les marmites creusées par le torrent. Des piscines naturelles ont été aménagées mais nul ne s’y trempe. L’endroit est particulièrement sale, des plastiques sont accrochés aux branches, des couches de bébé, des bouteilles plastiques, des débris de verre et des mégots souillent chaque mètre carré. Des panneaux en arménien et en anglais demandent : « Laissez cet endroit propre » !!! Nous repartons pour une longue montée sur une piste poussiéreuse, toujours en travaux, sur l’autre versant des gorges Armenie-3900.JPGjusqu’à atteindre le monastère de Tatev. Un de ceux dont j’attendais le plus mais… des travaux sont en cours sur un bâtiment à l’entrée du site et à une centaine de mètres, on construit la station du futur téléphérique qui évitera aux touristes la descente et la remontée des gorges ! Le temps y met du sien pour me gâcher la visite, ciel gris et vent froid ! Nous allons visiter les lieux mais je suis las de ces églises toutes semblables, de ces bâtiments conventuels déserts et ce ne sont pas quelques frises et bas-reliefs qui me redonneront le moral. Nous avançons de quelques centaines de mètres sur la route qui continue en montant. Nous jouissons alors d’une belle vue sur le monastère, malgré une vilaine bâche bleue que je promets d’effacer sur la photo. Un rayon de soleil transformerait la vue des bâtiments, juste au-dessus de la falaise, dans ce cadre de montagne, en un superbe chromo, et ce malgré les restes d’un clocher rajouté. Peut-être demain… Nous décidons de rester là pour la nuit avec la vue par la porte arrière.

 

Vendredi 10 septembre : Nous nous réveillons dans les nuages ! Nous ne voyons plus le monastère, ni les montagnes. Le temps de petit déjeuner et de nous préparer, la masse nuageuse s’allège et nous commençons à distinguer les bâtiments dans la grisaille, bien Armenie-3906.JPGque le soleil ne parvienne pas à percer. Nous repartons, redescendons dans le fond du cañon et sortons des nuages. Nous renonçons à marcher sur un étroit sentier et à franchir le torrent à gué pour aller voir le monastère de Tatev-du-Bas, perdu dans la brume. Nous remontons l’autre versant et plongeons dans un épais brouillard, je n’y vois pas à dix mètres ! Nous croisons d’autres véhicules qui n’ont pas jugé bon d’allumer leurs phares. Nous avançons au pas sur la route en travaux. Sur le plateau, le brouillard se dissipe légèrement et nous pouvons alors rouler plus vite. Nous retrouvons la route d’Erevan mais nous nous trompons de direction et devons faire demi-tour pour arriver à Goris, ville aussi gaie que ses consœurs… Nous traversons le centre, enfin ce qui en tient lieu : poste, mairie, magasins de vêtements. Je déniche un cybercafé au personnel aussi souriant que la cité, comme d’habitude… Nous répondons au courrier et trouvons un message des Fantino. Nous nous rendons à l’extrémité de la ville pour contempler la ville Armenie-3912.jpgancienne : des habitations troglodytes, creusées dans des cheminées des fées, comme en Cappadoce mais sans tapis devant chaque ouverture, sans cafés ni boutiques de souvenirs, sans touristes non plus… et sans soleil ! Nous repartons en direction du Karabakh et bifurquons bientôt sur une route à nids de poule pour le village de Khndzoresk où, bizarrement, la chaussée est en bon état ! Nous y cherchons l’ancien village, personne ne comprend ce que nous demandons. Nous finissons par le découvrir au détour d’une mauvaise piste. Encore un ensemble de troglodytes taillés dans un cirque de montagne et quelques cheminées truffées de grottes. Certaines sont toujours utilisées comme granges ou remises. Après avoir déjeuné avec une vue sur le site, nous y faisons une courte promenade. Pas de visiteurs donc pas de déchets. Nous sommes seuls  au milieu des roches érodées, au-dessus du vallon verdoyant. Nous reprenons la route, désormais sur le retour, en nous rapprochant d’Erevan et de la Géorgie. Nous roulons bien sur un trajet déjà en partie parcouru et sur une chaussée plus ou moins bonne. En reprenant de l’altitude, nous abandonnons les nuages et retrouvons le soleil ainsi que desArmenie-3941.JPG températures plus agréables. Nous repassons devant l’auberge où nous avions dormi avant-hier puis roulons dans des gorges entre deux hautes falaises. A leur sortie, nous prenons une route secondaire, toujours entre des falaises et débouchons dans un cirque de mo ntagnes aux roches rouges sur lesquelles se détachent les églises du monastère de Noravank. Nous nous garons devant. Je suis tout de suite séduit. Enfin des églises dignes de celle d’Ahtamar, suArmenie-3930.jpgr le lac de Van. La pierre blonde, éclairée par le soleil, fait oublier la triste grisaille des précédentes églises. L’église de la Vierge et celle  de Saint-Etienne présentent toutes deux leurs façades ouest avec des tympans sur deux niveaux superbement sculptés. Ils représentent de magnifiques Vierges à l’enfant et un Dieu barbu, avec la tête d’Adam pour la première, entre les archanges Gabriel et Michel pour la seconde. Un escalier extérieur sur la façade de l’église de la Vierge est d’une exquise élégance mais casse-gueule à la descente, vu son étroitesse ! Le gavit de Saint-Etienne est dallé de pierres tombales calligraphiées en arménien. Nous prenons notre temps, détaillons chaque motif. Enfin des églises qui ont tous les atouts : site, couleur de la pierre, qualité de la décoration, discrétion de la restauration. Même le café-restaurant dans un coin de parking parvient à se faire oublier ! Je vais faire une photo de l’extérieur du monastère en grimpant dans la montagne puis je rejoins Marie au café où nous prenons un pot sous les arbres avant de regagner le camion pour la nuit.

 

Samedi 11 septembre : Les nuages nous ont rattrapés dans la nuit, le ciel est tout couvert. Le soleil tente quelques percées avec plus ou moins de succès. Cela augure mal pour la vision du mont Ararat qui culmine à plus de cinq mille mètres. Nous repartons jusqu’au village d’Areni. Nous allons y voir une église due au même architecte, un certain Momik, que le monastère de Noravank Nous y retrouvons logiquement la même pierre blonde et surtout le même style de tympan gravé d’une belle Vierge à l’enfant, au-dessus de la porte. Dans le cimetière, des pierres tombales reprennent les thèmes des chevaux avec leurs cavaliers et des banquets. A la sortie du village, nous repérons la cave vinicole. On nous emmène dans la salle dévolue aux dégustations et on nous aligne des bouteilles. Nous récusons les vins blancs et les demi-secs. Il ne nous reste plus que cinq bouteilles à tester à neuf heures du matin ! Elles sortent du réfrigérateur et ont été débouchées nous ne savons quand. Bref, aucune cuvée ne trouve grâce et même, plus elles sont âgées (96, 98), moins elles me plaisent… Nous achetons tout de même une bouteille pour boire à Toulon dans de meilleures conditions. Nous repartons dans la vallée plantée de vignobles. Les petits producteurs vendent leur vin sur le bord de la route, dans des bouteilles en plastique de Coca Cola ou autres sodas. Nous passons un col et devinons le mont Ararat perdu dans les nuages. Mais, le temps d’approcher d’Erevan, le ciel se dégage doucement et si la masse des nuages accrochés aux deux sommets du volcan reste importante, elle laisse deviner leArmenie-3943.JPG sommet enneigé. Nous bifurquons vers le monastère de Khor Virap qui, sur une éminence au-dessus des vignobles, se détache en ombre chinoise sur le mont Ararat. Nous patientons dans l’espoir que ses deux sommets se dégagent mais l’évolution est si lente que nous décidons d’abord de  visiter le monastère. Il ne présente guère d’intérêt si ce n’est par sa situation. Les visiteurs sont nombreux et se font photographier en lâchant des colombes en souvenir du même geste accompli par Noé, supposé être venu s’échouer là-haut… Nous espérons encore une amélioration mais si le soleil éclaire maintenant le monastère, le mont est de plus en plus dans la brume. Nous repartons donc pour Erevan. Nous ne trouvons pas l’autoroute de contournement indiqué sur notre carte et devons demander notre chemin à chaque carrefour pour trouver la route de Garni. Elle grimpe durement sur une mauvaise chaussée où chacun roule comme il peut, où il veut. Nous apercevons Erevan en contrebas. Peu avant Garni, nous avons droit à une portion de route comme nous en avons rarement vu ! A croire qu’un dragon est enterré sous la couche de goudron et que de temps en temps, il bouge. Une pelletée de bitume est alors jetée dessus, obligeant le conducteur à rouleArmenie-3949.JPGr au pas sur son échine cabossée. Nous déjeunons tardivement avant de franchir l’enceinte de la citadelle. L’entrée est payante mais le préposé est absent, nous ne l’attendons pas… L a forteresse a été construite sur un éperon rocheux qui domine des gorges où l’on distingue des orgues basaltiques mais le clou du site est l’inattendu temple romain du Ier siècle. Il est le seul dans la région, a été remonté sans trop d’abus et présente ses colonnes ioniques au sommet d’une volée de marches. Les bains, cachés sous une structure plastique, sont fermés au public. Tout juste pouvons-nous apercevoir le soubassement où circulait la vapeur et une mosaïque assez décevanteArmenie-3963.JPG après ce qui était annoncé. Nous continuons quelques kilomètres jusqu’au monastère de Geghard, lui aussi situé dans un beau cadre de montagne, au fond d’une gorge. Comme à Garni, nous ne sommes pas seuls, les groupes de touristes sont nombreux de même que les citadins venus se faire prendre en photo devant les églises, sans y porter grande attention. L’église Saint-Sion est en partie rupestre, son gavit est somptueusement décoré de croix, de scènes de chasse. Les salles troglodytes le sont également avec de surprenantes sculptures et des khatchkar partout. Au niveau supérieur, un autre gavit possède une acoustique Armenie-3958.JPGexceptionnelle. Nous faisons le tour de l’église et allons jeter un œil sur l’extérieur. Des arbres sont couverts de foulards ou de tissus noués sur les branches pour marquer des vœux. Nous avions prévu de rester là pour la nuit mais l’affluence des gens venus pique-niquer, la musique qui s’élève un peu partout, les barbecues qui fument, laissent augurer un samedi soir animé ! Nous décidons donc d’aller dans le centre d’Erevan et de nous y garer. La descente sur la ville se fait rapidement. Nous ne savons pas trop où est le centre. Par chance, nous demandons notre chemin à une personne qui parle parfaitement français et qui nous indique l’avenue à suivre pour nous rendre sur la place de la République, le cœur de la ville. Nous y parvenons facilement et nous nous garons à proximité. La place ne manque pas mais la circulation risque d’être bruyante. Je pars en reconnaissance et trouve, derrière l’hôtel Marriott, des emplacements au calme. Je reviens au camion et nous allons nous y installer. Nous achevons la bouteille de pastis pour marquer notre arrivée à Erevan et établissons le programme des deux jours à venir. Nous ressortons après dîner pour faire le tour de la place de la République, toute proche. Les bâtiments officiels, poste, ministère des Affaires étrangères, Gouvernement, musée, sont tous illuminés et l’ensemble est assez réussi. Devant le musée, un spectacle de fontaines musicales laisse Marie coite ! Elle s’est découverte une passion pour les jets d’eau. Va-t-il falloir que j’installe une fontaine Wallace dans le jardin à Toulon ?

 

Dimanche 12 septembre : Nous nous levons un peu plus tard. La ville est calme en ce dimanche matin. Nous nous rendons d’abord à l’Office du tourisme chercher des informations  puis nous allons au « vernissage », terme russe qui désigne un marché aux puces. Effectivement, les premiers étals proposent toute la quincaillerie d’occasion imaginable : téléphones fixes sans fil, pommes de douche bouchées prises électriques sans fiches etc… puis les marchands de pacotille pour touristes  se font de plus en plus nombreux et commence alors la très pénible quête des cadeaux. Recherche d’autant plus difficile que les prix nous paraissent exorbitants et que, comme à l’accoutumée, Marie ne peut envisager que les autres aient des goûts différents des siens, sans compter que trouver quelque chose qui plaise à Julie relève de la gageure… Il est plus de midi quand Armenie-3964.JPGnous arrivons au musée. Marie m’y attend pendant que je rapporte nos trésors au camion puis je dois aller changer des euros pour renflouer le porte-monnaie. Nous visitons la Galerie d’art en commençant par le huitième étage : peinture européenne, des Vierges de Botticelli à Bernard Buffet ! Mais nous passons rapidement, déjà fatigués et peu motivés ; au septième, la peinture russe, nous retrouvons des peintres appréciés lors de notre voyage en Russie : Levitan, Repine et d’autres aux noms déjà oubliés. Puis ce sont trois étages de peintres arméniens qui commencent très fort avec une salle de portraits remarquables d’Hovnatanian puis une salle du plus connu, Savian, un coloriste. Nous ne pourrons pas voir les Jansem, la salle est fermée, tant pis pour les Basset ! Enfin nous ressortons affamés. Nous nous rassasions (sauf Marie qui a plus de petits pois  que de poulet dans sa salade) à la terrasse d’un café-restaurant branché, fréquenté par les touristes et les nantis. Nous sommes bien en Orient, des hommes, jeunes, fument le narguilé à la terrasse, d’autres plus âgés jouent avec leur chapelet à longueur de journée. Nous remontons l’avenue Abovian à la recherche de boutiques de souvenirs ou de tapis et d’un éventuel restaurant arménien pour dîner. Mais les bouleversements de la voierie dans la ville les ont fait disparaître et quand nous trouvons des tapis, ils sont fort chers. Parvenus à une minuscule église perdue dans un terrain vague entre des immeubles, nous nous dirigeons vers l’opéra, fatigués, assoiffés. Nous prenons un pot, affalés dans les fauteuils en plein air d’un bar au milieu d’un parc. Bien sûr le prix des consommations est en conséquence, inversement proportionnel au volume du flacon. Nous contournons l’opéra, disgracieuse masse grise, et revenons lentement en traversant une place très animée avec des jeux pour les enfants et un podium où se produisent des danseuses impubères et pas en phase. Nous descendons une rue piétonne, nouvellement ouverte, pas totalement finie, où commencent à ouvrir des commerces de luxe dans des immeubles d’un goût architectural douteux. Les voitures de police sont toutes en embuscade et il ne se passe pas de quart d’heure sans que nous ne voyions un automobiliste verbalisé. Nous retrouvons le camion et je repars aussitôt profiter des commodités du Marriott puis d’un salon désert pour recopier les photos sur l’ordinateur. Je parviens à me connecter mais sans accéder à la messagerie. Je crains avoir commis une erreur en demandant un nouveau mot de passe. J’ai tout de même réussi à créer une carte électronique à envoyer aux amis. Nous allons dîner dans l’allée des fontaines, nourriture digne d’un self-service mais les frites et la bière sont bonnes. Retour pour écrire des cartes postales et le récit de la journée.

 

Lundi 13 septembre : Réveil sans courage ! Je commence par me rendre à la poste, sur la place de la République, acheter douze timbres, ce qui ne manque pas de poser problème à l’employé qui a bien du mal à les rassembler et qui aurait préféré que je lui confie les cartes, mais seraient-elles parties ? Ensuite je vais à l’Office du tourisme où j’apprends que la fête à laquelle nous voulions assister après-demain a été repoussée à dimanche prochain. Trop tard pour nous et notre visa de quinze jours. Puis, conformément à mes craintes, je constate, sur un des ordinateurs de l’Office du tourisme, gracieusement mis à la disposition des visiteurs, que je ne peux plus me connecter à ma messagerie mais là où l’histoire devient ubuesque est que pour connaître mon nouveau mot de passe, il faut que je me connecte à ma messagerie et pour cela posséder ce maudit mot de passe !!! Retour au camion, j’envoie un message à Julie pour qu’elle essaie de débrouiller ce problème de mot de passe puis nous partons en promenade, à la recherche d’une laverie qui s’avère être fermée le lundi ! Nous entrons ensuite dans le jardin de l’unique mosquée de type persan de la ville. Elle n’est pas laide mais la décoration de ses iwan est loin d’être aussi belle que celle des mosquées d’Ispahan ou Shiraz. De l’autre côté de l’avenue, s’ouvre le hall voûté Armenie-3968.JPGdu bazar. Fruits, légumes, tisanes, fruits séchés, il y a plus de marchands que de clients. Nous sommes sollicités par les marchands pour goûter les compositions de fruits séchés, certains fourrés avec des noisettes ou des amandes. Nous nous laissons séduire et achetons un petit plateau-assortiment, cadeau pour Julie. Nous cherchons ensuite le musée d’art moderne, caché derrière un bâtiment au rez-de-chaussée d’un immeuble d’habitation digne de Sarcelles, et il est fermé ! Nous marchons pour rejoindre les bords du ruisseau, le Hrazdan, qui coule au fond d’un ravin. Le quartier est en pleine rénovation, mélange de baraques, de terrains vagues et de constructions nouvelles bétonnées. Des anciennes maisons bourgeoises en pierre avec un grand balcon à l’étage, il n’en reste que trois, perdues dans ce décor sauvage. Nous nous faisons indiquer le musée du cinéaste Paradjanov. Nous y découvrons un côté inconnu de ce grand réalisateur, un personnage hors-normes, auteur d’œuvres surréalistes, délirantes, surtout des collages utilisant papiers, mosaïques, bouts de verre, tissus etc… Tout ce qui lui tombait sous la main devenait partie d’une composition souvent drôle, toujours séduisante. Nous déjeunons d’une belle brochette d’agneau et de légumes grillés, poivrons et aubergines pour Marie, champignons pour moi. Nous sommes déjà épuisés, Marie n’en peut déjà plus et nous n’avons plus grande envie de traîner en ville. Nous revenons tout doucement au camping-car. Je repars aussitôt pour la boutique où nous avions vu, hier, un tapis qui nous plaisait. Je parviens à le marchander à 350 euros. Affaire  conclue, je reviens au camion et nous décidons de repartir. Marie tient à passer par le Monument au génocide. Nous le cherchons en longeant le ravin, plus sauvage en certains endroits, nous remontons sur le plateau mais pas moyen d’accéder au monument malgré plusieurs demi-tours et essais d’en approcher. Nous apprenons qu’il est en travaux et que la route est coupée. Nous sortons d’Erevan, sans suivre la bonne route mais nous nous retrouvons dans la bonne direction. A une vingtaine de kilomètres, le site du temple de Zvartnots est fermé mais on m’explique que moyennant un billet, négocié à mille drams,Armenie-3973.JPG nous pourrions tout de même entrer. Nous allons donc en visite privée voir cette ancienne église dont il ne reste que quelques colonnes et leurs chapiteaux remontés. Le mont Ararat se devine en toile de fond mais nous sommes à contre-jour et le volcan est perdu dans la brume de chaleur. Il recommence à faire chaud, je transpire de nouveau et cherche l’ombre. Nous parvenons à Echmiadzin où nous cherchons la cathédrale. Pas question de passer la nuit sur son parking. Nous allons nous installer à l’ombre, dans une rue que nous espérons calme.

 

Mardi 14 septembre : Nous commençons les visites par celle de l’église devant laquelle nous avons passé la nuit, Sainte-Gayané, d’un intérêt très limité. Trois prêtres y Armenie-3979.JPGconcélèbrent une messe (?) et nous ne les dérangeons pas. Nous allons ensuite nous garer près de la cathédrale, siège de l’épiscopat arménien et de son catholicos. Quelques décorations extérieures et à l’intérieur des fresques peu éclairées du XVIII° siècle. Le plus remarquable ce sont les têtes moulées d’anges peints sur les voûtes. Nous rachetons des boissons puis, par bonne conscience, nous allons voir, à la sortie de la ville, l’église Sainte-Hripsimé, classique, sans intérêt particulier non plus. Je commence à saturer de toutes ces églises, ces monastères aussi vite oubliés que visités, seuls deux ou trois me restent en mémoire mais Marie ne l’entend pas de cette oreille et il faut absolument aller voir tous les édifices répertoriés dans le guide… Nous ne trouvons pas facilement la route qui doit nous amener à deux autres monastères, il aurait été plus simple à vrai dire de demander la route de Vanadzor… Le premier, Hovhannavank, est au bord d’un cañon maisArmenie-3986.JPG au milieu d’un chantier. L’église est construite de blocs de pierres rouges et noires qui constituent un curieux damier sur son mur sud bien éclairé. Elle a un beau gavit avec un joli tympan représentant Jésus bénissant d’un côté, chassant de l’autre ce que certains veulent voir comme des vierges, les vertueuses et les folles, même si certaines semblent avoir de la barbe ! La coupole est soutenue par des colonnes entre lesquelles passe la lumière. Nous continuons par l’église de Saghmosavank  du même type mais le damier de ses pierres est moins évident. Sa situation au bord du même cañon est plus jolie. Nous en faisons le tour mais elle est fermée. Nous revenons déjeuner au camion. Nous avons à peine terminé qu’arrivent des touristes qui ont su trouver l’homme à la clé ! Nous en profitons pour visiter l’intérieur, une pièce est décorée et porte des traces de fresques mais comme toujours, nous sommes dans une demi-obscurité  et apercevoir un aigle sculpté sur un intrados de la voûte ne provoque pas chez moi un enthousiasme exagéré… Nous revenons sur nos pas et suivons la route d’Amberd, bien indiquée. Elle monte vite dans la montagne désertique aux herbes jaunies. Le ciel se couvre, il tombe même quelques Armenie-3999.JPGgouttes. Enfin nous apercevons les ruines du château et un peu plus loin, la petite église, simple mais avec un beau toit conique en forme de parapluie à demi replié. Nous attendons que le vent et la pluie se calment. Pendant ce temps, je remplis les réservoirs d’eau à la fontaine. Nous enfilons les K-ways et partons approcher d’abord le château. D’un côté il présente un front de tours rondes et de l’autre un mur percé de fenêtres et de portes qui maintenant ouvrent sur le ciel. Le matériau de grosses pierres noires donne une forte impression de puissance à l’ensemble. Au bout de l’éperon occupé par le site, au confluent de deux torrents, la modeste église semble posée là pour la photo ! Nous revenons au camion, la pluie cesse et le ciel se dégage lentement. Je patiente pour prendre une photo de l’ensemble avec le soleil qui daigne apparaître. Nous repartons quoique je serais bien resté passer la nuit là mais il est encore tôt et il ne ferait sans doute pas chaud la nuit. Dans Byurakan, Marie veut voir une église. Nous demandons notre chemin, tournons à droite, à gauche, montons et descendons des rues non pavées, traversées de rigoles ou de tuyaux. Certains nous expliquent en russe, nous pouvons alors repérer quelques mots : à droite, à gauche, tout droit, d’autres ne nous parlent qu’en arménien, seuls alors les gestes peuvent nous aider. Une fois que nous avons atterri dans une cour de ferme sans avoir aperçu la moindre église (il semble d’ailleurs qu’il en soit deux du même nom !), nous abandonnons. Je suis une voiture qui semble savoir où elle va, elle ! Et qui, effectivement, nous ramène à la bonne route. Nous reprenons la direction de Gyumri. Nous la quittons pour le village d’Aruch. Nous nous perdons, personne ne comprend nos questions. Je suis prêt à abandonner quand nous tombons sur l’église Saint-Grégoire, un grand édifice qui a perdu son dôme, sans le moindre intérêt, pas même les traces de fresques de l’abside. Nous restons devant l’église dans le village pour la nuit. Comme hier soir, un gosse vient nous demander money ! Il revient avec un copain et renouvelle sa demande et devant notre indifférence, s’éloigne avant de nous lancer un caillou… Nous dormons déjà quand un choc contre la voiture nous fait sursauter. J’aperçois en ombre chinoise quatre ou cinq gosses qui ramassent des pierres puis se rapprochent. L’une d’elles frappe de nouveau la voiture, je surgis avec la lampe torche en criant des injures, ils s’égaillent. Je baisse le toit, bondis au volant, et tente d’en apercevoir un dans les phares mais c’est peine perdue. Je sillonne les rues du village à la recherche d’une autorité mais à onze heures du soir… En faisant demi-tour devant une maison éclairée et devant laquelle stationnent plusieurs voitures, je vois sortir plusieurs hommes. Je leur explique les raisons de ma fureur. Ils s’apitoient, veulent que nous dormions dans la maison, quelques-uns partent en voiture voir les responsables du « comité », mais nous n’en aurons plus de nouvelles. Marie se rhabille, nous acceptons une tasse de thé et des petits gâteaux. Dans le salon, la grand-mère semble à demi inconsciente, la fille croit parler anglais et raconte aussitôt l’aventure sur Facebook, le petit frère fait faire ses devoirs par l’aîné, il était temps ! Nous refusons de dormir chez eux et retournons nous coucher dans le camion garé devant la maison.

 

Mercredi 15 septembre : Pas d’autres problèmes dans la nuit. Nous donnons une carte postale de Toulon avec le récit en anglais des évènements à la mère de la famille qui n’insiste pas pour nous garder et repartons. Nous récupérons la grande route jusqu’à Talin que nous traversons. Vision d’une ville de l’ère soviétique avec ses HLM, tous identiques, ses magasins qui ne donnent pas envie d’acheter et sa chaussée complètement défoncée. A la limite de la ville, dans le cimetière, une grande église en pierres noires et rouges, formant damier comme à Hovhannavank et à Saghmosavank. Là aussi, le dôme a disparu, des pans de murs sont écroulés, nous avons l’impression de passer après un bombardement. Une autre église, plus petite, a été restaurée mais ne présente pas un grand intérêt. Nous continuons notre progression dans un paysage toujours aussi pelé. Nous prenons une route avec de beaux nids de poule qui oblige les véhicules à valser de droite à gauche et de gauche à droite entre les trous, sans réussir à les éviter tous. La route, en arrivant à Artik, devient carrément effroyable. La vision (la chaussée, véritable Chemin des Dames, les tuyaux de gaz qui courent le long des rues, formant des arches au-dessus des passages,  supportés par des béquilles  métalliques et les immeubles que personne en Armenie-4008.JPGOccident ne voudrait habiter) est dantesque, de quoi faire monter en flèche le taux des suicides ! Peu après, nous parvenons au monastère habité de Harichavank. Seule l’église, avec son gavit au beau plafond en caisson et sa décoration extérieure, est intéressante. Nous revenons par une meilleure route sur celle de Gyumri. Nous y sommes à temps pour la traverser, trouver la route d’accès au Fort Noir, une forteresse moderne abandonnée d’où l’on jouit d’une vue sur toute la ville, pour y déjeuner. Nous retournons dans le centre ville et allons visiter le musée de la ville installé dans une riche demeure de négociant du XIX° siècle. On retrouve l’utilisation du Armenie-4010.jpgtuf bicolore et un beau balcon en fer forgé. Le musée n’est que très moyennement intéressant, vitrines avec des photos et des outils d’artisans au rez-de-chaussée et des pièces meublées en fin XIX° siècle à l’étage. Nous traversons toute la ville pour aller dire bonjour à Aznavour, statufié sur une place à l’écart du centre. Est-ce le résultat du tremblement de terre de 1988, mais la deuxième ville du pays est moins laide que les autres ? Nous revenons nous garer sur la place centrale, Un gosse vient vers nous en réclamant money ! Mais qu’est-ce qu’ils ont tous dans cette région ? De là, nous allons traîner dans les rues du vieux Gyumri à la recherche des demeures bourgeoises de la grande époque, fin XIX°, début XX°Armenie-4014.JPG siècle. Nous ne savons s’il faut accuser le cataclysme ou l’incurie des autorités mais elles sont presque toutes dans un triste état d’abandon. De retour sur la place, nous trouvons dans la rue piétonne un cybercafé avec des messages d’Yvette et de Daniel Brunet. Nous envoyons la photo de Khor Virap avec le mont Ararat, non retouchée, à toutes nos connaissances. Nous revenons au camion et allons nous renseigner sur le menu du restaurant situé sous le musée puis nous allons nous garer près du Fort Noir en attendant l’heure de dîner. Peu avant huit heures nous repartons au restaurant. Les rues sont désertes, les magasins fermés. Couvre-feu ? Attaque des Turcs ? Le restaurant est fermé ! Nous en cherchons un autre : fermé ! Nous retournons nous installer là où nous étions, au pied du monument aux morts de la dernière guerre, et faisons réchauffer une boîte de petit salé aux lentilles en vouant aux gémonies l’Arménie, les Arméniens et en particulier les restaurateurs arméniens !!!

 

Jeudi 16 septembre : Ce n’est pas un caillou qui cette nuit frappe la carrosserie mais la main d’un trouffion d’une patrouille militaire qui s’enquiert de notre présence. Renseigné par nos mines ensommeillées et sur notre nationalité, il nous abandonne, lui rassuré, nous réveillés. Nous sommes sur le terrain de jogging de quelques retraités qui font semblant de s’agiter pour garder la forme et devisent en faisant des aller-retour le long du monument qui évoque les grandes batailles de la guerre, vue du côté russe bien entendu. Nous sortons de Armenie-4016.JPGGyumri, suivons une route secondaire en bon état puis quelques centaines de mètres d’une piste qui descend dans un vallon au fond duquel nous découvrons les églises du monastère de Marmashen. Les églises sont fermées et leur décoration n’est pas exceptionnelle mais la coupole est très belle et le site est enchanteur, des pommiers, un ruisseau au fond de la gorge et la belle pierre ocre rouge est bien éclairée par le soleil. Nous regrettons de ne pas être venus dormir là, hier soir. Un dernier plein de gasoil, réservoir et jerrycans, engloutit nos derniers drams. Nous revenons à la route principale qui se dirige franchement vers le nord. Paysage désormais classique de montagnes couvertes d’une herbe roussie, puis après un col, nous roulons sur un plateau, nous ne savons trop à quelle altitude mais le vent souffle et il ne fait pas chaud. Nous parvenons au poste frontière arménien. Les formalités de douane durent, j’ai affaire à un poussah trentenaire, grassouillet et suffisant, content de son incompétence. Il lui faut trois quarts d’heure pour renseigner un document sur son ordinateur, imprimer plusieurs feuilles, apposer des tampons noirs, rouges, verts, me faire signer tous les exemplaires, les faire contresigner par un subordonné et surtout me faire encore payer vingt dollars de frais de vacation avant de me libérer… Les autres formalités sont plus rapides, y compris côté géorgien. Dans le premier village, nous revoyons ces maisons, très russes, derrière une balustrade de bois, avec une véranda et un décor de bois ajouré. La route est en construction mais presque achevée. Des étangs parsèment le plateau, les couleurs sont douces. A Ninotsminda, nous achetons du pain et des chips avant de continuer le long d’uneGeorgie 4046 rivière, encore la Koura, qui entre dans des gorges. A la sortie, nous découvrons la forteresse de Khertvisi qui, vue ainsi, ressemble à des blocs de béton superposés au sommet d’une éminence, elle évoque aussi les ksour marocains. En approchant puis en la contournant, elle prend une allure pus allongée, plus classique. Nous suivons d’autres gorges, passons au pied d’une autre forteresse dont les ruines se distinguent à peine de la montagne. Nous apercevons de l’autre côté du torrent, des troglodytes sur la falaise de Vardzia. De prime abord, je suis un peu déçu, j’imaginais le site plus étendu. De Georgie-4028.JPGl’inconvénient d’être trop renseigné sur les curiosités touristiques ! Nous traversons la rivière et parvenons au parking. Arguant des difficultés de Marie pour marcher, nous sommes autorisés à grimper jusqu’au parking supérieur, ce qui nous évite une pénible montée sous le soleil. Nous commençons la visite de cette ville du XII° siècle qui aurait eu jusqu’à cinquante mille habitants, ce qui semble bien exagéré même si les habitations creusées dans la falaise se répartissent sur plusieurs niveaux. Nous passons d’un « logement » à l’autre, les plafonds sont noircis par la fumée des bougies, des bassins sont creusés dans le sol. Des salles plus vastes sont pourvues de niches, on y pénètre en passant sous des arcs Georgie-4036.JPGqui reposent sur des colonnes. Peut-être des églises… La plus grande est couverte de fresques à l’extérieur comme à l’intérieur, scènes habituelles, les couleurs sont encore vives même si la pénombre ne permet pas de distinguer tous les détails. Je me fais réprimander pour avoir osé poser le pied sur les marches de l’iconostase ! J’abandonne Marie pour escalader les marches inconfortables d’un tunnel étroit qui conduit aux étages supérieurs. Je ressors à l’air et redescends retrouver Marie. Nous allons jusqu’à l’autre extrémité du site puis retournons à la voiture. Nous hésitons sur la suite et tirons à pile ou face pour décider où nous allons passer la nuit. Le sort en a décidé, Nous revenons nous installer le long du torrent, sous les tours de la forteresse. Rangement, classement des documents, des photos de l’Arménie et examen de l’itinéraire en Turquie, nous occupent jusqu’à la nuit qui va tomber une heure plus tôt puisque nous avons retardé nos montres d’une heure.

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4 novembre 2010 4 04 /11 /novembre /2010 23:52

CAUCASE

 

ÉTÉ 2010

 

Jeudi 12 août : Nouveau départ avec le camping-car bien rempli. Plus de place pour une rondelle de saucisson ! Je finis le chargement pendant que Marie prend la peine de doucement se réveiller et peu après dix heures, nous entamons la trop connue traversée de l’Italie du Nord en direction de Venise. Soleil en France puis ciel couvert en Italie. Nous déjeunons rapidement dans le camion et continuons la pénible série des tunnels-viaducs jusqu’après Gênes. Nous quittons la côte ligure pour la montée sur le Piémont sous un ciel bien noir. En Lombardie, le soleil revient et je retrouve dans la plaine ces belles fermes autrefois cossues, massives, aux épais murs de briques, aux galeries soutenues par des piliers carrés. Elles parlent de Verdi, évoquent le « 1900 » de Bertolucci. Après un plein de gasoil bien plus cher qu’en France, nous rejoignons l’autoroute en provenance de Milan. La circulation devient nettement plus dense, rapide, sans le moindre respect des limitations imposées. Déjà l’Orient ? Images du lac de Garde : Alice peinant à prononcer les noms italiens, elle et ma mère en bustier, grassement ointes de lotion solaire, étalées à l’arrière de cette superbe Salmson que je ne pardonnerai jamais à mon père d’avoir revendue ! Nous passons Venise et nous arrêtons sur une aire encombrée de camions. Nous sommes garés à côté d’un sympathique Lituanien mais son camion est un frigorifique et son moteur tourne en continu. J’aide les occupants d’un camping-car espagnol à refaire un plein d’eau puis je dois admettre que mon ordinateur est définitivement hors-service, alors qu’il fonctionnait encore à Toulon ! Je me vois contraint de rédiger ces lignes à la main…

 

Vendredi 13 août : Un violent orage éclate en pleine nuit. Je me lève pour fermer les rideaux tandis que notre frigoriste lituanien appareille. Je peux alors retirer les boules Quiès ! La pluie continue de tomber toute la nuit. Nous nous levons tôt, les camions sont presque tous partis. Nous reprenons la route, les essuie-glaces fonctionnent en continu. Nous contournons Trieste et trouvons la route qui traverse en ligne droite la Slovénie, simple deux voies, très fréquentée. Tout un chacun doit régler son allure sur le véhicule le plus lent, dépasser est inenvisageable. Des grands-mères en fichu et bas noirs assistent de leurs balcons de bois fleuris au défilé incessant des touristes qui s’en reviennent des plages dalmates. Pas sûr qu’elles ne regrettent pas le temps où (pseudo) démocratie et libéralisme économique ne faisaient pas partie des discours des hommes politiques… Dans les auberges, d’appétissants cochons rôtissent à la broche au vu des passants. Les tonnelles croulent sous les grappes de raisin. Nous arrivons à la frontière croate. Nos passeports européens nous évitent tout contrôle superflu. Je change des euros en kunas puis nous rejoignons l’autoroute. Premier péage, pas cher mais pour une courte distance, l’autostrada ne continue pas au-delà de Rijeka, l’ex-Fiume de D’Annunzio… Il faut alors rejoindre la route nationale à deux voies qui suit la côte. Un véhicule sur deux est un touriste, principalement des Italiens mais aussi de nombreux ressortissants des ex « Pays Frères », Polonais, Tchèques qui croient que la Croatie est moins chère que la France ou l’Italie. Nous suivons donc la côte enfin débarrassés de la pluie. A faible distance, l’île de Krk (la pénurie de voyelles est toujours aussi flagrante !) s’étire entre ciel laiteux et mer grise. Plein de gasoil, au prix de France. Nous continuons de cheminer avant de grimper dans la forêt sur le plateau qui domine la côte, pour retrouver l’autoroute, moderne, peu fréquentée, avec des panneaux de limitation de vitesse qui ne semblent être là que pour faire « européen », vu comme ils sont négligés. La côte nous a paru de plus en plus bétonnée, les lotissements sont nombreux, l’économie est tournée vers le tourisme. A l’intérieur, rien de tel, nous traversons sur plusieurs centaines de kilomètres une garrigue sans la moindre exploitation agricole, sans villages en vue. Au loin, les montagnes montent la garde. Nous avançons bien sous un soleil retrouvé, laissant Zadar puis Split sur la côte, sans les apercevoir. Je commence à fatiguer et nous décidons en fin d’après-midi de quitter l’autoroute pour rejoindre le bord de mer par une belle série de lacets. Nous retrouvons la succession de stations balnéaires, envahies de touristes, autochtones ou étrangers. Nous roulons en Croatie 3484corniche, surplombant de jolis villages au clocher pointu, le long d’une mer calme, à peine ridée par les ferries qui acheminent les voyageurs vers les îles. Nous cherchons un camping. Les premiers sont minables, surpeuplés et chers. A chaque fois, il faut quitter la route principale, descendre par un étroit chemin jusque dans le village et découvrir une cour, un terrain déjà envahis. Tous les cent mètres, des propositions de chambres… Nous commençons à désespérer et ce n’est qu’à sept heures et demie passées que nous trouvons à nicher dans une pinède. Nous nous récompensons de nos efforts par un pastis glacé (une bonne idée de Marie en dernière minute…) avant de dîner.

 

Samedi 14 août : La nuit a été bonne, calme. Adossés à la colline, sans proches voisins, en contrebas de la route, nous avons dormi tout notre saoul. Nous profitons des installations du camping, sans doute le dernier avant la Grèce. Les toilettes sont plus propres que nos préjugés ne nous le laissaient supposer. Grand décrassage du gros orteil à la pointe des cheveux. Nous continuons de suivre la côte dans un superbe paysage méditerranéen : cyprès sur fond de mer à peine rayée par le sillage des bateaux. Les îles s’allongent, se superposent tant et si bien que nous ne savons plus ce qui est continent, ce qui est insulaire. Nous traversons puis dominons une zone de cultures maraîchères dans le deltaCroatie 3487 du Neretva, une plaine irriguée par des canaux, partagée en parcelles rectangulaires qui forment des damiers. Les paysans vendent leurs fruits et légumes sur le bord de la route. Nous nous traînons derrière le plus lent, traversons les huit kilomètres de la riviera bosniaque, bétonnée de frais avant de retrouver la Croatie et bientôt Dubrovnik. De gigantesques paquebots, ancrés dans la baie, signalent la ville et ôtent toute envie d’y retourner en cette saison ! Nous évitons la ville par la route en Croatie 3490corniche d’où nous avons une vue superbe sur la vieille ville, ses remparts, tours et maisons à toits de tuile, reconstruites après la guerre… Nous nous arrêtons plus loin pour acheter des cahiers, un pour Marie, un pour moi pour remplacer ce maudit ordinateur, et du pain dans un supermarché qui semble très bien achalandé mais où on ne trouve ni peigne, ni brosse à cheveux. J’écoule les derniers kunas en achetant cinq litres de gasoil puis nous déjeunons rapidement, à côté de malodorantes poubelles mais à l’ombre. Peu après, nous atteignons la frontière du Monténégro, rapidement passée, ce qui n’est pas le cas dans l’autre sens où la queue s’allonge sur des kilomètres. Je refais un plein de gasoil et découvre, heureusement surpris, que la monnaie est l’euro, Donc pas de problème de change. Le développement économique du Monténégro, du moins sur la côte dalmate, est étonnant. Le tourisme en semble le moteur et son dynamisme ne fait pas de doute. Nous traversons Herceg-Novi, agréable station balnéaire qui aurait pu servir de cadre à une pièce de Tchékhov, brutalement réveillée par l’afflux de touristes, surtout italiens qui déambulent en maillot de bain en ville. Nous allons y visiter le monastère orthodoxe de Savina, occasion de retrouver l’écriture cyrillique. Un pope barbu monte la garde à l’entrée, prêt à réprimander les tenues trop légères. Deux églises côte à côte, grande iconostase dans la première et fresques très dégradées dans la seconde. Plus loin, nous aboMontenegro 3499rdons les Bouches de Kotor, une vaste baie entourée de hautes montagnes grises, abruptes, fermée par une passe étroite. La route en fait le tour en découvrant des bourgades aux beaux bâtiments de pierres blanches d’où pointent les clochers séparés des églises. T out le site est évidemment très touristique. Nous parvenons à Perast, sans doute la plu s jolie bourgade. Ses palais  restaurés s’alignent au bord de l’eau, certains portent encore en écusson le lion de Saint-Marc. Une route qui devrait être interdite à la circulation passe entre palais et quai. Nous nous garons, marchons jusqu’à l’église devant laquelle des barques proposent Montenegro 3500l’excursion jusqu’à un îlot proche où se dresse l’église Notre-Dame du Rocher. Nous embarquons et visitons cette petite chapelle devenue musée. Elle renferme des tableaux d’un élève local de Palma le Jeune, sans doute pas le meilleur de la classe, mais le plafond à caissons décorés, les fresques et les milliers de plaques d’argent déposées en ex-voto lui confèrent beaucoup de charme. Nous récupérons la voiture en commençant à souffrir de la chaleur, la climatisation s’impose… Nous atteignons Kotor, la ville la plus importante. Des remparts impressionnants la ceinturent mais une muraille grimpe également dans la montagne. Un paquebot y a accosté. La porte ancienne franchie, nous retrouvons une ville médiévale là aussi restaurée et dédiée au tourisme. Il y règne une ambiance de Venise : ruelles étroites entre les murs gris des anciens palais, Montenegro-3508.JPGsuccession de places et quelques églises orthodoxes. La plus importante, Saint-Tryphon est un curieux mélange de styles : de gros piliers formés de colonnes en brique accolées, des chapiteaux corinthiens, des fenêtres trilobées et un joli dais sculpté au-dessus de l’autel. L’entrée est payante, ce qui est justifié par un petit musée religieux à l’étage qui manque d’explications. Nous repartons et nous nous lançons à l’assaut de la montagne Lovčen par une succession de lacets en épingles à cheveux, nous nous élevons au-dessus de Kotor et découvrons le lacis de baies, fjords, îles sous un soleil très déclinant. Nous parvenons enfin à un carrefour mais là, il nous reste encore une douzaine de kilomètres sur un plateau, toujours en montée, avec une route de plus en plus étroite pour Montenegro-3512.JPGarriver au cul-de-sac, à un mausolée. Je m’astreins sans plaisir (Marie a renoncé) à l’escalade des quatre cents marches d’un escalier, dans un tunnel qui se veut majestueux et qui n’est qu’épuisant et ridicule, pour déboucher devant le mausolée. Deux cariatides géantes gardent l’entrée du tombeau d’un poète local, une statue d’un moustachu, l’air féroce ou résolu, couvé par un aigle de marbre noir. Seule la vue sur 360°, sur les montagnes, maintenant dans une semi obscurité, légitime l’effort. Nous ne pouvons dormir là, le garde s’y oppose. Nous redescendons rapidement nous installer pour la nuit derrière un restaurant fermé.

 

Dimanche 15 août : Nous nous réveillons au frais. Je souhaite sa fête à Marie qui ne s’attendait pas à recevoir un autre livre de Kadaré et un de Dumas. Nous repartons dans la descente vers Kotor mais le ciel est couvert et la vue panoramique est très décevante, les Montenegro-3513.JPGeaux ne miroitent pas et les plis des montagnes sont insoupçonnables. Nous bifurquons vers Budva. La route, très fréquentée, traverse des zones industrielles. Peu de panneaux sont en cyrillique, l’alphabet romain semble désormais bien établi. Nous arrivons à la cité balnéaire de Budva, très animée avec sa foule de minettes exhibant un maximum de chairs dorées. Nous nous garons près de la vieille ville enserrée dans ses remparts. Une promenade arborée sépare le bord de mer de la ville moderne. Des yachts de m’as-tu-vu ancrés à touche-touche cachent la vue sur la baie. Nous nous promenons dans les ruelles. Chaque maison est une boutique, presque toujours Montenegro-3518.JPGdédiée aux vêtements. Nous débouchons sur une placette, déjà trempés de sueur. Une église catholique et une autre orthodoxe, avec une belle iconostase, se font fraternellement face. Le long des remparts, la forteresse, un simple bâtiment devant la mer, renferme une bibliothèque bien fournie en livres sur la région en diverses langues. Du sommet des remparts, nous avons une vue sur les toits de tuiles des maisons, les hôtels tape-à-l’œil mais avec des piscines dans lesquelles j’irais bien diluer ma sueur… Nous revenons par une autre ruelle, récupérons la voiture et continuons de passer par une succession de plages de galets ou, parfois, avec une coulée de béton sur laquelle s’alignent des rangées de parasols multicolores. Peu après, de la route en corniche,Montenegro-3519.JPG nous apercevons l’îlot de Sveti Stefan, relié à la terre ferme par un petit pont. Il est couvert de maisons cubiques, toutes restaurées et semble-t-il transformées en hôtels de luxe. L’accès en est interdit au « vulgaire » qui peut tout de même contempler cet Eden de son coin de plage. Nous déjeunons sur le parking qui domine l’îlot. Le ciel se couvre encore et nous avons droit à quelques gouttes. Le soleil revient plus tard. Nous passons Novi Bar, un détour de quelques kilomètres nous amène à l’ancienne cité, Stari Bar dont il ne reste que des ruines derrière les fortifications, sur une éminence entourée de hautes montagnes. Nous y apercevons les premières mosquées, de type turc, la salle de prière Montenegro-3521.JPGcouverte d’un large dôme et de fins minarets pointus. Elles vont désormais faire partie du paysage à côté des églises orthodoxes et catholiques. L’ancien village, au pied des ruines, est interdit aux voitures, il a gardé son aspect traditionnel et sa rue principale, bien pentue, est pavée de gros galets. Nous peinons dans l’ascension jusqu’à l’entrée des murailles. La restauration de quelques palais et églises justifie le versement d’une modeste dîme. Nous suivons, écrasés par la chaleur, un itinéraire fléché au milieu des ruines. La descente est d’autant plus rapide que nous avons la perspective de boissons fraîches dans un bistrot. Nous nous en offrons une double tournée… Nous continuons en suivant le bord de mer jusqu’à Ulcinj. Les collines qui descendent vers la plage sont Montenegro-3525.JPGcouvertes de cubes en béton colorés d’où s’écoule un flot de vacanciers. Nous y cherchons la vieille ville et trouvons la forteresse. Nous acquittons un parking trop cher à notre goût puis traînons au milieu des ruines  peu intéressantes, derrière les imposants remparts. Quelques maisons, les plus en contrebas, sont devenues des restaurants avec des terrasses sur la mer. Nous quittons la côte et par une route très étroite, pénétrons dans la campagne. Quelques kilomètres plus loin, nous sommes au poste frontière. Nous n’y sommes pas les seuls et si les formalités sont vite réglées, l’attente pour parvenir au poste a duré plus de trois quarts d’heure sous un soleil implacable. Nous voici en Albanie ! La campagne n’est pas aussi riche, pas de maisons récentes en béton, un paysan chemine sur la route avec son âne. Nous sommes vite à Shkodër mais il faut encore patienter car le pont qui traverse la rivière Buene est à voie unique et la circulation est alternée. Nous attendons au milieu d’un bidonville de Roms. Les gosses s’accrochent à la voiture, frappent aux vitres et réclament de l’argent. Des mères essaient d’attendrir, cigarette au bec, les passagers des véhicules mal à l’aise, contraints de patienter, en exhibant des marmots crasseux et morveux. Nous n’empruntons pas le pont et suivons les bords du lac Shkodrës sur quelques kilomètres jusqu’au village de Shirokë. Nous décidons de dormir en bordure du lac et jetons notre dévolu sur l’un des nombreux restaurants. Nous allons écrire en buvant une bière sur sa terrasse du premier étage puis, à l’aide d’un lexique et de quelques mots d’allemand, nous commandons à dîner. Les plats de poisson, un assortiment de calamars, poulpe en salade et poissons grillés, sont copieux mais l’apprêt culinaire minimal et les arêtes difficiles à éviter dans la quasi obscurité où nous sommes plongés. Pour accompagner, nous commandons une bouteille de vin blanc. Le seul qui soit frais est d’origine indéterminée mais balkanique. Sans être une merveille et vu le prix, il nous satisfait. Après avoir fait rectifier la conversion du montant de l’addition en euros, nous regagnons le camion, bercés par la musique orientale diffusée dans un autre établissement. Il fait une chaleur moite à l’intérieur et je transpire abondamment. Les boules Quiès ne suffisent pas à nous épargner les bruits de la fête proche. Un feu d’artifice est tiré au-dessus du lac et chaque heure, le niveau des décibels augmente… A deux heures du matin, je n’y tiens plus, j’ouvre une des fenêtres, de l’air frais pénètre et sèche mes exsudations puis la fête s’achève et nous pouvons enfin dormir.carte-albanie.png

 

Lundi 16 août : Le village est plus calme ce matin, un petit vent souffle du large mais la température dans la cellule reste élevée et je recommence à transpirer. Passe une procession catholique, prêtre en tête suivi d’une image de la Vierge portée par des enfants puis viennent quelques personnes âgées. A se demander si même pour l’Assomption, les Albanais ont du retard… Nous repartons, passons le pont de bois à voie unique. Le feu rouge qui régule le sens d’écoulement des véhicules est plus ou moins respecté. De l’autre côté, nous plongeons dans la circulation anarchique et les encombrements que l’irrespect des règles élémentaires de circulation ne fait qu’amplifier. Pas de feux rouges, des policiers agitent leurs sceptres, s’époumonent dans leurs sifflets. Ils font partie du décor et ne recherchent bien évidemment pas l’efficacité… Nous atteignons le centre ville et ses immeubles récents, principalement des hôtels et une mosquée moderne, laide, couverte de feuilles métalliques argentées. Nous désespérons de parvenir à nous garer. Les policiers veillent, infligent des contraventions et surtout posent des sabots. Nous profitons d’une place qui se libère. Nous nous rendons, sous un soleil trop lourd pour nos frêles épaules, au kiosque de l’Office du tourisme où, en anglais, une jeune fille nous renseigne mais ne peut nous fournir le moindre prospectus. Je vais changer des euros pour des lekë dans une officine plus avantageuse que la banque. Nous passons ensuite par des rues défoncées, en travaux, sur des trottoirs incertains, les yeux rivés au sol pour ne pas buter sur quelque obstacle, jusqu’au Musée d’Histoire. Nous visitons, passé un portail, une belle maison ottomane du XVIII° siècle, sous la conduite d’un jeune homme qui parle français. Il nous fournit des explications sur les objets de la collection archéologique et notamment de la civilisation illyrienne. A l’étage, une pièce avec de beaux meubles décorés, une cheminée ornée de stucs et quelques mannequins avec des costumes de la fin du XIX° siècle, reconstitue le salon de réception de cette riche demeure. Les autres maisons anciennes ont disparu, victimes de la frénésie immobilière. Nous trouvons un cybercafé pour envoyer des messages. Nous décidons de déjeuner, et surtout boire des bières, dans un jardin à côté de la mosquée. On nous sert des qofta, version locale des şiş köfte turques, Albanie 3527en plus aplaties et des grillades de mouton, des paidhaqe. Le personnel n’est ni trop rapide ni très aimable… C’est à la plus mauvaise heure de la journée que nous allons arpenter la seule rue piétonne de la ville, alors déserte. Des terrasses de café laissent supposer une belle animation en soirée. Les maisons à un étage, repeintes dans des tons pastel font très Europe centrale. Nous continuons la promenade dans une autre rue bordée d’anciennes demeures bourgeoises en très piteux état dont on peut se demander si elles attendent d’être restaurées ou rasées… Nous nous traînons jusqu’à une épicerie où nous achetons une bouteille d’eau gazeuse, tout juste fraîche, qui fait notre bonheur pendant un Albanie-3594.JPGbref quart d’heure. Beaucoup de femmes se protègent du soleil avec de fines ombrelles chinoises en papier peint. Souvenir de l’indéfectible amitié entre les peuples chinois et albanais ? Je retourne changer des euros, le taux s’est amélioré. Nous reprenons la voiture, la circulation est beaucoup plus calme. Nous montons à la forteresse de Rozafa mais nous renonçons à l’escalade du dernier raidillon et préférons rester dans l’air climatisé… Plein de gasoil à un tarif à peine meilleur qu’en France puis nous prenons la route de Tirana. Des étendues d’eau, des rivières, permettent l’irrigation de cultures. Nous quittons bientôt cette route pour une moins importante qui se dirige vers l’intérieur et les montagnes. De bonne au début, elle va progressivement devenir médiocre puis carrément mauvaise. Le revêtement n’est plus qu’un souvenir, les nids de poules sont en partie rebouchés et la route se gondole, pas nous ! Nous longeons un premier lac de barrage puis remontons des gorges où stagne une eau d’un beau vert profond. Nous atteignons Koman, au pied d’un second barrage. Un long tunnel taillé dans la montagne, sans éclairage, sans revêtement, nous fait déboucher sur une aire bétonnée où quelques voitures sont déjà Albanie-3528.JPGstationnées et qui constitue le quai d’embarquement du ferry. Nous nous installons, l’arrière tourné vers le lac de retenue, à côté du barrage. Nous allons prendre un soda sur la minuscule terrasse du café-bar-restaurant-hôtel qui vit des quelques touristes de passage. Des Italiens et des Allemands arrivent. Nous regagnons le camion, je sauve les photos sur l’ordinateur et écris ce journal en profitant de l’air qui souffle sur le lac. J’adhère à la suggestion de Marie de faire baisser le niveau dans la bouteille de pastis. Après dîner, nous goûtons la fraîcheur de la nuit dans ce cadre aquatique et montagnard. Dommage que ce ne soit pas la pleine lune. Quand nous nous couchons, il ne fait plus que 30°c à l’intérieur.

 

Mardi 17 août : J’ai presque froid ! 21°c au matin ! Des minibus arrivent, déchargent des passagers, en remmènent d’autres débarqués de vedettes en tôle bien fatiguées. Une plus grande barque emporte une cargaison de touristes randonneurs, son alAlbanie-3530.JPGlure penchée paraît bien inquiétante… Enfin, à dix heures, nous apercevons le bac, pas en trop mauvais état. Il en sort une file de camions et de voitures, nous pouvons ensuite monter à bord en marche arrière. Nous sommes les premiers, placés sur la rampe de débarquement ! Arrive une série de camions et de voitures, très précisément guidés pour occuper le minimum d’espace. Nous grimpons sur le pont supérieur et occupons l’un des rares bancs de bois. Il est presque onze heures quand nous commençons à remonter ce fjord créé par le barrage, entre des montagnes abruptes, couvertes d’une végétation clairsemée. Albanie-3536.JPGDes éboulis en dégringolent, quelques fermes isolées se repèrent à leurs maisons basses derrière des meules de foin, au milieu de lopins plantés de maïs. Nous nous glissons dans des défilés sur des eaux calmes, peu fréquentées. Le soleil tape et nous commençons à trouver la promenade monotone. Enfin nous accostons. Un bout de piste poussiéreuse nous amène à une bonne route goudronnée. Nous arrêtons à l’ombre pour déjeuner puis repartons pour Bajram Curri, d’où nous suivons une route qui devient vite une piste, d’abord bonne puis correcte, qui va s’enfoncer dans la vallée de la Valbonne, au cœur des Alpes albanaises. Des constructions modernes remplacent les anciennes maisons-tours, celles qui subsistent n’ont plus que rarement des toitures de tuiles de bois, elles sont désormais à toits de tôle. Nous atteignons le fond de la vallée, dans un Albanie-3547.JPGbeau cirque de montagne qui pourrait être n’importe où dans les Alpes, en France, en Italie etc… Nous allons prendre un pot au café-hôtel qui y est installé puis décidons de passer là la fin de l’après-midi et la nuit. Nous nous installons à l’orée des bois, avec vue sur la barrière rocheuse, en essayant de ne pas voir les bouteilles en plastique et autres déchets abandonnés par les peu scrupuleux pique-niqueurs. Au début de la nuit, de chaque campement (nous ne sommes pas les seuls), viennent des musiques. Elles  font une cacophonie qui heureusement ne dure pas.

 

Mercredi 18 août : Journée de route fatigante ! Nous nous réveillons et partons tôt dans ce beau cadre alpin. Nous reprenons la piste de Bajram Curri en essayant de trouver dans les Albanie-3548.jpghameaux les restes des maisons-tours, toutes transformées depuis longtemps. Je vais acheter du pain dans la bourgade, occasion de remonter à pied la rue principale, bien ombragée. Les marchands de fruits et de légumes ont disposé leurs étals sur le trottoir, les hommes, et eux seulement, sont attablés devant un café servi avec un verre d’eau fraîche. Nous continuons après Fierzë sur une route étroite mais bien revêtue en nous élevant par des lacets serrés bien au-dessus du troisième barrage. Nous dominons pendant des kilomètres le lac de barrage qui s’allonge entre les montagnes couvertes de pins. La route est longue, toute en virages, la moyenne est faible et le kilométrage très supérieur à celui affiché sur notre carte. Nous ne croisons que très peu de véhicules. Enfin nous rejoignons la route qui vient de Shkodër que nous suivons pour Kukës. Elle est à peine plus large et fréquentée. Et les virages de continuer… Toujours en montagne, une vallée après l’autre. Le paysage est agrémenté par la présence de gros champignons en béton armé. Ils Albanie-3551.JPGfurent occupés pendant des années par de malheureux conscrits qui y grelottèrent, transpirèrent, supposés repousser de ces bunkers l’invasion des révisionnistes titistes, suivant les instructions d’un dictateur névrosé, paranoïaque. Nous désespérons d’arriver à Kukës. Peu avant la ville, nous avons la surprise d’aboutir à une autoroute qui n’est indiquée sur aucune carte. Nous commettons l’erreur de la prendre dans la mauvaise direction et devons parcourir plusieurs kilomètres avant de pouvoir, sur un chantier, faire demi-tour. L’autoroute continue vers le Kosovo. Nous devons nous contenter d’une route correcte après Kukës mais qui va vite se transformer en une infernale portion totalement dégradée, les traces de macadam ne faisant qu’empirer l’état de la chaussée. Nous traversons au pas dans des fondrières des villages, avant, à notre grande surprise, de trouver un beau goudron. Une longue expérience nous a appris à ne pas nous réjouir trop vite. Et effectivement, après une dizaine de kilomètres sur cette excellente route, où je peux quitter des yeux la chaussée et jeter un œil au paysage de montagne, la route redevient piste mais bonne, préparée pour recevoir sa pellicule d’asphalte. Les vallées sont moins encaissées que ce matin et donc les cultures plus importantes. Puis elle se détériore, redevient une piste étroite, poussiéreuse, creusée par les camions. Se croiser n’est pas toujours facile, dépasser encore moins. Nous n’apercevons toujours pas Peshkopi, les avis recueillis indiquent toujours plus loin alors que le kilométrage prévu est dépassé depuis longtemps. Enfin du goudron nous l’annonce et nous y voici. Une ville assez laide, avec des immeubles fonctionnels que des pans colorés ne parviennent pas à égayer. Nous peinons à trouver le centre. Marie s’énerve de ne pas se repérer et de voir que les descriptions enthousiastes de notre livre-guide ne correspondent pas à la réalité. Après avoir tourné, viré, essayé de me renseigner en italien dans un hôtel sans trouver d’endroit pour passer la nuit, je décide de sortir de la ville, en direction de Tirana. Peu après, un restaurant-pizzeria avec un grand parking adjacent, nous paraît convenir pour la halte. Nous y prenons un pot, les contenances des bouteilles de soda, 25 et même 15 centilitres, sont certainement les plus faibles d’Europe. Nous avons bien du mal à nous faire comprendre des patrons qui ne parlent que deux ou trois mots d’anglais. La présence de baffles nous inquiète… Je vais écrire dans le camion. Nous dînons, seuls clients, Marie d’une pizza, moi encore de paidhaqe, ces morceaux d’agneau grillé, débités au couperet et donc plein d’esquilles. Plats copieux mais sans originalité !

 

Jeudi 19 août : Pas de clients bruyants, pas de clients du tout de toute la nuit. Au moment de démarrer, les patrons viennent nous réclamer de payer le parking, nous refusons, ils n’insistent pas. La route, comme la veille, est une suite de portions excellentes et d’autres abominables. L’infrastructure routière est en triste état mais les travaux de réfection des routes sont fréquents. Leur schéma directeur m’échappe. Pourquoi un tronçon de trente kilomètres impeccable entre deux absolument ignobles ? Tronçon qui sera détérioré avant que les autres n’aient été refaits ! Seuls, le ministre des transports, les potentats locaux, les entrepreneurs des travaux publics et les bailleurs de fonds pourraient répondre… Nous Albanie-3553.JPGsommes toujours dans les montagnes mais elles s’abaissent au fur et à mesure que nous nous rapprochons de la côte. Nous longeons un nouveau lac de barrage puis suivons une vallée peu encaissée, couverte de damiers de cultures. Nous rejoignons la route en provenance de Shkodër, très large sur une portion, elle redevient « normale » en approchant de Tirana. Des policiers équipés de radars veillent au respect des limitations de vitesse. Peu avant Tirana, nous bifurquons  pour retourner dans les collines. Au bout de quelques kilomètres, après une courte halte pour déjeuner, nous arrivons au bourg de Krujë. De loin, c’est une ville moderne, le béton récent fait des ravages mais sur un éperon l’ancienne forteresse domine la plaine. Nous parvenons à nous garer à son entrée. Le chemin d’accès est pavé de galets ronds et glissants. Nous devons regarder où nous mettons les pieds, ce qui nous épargne la vision des horreurs des stands de « suvenirs », plantés de chaque côté. A l’intérieur des remparts, les restes d’une mosquée, quelques maisons ottomanes restaurées, pour certaines, par des fortunés à en croire le vernis brillant des portes neuves. L’une d’elles est transformée en musée ethnographique. Elle a gardé son aAlbanie-3557.JPGspect d’origine et montre au rez-de-chaussée une collection d’instruments agricoles ou de travail. A l’étage nous trouvons de beaux salons et des pièces à vivre avec de magnifiques boiseries peintes ainsi qu’une cheminée décorée, semblable à celle du musée de Shkodër. On a voulu exposer trop d’objets, les murs en sont couverts, dans les vitrines les belles étoffes brodées sont trop entassées. Dommage ! Nous suivons une ruelle en glissant sur les pavés entre lesquels pousse de l’herbe et descendons jusqu’au hammam face auquel se dresse un joli tekké que nous fait visiter un Albanie-3558.jpgmonsieur charmant qui ne parle qu’albanais. Il nous montre les tombeaux de saints derviches, des adeptes du bektashisme, une secte syncrétiste. Des restes de fresque ornent la coupole et les murs. Nous visitons avec lui le hammam, en compagnie d’un jeune couple franco-albanais, ce qui nous permet d’avoir la traduction. Nous faisons le tour du site. D’autres propriétaires de maisons ont compris leur intérêt à les transformer en bar-restaurants fréquentés  par les gens de Tirana en quête de fraîcheur et de fierté nationaliste. On ne peut échapper à la vision  de la reconstitution d’un pseudo château en pierres jaunes, aux formes anguleuses, trop neuves, consacré à Skanderberg, le grand héros du passé ! Nous repartons, récupérons la route et entrons dans Tirana. Banlieue industrielle et immeubles d’habitation grisâtres en constituent l’approche. La circulation est toujours aussi furieuse, totalement anarchique. Le centre est à peine plus calme. Nous débouchons sur la place centrale, place Skanderberg bien sûr, en travaux. Nous en faisons le tour  pour essayer  d’accéder au parking de l’hôtel Tirana International. On n’y veut pas de nous mais on nous indique un emplacement possible tout proche, derrière l’opéra. Nous nous y rendons en empruntant un sens interdit mais nous ne sommes pas les seuls… Un gardien de l’opéra, moyennant une honnête rétribution, promet de veiller  sur le camion nuit et jour. Nous partons aussitôt à la recherche d’un cybercafé que nous trouvons à l’extrémité d’un boulevard ombragé et calme. Rassurés par les nouvelles que Marie-Cécile nous donne d’André, nous revenons en faisant halte à une terrasse de café pour nos sodas de fin d’après midi… Retour au camion d’où nous entendons les vocalises d’un baryton qui répète la prochaine création à la gloire de Mère Térésa… Un pastis bien mérité clos la journée. Le lieu s’anime à la nuit  mais cela reste supportable et je m’endors sans difficulté.

 

Vendredi 20 août : Il fait jour tôt. L’absence de décalage horaire avec la France se fait sentir. Nous partons pour la visite pédestre de la ville. Nous remontons une avenue jusqu’au marché central. Plutôt décevant, rien d’exceptionnel, des amoncellements de fruits, Albanie-3565.JPGlégumes, olives, pastèques, rien de comparable avec les marchés d’Afrique du nord. Seule originalité : les tas d’œufs classés par taille et donc par prix. Nous suivons ensuite la rue George Bush (!). L’Albanie doit être le seul pays au monde resté fidèle à « Deubeuliou », le philoaméricanisme est partout : drapeaux américains sur les bureaux, devant les boutiques, tee shirts etc… Nous arrivons au bord de la Lana, la rivière ou plus exactement le ruisseau qui traverse la ville. Un antique pont ottoman tente de survivre à côté de celui en béton traversé par des flots de véhicules. Sur l’autre rive, les immeubles sont très colorés, presque Albanie-3575.JPGgais. Un ancien maire a eu l’idée de repeindre toutes les façades grises des immeubles ainsi que les bancs et autre mobilier urbain. Le résultat est plaisant même si aujourd’hui les couleurs s’estompent. Cela a aussi permis tous les délires de mauvais goût… Nous longeons la rive, passons devant la pyramide décatie qui aurait dû être dédiée à Enver Hoxha (impossible de ne pas penser au livre éponyme de Kadaré) puis nous atteignons le quartier autrefois réservé de lAlbanie-3573.jpg’ancienne nomenklatura communiste. Il est devenu le quartier branché de Tirana ! Des immeubles de verre occupés par des banques et autres sociétés s’y dressent. Des bistrots, nombreux partout dans le pays, ont inst allé des parasols, des fauteuils et même des divans dans les rues piétonnes et les nantis viennent, à cette heure, y prendre un petit déjeuner avec des croissants. Nous cherchons et trouvons des immeubles peints, l’un couvert d’une résille verte, l’autre de vagues aux couleurs de l’arc-en-ciel. Nous retournons sur les bords de la Lana pour y apercevoir les beaux immeubles anciens des apparatchiks, égayés de damiers colorés. Nous revenons vers la place centrale et allons perdre une heure dans la Galerie d’Art. Elle présente une collection de peintures albanaises depuis la fin du XIX° siècle. Pas grand chose de remarquable, le plus intéressant, Vangjush Mio, avait cinquante ans de retard sur les mouvements contemporains… Par contre, les salles consacrées au réalisme socialiste  Albanie-3580.JPGsont édifiantes ! Fiers et virils ouvriers, courageuses et fraîches paysannes œuvrent dans la joie pour l’édification du paradis des travailleurs et des travailleuses, comme dirait cette chère Arlette… Nous allons déjeuner dans la cour d’une auberge installée dans une ancienne maison ottomane restaurée, une des rares à ne pas avoir été rasée. Marie se régale tant de son plat de viandes et fromage dans une sauce au yaourt qu’elle en emporte les restes ! Nous allons visiter ensuite la très jolie petite mosquée sur la place Skanderberg. L’intérieur de la salle de prière mais aussi le porche et même l’extérieur sont couverts de belles fresques, des entrelacs de végétaux encadrent des représentations de villes imaginaires aux tons délicats comme des aquarelles de jeunes Albanie-3583.JPGfilles… Quelques vieux lisent ou somnolent devant leur Coran. Personne ne s’offusque de notre venue en dehors des heures de visite. On n’impose à Marie que le port d’un foulard sans demander la moindre contrepartie. La place est en plein travaux. C’est dommage car les immeubles de style italien, ocre et rouges, la mosquée, le Palais de la Culture et le musée, forment un intéressant ensemble architectural varié. Nous nous rendons au Musée historique. Sa fresque de mosaïque à la gloire de l’édification du socialisme est en restauration. Les salles sont vastes, mal ventilées. Passé celles consacrées aux périodes grecques et romaines, notre attention se relâche dans celles dévolues aux temps médiévaux puis aux combats nationalistes. Heureusement une petite salle, spécialement ouverte, expose de très belles icônes dont une remarquable du XVI° siècle où des chevaux semblent vivants, pas du tout stylisés. Le grand artiste local est un certain Onufre du XVI° ou XVII° siècle. Trois de ses icônes ont de beaux bleus. Nous abrégeons la visite des salles sur la lutte des partisans et, l’heure étant peu avancée, nous décidons de repartir. Nous trouvons facilement la route d’Elbasan. Elle semble être celle des week-ends à en croire le nombre d’auberges, parcs avec piscines qui se suivent sur des kilomètres. La route retourne dans les collines. Nous avons vue sur les montagnes de part et d’autre. Nous nous arrêtons pour la nuit dans une station-service qui accepte, moyennant une obole, que nous nous installions derrière le bâtiment avec vue sur les montagnes. La propreté du lieu n’est pas son point fort mais tout le pays est ainsi. Les bords des routes sont des dépotoirs, nul n’imagine jeter ses ordures dans des poubelles qui d’ailleurs n’existent pas ou rarement.

 

Samedi 21 août : Le vent agite les branches des eucalyptus qui raclent le toit du camion. Nous sommes réveillés tôt, le vent et l’altitude nous ont épargné les excès de chaleur. Je profite des « commodités » de la station-service pour vidanger les toilettes et refaire un plein d’eau, ce qui n’est pas du goût du préposé d’aujourd’hui. Je dois lui expliquer que j’ai déjà versé mon écot à son prédécesseur de la veille. La descente sur Elbasan est déprimante : un immense complexe sidérurgique occupe la plaine. Nous l’évitons et pénétrons dans la ville. Nous nous garons sous les remparts puis franchissons une des portes de la muraille pour entrer dans l’ancienne citadelle. Presque toutes les maisons ont été reconstruites dans le style « moderne » et consacrées à des commerces parfois surprenants tels des bingo ou des casinos avec machines à sous. Nous trouvons l’ancienne mosquée sans charme particulier. Dans une ruelle, nous entendons parler français dans une maison. La femme Albanie-3589.jpgnous invite à entrer. Elle, albanaise, et son mari français, sont architectes et vivent ici depuis douze ans. Ils nous offrent le thé, nous nous informons sur la vie locale puis prenons congé. Plus loin, nous visitons une ancienne église orthodoxe, en activité. Le pope nous ouvre la porte, nous laisse admirer l’iconostase qui a perdu ses portes puis nous offre une carte postale et nous fait allumer deux cierges… Un dernier tour  dans le quartier nous permet de deviner quelques maisons anciennes, pas en très bon état. Nous ressortons sur l’esplanade ensoleillée, beaucoup trop… Nous jetons un œil à la belle maison traditionnelle qui héberge le musée ethnographique, fermé… puis nous repartons. Nous sommes désormais dans la plaine et le paysage est tout à fait quelconque. Nous suivons le grand axe nord-sud, une bonne route mais seulement à deux voies. Nous l’abandonnons pour filer sur Berat. Nous y sommes peu avant treize heures. J’ai hâte d’y parvenir pour boire une bière fraîche ! Boire devient une obsession avec cette chaleur. Une fois les quartiers d’immeubles récents traversés, nous trouvons les deux quartiers de la ville ancienne, le musulman et le chrétien, séparés par une rivière et reliés par une passerelle. Je suis d’emblée séduit par la perspective des belles maisons, étagées sur les flancs des Albanie-3601.JPGmontagnes, toutes chaulées de frais, pourvues d’innombrables fenêtres. Aucune construction moderne ne vient déparer cet exceptionnel ensemble. Un site mémorable en Albanie ! Nous déjeunons dans le camion, parqués dans une avenue interdite à la circulation. Quand nous repartons, deux policiers montent la garde à l’entrée… L’un manifeste l’intention de nous demander des explications mais l’autre, jovial, content de nous dire « bonzour » nous évite des désagréments. Nous grimpons avec la voiture une ruelle pavée, en très forte pente, pour parvenir à la citadelle. Elle est encore habitée et nous y trouvons de belles maisons anciennes à colombages restaurées. Elles sont en encorbellement, murs blancs mis en valeur par des poutres et toits en surplomb. Les petites églises orthodoxes couvertes de Albanie-3603.JPGfresques sont toutes fermées. L’une d’elles peut se visiter, elle possède une belle iconostase avec une Vierge peinte par le fameux Onufre. Une partie de l’église est transformée en musée et des icônes, certaines d’Onufre, y sont exposées. Nous nous promenons dans la citadelle, admirons de l’extérieur les jolies églises byzantines en briques puis reprenons la voiture. Dans la descente, nous nous arrêtons pour voir de plus près une vieille maison ottomane pourvue à l‘étage d’une superbe véranda et transformée en un musée ethnographique que nous ne visitons pas. Puis c’est un ensemble de bâtiments, mosquée, tekké et autres, tous fermés ou utilisés pour la prière. Nous nous garons le long de la rivière et allons faire le tour de la petite mosquée dite des « Célibataires ». Semblable à celle de Tirana, elle est décorée de fresques, en moins bon état sur son pourtour extérieur, abritées par le toit. Elle est fermée et son rez-de-chaussée est devenu un magasin de souvenirs ! Nous empruntons la passerelle pour aller nous promener dans le quartier chrétien de Gorica. Les maisons y sont identiques mais avec plus de verdure. Partout, au-dessus des portes, des treilles d’où pendent des grappes de raisins. Ici ce sont les Albanie-3611.JPGéglises qui sont à visiter. Aucune n’est remarquable mais elles ne se privent pas de carillonner à toute volée en réponse aux appels à la prière des muezzin. Nous revenons en passant par un pont en dos d’âne sur l’autre rive que nous suivons en contemplant les harmonieux ensembles d’habitations des deux berges. Une bouteille d’eau gazeuse glacée achève de me détraquer les intestins. Nous remontons à la citadelle par une route moins raide et nous nous installons pour la nuit sous les pins, en contrebas d’un camion 4x4 d’Allemands. Nous pensions être au calme mais le samedi soir, les Albanais font la fête et il n’y a pas de vraie fête sans une puissante sono ! Nous aurons droit une bonne partie de la nuit au répertoire traditionnel avec clarinettes, rythmes et chants puis aux grands classiques américains de ces dernières années. Si la musique locale ne me déplaît pas, elle a un petit côté exotique, je n’ai pas du tout envie d’entendre James Brown, aussi j’ai vite recours aux boules Quiès !

 

Dimanche 22 août : Au matin, le calme est revenu et à sept heures, nous nous réveillons. Deux heures plus tard, temps nécessaire à Marie pour une « grande » toilette, avec shampoing et astiquage, récurage complet, nous reprenons la route en direction de Fier. Nous allons nous traîner sur une mauvaise route étroite et sinueuse, très fréquentée, en particulier par des cortèges de mariés, encore plus nombreux que les jours de semaine. Les traversées de villages quasi incessantes sont épiques. L’indiscipline du conducteur albanais est difficilement imaginable. On s’arrête au milieu de la chaussée, quitte à bloquer la circulation pour aller faire une course ou dire bonjour à un ami et il ne faut pas s’en offusquer. Nous devons traverser Fier de part en part pour trouver la route du site d’Apollonia. Sur une colline, les jeunes mariés viennent s’y faire filmer dans les ruines, ce Albanie-3617.jpgpourrait être charmant, champêtre, s’ils étaient moins nombreux. Nous leur emboitons le pas pour approcher les restes d’un bouleutérion dont une façade et ses colonnes ont été grossièrement restaurées. En face, un petit odéon fait encore bonne figure. Lui succède une série de dix-sept niches que nous longeons sous le regard narquois de Phoebus. Marie tient à monter sur la colline d’où l’évacuation de quelques litres de sueur, sans résultat, car la vue est cachée par les arbres. Nous revenons visiter la jolie église byzantine avec un porche élégant. Elle renferme une iconostase en bois sculptée, de grande qualité, mais les icônes ont été remplacées par des images ! Je n’ai pas du tout envie de marcher jusqu’au théâtre et apprécie d’en repousser l’échéance à l’après déjeuner. Rillettes et bière(s) fraîche(s), les meilleurs remontants ! Nous tentons de trouver le théâtre avec la voiture, en vain. De la route en repartant, nous en apercevrons des restes. Nous revenons à Fier, plus calme à cette heure et prenons la route de Tirana sur quelques kilomètres, pour aller voir, non sans nous perdre pour cause de panneaux indicateurs fantaisistes, le monastère orthodoxe d’Ardenica. Nous devons encore gravir des marches pour trouver le portail clos. Je fais résonner le lourd heurtoir, sans grand succès. Enfin, au bout de quelques minutes, le bedeau vient nous ouvrir. Nous avons le droit d’entrer dans l’église, plantée au beau milieu du monastère. Les cellules occupent les murs d’enceinte mais nous ne pourrons en voir plus. Quant à l’église, elle est magnifique, entièrement Albanie-3620.JPGcouverte de fresques, assez peu dégradées. Une belle Dormition de la Vierge occupe le mur du fond et des scènes de la vie du Christ courent sur les murs. L’iconostase est là aussi très finement sculptée, de même que la chaire. L’éclairage est chiche et le bedeau peu souriant. Puis nous prenons la route de Vlorë, rapidement atteinte. Une ville moderne avec des immeubles récents, le long d’une large avenue qui conduit à la mer, au port. Nous faisons une courte halte pour arpenter la rue Justin Godart du nom d’un radical-socialiste français, défenseur des Albanais, oublié chez nous. L’intérêt est non pas dans le nom mais dans les maisons de pierre qui la bordent et lui donne une allure de petite ville grecque. Nous longeons alors la côte. D’abord des plages de sable, aussi peuplées qu’en Croatie. Puis la route, très encombrée, avec des voitures garées qui réduisent la largeur de la chaussée, passe de crique en crique, longe des plages de galets avant de s’élever dans les pins pour franchir un col. La descente vers la mer, sur le versant abrupte et aride de la montagne est vertigineuse. Au village de Albanie-3625.JPGDhërm, nous suivons une ruelle qui ne laisse passer qu’un véhicule, toute en montée, pour arriver à l’église qui domine le village. Les quatre roues motrices et la petite vitesse sont nécessaires pour franchir la dernière épingle à cheveux, négociée en deux temps. Nous devons encore grimper des marches pour atteindre l’église. Le cadenas et sa clé sont sur la porte, nous pouvons découvrir un ensemble de fresques superbes avec un classique Jugement Dernier, les damnés toujours avalés par le Léviathan. Une amusante frise conte les suAlbanie-3629.JPG pplices infligés par des diables aux humains. Nous repartons pour le village suivant, Vuno. Là encore, une église plus facile à atteindre nous attend. Un jeune Albanais qui gère une association et une auberge de jeunesse voisine, nous ouvre les portes de l’église Saint-Spiridon. Encore des fresques, toutes dans les tons ocre, les autres couleurs ont passé. L’originalité est dans l’iconostase, sans icônes, uniquement constituée de scènes directement peintes sur le mur de pierre. Une petite chapelle voisine a elle aussi une modeste iconostase peinte à fresque. Nous décidons de camper là, entre les deux églises. Nous sortons table et fauteuils en guettant le coucher du soleil. Nous espérons que les jeunes à l’auberge, des Grecs et des anglophones, seront discrets…

 

Lundi 23 août : Cette nuit ce sont les chiens qui ont donné un concert d’aboiements, relayés par les braiments des ânes alertés. Quelques moustiques avaient réussi à s’introduire dans la cellule et au matin, ce sont d’énervantes mouches qui prennent le relais. Bref, une mauvaise nuit. Nous continuons de longer la côte. La route au bon revêtement depuis la descente du col de la veille continue de serpenter dans les montagnes, passant d’une crique à la suivante. Pas une qui n’ait son établissement balnéaire avec bar, musique et parasols sur la plage. Dans les villages, la construction de maisons particulières est à l’œuvre, briques et béton partout. Plus aucun village n’a de cachet. La grande ville, Sarandë, est un délire de Bouygues, on n’aperçoit plus la mer qu’entre deux immeubles, juste au-dessus des parasols et cela continue. Mais qui va venir passer ses vacances sur ces plages bondées, se tremper dans ces eaux polluées et pique-niquer au milieu des plastiques et papiers gras ? Ensuite la route est en construction, tout le monde roule au pas, Albanie-3631.JPGpour une fois, c’est nous qui doublons les autres. Nous passons entre mer et lagune. L’île de Corfou est presque à portée de main. Nous descendons dans une plaine inondée, traversée de canaux. Continuer en empruntant un très primitif bac nous amènerait en Grèce. Mais nous sommes là pour le site archéologique de Butrint. L’ancienne cité grecque puis romaine s’est édifiée sur une colline entourée d’eaux. La promenade entre les différents monuments est heureusement ombragée. Le théâtre avec son mur de scène, baigne Albanie-3635.JPGcurieusement dans les eaux. Plus loin, une très vaste et très haute basilique voisine avec une fontaine qui a perdu ses statues. Elles ont été dispersées dans des musées et les mosaïques dont une semble-t-il magnifique, sont dissimulées sous des bâches recouvertes de gravier. Nous montons à l’acropole couronnée par un château vénitien. J’abrège la visite du petit musée, non climatisé, non aéré. Nous regagnons le camion, discutons avec un couple de camping-caristes français et enfin mangeons et surtout buvons. Nous revenons sur nos pas puis prenons la route de Gjirokastër. Nous y sommes dans l’après midi. Nous nous garons sur la place principale de la ville ancienne. Ma première impression est médiocre. On aperçoit quelques belles maisons mais il n’y a pas l’unité architecturale de Berat. Nous prenons un pot sur la place puis je vais faire Albanie-3655.JPGun tour à pied. Les ruelles au-delà ne manquent pas de caractère, pavées de grosses pierres rectangulaires, elles montent, descendent, tournent en contrebas de la citadelle. Les maisons de pierres grises, quelquefois chaulées, sont couvertes de lauzes. La vision aérienne de l’ensemble est superbe. Je repère un cybercafé. Nous y retournons, avec Marie, message de Julie bien rentrée à Paris. Nous reprenons la voiture et montons à la citadelle. Il semble que nous pourrions nous garer à l’entrée pour la nuit. De là-haut, nous détaillons les belles maisons ottomanes avec les parties Albanie-3649.JPGhautes en encorbellement. Nous repartons à la recherche d’un restaurant, je m’embringue dans des montées vertigineuses, sur des ruelles étroites, pas certain de pouvoir faire demi-tour… Nous finissons par retourner nous garer sur la place. Je m’aperçois que le phare de recul n’est plus tenu que par les fils électriques. Son support était simplement collé ! Nous allons dîner, fort bien, dans une taverne en plein air de l’ancien bazar. Le garçon n’est pas souriant mais les portions de moules et de cuisses de grenouilles dodues excusent tout. Et si le vin blanc est infâme, la bière de Korçë est glacée. Nous remontons nous installer à l’entrée de la forteresse, dominant les lumières de la ville, au moment de l’appel à la prière du muezzin.

 

Mercredi 24 août : La nuit a été calme. Au matin nous sommes dans l’ombre, le gardien de la citadelle arrose le parking et le soleil éclaire les toits de lauze des maisons, modestes ou Albanie-3658.JPGcossues. Elles semblent ainsi recouvertes d’une résille grise. Les demeures les plus importantes sont généralement constituées de deux hautes tours carrées reliées par un bâtiment ; l’ensemble surmonté d’un toit dont l’avancée est supportée par des poutres inclinées. Toutes ne sont pas chaulées, la pierre, elle aussi grise, est à nu. Les rues sont toutes pavées de galets noirs, blancs ou roses qui forment des dessins géométriques, du moins dans le centre. Nous commençons par visiter la citadelle. Avant de déboucher  sur des terrasses, il faut traverser un couloir aux murs très épais et très hauts qui sert de garage à des canons italiens ou allemands de la dernière guerre. Des terrasses, nous avons une vue panoramique  sur toute la ville et à la pointe de la citadelle, sur les toits du quartier chrétien et de son église orthodoxe. Dommage que des constructions, murs colorés ou toits en ciment, fassent tâche. Nous prenons la voiture pour aller nous garer devant la maison Zekate, une superbe demeure patricienne que nous pouvons visiter. Le Albanie-3659.JPGrez-de-chaussée sert de communs, au premier étage des pièces d’habitation et au dernier étage une véranda pour l’été et un splendide salon d’apparat. Les murs chaulés sont couverts de fresques à motif floral, le plafond de bois est lui aussi peint et la cheminée est surmontée d’une grappe de raisin et d’une pastèque modelées en plâtre et peintes. Les boiseries sont finement travaillées, les portes des placards peintes. Pas de meubles, des matelas recouverts de couvertures et de jolis rideaux aux fenêtres. L’attention n’est pas détournée par une multitude d’objets comme dans un musée. Nous discutons avec un couple de Français et leur donnons des informations puis nous allons nous garer dans le centre ancien. Nous marchons jusqu’au musée ethnographique, l’ancienne maison natale d’Enver Hoxha, mal restaurée. Le musée est peu intéressant, les objets rassemblés, à l’exception de vêtements, ne sont pas de premier choix ni très anciens. Nous cherchons ensuite la maison d’Ismail Kadaré. On nous indique très aimablement le chemin, nous accompagnant pour nous mettre sur la voie. Il faut descendre d’étroites ruelles en pente, presque des sAlbanie-3664.JPGentiers herbeux, en glissant sur les pierres. Elle est en pleine reconstruction après avoir brûlé et donc sans le moindre intérêt. Nous revenons en peinant dans les montées vers le bazar. Je vais acheter des timbres et nous écrivons des cartes postales devant un soda glacé au cybercafé en panne d’électricité. Je vais changer des euros, poster les cartes. Nous reprenons la voiture pour remonter sur les flancs de la citadelle et nous garer près de l’église orthodoxe. Nous descendons une ruelle bien pentue jusqu’à l’église, fermée ! Nous ne pouvons qu’en faire le tour et distinguer quelques têtes sculptées à son chevet. Nous déjeunons dans le camion avec une dernière vision sur la ville. Nous prenons la route de Tirana avant de bifurquer pour suivre celle de Korçë, plus étroite, qui nous fait retourner dans les montagnes. Nous suivons des gorges dont la largeur varie puis nous nous élevons, admirons des montagnes qui coulent en crêtes acérées vers Albanie-3669.JPGla rivière, couvertes de végétation et qui, de ce fait, m’évoquent Tahiti ! La moyenne n’est pas fameuse sur cette route étroite et sinueuse. La proximité de la frontière grecque explique la présence d’une multitude de bunkers qui semblent avoir surgi tels des champignons après la pluie ! Enfin nous retrouvons la plaine, une dernière montagne à franchir et nous apercevons Korçë. Bien qu’il commence à se faire tard et que je sois fatigué, nous décidons de continuer jusqu’au village de Voskopojë où se trouvent des églises intéressantes. Après nous être trompés de route et avoir dû traverser une abominable décharge empuantie par les fumées, nous sommes mis sur la bonne route par un quidam que nous emmenons. La route n’est pas fameuse au début puis se poursuit par un excellent tronçon qui s’achève à l’entrée du village où les rues ne se parcourent qu’au pas tant elles sont défoncées. Nous cherchons l’église Saint-Albanie-3670.JPGNicolas, nous garons devant et à ce moment surgit le pope. Il nous en ouvre la porte. Au mur extérieur est accolé un portique à colonnes qui protège des fresques représentants des saints. L’intérieur, très vaste, est entièrement couvert de fresques des frères Zografi, très dégradées. Les scènes sont difficiles à identifier et le pope s’impatiente. D’après lui, il est impossible de visiter les autres églises mais il nous conseille d’aller dormir devant le monastère de Saint-Jean Prodhromi. Nous devons suivre une piste de plus en plus difficile qui monte dans les sapins et se termine à l’entrée du monastère. Nous nous garons, à peu près à plat, sous les arbres.

 

Mercredi 25 août : Réveil glacial à cause de la température, enfin fraîche. J’apporte ma contribution aux déchets qui nous environnent en vidangeant les toilettes mais au moins les « matières » sont biodégradables !!! La porte de l’enceinte du monastère étant ouverte, nous y montons. La petite église est entourée sur deux côtés de bâtiments très quelconques. Tout est fermé. D’autres visiteurs nous disent d’attendre, ce qu’ils font en se préparant un café sur un réchaud à gaz apporté pour la circonstance. Nous patientons puis, las, repartons. Nous commençons la descente quand arrive le bedeau. Nous remontons avec lui. Il nous ouvre les portes de l’église. Les murs du pronaos sont peints de fresques encore colorées mais bien dégradées. A l’intérieur, les fresques sont encore plus passées, seuls les tons ocre subsistent. Impossible d’avoir la moindre explication du bedeau qui ne bredouille aucune langue étrangère. Et les photos ne sont pas autorisées… Nous redescendons dans le village et approchons de l’église Saint-Athanase, au sommet de la colline qui sert de cimetière. En passant par celui-ci, nous pouvons atteindre l’église. Un de ses côtés est pourvu d’un porche à arcades peint de fresques des frères Zografi, encore bien colorées mais couvertes de scandaleux graffitis récents. Tous les popes ou imans rencontrés nous ont sorti le couplet anticommuniste mais les inscriptions postérieures àAlbanie-3672.JPG 1990 sont les plus nombreuses ! Des scènes de l’Apocalypse, en particulier une très réaliste scène de tremblement de terre, au-dessus de Saints en pied, couvrent les parois. Nous revenons sur Korçë et nous nous garons près de la récente cathédrale, immonde pâtisserie rose ! Derrière, dans des quartiers anciens aux rues défoncées, nous trouvons le musée du peintre Vangjush Moi que j’avais apprécié à Tirana mais la porte est close. Nous apprendrons que sa conservatrice est dépressive et rarement d’humeur à ouvrir ! Un peu plus loin, nous trouvons le Musée d’Art médiéval. Là aussi la porte est close mais une sonnette fait apparaître une femme qui parle Albanie-3678.JPGanglais. Elle soulève le rideau métallique et nous allume les lumières d’une grande salle où est exposée une superbe collection d’icônes, bien mises en valeur, avec des cartons en anglais. Nous y retrouvons des œuvres d’Onufre et des frères Zografi. Quelques-unes proviennent d’une église proche de Korçë, Vithkuq et sont remarquables de fraîcheur, tant dans les coloris que dans l’expression et l’environnement des personnages. Nous marchons dans la grande avenue moderne, jusqu’à une place où nous postons une dernière carte. Je suis surpris par le nombre d’officines de change. Nous allons faire un tour dans le bazar qui déborde sur les chaussées, les cours, y compris celle d’un han, un caravansérail qui aurait vu passer Lord Byron. Il serait sans doute surpris par l’ambiance d’aujourd’hui… Il est toujours en activité, on peut y louer des chambres mais le calme ne doit pas être assuré ! Les étals proposent des camelotes chinoises, des chaussures, des vêtements et autres articles de quincaillerie. Par une autre cour d’un ancien caravansérail où des oiseaux dans de bien trop petites cages pleurent leur liberté, nous parvenons au marché aux fruits et légumes. Nous y faisons provision de raisin et de brugnons puis de côtes de porc débitées à la hache sur un vrai billot. Nous nous mettons en quête d’un cybercafé car il faut prendre des nouvelles de Martine… Nous en trouvons un, surtout utilisé par des gosses pour des jeux guerriers. Après avoir envoyé un message à Isabelle, nous continuons la promenade. L’odeur de qofta qui grillent et la vision de chopes de bière me tentent mais il n’y a pas de places libres en terrasse. Nous rejoignons en transpirant la voiture et partons pour Morbja, un village proche. Nous y trouvons l’église croquignolette Saint-Risto que nous voulons voir. Des gosses, garçons et filles, se montrent très pénibles et ne cessent de me parler de payer pour visiter tout en m’accompagnant chez le détenteur de la clé. La visite est décevante. Albanie-3681.JPGEncore des fresques, une Dormition et un Jugement Dernier accompagné de supplices infligés par des diables aux humains, mais elles sont très noircies, mal éclairées et aucune explication n’est fournie. Nous retournons en ville nous garer à l’ombre devant la brasserie Korça, dernière occasion de boire un demi-pression de cette excellente bière mais non, ce sera une Kronenbourg en boîte, certes très appréciable ! Nous quittons Korçë et après un dernier plein pour épuiser nos lekë, l’Albanie. Le passage en Grèce est rapide. Nous retrouvons de bonnes routes, bien signalées, des villages aux maisons avec aussi peu de charme qu’en Albanie mais au moins, elles ne semblent pas en voie de tomber en ruine ou en cours d’inachèvement ! Derniers lacets avant Flórina où nous retrouvons la plaine et la chaleur, des routes droites avec des vitesses autorisées décentes. Nous cherchons en vain un camping. A Edessa, des policiers nous conseillent de descendre sur la côte, au-dessous de Salonique. Erreur ! Nous nous y rendons alors qu’il commence à se faire tard. Le premier camping est à Methóni. Il conviendrait s’il disposait de machines à laver, ce qui n’est pas le cas. Nous en cherchons vainement un autre. Nous envisageons d’aller à Salonique mais nous nous perdons, sans trouver d’accès à l’autoroute. Je décide de revenir sur une plage, sous des pins, nous installer pour la nuit. Le grand nettoyage est remis à demain… Un pastis nous console de cette rude soirée !

 

Jeudi 26 août : La nuit a été tranquille mais je recommence à souffrir de la moiteur, même dans la nuit. Nous repartons sans nous presser, décidés à arrêter tôt. Plein de gasoil nettement plus cher qu’en France. A combien sera-t-il en Turquie ? Nous repassons par les plages de la veille. Les établissements sont déserts, les touristes repartis. La saison se termine. Nous prenons l’autoroute qui nous permet d’éviter Salonique, ce nid d’espions comme aurait dit Jouvet et continuons en direction de Kavála. Nous sommes à la recherche d’un hypermarché et ne trouvons qu’un Lidl à la sortie de la ville après avoir dû en traverser le centre. Choix très réduit comme d’habitude ! Nous déjeunons à côté d’une plage qui me tente bien. Nous continuons en direction de la frontière turque et sortons à Alexandroúpoli, la dernière ville. Nous nous installons au camping municipal, bien équipé, emplacements délimités et ombragés. Nous procédons à une grande lessive, sans machine. Je dois tout laver un peu sommairement à la main, avant de nettoyer l’intérieur du camion. Puis je vais profiter de la plage. L’eau est bonne, du sable une fois une petite zone de galets passée et presque personne tandis que Marie récure lavabo et toilettes. Nous nous offrons au restaurant du camping une mignonnette d’ouzo que nous buvons, tels des Béotiens en Thessalie, c’est-à-dire comme un pastis, sans utiliser les deux verres proposés (un pour l’ouzo, l’autre pour l’eau glacée). Nos voisins nous font aimablement profiter gratuitement du son de leur télévision installée sur une table à l’extérieur de leur camping car… Cela ne dure pas trop…

 

Vendredi 27 août : Fin du grand nettoyage, rangement de la lessive, vidange, remplissage des réservoirs d’eau et nous prenons la route. Pour ne pas revenir sur nos pas, nous traversons Alexandroúpoli et ne retrouvons l’autoroute qu’à la frontière. Je cherche une station pour refaire le plein en Grèce mais les prix de plus en plus élevés ne me conviennent pas. Nous paierons le gasoil encore plus cher en Turquie… Toujours mon sens des affaires… Nous sommes très vite sortis de Grèce et presque aussi vite entrés en Turquie. Peu d’affluence, les touristes sont rentrés, nous ne croisons que quelques convois de camping-cars italiens, sans doute des retardataires ! Plein de gasoil qui atteint ici et même dépasse les 1,5 euros. J’ai envie de şiş köfte, elles semblent être la spécialité régionale à en croire le nombre de salonu qui en proposent. Nous nous en offrons deux portions, excellentes, juteuses, sous une paillotte en bord de mer. Nous cherchons à changer des euros à Tekirdağ, opération vite menée puis nous continuons en direction d’Istanbul. La ville s’est encore étendue. L’incroyable enchevêtrement d’autoroutes urbaines, saturées et de tours de béton en cours de construction ont transformé une des villes que j’ai le plus aimées en un cauchemar futuriste. L’addiction pour la bagnole est tel que quels que soient les prix pour stationner, circuler, les tarifs des péages et des carburants, nous continuerons de payer pour conduire notre jouet favori. Nous allons mettre presque deux heures à traverser la ville, sans emprunter le pont que nous voulions mais celui, éloigné, où, comme l’année dernière, nous devons acheter très cher, une carte magnétique dont nous ne comprenons pas exactement la validité. La circulation reste dense tant que nous longeons la côte, très industrialisée, de la mer de Marmara. Nous avançons jusqu’à Bolu et arrêtons sur une aire de station-service, à côté de camions.

 

Samedi 28 août : Dans les caravansérails d’aujourd’hui, on ne renifle plus le suint des moutons mais le gasoil. On n’y est plus réveillé par les dromadaires qui blatèrent mais par les klaxons surpuissants des monstres à huit roues et le conducteur insomniaque ne rêve plus en contemplant les étoiles mais regarde un porno dans sa cabine. Le ballet des camions m’a réveillé au milieu de la nuit et je peine à me rendormir. Au matin nous sommes complètement entourés à moins d’un mètre par des poids lourds ! Nous pouvons tout de même démarrer, une fois les monstres partis. Nous quittons l’autoroute d’Ankara en utilisant notre carte au péage qui fonctionne donc comme une carte à crédit. Nous nous dirigeons vers Safranbolu. Chaque agglomération a ses immeubles récents qui n’ont de gai que leurs couleurs vives. Les maisons anciennes à colombage se font rares. Toutes, grandes ou petites, ont sur leur toit un fût métallique en guise de réservoir d’eau, souvent des panneaux solaires et les inévitables antennes paraboliques. Safranbolu est classée au patrimoine Turquie-3690.JPGmondial de l’Unesco pour son ensemble de maisons ottomanes. Nous allons nous promener dans les ruelles de ce que nous croyons être l’ancien village et où effectivement nous trouvons des maisons, pas toutes restaurées, avec les étages en encorbellement, identiques à celles vues en Albanie. Nous constatons avec regret que la propreté est tout aussi inconnue en Anatolie qu’en Albanie. Les papiers jonchent le sol avec les emballages de toutes sortes. Les jeunes filles et jeunes femmes ne sont plus aussi élégantes que les stambouliotes, le foulard et la jupe longue sont de rigueur. Nous reprenons la voiture, découvrons un autre ensemble de belles maisons. Celles qui sont restaurées sont toutesTurquie-3693.jpg transformées en hôtels. Nous y faisons une courte promenade, repartons, passons dans le centre ville avec mosquée et boutiques de souvenirs, sans nous arrêter. Une dernière vue sur la colline et les maisons qui y sont éparpillées et nous continuons en direction de Samsun. Les routes nationales en Turquie sont très souvent à deux fois deux voies séparées mais le revêtement laisse à désirer et des portions sont en travaux. Nous roulons sur le plateau anatolien à sept cents, huit cents mètres d’altitude, au milieu de basses montagnes couvertes de végétation. Il y fait une chaleur lourde. Les villages sont cachés sous les arbres, à peine visibles, tout juste devinés par le crayon bien taillé du minaret de la mosquée. Nous suivons de plus ou moins près un lac de retenue aux eaux basses. Nous rejoignons la route qui arrive d’Ankara. J’ai l’espoir d’être à Samsun avant la nuit mais à quinze kilomètres de la ville, nous crevons ! Toujours la même roue ! Le temps de réparer, il fait presque nuit quand nous arrivons à Samsun. Nous cherchons un camping sur la route de Sinop. Les policiers ne connaissent pas et même ne comprennent pas. Nous nous renseignons dans les stations-service. Encore une dizaine de kilomètres, à slalomer dans la nuit entre les minibus qui s’arrêtent et repartent sans se signaler, avant de trouver un camping plutôt minable mais au bord de la mer. Nous sommes les seuls à profiter de la douche sans pomme et des toilettes, à la turque évidemment ! Nous achevons la bouteille d’ouzo pour nous consoler.

 

Dimanche 29 août : Nous n’avons même pas entendu le bruit des vagues. Je vais jeter un œil au sable noir, de la mer, pas noire, avant de procéder aux ablutions rituelles. Nous repartons vers Samsun, les rues sont désertes. A une station-service, on m’indique un réparateur de pneus qui préfère remettre une valve que changer la chambre à air. Pourvu que le caoutchouc tienne ! Quelques centaines de mètres plus loin, nous trouvons un cybercafé qui ouvre. Message d’Isabelle qui nous rassure sur la santé de Martine, rien de Julie… Nous contournons Samsun sur l’autoroute puis longeons la mer. Je reprends du gasoil, pas trop cher, avec le dernier billet de cent livres turques. Cela devrait suffire jusqu’en Géorgie. La proximité de la mer tempère  la chaleur encore accablante. Nous passons d’une station balnéaire à l’autre. Toujours des immeubles neufs colorés. De longs tunnels permettent d’éviter les portions de l’ancienne route étroite et sinueuse dont j’avais gardé un mauvais souvenir. Les deux voies séparées qui traversent les villes ne doivent pas rendre le séjour agréable. Après Giresun, la route est excellente et nous avançons rapidement. Nous étions passés à Trébizonde il y a moins de dix ans, l’église Sainte-Sophie en marquait la limite à l’ouest, elle est maintenant plusieurs kilomètres après le panneau d’entrée dans la ville ! La Turquie se développe ! Et surtout loge de plus en plus d’habitants. Nous longeons toujours la mer, les villages se succèdent. En fin d’après-midi, nous arrivons au dernier avant la frontière, Hopa. Nous n’y trouvons pas un endroit agréable pour la nuit, aussi nous continuons encore quelques kilomètres  en doublant la file des camions arrêtés. Nous nous garons sur une place tranquille derrière une mosquée, à l’écart de la route. Nous dînons à la gargote logée sous un arbre magnifique. Au menu : du poisson, de la petite friture et un plus gros mais tout aussi frit, à tel point qu’on ne sent pas les arêtes ! Une salade de tomates, poivrons, oignons et concombres que je ne peux trier les accompagne. Pas question d’apporter notre bouteille de vin, nous sommes à l’eau. De retour au camion, nous nous consolons qui d’un bout de fromage, qui d’un morceau de saucisson, avec un verre de rosé. Le muezzin qui appelle alors à la prière s’en étranglerait !

 

Lundi 30 août : Le ciel est, pour la première fois depuis longtemps, couvert mais cela ne durera pas. Nous repartons pour quelques kilomètres. Une longue file de camions arrêtés, même sous les tunnels, annonce l’arrivée au poste frontière. Malgré le peu d’amabilité du policier, les formalités sont vite expédiées côté Turquie et presque aussi rapides côté géorgien, en dépit d’une panne informatique. Aucune fouille de la voiture ni déclaration de douane. Nous voici en Colchide ! La frontière à peine franchie, nous sommes surpris par le grand nombre de plaisanciers sur la plage. Les marchands de ballons et de bouées font des affaires ! Autre surprise : le mode de conduite des Géorgiens. Il effraierait le conducteur turc (ou le rendrait admiratif ?). Il faut à tout instant s’attendre à ce que le véhicule qui précède pile, qu’un autre surgisse en trombe de droite ou de gauche. Limitations de vitesse, interdictions de dépasserGeorgie 3697, priorités ne sont que délicatesses pour conducteurs occidentaux dépressifs ! Autre sujet d’étonnement : l’écriture géorgienne, des nouilles amollies, d’aspect très karnatique. Nous pourrions, avec les vaches couchées sur la route, nous croire du côté de Madras ! Nous parvenons sains et saufs à Batumi. Nous trouvons à changer des euros dans une officine puis allons nous garer près du marché. Rien d’exceptionnel : fruits et légumes, quincaillerie en plastique etc… Marie achète des figues et des pommes sans doute acides. Par curiosité nous jetons un œil au supermarché bien pourvu en produits importés. Nous parvenons à nous insérer dans la circulation et allons cahoter dans les rues défoncées, en travaux, de l’ancien centre ville. Impression d’une ville coloniale Georgie 3698d’Afrique ou d’Amérique du Sud avec des maisons délabrées à un seul étage et une véranda à l’étage qui surplombe la rue. Nous nous en échappons vite et retrouvons le bord de mer plus coquet avec des jardins, des demeures ou des palais restaurés. Marie trouve des brochures au bureau d’information touristique puis nous quittons la ville en continuant de suivre la côte, très fréquentée par les vacanciers. Plein de gasoil à un prix enfin intéressant. Nous déjeunons en bord de plage, rafraîchis par un bon air marin. Les maisons sont toutes des cubes : un toit à quatre pans, un étage avec une véranda, un escalier extérieur et, pour les plus coquettes, des colonnes en façade. Elles sont de bois ou de pierres, souvent couvertes de tôles ondulées. Elles sont plantées au milieu d’un jardin ou d’un petit verger, en retrait de la route, derrière une vilaine barrière métallique rouillée, en tôles ou grillages. La furia automobilistique reprend. La vision dans le rétroviseur fait se dresser les cheveux sur la tête ! Tous veulent nous doubler à toute allure, n’importe où. Je me sens lapin poursuivi par des lévriersGeorgie 3701… Nous traversons une plaine en nous éloignant de la côte puis nous parvenons à Kutaisi. Nous cherchons notre chemin, on nous répond en russe. Après un bout de chemin empierré et cahoteux, nous atteignons, sur une colline, l’église de Bagrati. Elle est en pleins travaux de restauration. Le ravalement de la pierre lui donne l’aspect du neuf après nettoyage. Le chantier est interdit, nous ne pouvons qu’apercevoir aux jumelles les chapiteaux sculptés de l’entrée. Nous nous rendons dans le centre ville plus paisible. Parcs et palais du siècle passé lui donnent une allure désuète. Le musée est fermé, nul ne sait quand il est ouvert… Nous repartons pour Gelati, à quelques kilomètres de la ville, dans laGeorgie 3712 montagne. Nous apercevons l’ensemble monastique sur une colline. Nous voici devant le premier d’une, sans doute longue, série de bâtiments religieux. Aspect caractéristique des églises géorgiennes et arméniennes, ramassées, plan en croix, surmontées d’un tambour et d’une toiture conique, dans une belle pierre ocre. Nous franchissons le portail. Sur la pelouse se dressent deux églises, une tour des cloches et un bâtiment rectangulaire. La plus grande église, dite de la Vierge, est entièrement couverte à l’intérieur de belles fresques et, dans l’abside, d’une mosaïque digne de Ravenne, représentant la Vierge et deux archanges. Des portraitsGeorgie 3705 en pied du roi Bagrat montrent un farouche moustachu, en plus riches costumes que son épouse Hélène ! Une restauration d’une partie des fresques semble bien abusive… La petite église Saint-Georges est en restauration, nous y revoyons des portraits du sire Bagrat, toujours aussi martial. A l’extérieur quelques décors sculptés, des entrelacs autour d’une fenêtre et un portail lui aussi sculpté. Nous revenons au camion que nous garons à l’ombre d’un arbre, derrière l’église Saint-Georges pour la nuit.

 

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16 juillet 2009 4 16 /07 /juillet /2009 13:01































Mercredi 1er juillet : Nuit très calme que nul n’est venu troubler. La forteresse est toujours là… Nous repartons vers les cultures, et prenons la direction de Nukus. Une première forteresse, Toprak Qala, est visible de la route, nous en approchons sur un tronçon de piste. Extérieurement elle est moins intéressante que les autres, ses murailles sont effondrées et les bastions ne sont plus que des masses informes. A l’intérieur, par contre, on discerne bien les cours et les pièces, certaines ont encore des niches circulaires nettement visibles. A peu de distance, une autre forteresse est visible mais nous ne pouvons nous en approcher, des travaux sur le réseau des canaux qui l‘entourent l’ont, provisoirement (?), transformée en île. Elle est de plus petite dimension mais ses tours de défense semblent en très bon état. La route et la voie ferrée tracent, de concert, la limite entre les cultures du Khorezm et le désert. Nous parvenons à midi à Nukus, capitale de la République autonome de Karakalpakie. Il nous reste trois jours et demi à attendre d’entrer au Turkmenistan… Nous trouvons le musée mais nous le gardons pour un autre jour. Nous cherchons un hôtel bon marché pour passer les heures chaudes en climatisé mais soit ils sont délabrés soit les prix sont trop élevés. Nous renonçons et déjeunons dans le camion de notre dernière boîte de sardines. Nous passons ensuite à la poste expédier les dernières cartes postales. Marie fait toute une histoire de celle pour Marie-Cécile égarée, elle ne sait où… Nous trouvons un cybercafé envahi par des gosses le nez sur l’écran qui passent leur temps à tuer virtuellement des monstres ou des soldats ennemis… Toujours pas de message de Julie, Marie s’inquiète aussitôt, moi aussi je dois dire… Nous mettons le blog à jour puis nous cherchons un endroit ombragé pour attendre l’heure de dîner. J’envoie un sms à Julie qui répond par un mail. Nous repassons au cybercafé pour le lire mais il n’y a plus de connexion. Nous dînons dans la cour du restaurant prévu. Marie, d’un pot contenant des légumes et un morceau de viande, surtout de l’os, cuisinés en ragoût, pour moi, une brochette de porc, rien de remarquable. Encore une fois nous remarquons que les plats sont peu copieux et relativement chers, rien de comparable avec le Kazakhstan ou le Kyrghizstan. Nous allons nous garer pour la nuit sur un vaste parking, à l’écart de la rue. A peine déshabillés, deux policiers viennent cogner à la porte. Je comprends bien qu’ils souhaitent que nous déguerpissions mais mon incompréhension feinte les lasse et nous ne bougeons pas. Le temps de cet échange fructueux, une armada de moustiques a profité de ma distraction pour s’introduire subrepticement. Ils vont vite se manifester et nous gâcher la nuit. Le copieux étalage de citronnelle se révèle sans effet (peut-être les moustiques locaux n’ont-ils jamais lu la notice), les tortillons guère plus.

 

Jeudi 2 juillet : Le ciel est couvert, le vent se lève et il tombe trois gouttes d’eau. Nous achevons les survivants ailés et plions bagages dès que possible sous l‘œil des policiers interloqués. Nous tentons en vain de lire le message de Julie, toujours pas de connexion internet. Nous allons au musée Savitsky, le plus beau musée d’Asie centrale et de loin ! Ce monsieur replié pendant la guerre en Asie centrale s’est intéressé à la région et a constitué une collection ethnographique d’une extraordinaire richesse. Nous nous régalons à la contemplation des costumes, tapis, bijoux, clairement présentés, avec des explications en anglais, le personnel polyglotte est aimable. Au second étage est présentée une partie de la collection de peinture russe des années 20 à 40, constituée par la même personne, qui s’est aussi intéressée aux peintres qui n’étaient pas forcément dans la « ligne ». Peu sont connus, beaucoup sont remarquables, nous retenons les noms de Volkov, Lysenko, Nikritin, Falk et bien d’autres aux noms difficiles à retenir faute d’un catalogue. Nous n’avions pas eu l’occasion de nous régaler de belle peinture depuis plus de deux mois et découvrir ces merveilles ici, au bout du monde est une chance presque inattendue. Nous n’en sortons qu’à l’heure du déjeuner que nous prenons dans la voiture. Nous repassons au cybercafé, miracle ! nous pouvons lire le message de Julie de retour de Toulon, tout va bien, nous sommes rassurés. Je vais changer des dollars au marché et faire quelques emplettes puis nous quittons Nukus. Nous mettons le cap à l’ouest sur une centaine de kilomètres puis au nord sur une autre centaine de kilomètres, dans un paysage monotone où le désert le dispute aux cultures et finit par gagner. Je ne suis pas ravi de devoir encore tant rouler pour simplement approcher les sables d’Aral. Nous parvenons à Moynaq, dernière ville, à demi ensablée, autrefois sur le rivage de la mer d’Aral. La ville est morte, plus aucune activité liée à la pêche ou à la mer. Les maisons se sont enfouies sous la terre qui recouvre les toits, derrière des palissades assiégées par le sable. Nous montons sur une butte où a été dressé un monument. De là, on domine le bassin de l’ancienne mer, pas une goutte d’eau n’est perceptible, des carcasses de bateaux rouillent à nos pieds. Nous avons tout vu ! Marie voudrait en voir plus mais ne sait pas quoi ! Nous parcourons les rues inanimées de la ville puis retournons nous garer sur la butte, dans le vent mais au calme.

 

Vendredi 3 juillet : La mer est toujours absente et le vent soulève des nuages de sable et de sel qui accentuent la désertification. Nous visitons le musée installé dans l’hôtel de ville. Il devrait emporter sans contestation la palme du plus minable de toute l’Asie ! Une salle avec des photos de bateaux, des peintures d’un artiste inconnu, des bijoux ternis, des vêtements déchirés et des bocaux dont le formol s’est évaporé et qui ne renferment plus que les arêtes des poissons qu’ils contenaient. Nous reprenons la route de Nukus où nous sommes à midi. Nous prenons une chambre climatisée pour trente dollars et y déjeunons avant d’entamer une sieste. Nous en sortons pour aller au musée de la nature qui a une section annexe du musée Savitsky. Un étage est consacré à cette peinture russe et nous y retrouvons les noms de Volkov, Chevtenchko, Mazel et autres. L’accrochage n’est pas fameux, l’éclairage douteux mais la sélection reste de qualité et le contraste avec les jeunes peintres ouzbeks flagrant ! Nous revenons à l’hôtel et prenons place sur une banquette pour lire au frais, le vent ayant calmé les ardeurs du soleil. Nous examinons les guides touristiques et parvenons à la conclusion que les pays du Caucase méritent plus de temps que nous ne pourrions leur consacrer si nous voulons être rentrés fin juillet et que ce sera donc pour un autre voyage. Nous dînons sous les canisses, surpris par les plats. Les pelmeni, des raviolis, sont servis dans une sauce-soupe, la même qui accompagne mes pâtes lagman et qui a servi à faire cuire le pseudo-bœuf strogonov de Marie. Ce n’est pas franchement mauvais mais ce n’est pas de la gastronomie non plus.

 

Samedi 4 juillet : Mal dormi, problèmes d’estomac, cela s’arrange au réveil. Petit déjeuner avec des crêpes puis nous partons avec le sentiment que le caractère dominant des Karakalpaks n’est pas l’amabilité ! Nous passons à la poste envoyer la carte postale de Marie-Cécile, une ridicule image du Kirghizstan ! Un quart d’heure après l’heure d’ouverture, les employés ne sont pas encore tous arrivés. Ils sont plus nombreux que les clients et ne commencent la journée qu’après s’être tous salués. Celle en charge des timbres déballe d’un sac plastique un fouillis de vignettes, elle y cherche la bonne et la colle avec un tube… Au marché nous nous réapprovisionnons pour plusieurs jours puis nous partons. Peu après, nous quittons la route pour entrer dans la nécropole de Mizdakhkan. Nous pouvons grimper avec la voiture au sommet de la colline sur laquelle se trouvent les mausolées les plus anciens. L’un est souterrain, très restauré, il abrite la tombe d’un saint vénéré, un autre serait celui d’un géant de plus de vingt mètres de long ! Les tombes récentes, certaines avec des plaques de marbre, d’autres de simples tumulus, sont mélangées aux sépultures anciennes. Des bières, quelques planches, pour le transport des corps, sont abandonnés sur les tombes, des grilles de fer délimitent des enclos, des trous attendent leur client. Nous apercevons à proximité sur une colline, une citadelle très ruinée. Nous nous garons au milieu des champs, à l’ombre pour passer l’après-midi. Après déjeuner, sieste, somnolence puis nous faisons une toilette du camion avant d’aller jusqu’au poste frontière. Pas question de sortir d’Ouzbékistan sans entrer au Turkménistan, nous devons donc attendre demain ! Nous nous garons à proximité. Nous fly-toxons la cabine après dîner pour nous débarrasser des mouches importunes. Le temps qu’elles trépassent nous allons écouter les grenouilles coasser dans la mare voisine et regarder les lapins se régaler des buissons alentours.


Dimanche 5 juillet : Nous sommes réveillés tôt, levés tôt et avant l’heure à la barrière. A huit heures un militaire nous ouvre et nous entrons. Mais le douanier nous indique que la douane n’ouvre qu’à neuf heures ! Néanmoins il nous remet les documents à remplir. Le service commence avant l’heure, celui qui nous a en charge se bat avec l’ordinateur, le matériel ne lui paraît pas familier puis il me dit qu’il y a un problème : le sympathique douanier à l’entrée (voir la journée du 10 juin !) a indiqué que nous devions sortir par le poste de Boukhara ! D’où la nécessité de remplir de nouveaux papiers… Enfin nous en terminons. Le poste turkmène est aussitôt là. Nous devons attendre l’arrivée d’un employé revêtu d’une blouse blanche, botté, calot sur la tête et masque sur le nez, muni d’un appareil avec lequel il asperge les roues de la voiture. C’est la désinfection ! Puis c’est une longue suite de formalités, de déclarations à remplir, de savants calculs pour déterminer le montant des droits à payer, mais tout cela avec bonne humeur et même gentillesse, on en redemanderait presque ! Nous voici au Turkménistan, soulagés de cent vingt dollars tout de même… Nous entrons peu après dans Konyé Ourguentch. La ville est endormie, les voitures roulent au pas, personne ne klaxonne !!! Je vais changer des dollars au bazar, la monnaie a changé et je ne sais trop le cours actuel. Nous nous rendons au site du mausolée de Nejameddin Koubra, sans guère d’intérêt si ce n’est un joli fronton de céramiques à thème floral. A sa sortie, nous sommes abordés par une jeune fille qui, en anglais, nous réclame les passeports ! Je lui en demande la raison : les étrangers doivent être enregistrés pour visiter un site ! Le Turkménistan emportera sans doute la palme au concours du pays le plus fliqué et pourtant la concurrence était sévère… Nous repartons pour nous arrêter à la sortie de la ville aux ruines de la cité ancienne. Nous payons le droit de visite et là aussi, on nous réclame les passeports ! Nous visitons un monument assez majestueux, peu restauré, avec une très belle coupole intérieure qui représenterait un calendrier. Puis il faut marcher sous un soleil impitoyable pour approcher des mausolées peu intéressants et un minaret élevé mais sans grâce. Marie m’attend à l’ombre tandis que j’ascensionne une colline où des femmes en manque de descendance sont venues déposer des ex-voto en forme de berceaux contenant des poupées. Un dernier mausolée, le plus intéressant avec une très belle façade à décor d’entrelacs réalisés au moyen de briques et nous revenons péniblement à la voiture. Nous apprécions la bière glacée et faisons fi de la curiosité souvent déplacée des passants, en déjeunant. Nous prenons la route d’Ashkhabad. Les premières dizaines de kilomètres, au milieu de cultures écrasées sous le soleil, se font sur une mauvaise route qui augure mal du temps nécessaire pour arriver à la capitale mais après un carrefour où se dressent des immeubles neufs, construits au milieu de nulle part, la route devient excellente. Nous traversons ainsi le désert du Karakoum. Du sable, des dunes piquetées de broussailles, pas un hameau, de rares dromadaires, quelques yourtes sur des centaines de kilomètres. Nous ne trouvons pas les cratères de gaz qui ne devraient pourtant pas être loin de la route et en être visibles. Nous roulons jusqu’à sept heures et nous arrêtons dans le premier village, dans les sables. Hétéroclite mélange de maisons en dur et de yourtes en paille entre lesquels divaguent, en mâchant leur chewing gum, des chameaux placides. Nous avons la visite d’un gamin qui fait craquer Marie !

 

Lundi 6 juillet : Il a fait plus chaud que les jours précédents, à peine avons-nous senti la fraîcheur au petit matin alors que la veille nous avions eu froid. Marie voudrait être sur le site de Nicée avant que le soleil ne soit insupportable, aussi me presse-t-elle. Nous sommes sur la route avant huit heures… Le ciel est plombé par le sable en suspension et la visibilité est réduite. Les dunes disparaissent, nous retrouvons une steppe sablonneuse, presque jusque dans les faubourgs d’Ashkhabad. Nous n’entrons pas dans la ville mais partons sur une autoroute à huit voies séparées, presque déserte, à la recherche de la cité parthe. Nul n’en a entendu parler, les recherches sont difficiles, nous nous rapprochons des montagnes qui forment frontière avec l’Iran  et après des tours et détours sur des pistes et des routes en bien moins bon état que les grands axes, nous aboutissons à un tertre, entouré de restes de remparts. Nous ne savons pas même où nous sommes, aucune indication. Il commence à faire un soleil d’enfer, les heures passent, nous abandonnons et retournons sur la capitale. Le réseau d’autoroutes est éblouissant, dommage qu’il ne soit emprunté par personne ! Les approches de la ville se font au milieu d’immeubles revêtus de marbre qui semblent inhabités, pourtant ils sont neufs, d’autres sont en construction, pour qui ? Nous trouvons le centre ville, tout y est neuf, les avenues sont immensément larges, des jets d’eau coulent partout, des réverbères en tôle essaient de donner un petit air ancien, tout fait toc, nouveau riche, prétentieux. Les palais, bâtiments administratifs donnent la mesure de cette démence, des colonnes, des coupoles, des dorures et de la verdure soigneusement entretenue. Le summum est atteint en plein centre où se dresse, sur une tour au-dessus d’une espèce de tripode, une statue du dictateur défunt, Niazov, en or, qui tourne en restant face au soleil ! D’autres statues dorées du même satrape, ou de son successeur, se dressent un peu partout, à chaque carrefour, dans les parcs etc… Nous cherchons l’hôtel Nissa où nous espérons pouvoir nous garer pour la nuit, il est en reconstruction. Bouyghes est passé par là, des chantiers immenses sont en cours. Nous nous garons sur un parking ombragé pour déjeuner, je n’en puis plus  et n’ai qu’une envie désormais, tracer la route vers Toulon… Bien sûr Marie ne l’entend pas de cette oreille ! Après déjeuner, je vais explorer les environs, je dois marcher sur les trottoirs autorisés, pas ceux des bâtiments importants ! Je vais changer des dollars puis je me mets en quête de cet hôtel Nissa qui, je le constate, est en plein chantier, je reviens à la voiture. Nous sortons, d’abord pour nous rendre au musée du tapis. L’entrée en est honteusement chère et nous refusons de payer. Nous revenons en transpirant à grosses gouttes au monument à Niazov. Un élévateur puis un ascenseur nous emmènent au sommet d’où nous découvrons la ville-chantier et les constructions pharaoniques du démagogue. Nous revenons au camion, ne savons trop quoi faire, nous allons demander au grand hôtel Turkmenistan le prix d’une heure Internet : sept dollars ! Nous passons dans un centre commercial comme il en existe plusieurs : des boutiques de luxe et pas de client. Nous reprenons la voiture pour aller nous asseoir dans un café en plein air où on sert des bières pression et des chachlik appétissants. Nous y passons une heure, sans manger, retournons au camion où nous attendons l’heure de dîner, je tape mon journal. Nous avons trouvé un restaurant chinois, plus cher que d’habitude mais cela change. Les plats sont copieux mais sans grande saveur. Le personnel, de jeunes Russes, n’a jamais appris à esquisser un sourire… Nous voulons retourner nous garer au parking de cet après-midi mais toutes les rues d’accès au centre ville administratif sont interdites à la circulation. Des policiers sont postés à chaque carrefour. Nous errons et trouvons une cour d’immeuble. Deux policiers y montent la garde, ils ne semblent pas étonnés de nous voir là et ne nous disent rien.

 

Mardi 7 juillet : Quelle nuit ! La température n’est jamais descendue au-dessous de 30°c dans le camion. Nous avions dû fermer deux des trois fenêtres pour ne pas être en vue des immeubles et je n’ai pas cessé d’être en sueur. Des bruits de voitures, des crissements de pneus, la musique des autoradios, des bavardages à voix haute jusque très tard dans la nuit et en plus un moustique, m’ont achevé ! Il ne fait pas vraiment plus frais au matin et j’apprécie une douche. Nous partons pour le marché Tolkuchka, à l’extérieur de la ville. Aucune activité, ce n’est pas le bon jour ! Tout au plus pouvons-nous constater que les boutiques sont constituées de containeurs alignés en allées sur une grande surface. Nous retraversons la ville, découvrons un autre quartier démentiel, des bâtiments gigantesques aux fonctions imprécises, en marbre évidemment, dans un vague style classico-stalinien. Ceaucescu l’a rêvé, Niazov l’a fait ! Et son successeur continue de bâtir avec la même fougue. Les contrats doivent être juteux, Bouyghes prospère. Nous sommes venus pour le musée national, autre réalisation éléphantesque avec dorures et coupoles bleues, fermé le mardi ! Nous prenons donc la route de l’Iran en grimpant à l’assaut du Kopet Dag, la montagne qui fait frontière entre les deux pays. Nous sommes bientôt au poste, les formalités sont expédiées rapidement, avec le sourire et presque sans fouille. Curieux Turkménistan où le taux de policiers par tête d’habitants est sans doute un des plus élevés au monde et où pourtant nous n’avons jamais été contrôlés ni même arrêtés ! Marie revêt sa tenue « islamique » avant que nous n’abordions les contrôles iraniens qui se passent le mieux du monde, sans la moindre fouille. Nous qui craignions d’avoir trop d’ « antiquités » et qui avions « oublié » une bière dans le réfrigérateur ! Nous la buvons presque aussitôt, en déjeunant. La brume recouvre tout le paysage depuis ce matin. Nous atteignons l’autoroute, dans la plaine. Une autoroute aux normes occidentales, bon revêtement, panneaux de signalisation, postes téléphoniques de secours. Les villages traversés ne me semblent pas très différents de ceux vus quarante-deux ans plus tôt ! Ils ne sont plus en pisé mais en briques, toujours couleur de terre et ne semblent pas plus riches. Nous sommes bientôt dans les faubourgs de Mashad, nous bifurquons pour nous rendre au tombeau de Ferdousi, le grand poète persan. Nous croyons être arrivés et visitons un supposé mausolée avant de nous apercevoir de notre erreur. Le tombeau est un kilomètre plus loin dans un jardin fleuri : une structure en marbre, copie du tombeau de Darius avec des vers gravés sur les faces. Dans la crypte des scènes du Shahnameh sculptées sur les parois et une pierre tombale simple. L’endroit est très fréquenté, beaucoup de familles, toutes les femmes en noir ! Sinistre ! Nous sommes objets de curiosité mais l’accueil est sympathique et on nous souhaite la bienvenue. Nous restons ensuite au camion, Marie retire son foulard, ce qui nous oblige à fermer les fenêtres… Nous allons dîner à proximité dans un restaurant simple. Au menu : chelo kebab, du riz safrané et des brochettes, poulet et bœuf, servis avec une salade et une grande bouteille d’eau. Au moment de l’addition, petit quiproquo : elle m’est présentée en toman et je la règle en rials, la monnaie légale. Le patron n’est pas d’accord puisqu’il faut dix rials pour un toman. Les prix sont souvent indiqués dans cette ancienne unité. Nous reprenons la voiture pour aller nous garer à côté du mausolée mais une fois déshabillés, nous avons la visite d’un gardien qui nous fait déguerpir. Nous retournons donc nous garer près du tombeau de Ferdousi en dépit du bruit des voitures et surtout des pétarades des vélomoteurs.

 

Mercredi 8 juillet : Le matin est plus calme que la soirée. Il fait frais et le bruit du jet d’eau dans le jardin voisin m’a donné l’illusion de la pluie. Nous partons pour Mashad. La circulation devient démente, les voitures surgissent de partout sans aucun souci des règles de priorité, les mobylettes sont chevauchées par des apprentis toréadors qui font des véroniques avec les voitures, leur passant au ras du pare-choc, j’attends qu’ils posent des banderilles sur le capot ! Heureusement des poteaux indicateurs, en anglais, montrent le chemin. Nous parvenons ainsi tout près du sanctuaire de l’imam Reza, haut lieu de pèlerinage pour les Chiites. Des bus, des voitures surchargées de matelas, de coussins, de couvertures, ont acheminé les pèlerins qui campent sur des nattes, la bouilloire à portée de main. Je vais me renseigner. Pas de problème pour visiter mais pas de photos, guide obligatoire et tchador pour Marie. Je vais la rechercher, nous faisons connaissance avec Zohreh, une jeune fille qui va nous montrer le chemin et accessoirement nous confisquer les passeports le temps de la visite. Elle travaille bénévolement ! Marie endosse son drap qui heureusement n’est pas noir, elle sera une des rares à ne pas être revêtue de cette couleur. Des drapeaux d’un noir bien sinistre flottent à l‘entrée du complexe religieux. Les bâtiments sont anciens pour certains mais le sanctuaire ne cesse de s’agrandir, des portiques, des cours, des minarets, sont en construction. Nous suivons la foule qui se presse, entrons dans une cour immense que d’autres bénévoles recouvrent de tapis pour la prière. Des faïences partout bien entendu, des iwan couverts de feuilles d’or aux quatre coins du sanctuaire couronné par un dôme en or que nous ne pourrons pas approcher. Nous ne pouvons pas aller partout et nous ne pouvons qu’apercevoir des cours ou des salles entièrement recouvertes de miroirs qui réfléchissent les lumières de lustres vénitiens. Des minarets, partiellement dorés se dressent au-dessus d’une belle mosquée, fermée pour trois jours de retraite spirituelle. Une salle souterraine, en dessous de la grande cour, est elle aussi entièrement, murs et plafonds, plaquée de millions de très petits miroirs, des pélerins y sont assis sur les tapis et lisent leur Coran. Notre cicérone nous conduit au bureau des visiteurs étrangers où nous sommes accueillis, en anglais, par un individu qui se dit enchanté de voir des chrétiens, ses frères, nous le répète dix fois, devient vite pénible et nous fait cadeau de livres, en français, dont je ne suis pas sûr d’achever la lecture… Nous ramenons au camion notre guide pour lui faire visiter notre installation qui l’étonne. Je vais changer des dollars au bazar puis nous repartons, traversons la ville jusqu’au mausolée de Khajeh Rabi. Encore une tombe d’un saint vénéré, c’est la spécialité locale ! Au milieu d’une cour carrée, un bâtiment plus joli intérieurement qu’extérieurement, abrite le tombeau du saint. Entrées séparées pour les hommes et les femmes, chaque sexe a droit à une moitié du tombeau. Sous une très belle voûte couverte de peintures dans des tons passés et de décors en relief, les scènes habituelles de dévotion : on passe les mains sur les grilles, on embrasse tout ce que l’on peut toucher et on n’oublie pas de se lamenter à haute voix. Plus impressionnant, à l’extérieur, la cour est entièrement pavée de dalles avec le nom de soldats morts pendant la guerre contre l’Irak. Des photos montrent des jeunes garçons envoyés au massacre par des mollahs arriérés, avec la bénédiction des familles. Le culte des martyrs est un phénomène inséparable de la culture iranienne. Nous retraversons la ville, sans presque nous tromper, et trouvons l’autoroute. Nous mettons cette fois le cap à l’Ouest. Nous nous arrêtons pour rapidement déjeuner. Marie trouve toutes les occasions bonnes pour retirer son foulard qui l’insupporte plus que lors du voyage précédent. La visibilité est toujours très réduite avec la brume de sable qui enveloppe le pays. L’autoroute est excellente et nous roulons à bonne allure. Au péage, le préposé, la main sur le cœur, nous fait signe de passer avec un grand sourire, sans bourse délier. Plus loin, je fais un plein de gasoil. Je devrais avoir une carte de rationnement, qu’à cela ne tienne, un chauffeur de camion prête la sienne et je règle soixante litres de gasoil pour un dollar ! Nous quittons l’autoroute à Qadamgah pour aller voir un autre sanctuaire, au fond d’un jardin, sur une hauteur. Des ruisseaux courent au milieu des roses, des familles sont installées sur des tapis, certains dorment, des femmes préparent à manger. Comme à Mashad, deux entrées séparées pour approcher l’empreinte des pieds de l’imam Reza… Le décor avec une belle calligraphie est plus intéressant… Encore quelques kilomètres pour Nishapour. Nous y trouvons un cybercafé et nous consultons notre messagerie, toujours pas de message de Julie, Marie commence à se poser des questions… Il y en a cependant un de Jean-François qui nous rassure avec beaucoup d’humour. Nous sortons de la ville pour trouver le tombeau d’Omar Khayyam, une construction moderne dans un parc fréquenté par les familles. Attractions, bijouteries (la turquoise est la pierre locale), marchands de confiseries etc… Nous jetons un œil distrait au monument à Khayyam puis à un mausolée ancien mais ses faïences sont jaunâtres et nous allons ensuite, nous installer le long du centre culturel en travaux. Le bruit des véhicules qui passent et la musique en provenance du parc sont pénibles. Quand j’en ai terminé avec mon labeur quotidien, je jette un œil par la fenêtre. Nous ne sommes plus seuls, des dizaines de voitures se sont garées devant et derrière nous, des tentes de plage sont montées sur le trottoir, les nattes sont déroulées et sur les réchauds, les bouilloires fusent. Nous ne mettons pas le nez dehors, Marie n’a pas envie de remettre son foulard et nous dînons dans le camion. Repas encore particulier puisque nous nous faisons griller des tranches de porc (si nos voisins savaient cela !) achetées en Ouzbékistan et nous réchauffons des petits (pas vraiment) pois de la taille de grains de raisins et comme nous sommes déjà en manque, nous avions acheté deux bouteilles de bière sans alcool. Une ignominie, une horreur, une honte de vendre un tel produit ! La couleur, la mousse de la bière mais le goût d’un sirop chimique, qui plus est, parfumé à l’ananas ! Impossible de fermer l’œil avant une heure du matin avec le passage continuel de voitures et de mobylettes.

 

Jeudi 9 juillet : Quel calme au matin ! Ils dorment tous mais vite, ils plient bagages et repartent, toute la famille entassée dans des voitures déjà âgées, la galerie couverte de matelas, couvertures et oreillers, vers un autre mausolée. Je commence à comprendre l’hostilité (et parfois bien plus !) des Sunnites à l’encontre des Chiites. Une telle exaltation de la foi, une si systématique hystérie collective devant le moindre catafalque, une aussi grande propension pour le martyr et la mort qui semble accompagner chaque moment, font peur. Je n’ai jamais vu en un autre pays d’Islam de telles démonstrations, quasiment agressives, de ses croyances. Nous repartons, toujours dans la purée de pois. Après les terres à blé, que je ne pensais pas trouver ici, de la région de Mashad, nous entrons dans le désert, de la rocaille et des terres rouges, parfois une dépression avec des traces de sel. De temps à autre, une montagne surgit de la brume puis y retourne quand nous nous en éloignons. Les kilomètres défilent sur l’autoroute. Bientôt nous profitons de la climatisation qui nous épargne le dessèchement par le vent. Nous apercevons quelques villages qui ont conservé les constructions traditionnelles : maisons en pisé, sans étage, à toit voûté ou couvert de coupoles et, à intervalles réguliers, des caravansérails qui tombent en ruine. Nous roulons jusqu’à une centaine de kilomètres de Téhéran que je ne veux pas traverser ce soir et nous nous arrêtons sur une aire de l’autoroute, pas encore opérationnelle semble-t-il. Mais l’odeur de viande grillée me persuade du contraire et, dans une salle immense et déserte, nous pouvons dîner de brochettes, köfté et poulet, le riz attendu ne viendra pas… Nous changeons de place en voyant arriver des voitures en grand nombre. Nous déménageons encore deux fois avant de trouver un endroit calme. Il fait presque aussi chaud qu’à Ashkhabad et je transpire longtemps avant de m’endormir.

 

Vendredi 10 juillet : Nous repartons pour une nouvelle étape de route. Peu après, nous sommes à Téhéran. Conformément à mes craintes, l’autoroute ne se poursuit pas sur un anneau qui contournerait la ville et nous éviterait de nous y perdre. Nous demandons notre chemin à plusieurs reprises, passons par des rues ordinaires avant de retrouver une voie rapide qui nous amène à l’autoroute de Tabriz. La capitale s’est très étendue à l’ouest et les agglomérations se succèdent sans interruption au-delà de Karaj. Des cités nouvelles sont apparues, c’est une vision d’un Iran en plein développement, avec des zones industrielles importantes, qui nous est offerte le long de la route. Le désert est en culture désormais, même si les montagnes restent désolées, pelées, veloutées et plissées comme cette race de chiens, les shar peï, qui semblent flotter dans leur peau. Nous arrêtons sur une autre aire d’autoroute pour déjeuner, encore des brochettes et du riz, servis par des jeunes femmes avec foulard islamique, sous les portraits géants des duettistes : Khomeini et Khamenei, le Père Fouettard et le Faux Jeton… Sur un écran géant de télévision est diffusé l’appel à la prière avec des images de La Mecque ! Même pendant les repas… Nous avalons des kilomètres sans toujours payer les péages, je suis prié de passer… Nous traversons une chaîne de montagnes dont la terre est de couleur verte et rouge, les deux nettement distincts. A un détour de la route un village (kurde ?), inattendu et presque invisible tant il se confond avec le montagne,. Nous quittons l’autoroute pour retourner à Soltanieh où nous avions vu le dôme géant du mausolée en travaux de conservation il y a huit ans. SI l’extérieur est aujourd’hui aménagé pour les visiteurs et ils s’y pressent, l’intérieur est encore un ensemble d’échafaudages que nous n’explorons pas. Nous roulons jusqu’à Tabriz, nous pensions nous installer au parc El Goli où nous avions campé en 2001. Tout le parc est devenu un camping ! Des centaines de Tabrizi se sont installés sur les pelouses, ont monté des tentes de plage colorées. Impossible  de se garer et quant au calme, inutile d’y compter. Nous cherchons un autre lieu, envisageons les bas-côtés d’une avenue. Je demande à des hommes en grande discussion où nous pourrions nous installer. L’un d’eux nous dit de le suivre en voiture, il nous conduit à un jardin avec des tentes déjà installées mais pas en surnombre. Nous pouvons nous garer au bord du gazon. Il fait frais, nous sortons la table et les fauteuils pour étudier la carte. Je refais les pleins d’eau puis je tape mon journal, à l’extérieur pour une fois !

 

Samedi 11 juillet : Il a plu dans la nuit ce qui a provoqué un certain émoi dans les tentes. La nuit a été calme et fraîche, j’ai apprécié… Nos voisins plient bagages, nous n’attendons pas que toutes les voitures soient parties pour pouvoir sortir la nôtre, nous allons en taxi dans le centre ville. Nous commençons par la visite de la Mosquée Bleue que nous n’avions pas pu visiter lors de notre dernier passage. Les travaux de restauration sont achevés et nous pouvons admirer les superbes faïences de la façade, du moins celles qui ont survécu à plusieurs tremblements de terre. Leur état n’est pas parfait, loin de là, mais elles sont si merveilleuses qu’on en oublie les injures du temps. L’intérieur a été également restauré mais d’une manière totalement différente de ce qui a été fait en Ouzbékistan. Au lieu de tout reconstruire et de tenter de faire oublier les dégâts, la différence entre les carreaux anciens et ce qui a été refait est nette : une peinture légère a été appliquée dans les zones détruites, sans chercher à égaler les tons des faïences et, dans les zones disparues, les dessins sont seulement ébauchés. On a ainsi une idée très nette de ce qu’était la décoration et aussi des exemples de son état d’origine. Nous trouvons un cybercafé mais il faut attendre l’ouverture. Une brave dame nous prend en pitié, nous fait entrer dans son magasin, nous offre le thé et fait téléphoner par son fils pour hâter l’arrivée de la responsable. Nous avons un message de Julie, sur le départ pour le Zimbabwe, et un autre moins gai de Jean-François qui nous apprend le décès du fils de Suzanne et Jean-Paul. Nous revenons par la rue piétonne, consacrée aux chaussures et aux vêtements féminins, vers le bazar. Nous suivons l’allée des bijoutiers (de l’or) puis passons dans diverses allées, sous des voûtes centenaires, devant des caravansérails, par des cours qui sont encore le lieu de transactions commerciales. Des portefaix acheminent des tonnes de colis avec les diables branlants sur le passage desquels il vaut mieux ne pas se trouver. Nous sommes abordés par un homme qui nous conduit à un autre bazar, voir des antiquités mais ce ne sont que des brocantes sans intérêt. Nous reprenons un taxi pour retourner à notre camping et repartons aussitôt. Nous trouvons presque sans nous tromper la route de la frontière. L’autoroute cesse bientôt. Nous quittons la route pour suivre une route de campagne au milieu des champs moissonnés. Les foins s’entassent en tours sur les toits des maisons en pise des villages qui se confondent avec la terre. Nous nous trompons devons revenir sur nos pas en suivant la voiture d’un avocat qui nous guide ainsi jusqu’à l’église arménienne de Ghara Kélisa dédiée à Saint Thadée. Nous la trouvons à l’écart d’un village kurde, les femmes de portent pas le voile noir, juste un foulard qui leur donne des allures de Kabyles et les hommes ont le sarouel noir. Elle est en deux parties très distinctes, une qui joue sur les contrastes de couleurs entre pierres noires et blanches et une autre, couleur sable. C’est sur cette dernière que la décoration est la plus remarquable : deux frises en font presque entièrement le tour, l’une florale, l’autre décrit des scènes que je suppose être la vie du saint. Des représentations de figures de saints ou d’évêques ornent les murs, classique Saint Georges et son compère dragon, Saint Michel et sa balance du Jugement Dernier. Nous serions bien restés dormir là mais nous avons envie de passer en Turquie, avec la perspective de bières fraîches… Sur la route nous croisons un Toyota de Français avec une cellule Azalaï. Nous discutons quelque temps, je leur revends mon excédent de rials puis nous filons vers le poste frontière. Vu la queue à la station-service, je renonce à refaire le plein. Tant pis, nous paierons le prix fort en Turquie. Le poste iranien est un bel exemple de bordel oriental ! Personne pour indiquer où aller, impossible de différencier un voyageur d’un employé, une foule hystérique et agressive qui se presse de tous côtés devant le seul guichet des passeports. Je désespère de jamais parvenir à bout des démarches. Je parviens à trouver quelqu’un qui m’indique où m’adresser pour les formalités de douane puis la queue ayant diminué, nous faisons tamponner nos passeports. Adieu l’Iran, Marie retire aussitôt son foulard. Côté turc, si cela commence bien, il faut attendre longtemps le retour du responsable de la douane parti dîner. Encore quelques tampons et enregistrements et nous voici en Turquie. Il est une heure et demie plus tôt mais il fait nuit. Nous filons vite sur Doğubayazit. Nous trouvons un camping, un simple terrain vague, dans la montée à Ishakpasha. Nous dînons au restaurant du camping, très animé en ce samedi soir. Un orchestre réduit mais efficace pour les décibels, met en émoi les mâles de l’assistance et plusieurs dansent en ligne en agitant des mouchoirs. Nous supposons que les dames sont restées garder les enfants… Nous apprécions la bière et le poulet, les côtes d’agneau se défendent bien… Il faut encore que je tape mon journal !

 

Dimanche 12 juillet : Nous nous souhaitons un bon anniversaire de mariage. Quarante ans ! Nous envoyons un sms à Julie pour lui souhaiter bon voyage, elle nous souhaite un bon anniversaire. Nous retournons voir la forteresse d’Išakpaša, sans visiter, elle est désormais coiffée d’une lourde et peu esthétique structure en bois destinée à la protéger. Nous allons en ville changer des dollars, puis nous réapprovisionner au supermarché avant de prendre la route. Le prix du gasoil n’est plus le même, plus de un euro le litre ! Nous faisions le plein en Iran pour ce prix… Nous apercevons la belle masse couronnée de neige du mont Ararat. La route, contrairement à ce que je croyais, n’est pas fameuse. Elle est en travaux, parfois à une voie, parfois deux, le revêtement est variable, nids de poule et bon asphalte se succèdent. Nous passons des cols à deux mille mètres et plus, en traversant des collines d’un vert si vif qu’on le croirait artificiel. Nous avons acheté une bouteille de rakı et nous l’entamons pour ce grand jour mais nous aurions préféré du pastis ! Nous arrivons dans l’après-midi à Erzurum. Nous retrouvons le centre avec ses mosquées anciennes mais elles sont étouffées par des immeubles commerciaux qui les entourent et je n’en retire pas la même impression que précédemment. Je ne trouve aucune information sur la présence d’un éventuel camping. On nous en indique un sur la route d’Erzincan, nous ne le trouvons pas et nous continuons dans cette direction. Les kilomètres passent, les seuls endroits où nous pourrions stationner sont les stations-services bruyantes ou des endroits trop isolés. Nous roulons jusqu’à Erzincan. Je ne suis pas ravi, j’aurais voulu m’arrêter beaucoup plus tôt, alors qu’il est sept heures quand nous entrons dans la ville après une fin de parcours pénible dans le soleil de face. Un premier hôtel ne veut pas de nous sur son parking, le second sera le bon. Le parking en centre ville n’est pas agréable mais le restaurant en terrasse, au dernier étage l’est. Nous y fêtons donc nos quarante ans en commun, avec une vodka orange suivie de plats de viande très quelconques mais un bon dessert au chocolat chaud sauve le repas. Nous regagnons notre cellule pour la nuit…

 

Lundi 13 juillet : Le soleil chauffe vite et nous ne pouvons pas ouvrir toutes les ouvertures sans être en vue des fenêtres de l’hôtel. Nous reprenons notre progression sur le plateau anatolien. Paysage rude, montagnes pelées, champs de blé fraîchement moissonnés ou de pommes de terre. Les paysans sont occupés à a fenaison sans engins mécaniques. Nous roulons toujours entre mille cinq cents et deux mille mètres d’altitude et la température est supportable. Nous sommes à midi à Sivas, nous nous garons sur la place principale du centre ville, devant la mosquée et la medrese qui justifient notre venue. Nous commençons par nous rendre dans un cybercafé mais impossible de me connecter à notre messagerie. Nous déjeunons dans le camion puis partons en visite. Les portails de deux medrese (ici ce sont des medrese, pas des medersa, vous suivez ?) sont des oeuvres remarquables. Malheureusement, il en est des monuments comme des routes du centre de la Turquie, ils sont en rénovation. Un chantier, théoriquement interdit, dissimule sous des échafaudages, le plus beau des deux mais on nous autorise à y accéder. Des torsades, des entrelacs, des dentelles taillées dans la pierre ornent le portail d’une medrese, aujourd’hui disparue, entre deux élégants minarets, partiellement revêtus de briques vernissées. En face une autre medrese, Muzafer Bürüciye, est également pourvue d’un beau portail ouvragé, l’intérieur est transformé en café, on peut y fumer un narguilé ou simplement boire un thé, servi dans ces verres renflés, caractéristiques de la Turquie. Nous nous rendons dans un autre cybercafé. Même problème ! Je finis par comprendre qu’il y a confusion entre notre i et le ı turc sans point, plus de problème ensuite… Nous marchons jusqu’à la Gök medrese, elle aussi en grands travaux de restauration qui promettent de la remettre quasiment à neuf !  Là aussi, superbe portail sculpté et utilisation de différentes pierres pour composer un remarquable décor, entre deux très beaux minarets en partie couverts de tuiles vernissées bleues qui font transition avec ceux d’Iran. Nous revenons vers  la voiture. Nous laissons passer un orage, allons acheter des fruits et du pasterma, sorte de viande des Grisons, roulée dans le paprika. Marie m’attend à la voiture pendant que je vais changer des dollars puis nous quittons la ville, sans y avoir trouver de Tourist information ni de camping. Nous roulons une quarantaine de kilomètres en essuyant encore un orage qui avive les nuances des teintes des champs de blé dorés. Nous cherchons un caravansérail, il a disparu, nous nous arrêtons pour la nuit sous les murs d’un hôtel, à l’écart de la route. Nous consacrons la soirée à mettre à jour ce texte en buvant un rakı.

 

Mardi 14 juillet : Pas très bien dormi, brûlures d’estomac, joueurs de foot à une heure du matin et réveil à l’aurore par le haut-parleur de la mosquée qui nous hurle dans les oreilles que « Dieu est grand », mais il doit être sourd ! Nous repartons sous un ciel gris, il pleut, il tonne. Les aires d’autoroute ont toutes bien entendu une station-service, souvent un  restoroute, associé à une mosquée, comme en Iran. Je ne me souvenais pas en avoir vu avant. La route est toujours aussi variée, passages corrects et autres tronçons en travaux et ce, jusqu’à Ankara. Nous y sommes en début d’après-midi. Peu sûrs d’y trouver un camping, nous décidons de continuer en direction d’Istanbul et de nous arrêter dès qu’un panneau en signalera un. Après le contournement d’Ankara, nous hésitons à prendre ou non l’autoroute… Nous nous engageons sur l’autoroute, superbe et peu fréquentée. Pas un seul panneau de camping ! Nous sortons à Bolu, des informations anciennes en signalaient un près du lac de barrage. Nous y parvenons et nous nous installons sur les berges du lac mais pas l’ombre d’un camping ! Il fait assez froid pour que notre cassoulet en conserve paraisse de saison.

 

Mercredi 15 juillet : Nous sommes réveillés une première fois par des fêtards qui se garent devant nous et mettent leur musique en marche. Un coup de gueule les fait déguerpir… A trois heures du matin, une seconde voiture, musique orientale au maximum et danseuses qui se trémoussent dans la lumière des phares, nous tire du sommeil. Nouveau coup de gueule et à mon grand étonnement suivi d’effet ! Nous ne sommes plus dérangés de la nuit. Au matin, le lac est perdu dans le brouillard et il continue de pleuvoir. Nous reprenons l’autoroute sous un temps exécrable, pluie, brouillard, qui nous inquiète pour Istanbul. A partir d’Izmit, la circulation devient intense, rapide, nerveuse, turque ! Nous longeons la mer de Marmara où nous apercevons de nombreux cargos. Toutes les collines sont maintenant couvertes d’immeubles récents, pas tous dessinés par des Premiers Prix de Rome… A l’approche d’Istanbul, nous essayons de ne pas nous perdre. Un premier pont nous fait passer en Europe en franchissant le Bosphore. Ensuite nous cafouillons, nous empruntons, en payant très cher une carte d’abonnement, un second pont que nous croyons sur la Corne d’Or mais qui nous a fait repasser en Asie ! Nous refaisons tout un circuit pour revenir de nouveau en Europe par le premier pont puis nous nous perdons, devons demander le chemin pour rejoindre les environs de l’aéroport où nous pensons  trouver un camping. Quand nous y parvenons c’est pour découvrir une étroite bande de gazon artificiel, collée à une piste de karting ! Il est hors de question de nous y installer, le bruit est infernal. Nous déjeunons au restaurant du camping-karting, pide et köfte que le patron envoie chercher ailleurs… Nous hésitons à repartir et décidons de tenter de trouver un parking près des mosquées. Nous nous lançons dans le trafic en essayant de suivre les indications de noms de quartier. Ce qui ne va pas sans quiproquo, le quartier de Topkapı n’a rien à voir avec le musée du même nom… Enfin, au bord de la crise de nerfs, nous approchons de la mosquée Sultanahmet et nous trouvons un parking, juste derrière. Un dernier orage et nous partons nous promener. Je ne reconnais plus rien ! Les espaces entre les deux mosquées ont été réaménagés avec jardins, jets d’eau, la circulation est détournée, des tramways modernes ont remplacé les antiques voitures américaines. Finies les gargotes et les échoppes, ce ne sont plus que restaurants à touristes et élégantes boutiques de tapis. J’avais oublié la dimension de la Mosquée Bleue, elle me paraît plus grande que dans le passé. Une foule très cosmopolite s’y presse, Arabes du Golfe voilées jusqu’aux yeux, Européennes en short, Russes un peu trop tape-à-l’oeil, Turques avec foulard et imperméable boutonné pour affronter les grand froids. On parle toutes les langues et deviner notre nationalité devient un casse-tête pour les candidats guides. Nous ne pouvons visiter Sultanahmet car c’est l’heure de la prière. Nous nous rendons à Sainte-Sophie, sa masse plus rouge est moins élégante extérieurement. Nous hésitons à y retourner et finissons par nous décider. L’entrée est chère, vingt livres turques, le prix est le même pour tous. Nous commençons par la galerie à laquelle nous accédons par une longue rampe. De là nous avons une vue sur tout l’intérieur de l’ancienne église, ses piliers massifs, ses fines colonnes aux chapiteaux très ouvragés et les cartouches calligraphiés aux noms d’Allah et Mahomet. Il y reste quelques belles mosaïques : Christ en majesté, Vierge, Empereurs et Impératrices représentés avec leurs tiares et leurs bijoux. L’art de la mosaïque atteint là des sommets. Nous détaillons ensuite les trésors de la nef, superbes carreaux de faïence d’Iznik, marbre et porphyre sur les murs, proportions admirables des voûtes et demi-voûtes sphériques qui semblent s’assembler parfaitement. Une dernière mosaïque et nous revoilà dehors. Nous trouvons Le Monde, sans doute venu par porteur spécial… Nous retournons à la Mosquée Bleue, nous pouvons y entrer en nous déchaussant et Marie en se couvrant la tête. J’y retrouve ces tapis sur lesquels j’aimais faire une petite sieste, toujours appréciés des visiteurs. Un gigantesque lustre circulaire continue de diffuser un éclairage parcimonieux mais suffisant pour admirer, là aussi, les proportions des voûtes qui reposent sur quatre énormes piliers. Le soleil semble revenu, espérons que cela se confirmera demain. Nous attendons l’heure de dîner et cherchons un restaurant. Ils s’alignent tous dans l’avenue Divan Yolu et dans une ruelle derrière ; on se croirait à la Huchette. Même chose pour les prix ! Nous nous décidons pour l’un d’eux, séduits par des demis de bière sympathiques. Si le döner est correct, les köfte sont infâmes ! Retour au camion en profitant de l’illumination des deux mosquées et d’un spectacle de derviche tourneur dans un café en plein air où les locaux viennent boire un thé, fumer un narguilé et jouer au tric trac.

 

Jeudi 16 juillet : Encore quelques gouttes de pluie au matin mais ce seront les dernières. Nous nous dirigeons vers le palais de Topkapı, nous ne sommes pas les seuls mais l’affluence est encore acceptable, plus tard ce sera la cohue. Nous franchissons un premier portail pour entrer dans la cour des janissaires puis un second pour accéder aux choses sérieuses. Je retrouve cet ensemble de pavillons disséminés dans des jardins que je me plais à imaginer arpentés par des Turcs en caftan et volumineux turban. C’est ici qu’il faudrait donner « L’enlèvement au sérail » ou « L’Italienne à Alger ». Des salles renferment les trésors amassés par les sultans, bijoux faramineux, couverts d’émeraudes, de diamants, de rubis et notamment le fameux poignard du film de Jules Dassin. D’une terrasse, nous avons une vue sur le Bosphore légèrement perdu dans la brume, sous un ciel encore terne. Dans la dernière cour, à la pointe de la Corne d’Or, plusieurs petits pavillons, coiffés de larges toits en forme de dômes aplatis, sont décorés de superbes faïences d’Iznik, à motifs floraux, dans des tons bleus ou verts pâles.. Des salles sont dédiées aux reliques du Prophète, une empreinte de son pied, taille 54 au moins, est vénérée par les musulmans, en particulier les Arabes du Golfe qui ne peuvent s’en détacher. On y trouve des objets qui auraient appartenu à des prophètes de second ordre et l’authentique bâton de Moïse ! La vénération frise ici le ridicule… Et puis c’est le Harem et les appartements privés du Sultan. On atteint là un summum et je retrouve mon émerveillement de jeune Français, ébloui, qui découvrait à vingt ans les chefs-d’œuvre d’une autre civilisation. Je comprends pourquoi j’ai toujours classé Istanbul avec Isfahan parmi les plus belles villes du Monde. Voilà une suite de pièces toutes décorées avec un goût exquis : faïences d’Iznik, niches colorées, portes de bois peintes, plafonds somptueux, calligraphies élégantes. Rien de ce que nous avons vu au cours de ce voyage n’atteignait une telle perfection. Nous décidons de déjeuner au restaurant du palais, la cuisine est correcte mais j’en avais gardé un meilleur souvenir, les bières par contre sont hors de prix ! Marie est fatiguée, nous envisageons de prendre un taxi pour nous rendre à la mosquée Sülemaniye. Les prix demandés sont de la plus haute fantaisie, l’un d’eux les justifie en parlant de douze kilomètres pour s’y rendre, il n’y en a pas deux ! Et j’apprends ensuite à l’Office du tourisme que la mosquée est fermée pour restauration ! Nous trouvons un cybercafé avec un message de Julie qui nous détaille son programme chargé au Zimbabwe et un de Jean-François Picaut qui nous détaille les circonstances du décès de François Benoit-Marand. Nous n’avons pas très envie de traîner dans le Bazar, probablement envahi de touristes et décidons de repartir maintenant. Je vais faire quelques courses dans un supermarché puis nous retournons à la voiture. Nous sortons d’Istanbul par le bord de mer, des dizaines de cargos sont ancrés au large, peut être dans l’attente de passer les détroits. Nous retrouvons l’autoroute et filons en direction d’Edirne. Nous la quittons pour suivre le littoral à la recherche d’un camping. C’est une succession de villégiatures regroupées et barricadées en bord de mer. Nous visitons deux campings plutôt minables et ne voyons pas de raison d’y passer la nuit puisque aucun d’eux ne propose de plats de poisson dont nous avons envie. Toutes les publicités concernent des köftesi salonu, à croire qu’il n’existe pas d’autres plats ! Nous atteignons ainsi Tekirdağ. Nous nous garons sur un grand parking du port, à côté de sympathiques cafés en bord de mer. La promenade semble sortie d’un film italien des années cinquante avec ses marchands de graines de pastèques en blouse blanche et ses consommateurs attablés devant un thé ou un café pendant des heures. Nous dînons de plats de fruits de mer et poisson : crevettes, calamars et poisson grillé, tout ce dont nous rêvions depuis quelque temps. Nous allons prendre un thé pour profiter de la fraîcheur marine puis regagnons le camion en craignant les bruits du voisinage…

 

Vendredi 17 juillet : Difficile de dormir. Il a fait chaud, la musique a duré tard et ensuite ce sont des passants qui ont élu domicile derrière notre camion, discutant à haute voix. Quand je me décide à nous déplacer, je comprends qu’il s’agit de pêcheurs qui n’auraient pas bougé avant des heures… Nous ne nous endormons qu’au petit matin et nous ne sommes pas très vaillants quand il faut se lever. Nous repartons à l’intérieur des terres, au milieu des champs de tournesols, jusqu’à la frontière très rapidement passée, surtout côté grec. L’autoroute est excellente mais ne comporte pas d’aires de service, il faut en sortir pour reprendre du gasoil et rapidement déjeuner à l’ombre trop chiche d’un arbre. Dans l’après-midi j’ai tendance à somnoler et malgré un arrêt, je me fais peur en doublant un camion ! Nous entrons dans Salonique sans trop savoir où nous diriger. Larges avenues parallèles au bord de mer et circulation pas trop dense. Nous n’avons pas de plan ni de guide. Aucune indication d’un Office du tourisme ni de camping. Nous décidons de nous rendre à l’aéroport où je finis par trouver un bureau de renseignements touristiques qui m’indique un camping à une quinzaine de kilomètres. Nous nous y rendons et nous nous installons sur un terrain surtout occupé par des Grecs en bungalows et quelques touristes installés pour des semaines. Aussitôt installés, Marie reste au camion et je vais me baigner à la plage, de l’autre côté de la piste qui la sépare du camping. L’eau est bonne, la plage de sable dissimule quelques cailloux mais peu importe, il y avait si longtemps que j’en avais envie ! Marie a préparé le linge à laver, la dernière fournée… Nous allons dîner au restaurant en terrasse du camping. Nous commençons par un ouzo, loin de valoir un vrai pastis mais très supérieur au rakı, plus raide en alcool. Nous enchaînons avec des moules frites, du filet de perche fumé, des tentacules de calamar grillées en vinaigrette, surprenant mais tendre, puis des rougets frits, dommage un tel poisson mérite mieux. Une bouteille de retsina pour faire couleur locale arrose le tout. Promenade au bord de mer avant de regagner notre home. Je tape ces lignes sur la table, à l’extérieur.

 

Samedi 18 juillet : Gengis Khan et Tamerlan ne sont que de pâles empaleurs à côté de moi ! Jamais ils n’ont imaginé les supplices que mon cerveau fatigué concocte à l’égard des disk-jockeys et autres champions des décibels. De nouveau cette nuit, j’ai voué aux gémonies ceux qui, dans le club de l’autre côté de la piste, ont animé la soirée, ou plutôt la nuit, jusqu’à deux heures du matin. Impossible de fermer l’œil et la chaleur n’arrange rien. Je vais prendre une douche à une heure du matin qui me fait le plus grand bien. Nous dormons jusqu’à l’arrivée de vacanciers à sept heures et demie, manœuvres pour garer la voiture, portes qui claquent, ils nous gâchent le réveil… Nous prenons notre temps, je profite des installations du camping pour vidanger les toilettes et refaire le plein des réservoirs d’eau. Nous allons dans Salonique, nous pourrions être à Nice, mêmes immeubles avec de grands balcons le long d’avenues rectilignes, nous trouvons le port et parvenons à nous garer près d’une agence de voyage. Nous réservons le passage sur le ferry pour Ancône, en open deck, pour demain soir, à un tarif de basse saison ! Nous prévenons Nicole et madame de Lespinois par sms. Nous allons ensuite dans le centre, près de l’agora romaine. Nous y voyons aussi les restes du théâtre mais il fait une telle chaleur que nous n’avons pas très envie de les arpenter en plein soleil. L’église Agios Dimitrios est ouverte, nous jetons un œil distrait et fatigué sur quelques fresques tout aussi fatiguées et des traces de mosaïques.  Nous cherchons un restaurant, en trouvons un, avec une marquise et du personnel débonnaire, qui me fait penser à d’autres connus en Tunisie ou au Maroc, la Méditerranée sans doute ! Cuisine très quelconque mais bon marché. Marie n’a plus très envie de marcher sous le soleil… Nous allons tout de même approcher deux ou trois charmantes églises byzantines, déjà à demi enterrées et de plus dominées par de si hauts immeubles qu’elles en deviennent invisibles. Elles sont toutes fermées, nous renonçons à en voir d’autres et revenons au camion. Nous nous arrêtons dans un supermarché pour refaire des provisions d’eau et de bière principalement. Nous sortons de la ville et prenons l’autoroute en direction d’Igoumenitsa. Pour une raison inexpliquée, il est barré avant Véria puis reprend après. Nous montons dans les montagnes, il n’y fait guère moins chaud. Pas de stations-service sur l’autoroute, nous ne savons où trouver un camping pour la nuit. Nous sortons à Siátista et garons la voiture sur un parking, à l’entrée du village en espérant ne pas être dérangés…

 

Dimanche 19 juillet : Bonne nuit, calme, pas de voitures, de mobylettes, juste au réveil le bourdonnement des abeilles venues se régaler des frondaisons qui nous abritent. Nous reprenons l’autoroute, traversée de nombreux et longs tunnels dans la zone montagneuse que nous ne pouvons qu’apercevoir entre deux galeries. Nous sommes peu avant midi à Igoumenitsa. Nous nous garons le long du bord de mer, à l’ombre. Un vent venu de la mer nous rafraîchit. Je vais acheter Le Monde et réalise qu’aujourd’hui tous les commerces sont fermés. Nous déjeunons au camion puis entamons une longue après-midi de sieste, repos et lecture. Nous allons faire une rapide promenade, pas de commerces de souvenirs, il ne semble pas qu’Igoumenitsa vive du tourisme, peu d’indications sont en caractères latins. Le soleil a tourné, je déplace la voiture puis nous allons dîner dans une gargote de la rue piétonne, face à un café encore « typique » : de vieux messieurs jouent aux dominos devant une tasse de café. Repas classiquement grec avec salade de poulpe, feta, souvlaki, calamars, et une dernière bouteille de retsina, décidemment pas à mon goût. Nous allons au port attendre l’embarquement. Peu de véhicules attendent avec nous, quelques camping-cars, surtout italiens. Le ferry est à l’heure. Je suis étonné par la rapidité de la manœuvre d’embarquement, un carrousel de camions, voitures et camping-cars qui accèdent par des rampes parallèles aux différents ponts. En une demi-heure tout le monde est à bord. Nous sommes garés le long du bastingage, branché sur une prise électrique. Je vais rapidement explorer les salons puis nous nous couchons en fermant presque toutes les ouvertures, à cause de l’éclairage et du vent.

 

Lundi 20 juillet : Nous voguons au large des côtes italiennes, le vent du large nous dispense de transpirer. Nous occupons la matinée à relire ce texte puis nous faisons le tour des salons, presque déserts, passons sur le pont-bronzoir avec sa piscine de poche. Marie tergiverse avant de se décider à acheter un parfum à la boutique. Nous déjeunons dans le camion, juste à temps pour l’arrivée en vue d’Ancône. Les opérations d’accostage sont plus longues que je ne le souhaiterais et nous ne débarquons sur le sol de la péninsule qu’à deux heures et demie. La traversée de la ville est particulièrement lente, pas de liaison autoroutière rapide avec le port. De plus la bretelle d’accès à l’autoroute est fermée. Nous devons aller faire un demi-tour et revenir en prendre une en sens inverse. Nous pouvons alors nous lancer dans la remontée vers la frontière française. La circulation est intense, dangereuse. Le contournement de Bologne se fait au ralenti. Nous passons Modena puis Parme et enfin descendons sur la Méditerranée. C’est ensuite la longue série des tunnels, Marie s’amuse à les compter, presque cent cinquante jusqu’à Nice. Nous sommes en France à la nuit tombée et roulons jusqu’à Antibes où nous arrivons à temps pour dîner au Courte-Paille. Un repas bien français : pavé de rumsteck, frites et beaujolais ! Route de nuit, plus calme jusqu’à Toulon. Nous y sommes à une heure du matin, nous pouvons nous garer devant le garage. Réglisse se sauve…

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