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24 novembre 2012 6 24 /11 /novembre /2012 16:34

Dimanche 11 novembre : Brûlures d’estomac dans la nuit, trop d’ouzo ? Nous repartons après avoir glissé un billet au gardien. La route est bonne à condition de se méfier des éventuels animaux. Nous abandonnons la route principale pour une secondaire qui traverse la campagne, au milieu des champs de céréales. Les gens sont habillés selon le costume traditionnel éthiopien, un shamma, sorte de toge blanche portée indifféremment par les hommes et les femmes. La route est moins bonne mais tranquille, peu de véhicules et guère 413-TIYA-Steles.JPGde troupeaux. Nous arrêtons à Tiya pour aller voir un champ de stèles, des pierres dressées gravées de glaives, de symboles qui pourraient être aussi des visages, elles n’ont que six ou sept cents ans. Nous continuons en direction d’Addis Abeba. Une vingtaine de kilomètres avant, je laisse Jean-Pierre passer en tête pour nous guider avec son ordinateur. L’entrée dans la banlieue est, comme nous l’avions prévu, difficile. Le trafic anarchique ne facilite pas la progression. Jean-Pierre se perd, revient sur ses pas et finit par embarquer un passant pour nous montrer où se trouve Holland House, le campement du centre-ville. Le terrain n’est pas agréable, entre des véhicules déjà stationnés et des cordes à linge mais le restaurant est confortable même si la carte est très restreinte. Nous déjeunons avec des bières pression et restons tout l’après-midi à table, à lire et répondre au courrier en utilisant un ordinateur prêté par le patron. Nous réfléchissons à la poursuite du voyage en Ethiopie. Jean-Pierre veut ensuite passer par Harar, ce n’est pas notre projet, nous allons sans doute nous séparer. Nous relisons le blog sans réussir à le mettre en ligne. Il fait de plus en plus frais et un gilet est indispensable pour dîner, sans avoir changé de table. Les plats sont copieux et relativement originaux. Retour au camion pour la nuit.

 

Lundi 12 novembre : Il a fait froid cette nuit même toutes les ouvertures fermées. L’eau de la douche est glaciale, Marie et moi nous nous lavons au camion, sans eau chaude. Nous petit déjeunons puis nous allons à la recherche d’un taxi pour nous rendre à l’ambassade de Djibouti. Nous marchandons un taxi qui nous y dépose. Là, on nous demande des photos d’identité (j’en ai mais pas Jean-Pierre) et des photocopies des carnets de passage en douane ! Jean-Pierre et moi devons reprendre un taxi pour retourner aux camions. La circulation démentielle est un jeu pour amateurs de stock cars… Curieuse ville où le modernisme, du moins dans ses manifestations architecturales (échangeurs, immeubles de verre et de béton) se mêle à des constructions qui semblent à l’abandon, voire à de véritables bidonvilles. De retour à l’ambassade, les photos d’identité de Jean-Pierre ne conviennent pas car sur fond bleu… Il doit partir chercher un photographe et par la même occasion faire des photocopies des carnets… Nous l’attendons, longtemps, je vais le guetter, il revient au pas de course. Nous avons presque tous les papiers, l’employée nous fait les photocopies qui manquaient et nous réclame 120 US $ par personne ! Les visas seront prêts dans l’après-midi. Nous cherchons sans trouver un restaurant dans les parages. Je propose que Jean-Pierre et Marie se rendent au Musée National où je les rejoindrai après avoir récupéré les passeports. Je marche dans une avenue en travaux jusqu’à trouver un restaurant où je déjeune d’un burger puis je trouve un cybercafé où je peux mettre le blog à jour, écrire à l’ami de Joseph à Djibouti et répondre aux amis. Je retourne ensuite à l’ambassade où je dois attendre l’heure d’ouverture pour récupérer les passeports, nos visas ne sont valables que jusqu’au 12 décembre, nous devrons les prolonger… Je prends un taxi qui me dépose au National Museum. J’y retrouve Marie et Jean-Pierre. Le musée est pauvre, les objets dans les vitrines manquent d’explications, des œuvres modernes, peintures ou sculptures, sont exposées à côté de pièces anciennes. Le clou en est le squelette de Lucy (quelques os), notre ancêtre de 3,2 millions d’année ! Nous reprenons un taxi pour nous rendre à une boutique d’antiquaire. Une caverne d’Ali Baba, des objets plus ou moins anciens s’entassent dans des pièces. Dans la dernière sont cachés les bijoux et les peintures sur parchemin. On nous déballe une incroyable quantité de croix en argent, nous en sélectionnons trois, Marie repère un beau collier avec des pendentifs également en argent. Commencent alors de délicates négociations… Elles se poursuivent alors que nous avons quitté la boutique devant un thé à la cardamone et finissent par un lacher de billets, plus important que prévu mais nous n’avons pas discuté assez longtemps, Marie et Jean-Pierre sont trop pressés de conclure… Nous repartons en taxi, je me fais déposer devant un supermarché pour savoir ce que nous pouvons en espérer puis je rentre à pied en descendant l’avenue Churchill, la grande artère, pas très attrayante, avec des traces d’immeubles mussoliniens. Je retrouve Marie au camion, un mécanicien est venu démonter le pare-choc pour le redresser et ne l’a pas encore remonté. Nous allons nous installer au restaurant, discuter avec un sympathique Australien puis établir un itinéraire daté et nous apercevoir que nous allons encore manquer de jours ! Nous dînons au restaurant après une longue attente due à la préparation avec des produits frais, dixit la serveuse...

 

Mardi 13 novembre : Encore une nuit fraîchemais nous sommes à 2400 mètres d’altitude, sans doute la capitale d’Afrique la plus élevée ! Jean-Pierre a des inquiétudes pour son moteur, des traces d’huile au pot d’échappement, et ne trouve pas de taxi pour aller chez Land Rover. Dès que je suis prêt, je vais à pied au service de l’immigration pour me renseigner sur la validité de notre visa. Des centaines de personnes font la queue devant, autour, à l’extérieur du bâtiment pour je ne sais quelle raison. Je dois aussi patienter au service des étrangers et me plier à un jeu de chaises musicales au fur et à mesure que les personnes qui me précèdent avancent vers la personne responsable. Je suis finalement rassuré sur notre temps de séjour en Ethiopie, le visa est valable jusqu’à Noël ! Je rentre au campement, Jean-Pierre reste à sa voiture à attendre le mécanicien qui a redressé nos pare-chocs. Nous partons Marie et moi, après avoir négocié un taxi pour le Merkato supposé être le plus grand marché d’Afrique mais nous sommes vite déçus. Il ne s’agit pas d’un immense marché en plein air mais d’un ensemble de constructions en pleine expansion qui rassemble des commerces de toute sorte. Une foule s’y presse, des files d’ânes déversent des marchandises, des camionnettes osent s’aventurer dans des allées trop étroites pour elles, les minibus et les taxis continuent leur petit jeu du « C’est moi qui passe avant ». Nous nous laissons guider par un homme qui nous entraîne dans sa boutique de vêtements traditionnels qui ne nous intéressent pas puis nous découvrons la ruelle des épices, surtout de l’encens, de la cardamone et diverses écorces, des herbes aux vertus inconnues, rien de coloré ou de flatteur pour l’œil. Nous nous engageons dans les allées couvertes, étroites et pièges à chevilles, où l’on vend aussi des épices et des articles de cuisine avant de revenir vers les échoppes dévolues aux « souvenirs ». Nous trouvons de belles choses mais à des prix bien trop élevés et que des horreurs chez les marchands de souvenirs dans la rue. Nous devons batailler avec les chauffeurs de taxi pour en trouver un moins voleur que les autres. Il nous dépose à l’entrée de l’Université. Nous déjeunons dans un snack en plein air fréquenté par les étudiants. Nous traversons les jardins du campus jusqu’à l’ancien palais du Négus devenu Musée ethnologique. Dans les anciennes salles mal éclairées sont proposées deux expositions. L’une présente, bonne idée, les différents cycles de la vie à travers les traditions d’une ethnie, photos, quelques objets et beaucoup de texte. Nous pouvons ensuite visiter quelques pièces des appartements d’Hailé Sélassié, sa chambre, ses toilettes mais interdiction de s’asseoir sur le « trône » ! A l’étage supérieur, une très belle collection d’icônes et de croix de procession est présentée avec des panneaux explicatifs mais l’éclairage est déplorable, un bon nombre des icônes sont dans le noir complet ou rendues invisibles par les reflets dans les vitrines ou les contre-jours avec l’extérieur. Nous retournons au camion, toujours en taxi, retrouver le pare-choc remonté, le linge lavé et séché. Je refais les pleins d’eau puis nous allons à la salle du restaurant retrouver Jean-Pierre rassuré pour sa voiture et toujours prêt à partir demain pour Harar. Nous dînons ensemble. Le patron vient nous raconter son bref et coûteux voyage de noces à Paris et nous offre une bière.

 

Mercredi 14 novembre : A six heures Jean-Pierre frappe au carreau pour nous dire au-revoir. Nous avions baissé le toit cette nuit pour avoir moins froid. Nous nous mettons en route à notre tour à huit heures après avoir dit au-revoir à Wym, le patron. Première halte pour le petit supermarché de l’avenue Churchill. La viande y est débitée n’importe comment mais elle a le mérite d’exister et nous reprenons des provisions. Je trouve de la bière dans un bar et vais tirer à un ATM des birr. Nous nous lançons ensuite dans la traversée de la ville et, sans nous tromper ni nous perdre, nous prenons la route de Bahir Dar. 555-GONDAR-Sur-la-route.JPGElle franchit dès la sortie d’Addis Abeba un col d’où nous avons une vue sur toute la capitale. Nous roulons ensuite dans une campagne qui pourrait être française n’étaient les cases à toits de chaume qui sont de plus en plus remplacés par des tôles. Des champs de taille réduite, entre des rangées d’eucalyptus, couvrent tout le plateau vallonné et forment une composition abstraite, tachiste, en vert et jaune. Des cavaliers passent, montés sur de petits chevaux aux beaux harnachements à pompons rouges. La route est bonne, le trafic peu dense et nous parvenons avant midi à la grande tranchée creusée par le lit du Nil Bleu. Il coule entre les falaises abruptes vers 418-NIL-BLEU-Vue.JPGlesquelles s’inclinent les montagnes couvertes de lopins de terre et de cultures en terrasse mais hélas, la brume couvre toute la vue, très étendue. Une longue descente, sur un goudron dégradé qui souffre de distorsions étranges, nous amène au fond des gorges. Avant de les franchir sur un pont moderne, de construction japonaise, nous allons marcher sur l’ancien pont datant de la colonisation italienne. Nous déjeunons à l’ombre, pas dérangés par les curieux avant d’entamer la remontée, moins spectaculaire, sur l’autre rive. La route est ensuite mauvaise, nids de poule, passages de piste jusqu’à Debre Markos où nous avions envisagé de nous arrêter mais il est encore tôt, aussi décidons-nous de continuer. Heureusement l’état du revêtement s’améliore et nous pouvons filer à plus vive allure. La campagne est toujours aussi agréable,424-DEBRE-MARKOS-Champs.JPG avec des couleurs différentes dans les champs, jaune de la luzerne (?), vert plus intense des cultures. Un violent orage accompagné de grêle lave la voiture puis le soleil revient. Les femmes, toujours de corvée d’eau, reviennent du puits, chargées d’une lourde jarre en terre cuite circulaire peu pratique. Je commence à envisager d’aller jusqu’à Bahir Dar ce soir mais je fatigue et à la sortie du dernier bourg avant notre destination, une station-service, à l’écart du village, adossée à la forêt, nous paraît tout indiquée pour y passer la nuit. Les employés ne posent pas de problème et une fois leur légitime curiosité satisfaite, ils nous abandonnent. Je décompresse doucement en tapant ces lignes avant de nous octroyer un ouzo bien mérité.

 

Jeudi 15 novembre : La nuit a été très calme et l’employé de la station ne manque pas venir réclamer un petit cadeau quand nous sommes sur le point de partir. Une heure de route et nous arrivons à Bahir Dar, ville importante en plein développement, la construction est en plein boom ! La cité est coquette, larges avenues avec des terre-pleins fleuris ; le bleu des tuk-tuks et les palmiers lui donnent presque une allure tunisienne. Nous trouvons l’hôtel Ghion où nous pourrons passer la nuit, garés sur le parking ou sur le terrain vague appelé campsite... Nous nous renseignons sur les excursions en bateau pour nous rendre demain à Dek island visiter l’église de Narga Sélassié. Les tarifs sont élevés, nous attendons de voir si un rabatteur nous trouve des compagnons de voyage. Nous repartons et prenons une piste correcte, contrairement à ce qui nous avait été dit à l’hôtel pour nous rendre aux chutes du Nil Bleu. Nous traversons une campagne qui, à aucun moment, ne laisse imaginer que le Nil Bleu y coule. Au bout de trente kilomètres, nous arrivons à l’entrée de la centrale électrique que nous contournons après avoir acquitté diverses taxes. Nous finissons, après 425-BLUE-NILE-FALLS-Pont.JPGquelques demi-tours, par trouver le « parking » d’où l’on descend aux gorges. Nous atteignons le  lit du Nil, dans des gorges qu’enjambe un ancien pont portugais emprunté par des piétons munis d’une ombrelle, des paysannes chargées avec une croix d’argent toute simple et un thaler de Marie-Thérèse en pendentif, des âniers avec leurs troupeaux. Marie ne va pas plus loin, je continue sur un sentier, vite rejoint par un jeune qui a décidé d’être mon guide. Je découvre bientôt les installations de la centrale et du barrage qui a détourné les eaux, ne laissant qu’un trop mince filet pour les cascades qui devraient occuper un très large arc et qui sont réduites à trois chutes dont une encore fournie. Le spectacle en saison des pluies doit être grandiose, un « Iguaçu » en miniature ! Je reviens retrouver Marie, nous remontons à la voiture 433-BLUE-NILE-FALLS-Chutes.JPGet allons nous garer à l’ombre pour déjeuner. Avec mon guide de ce matin, nous repartons dans le village d’où une courte marche nous amène au fleuve que nous traversons sur une barque à moteur. Une promenade d’une demi-heure nous conduit à la chute la plus importante que nous découvrons alors de côté mais avec le soleil de face. Retour au camion, discussion avec le guide insatisfait de son salaire mais il ne saurait en être autrement… Nous nous arrêtons un peu plus loin, en rase campagne, pour boire un jus frais de notre réfrigérateur et sommes aussitôt entourés par des gosses et des adolescents qui ricanent ouvertement et réclament de l’argent ! Retour à Bahir Dar, nous allons voir l’embouchure du Nil au lac Tana depuis un pont sans nous arrêter puis passons devant un vilain monument, d’allure soviétique, aux morts des guerres menées par le régime communiste et continuons jusqu’à un ancien palais de Hailé Sélassié d’où une vue très étendue couvre le Nil, le lac et la ville. Nous revenons en ville, trouvons quelques informations à l’office du tourisme et un cybercafé pour lire les derniers messages. A l’hôtel, on ne nous a pas trouvé de compagnons de voyage et en attendant de nous décider, nous allons prendre un verre sous la paillotte au bord du lac. Le dîner est un grand moment. Nous commandons des plats de poisson et une bouteille de vin blanc, un Chardonnay du lac de Garde ! Le garçon nous apporte la bouteille, température ambiante, nous lui demandons un seau à glace et lui expliquons ce que nous entendons par là. Il nous apporte des glaçons, pas d’eau, nous lui répétons… Un quart d’heure plus tard arrive mon plat, la bouteille n’est toujours pas rafraîchie ni ouverte. Enervé, je vais au camion chercher une bouteille d’eau et un tire-bouchon. Mon plat est excellent, des doigts de tilapia en sauce épicée dite berbere, Marie patiente… Je mange lentement pour l’attendre mais je termine avant qu’elle ne soit servie… Pour la faire patienter on lui apporte une cuillère de riz et quatre frites pas cuites (un comble !). Le vin a eu le temps d’être à la bonne température quand on lui sert des filets de poisson qui ne semblent pas être le plat commandé mais tant pis !

 

Vendredi 16 novembre : Le prêtre de la paroisse a dû prendre option chant au séminaire. Sa voix claire s’élève dans la nuit en une pure vocalise infinie, brusquement interrompue. Je me tends l’oreille pour la retrouver mais je ne surprends que des crissements d’élytres. Il reprend son chant plus tard qui devient vite une longue et pénible litanie bientôt interrompue par l’appel musulman à la prière. Les zélateurs mahométans se sont cotisés pour offrir à leur imam préféré un amplificateur de son performant, on l’entend au moins jusqu’à Medine ! Tous, Musulmans, Chrétiens et abominables athées s’il en est, ne peuvent ignorer qu’Allah est grand. Le chantre poursuit imperturbable de dérouler son interminable et maintenant énervante prière. Marie craque ! Elle voudrait dormir, les autres aussi peut-être mais nul religieux ne le leur a demandé… Nous sommes debout avant six heures pour être prêts à sept. Mais nous sommes les seuls… L’organisateur de l’excursion n’arrive qu’une demi-heure plus tard et les éventuels compagnons de voyage ne sont pas là. Nous décidons de partir seuls en affrétant un bateau à 80 euros. Aussitôt dé440-LAC-TANA-Tankwa.JPGcidé, aussitôt embarqués sur une barque avec un poussif moteur de 15cv. Pas de guide pour nous accompagner bien que promis. Trois heures et demie plus tard, après quelques passages à somnoler, nous accostons à l’île Dek. Nous n’avons rencontré que deux ou trois esquifs de pêcheurs, des petites pirogues en papyrus, identiques à celles gravées sur les tombes égyptiennes, quelques millénaires plus tôt. L’île Dek est débordante de végétation, comme un soufflé, les arbres jaillissent de terre et retomben452-DEK-Moines.JPGt dans les eaux brunes du lac. Un portail monumental s’ouvre sur un escalier de pierres disjointes qui, en quelques marches, conduit à l’église du monastère, une construction circulaire entourée d’un portique de hautes et massives colonnes. Des moines, en shamma blanche, un turban également blanc et un grand bâton en forme de T à la main, nous accueillent aimablement et ne s’offusquent pas de notre intrusion pendant un office mais nous devons tout de même payer notre écot. Déchaussés, nous franchissons d’épaisses portes à double battant et découvrons l’intérieur, un cube appelé maqdas réservé aux prêtres. Les faces de ce cube sont entière468 DEK Chantsment couvertes de fresques sublimes du XVIII° siècle qui ont conservé toute leur fraîcheur grâce à une toiture et à des murs qui les ont préservées de la lumière extérieure. Nous identifions dans les vignettes naïves les scènes connues de l’Ancien et du Nouveau Testament auxquelles s’ajoutent des scènes propres à l’église orthodoxe éthiopienne. Des prêtres sont présents dans le déambulatoire entre le maqdas et le mur circulaire, ils chantent accompagnés par de gros tambours, en agitant des sistres, l’un d’eux tient une grande croix de procession, les autres en ont de plus petites à la main qu’ils présentent à baiser aux rares fidèles présents. Nous ne sommes pas les seuls touristes, un groupe de Français conduits par Luigi Contamessa, l’auteur de notre guide, profite de ses connaissances. Nous les accompagnons au « musée » du monastère, une simple construction en bouse de vache qui renferme des trésors. Un prêtre, après avoir enfilé des gants blancs, nous présente des manuscrits enluminés et deux magnifiques croix de proc454-DEK-Fresques.JPGession plaquées or et argent, gravées sur les deux faces. Nous repartons et revenons vers la péninsule de Zeghé, encore une longue traversée avant de débarquer à nouveau sur une rive couverte d’une belle forêt. Une courte marche nous amène à l’église du monastère de Batra Maryam, identique en forme à celle de Dek mais sans l’ambiance de celle-ci. On nous fait payer le droit de visite, nous ouvre les portes et les referme derrière nous. Nous y retrouvons les mêmes fresques sur les mêmes thèmes mais elles ont été restaurées après une inondation et les coloris trop vifs, parfois violents, manquent de cette patine des ans qui fait toute la valeur d’une œuvre ancienne. A proximité, nous allons voir une aut476-DEK-Croix.JPGre église, celle de Zeghé Ghiorghis mais il n’en reste rien, celle-là a brûlé et est en reconstruction ! Des prêtres et des laïcs, hommes et femmes, sont assis sur le chantier, gobelet en plastique bleu à la main, ils avalent des grains de maïs bouillis qu’ils font passer avec des rasades de bière locale, à base de sorgho et de houblon fermenté. Je suis invité à goûter le nectar local, Marie, traîtresse, s’y refuse. Le verre a sans doute servi à une bonne quinzaine de personnes, il n’a pas été rincé depuis la fondation du monastère et le liquide qu’on y verse, une fois écartés moucherons suicidaires et végétaux égarés, n’a rien de remarquable, pas de mousse, ni même de degré d’alcool perceptible, une vague saveur de fumé. Le prêtre nous accompagne au musée, une case gardée par des hommes en arme et où on nous présente des livres enluminés, des croix de procession et autres robes sacerdotales décorées de bijoux en argent. Nous revenons au bateau487--ZEGHE-GHIORGHIS-Moines.JPG pour une courte traversée jusqu’à un autre appontement de la péninsule. De là, alors qu’il commence à se faire tard, nous nous lançons sur un sentier au milieu des caféiers et des citronniers qui monte au sommet d’une colline. Pas de difficultés pour trouver notre chemin, il suffit de suivre le sentier jalonné d’échoppes de marchands de souvenirs. Nous atteignons le monastère de Uhra Kidane Merhet. Portail franchi, nous sommes dans un espace où se dressent divers bâtiments dont un futur vilain musée en béton. Mais nous som497-UHRA-KIDANE-MERHET-Fresques.JPGmes ici pour les fresques de l’église, presque aussi belles qu’à Dek. On nous presse, les moines veulent refermer les lourdes portes. Nous avons tout de même le temps d’admirer de sublimes peintures du XVI° siècle, cachées derrière de lourds volets de bois puis de jeter un œil à la collection de tiares et de croix de procession. Nous regagnons notre barque et rentrons de nuit à Bahir Dar. Nous retrouvons avec plaisir notre camion. Je règle la note en faisant remarquer que le guide attendu n’était pas là puis nous dînons de pommes de terre sautées avec les steaks guère tendres d’Addis Abeba. Je vais écrire sous la paillotte, entouré d’anglo-saxons à l’ivresse bruyante.

 

Samedi 17 novembre : Nous nous réveillons plus tard. On nous prête une clé d’une chambre qui vient d’être libérée pour nous doucher. Les chambres sont dans le même état que la réception, en pleine déconfiture ! Nous prenons la route du 554-GONDAR-Sur-la-route.JPGnord, dans la campagne, toujours avec des files de paysans qui cheminent vers le plus proche marché. Des familles entières avec l’âne qui porte des ballots de marchandises. Les hommes ont relevé leur shamma à la ceinture, les femmes ont la chevelure tressée sur le crâne, en touffe sur la nuque. Des scènes bibliques, des Fuites en Egypte ! Je retrouve la sensation éprouvée la première fois que je suis allé en Syrie. Peut-être que je voyage en Orient pour retrouver mes impressions d’enfance et, si je n’étais jamais allé au catéchisme, voyagerais-je avec autant de plaisir ? La route s’élève, franchit un col et continue dans un superbe paysage de culture en terrasse d’où émergent 499-BAHIR-DAR-Vue.JPGdes pitons rocheux, l’un d’eux est un véritable doigt d’honneur ! Nouveau col avant de retrouver la plaine au nord du lac Tana. Nous bifurquons peu avant Gondar et suivons une piste encombrée d’animaux jusqu’au lac. A Gorgora, nous allons visiter l’église du monastère de Debré Sina, au bord du lac. Elle est extérieurement très belle, ronde comme les précédentes, avec un beau toit conique de chaume, surmonté d’une croix. L’intérieur est une merveille et malgré la mauvaise volonté du moine à ouvrir en grand les battants des portes et les fenêtres, nous sommes éblouis par les fresques, en fait des peintures du XVI° et même pour les parties inférieures du XIV° siècle, sur toiles de coton fixées sur les parois du maqdas et dont les couleurs, à peine passées, sont exceptionnelles, non retouchées. Nombre des saints dont les épisodes de la vie sont racontées nous sont inconnus mais peu importe, c’est leur regard, de grands yeux aux pupilles noires qui nous fixent. David, le roi joue de la lyre, la reine de Saba charme Salomon, des martyrs sont pendus, brûlés, empalés, décapités et les mo514-GORGORA-Debre-Sina-fresque.JPGnstres de l’Enfer ne feraient pas peur à un enfant de six ans ! Nous repartons pour Gondar, la cité impériale que j’avais eu le tort d’imaginer… C’est une ville moderne en pleine expansion elle aussi, bâtie sur des collines, si étendue que nous peinons à en trouver le centre. Nous nous rendons au Goha Hôtel que l’on nous avait indiqué comme susceptible de nous accueillir ce qui est le cas mais à un tarif bien élevé pour un simple droit de parking. Il est fort bien situé sur un promontoire qui domine la ville. Nous préférons chercher un autre hôtel le Terara, en plein centre, à deux pas des palais. Dans une autre catégorie ! Admirablement situé mais dans un état de décomposition très avancée, nous n’osons imaginer, après avoir aperçu les toilettes communes, ce que sont les chambres. Nous en repartons pour aller visiter l’église Debré Berhan. Elle est sur une colline, derrière une enceinte flanquée de douze tours rondes (les douze apôtres) et d’une treizième (le Christ)531-GONDAR-Debre-Berhan-plafond.JPG plus importante. De plan carré et non plus rond, avec un toit de chaume en saillie, elle est intérieurement couverte de fresques trop sombres et placées en hauteur pour être facilement appréciée, son plafond peint de chérubins qui regardent dans toutes les directions est une merveille ! L’entrée en est interdite aux femmes qui ont leurs règles et à ceux qui ont fait l’amour récemment ! Retour à l’hôtel, nous nous installons dans le jardin pour prendre un pot. Je vais à pied explorer les environs, l’enceinte des palais est toute proche mais l’entrée est plus éloignée. Nous ne savons trop où dîner, je n’ai pas envie de reprendre la voiture et la salle du restaurant est par trop déprimante sans compter une carte réduite à des spaghettis ou à un unique plat de viande d’agneau avec de l’injera qui ne nous tente guère. Nous finissons par dîner de saucisses et de riz au camion !

 

Dimanche 18 novembre : Dès la fin de la nuit, un chant (?), un récitatif (?) s’élève. D’autres voies s’y joignent au point du jour, peu harmonieuses, une impression de chœurs d’ivrognes après un abus de bières locales… C’est dimanche, les églises font le plein de fidèles et refusent du monde ! Je vais repérer un autre hôtel susceptible de nous accueillir pour la seconde nuit, le Terara hôtel étant vraiment trop miteux. Nous nous rendons à la porte 539-GONDAR-Palais.JPGd’entrée de l’enceinte qui enferme les palais et après une courte attente, nous pouvons entrer. Les palais construits aux XVII° et XVIII° siècles, restaurés par les bons soins de l’Unesco se dressent à quelque distance les uns des autres mais celui qui retient l’attention, le plus imposant est aussi le plus ancien, construit pour l’empereur Fasilades, du temps de la splendeur de Gondar. C’est un cube massif agrémenté de tours rondes, de balcons et d’une tour carrée à l’étage. Nous en traversons les salles hautes de plafond du premier étage, vides ; une vague allure arabe avec des arcs qui pourraient provenir de la mosquée de Cordoue mais aussi des étoiles de David et des décors d’inspiration indienne. Nous ne pouvons accéder aux étages, le personnel est réduit à une caissière à l’entrée. Nous déambulons dans le parc, passant des restes d’un bâtiment d'autres, des cages qui renfermaient des lions du temps de Hailé Sélassié, des écuries et des pavillons mais je res542-GONDAR-Palais.JPGte très dubitatif. J’attendais autre chose de ces palais de Gondar dont le nom seul faisait rêver. Nous reprenons la voiture pour nous rendre aux ruines du palais Qousqouam de l’impératrice, sur une colline à deux kilomètres du centre. Dans l’enceinte, toujours flanquée de tours rondes, une église moderne, fermée, puis les restes des pavillons dont le seul intérêt est dans leur décor en tuf volcanique violacé, des croix de Gondar, un éléphant et Samuel monté sur un lion. Nous terminons la visite des monuments par les bains, également à l’écart, un élégant pavillon au milieu d’un bassin de dimensions olympiques, sans eau, et entouré par des murs qui servent de tuteurs aux racines de genévriers géants. Il n’est pas midi et nous décidons de repartir après un rapide passage au mercato. Encore un emprunt aux Italiens malgré leur courte occupation ainsi que le pain, le café macchiato et les 549-GONDAR-Bains.JPGterrasses de café. Nous prenons la route d’Axum, bon goudron, toujours dans une campagne très cultivée, des gens passent, s’en reviennent d’une fête. Des cavaliers à fière allure, des prêtres, croix à la main, s’abritent sous une ombrelle, des hommes, le turban noué en forme de tarbouch, un chevreau dans les bras, cortège de rois mages… Nous atteignons Debark, à l’entrée du parc de Simien, où nous pensions nous arrêter. Le gros bourg est dans le chantier de la nouvelle route et peu agréable, une profusion de toits de tôle rouillés et une animation inattendue. Un premier hôtel où nous aurions pu garer le camion est abandonné pour cause de tarif fluctuant, le second n’a pas beaucoup de place et un troisième pratique une tarification faranji éhontée. Las, nous décidons de continuer. Mais la route goudronnée s’arrêtait au bourg, une piste lui succède. Nous tentons de nous arrêter sur une belle pelouse mais elle fait partie du parc national et il faudrait payer l’entrée, un garde etc pour y passer la nuit. Nous avançons donc… Nous découvrons alors un paysage grandiose en contrebas, de montagnes à l’infini, des pitons surgissent des terres cultivées, des pics déchiquetés au fond de l’horizon. La piste étroite plonge dans une descente vertigineuse en une multitude de lacets qui sont tous561 SIMIEN Vue une nouvelle occasion d’élargir un de ces stupéfiants panoramas dont l’Ethiopie semble avoir la spécialité. Nous dévalons de 2000 mètres avant de remonter, replonger dans cet univers des premiers temps. La piste est en travaux, la moyenne faible et le temps passe. Pas question pour Marie de  camper n’importe où et les gardes armés que nous croisons ne sont pas faits pour nous rassurer. La nuit tombe, je suis furieux de traverser le plus beau paysage d’Ethiopie de nuit mais nous devons rouler jusqu’à Addi Arkay, un gros bourg populeux pour trouver à stationner devant un hôtel tout droit sorti d’un film des années 30 avec une mère maquerelle plus vraie que nature. L’endroit est évidemment bruyant… La foule attirée par le lieu de plaisir devant lequel nous sommes, les apostrophes des buveurs, le son de la télévision, tout concourt à nous empêcher de dormir mais je suis fatigué et Marie a mis des boules Quiès et nous nous endormons…

Lundi 19 novembre : Le bourg s’anime avant le lever du soleil, moi aussi ! Nous quittons notre séjour enchanté, sortons du village et entamons une descente avec devant nous des pitons qui se détachent à contre-jour, deux sont des copies conformes de l’Assekrem ! Nous 566-ADI-AR-KAY-Pitons.JPGnous arrêtons en bordure de piste face à notre Assekrem pour petit-déjeuner et nous réveiller pour de bon. Nous continuons dans la descente avec toujours des vues sur les pics dentelés, les pitons dignes du Sahara, jusqu’au lit d’un large fleuve, avant de remonter sur le plateau, descentes et montées de plusieurs centaines et même milliers de mètres sur une piste en travaux, souvent difficile. J’ai des difficultés à passer les vitesses, je m’arrête, tente de les passer à l’arrêt, rien à faire ! Je dois les engager moteur coupé puis démarrer… Le problème ne se reproduit pas immédiatement. Sur le plateau nous avons le plaisir de retrouver un bon goudron ce qui nous fait espérer parvenir à Axum pour midi. C’était sans compter avec la signalisation des routes éthiopiennes, ou plutôt l’absence de signalisation… Axum paraît plus éloignée que nous ne le pensions et quand nous arrivons à une grande ville, nous découvrons qu’il s’agit d’Adoua, 23 kilomètres après Axum ! Demi-tour, nous avions ignoré un carrefour non signalé et bien secondaire… Nous trouvons à l’entrée de la ville qui, de prime abord, paraît sympathique, l’hôtel Africa avec un jardin accueillant où nous pourrons stationner. Nous y déjeunons, grave erreur, la bière est tiède, la brochette de bœuf trop dure pour mes molaires. Je m’enquiers d’un mécanicien, la difficulté de passer les vitesse s’étant reproduite. Je vois arriver quatre jeunes, le mécanicien, son traducteur et deux acolytes, lunettes noires et cure-dents machouillés… Le mécanicien s’attelle à la tâche, tente de démonter la commande hydraulique de l’embrayage et en règle la course non sans avoir vidé les réservoirs de liquide de frein et d’embrayage qui coulent sur le sol dans le jardin de l’hôtel… Il faut aller en racheter, il prend le volant, les vitesses ne passent pas ! Il renonce, me conseille de changer le disque d’embrayage à Addis Abeba et veut être payé. Discussion, je règle le liquide, ajoute une petite compensation pour le temps passé et nous nous quittons fâchés… Nous décidons de tenter, malgré l’heure, de visiter quelque chose avant la nuit. Nous allons prendre les billets d’entrée, pas chers, pour tous les sites et nous nous rendons au plus éloigné, un palais, le Dongour. Des restes de murs et d’escaliers avec une supposée salle du trône, rien de bien intéressant. De l’autre côté de la route, un champ de stèles, dressées ou couchées, sans inscriptions. Dernier arrêt pour les restes réduits à quatre pierres d’un palais non fouillé. Pas de quoi se réjouir d’être à Axoum… Retour à l’hôtel où je peux enfin me doucher dans une chambre inoccupée, en m’éclairant avec ma lampe car il n’y a pas d’électricité dans la ville et le propriétaire n’est pas pressé de démarrer son groupe électrogène. Comme le reste de la ville et les touristes de l’hôtel, nous allons boire une bière à la terrasse, sur la rue, dans le noir ! Echaudés par le repas de ce midi, nous allons dîner dans un autre hôtel de plus grand standing, le Remhai. Las ! il n’y a pas plus d’électricité qu’au nôtre, pas de générateur pour pallier aux déficiences municipales et les clients dînent aux chandelles… Assis à une table dans le noir, il faut bien du temps au personnel pour s’apercevoir de notre existence et encore plus pour prendre en compte notre commande. Je suis servi en premier, une cuisse de poulet ou plutôt de poussin survivant de la dernière famine, difficile à distinguer des trois frites graisseuses qui l’accompagnent. Marie patiente et est servie quand j’ai fini de racler mon assiette. Son bœuf Strogonov est plus copîeux, presque délicieux. Bon point : la bière est fraîche.

Mardi 20 novembre : Nous pouvons utiliser les douches d’une chambre libre, dont le ménage n’a pas été fait depuis la veille mais la douche est chaude. Je vais changer des euros à la banque puis nous nous rendons à la poste, un bureau si petit et si insignifiant que nous passons devant à trois reprises sans le voir. Les cartes expédiées, nous allons nous 571-AXUM-Obelisque.JPGgarer devant le site des stèles et obélisques. Deux obélisques de grande taille, dont une de retour de Rome, conquête mussolinienne restituée, se dressent fièrement sur le site. Une troisième gît couchée, brisée en quatre morceaux. Elles sont gravées sur plusieurs de leurs faces d'une succession de représentations de portes, de fenêtres, de gros points, et au niveau du sol d'une fausse porte et au sommet d'une demie lune. D’autres stèles de toutes tailles, couchées ou dressées, les entourent. Plusieurs tombes souterraines s’y trouvent également. Ce sont des constructions mégalithiques, pillées dans le passé et dont on ne sait pas grand-chose. Nous terminons par572-AXUM-Obelisque.JPG le musée, toujours aussi peu créatif dans la présentation mais avec quelques objets intéressants ; gobelets de verre, poteries de l’époque axoumite. Une civilisation dont on ne sait pas grand-chose, vue de notre Occident auto-centré. Nous voulons visiter ensuite le complexe de Sainte-Marie de Sion mais l’entrée est chère, quatre fois plus que pour le site des obélisques et Marie, à cause de son sexe ne pourrait pas visiter la seule église intéressante. J’y vais seul. L’église moderne est du plus mauvais goût sulpicien, chromos aux couleurs criardes que les guides des groupes de touristes baisent dévotement. Le musée renferme, dans des armoires trop petites pour les présenter debout, un trésor de superbes croix de  processions dont on ne précise que le poids en or et en argent. Un pavillon abriterait l’Arche d’Alliance dérobée selon la légende par le fils de la reine de Saba et de Salomon et rapportée en Ethiopie. Nul ne l'a jamais vue et nous autres, mécréants, n’avons même pas le droit de fouler les abords du lieu. Enfin je peux pénétrer dans l’église ancienne, haut-lieu du christianisme éthiopien, peu évocateur pour les autres croyants et athées. Je suis surveillé de près tandis que je jette un œil peu passionné à deux fresques difficilement visibles et aux un ou deux tableaux non recouverts d’un tissu pour les dissimuler. Après avoir traversé un cimetière qui sert de toilettes publiques (tant pis pour les défunts sur les gueules de qui les descendants viennent chier ! ), j587-AXUM-Arbatu-Entsessa-Fresque.JPGe trouve une autre église, plus récente que je me fais ouvrir. Elle est couverte de fresques, horribles pour certaines mais d’une fraîcheur naïve pour d’autres, notamment les chérubins du plafond. Nous déjeunons à l’ombre dans le camion, repas à peine troublé par quelques gosses, occasion pour Marie de s’interroger sur notre attitude vis-à-vis de tous ceux qui nous harrassent  à longueur de journée. Nous étufions la liste des églises que nous pourrons visiter sans une trop longue marche d’approche dans les jours suivants puis nous nous rendons au marché, très peu animé, pour acheter tomates, chou et patates. Dans une épicerie du centre-ville, nous trouvons des œufs, du pain et des oranges. Les repas des jours suivants vont être maigres ! Nous partons sur une piste qui grimpe dans les collines qui entourent  Axum. Nous renonçons à atteindre le monastère de Pantalewon, le sentier devenant impraticable, même en 4x4. Nous nous arrêtons dans la descente pour aller voir deux tombes souterraines avec un bel appareil mégalithique et plus loin, une stèle avec, comme la pierre de Rosette, une inscription en grec, en sabéen et en guèze. De la terrasse d’un hôtel de luxe qui surplombe le site des obélisques, nous attendons en prenant un pot, un décevant coucher de soleil. Retour à l’hôtel de la veille où nous reprenons notre place. Un court instant l’électricité revient puis la ville replonge dans le noir. Le guide Lonely Planet indiquait comme meilleur restaurant de la ville celui de l’hôtel Abinet. Nous nous y précipitons. Il est éclairé ! La carte est brève. Nous tentons le poulet. Il n’y en a plus, le mouton non plus, le poisson idem. Reste le bœuf… Les deux escalopes de bœuf panées commandées sont servies dans une assiette à dessert, sans en déborder, et il reste de la place pour une cuillère, rase, de riz, une autre de salade cuite et trois frites qui ne sont que des patates bouillies froides. Le bœuf est absent de l’escalope archi frite !!! Marie ne la mange pas et commande des pates bolognaises. Après une longue attente, on lui sert des pâtes pimentées qu’elle ne peut manger… Décidément la cuisine occidentale en Ethiopie n’est pas une réussite. De retour au camion je prépare une tartine de pain avec du beurre pour Marie…

Mercredi 21 novembre : Nous repartons en direction d’Adigrat, belle et bonne route au milieu des pitons et des montagnes couvertes de cultures en terrasse. A un détour de la route nous découvrons un grand nombre de gens, les hommes alignés derrière une brochette de prêtres en grande tenue chamarrée, tiares sur la tête, protégés du soleil par des598-ADOUA-Funerailles.JPGombrelles, un cheval harnaché est tenu par ses rênes, des parasols de cérémonie sont sortis, les femmes avec chaînes d’or sur le front sont regroupées sur un côté. Nous nous approchons et découvrons devant les prêtres un cercueil ! Les femmes se lamentent, des pleureuses en rajoutent, des groupes d’hommes arrivent en sanglotant bruyamment. On nous fait comprendre que les photos ne sont pas souhaitées et nous non plus. Nous repartons, la voiture continue de poser problème par moments mais nous avançons. Nous arrêtons à Magulat, un village situé sur l’échine d’une montagne, avec une vue fantastique des deux côtés. Sur l’un, le Grand Caῆon, sur l’autre Monument Valley, tous deux avec des montagnes couvertes, en contrebas, de parcelles en culture, des terrasses étagées sur lesquelles nous avons des vues 
622-ADIGRAT-Vue.JPGquasi aériennes. Nous poursuivons en montées et descentes, en enchaînant des lacets serrés jusqu’à atteindre Adigrat que nous contournons. Nous avons atteint le point le plus septentrional de ce voyage et nous virons au sud. Nous quittons la route goudronnée pour une piste en travaux en direction du Gheralta et de ces pitons que nous apercevons. Nous nous arrêtons au village de Hausien, dans un lodge tenu par un Italien. La folie du voyage ! Les chambres sont deux fois plus chères que ce que nous étions prêts à payer mais au diable l’avarice, nous en avons envie tous les deux. Les bungalows sont construits dans le style du pays, en pierres nues, en forme arrondie, pour faire plus « authentique » une meule de foin est posée627-HAWSIEN-Vue.JPG sur le toit plat. Les chambres ont tout le confort dont nous rêvions, les fenêtres donnent sur la plaine en-dessous et les pitons qui se découpent dans le lointain. Nous allons nous installer sous la véranda pour relire mon texte avant de nous faire offrir l’apéritif par le patron. Des Françaises  dont une qui vit à Addis Abeba nous convient à leur table, nous discutons de voyages bien entendu. Le repas se veut local et comme le mercredi est un jour maigre pour les orthodoxes éthiopiens, le repas l’est aussi… Soupe de gnochis, injera avec des légumes en purée épicée puis une salade et une crème, pas vraiment le dîner dont nous rêvions… Mais la chambre est parfaite…


Jeudi 22 novembre : Bonne nuit, un peu fraîche. Le petit déjeuner est nettement plus plantureux que le dîner, nous lui faisons honneur. La piste nous mène droit vers un de ces massifs de grès rouge que nous apercevions ce matin de nos fenêtres, des aiguilles qui se 625-HAWSIEN-Vue.JPGdressent droit dans le ciel. En le contournant puis en se rapprochant sur une piste, nous parvenons à distinguer aux jumelles l’existence d’une église dans une faille entre deux falaises. Un peu plus bas, des touristes sur le sentier qui y conduit semblent peiner. Il est hors de question de nous y aventurer. Nous longeons le massif en essayant de deviner d’autres églises de monastères mais elles sont toutes difficiles d’accès et demanderaient plusieurs heures d’escalade. Les fermes sont très belles, en pierres nues, de forme rectangulaire et arrondie à la fois. Les ânes et les657-WUKRO-Battage.JPG bœufs foulent le grain sur des aires de battage, les foins forment des meules sur le devant des maisons et parfois sur leur toiture. Nous allons voir et donc payer, une église très ancienne, antérieure au christianisme, une crypte et des anfractuosités qui devaient accueillir des sarcophages, encore une visite d’un intérêt très limité, sauf pour des spécialistes… Nous sommes quelque peu déconfits, nous espérions pouvoir visiter plus d’églises sans de longues marches. Celle de Abraha Atsheba est facile d’accès, un escalier de quelques degrés conduit à son porche. Elle est semi-troglodyte et couvertes de belles fresques. Archanges cavaliers colorés et beaux chérubins décorent l’entrée. Des piliers soutiennent les voûtes aux décors géométriques entrelacés. Su
639-ABREHA-ATSBEHA-Fresque.JPGr les parois les scènes habituelles peu visibles dans la demi-obscurité que favorise la mauvaise volonté du prêtre-gardien à ouvrir en grand les portes. Nous nous arrêtons à l’écart de la route pour déjeuner, nous ne sommes pas dérangés par les écoliers qui passent jusqu’à ce que l’un d’eux, plus audacieux, aussitôt suivi par tous les autres, ne s’approche. Les demandes fusent, stylo, livre, birr, argent etc… Aucun n’aurait l’idée de dire bonjour ou autre formule pour établir un dialogue, l’exigence brute ! Nous retrouvons le goudron et revenons en direction du nord sur quelques kilomètres pour prendre une piste jusqu’au pied de la falaise dans laquelle se646-PAUL-et-PIERRE-Monastere.JPG niche l’église Pierre et Paul. Pour y accéder il faut grimper à un escalier de branchages qui fait peur à Marie, elle m’attend au pied. L’église, à peine une chapelle, a quelques rangées de fresques naïves : les apôtres, des saints alignés et une Vierge à l’enfant. Nous tentons d’approcher une autre église, les gosses se précipitent pour nous guider, aller chercher la clé, prêts à n’importe quoi pour gagner quelques birrs. Il faudrait grimper une vingtaine de minutes dans les oliviers pour atteindre l’église mais une Américaine qui en redescend nous prévient qu’elle est fermée. Nous n’insistons pas et repartons en traversant une campagne paisible, occupée aux travaux des champs, les fermes cachées derrière leurs haies de cactus et d’euphorbes rosissent dans le soleil. Un col franchi, nous sommes à Wukro où nous rendons visite à l’église Qirqos, partiellement troglodyte, une vaste salle, des piliers et une décoration géométrique sur les voûtes en bien mauvais état. Nous décidons de rouler jusq652-PAUL-et-PIERRE-Fresques.JPGu’à Mekkelé, le paysage devient très monotone. Une dernière descente et nous atteignons cette grande ville. Un premier hôtel nous refuse le droit de stationner sur son parking, un autre, l’Atsé Johannes, très central, veut bien de nous. Nous ne savons ce que nous allons faire les jours suivants, Jean-Pierre doit arriver après-demain et les vitesses que j’ai de plus en plus de mal à passer vont sans doute nous obliger à trouver un garage compétent (?). Pas rancuniers, nous allons dîner au restaurant de l’hôtel Yordanos qui n’a pas voulu de nous. Ambiance feutrée, serveurs attentionnés et stylés, c’est le rendez-vous de la jeunesse dorée, les filles sont élégantes, maquillées, jolies et le savent. Nous dînons correctement avec de la bière fraîche.


Vendredi 23 novembre : Nous nous réveillons plus tard et quand nous sommes prêts, nous nous rendons à une agence de voyage pour nous renseigner sur une éventuelle excursion au Dallol et au volcan Erta Ale. Il y a un convoi qui partirait demain mais les tarifs sont dissuasifs, 800 $ par personne, 600 $ si nous nous occupons de notre nourriture et approvisionnement en eau ! C’est hors de question pour nous mais j’en avertis Jean-Pierre par SMS. Et je demande si quelqu'un connaît un bon garage pour une Land Rover… Bien sûr que oui… Un des organisateurs propose de nous y conduire. L’atelier en plein air est classiquement un ramassis de débris automobiles, des épaves sont en cours de rajeunissement, des « apprentis » en salopettes crasseuses traînent des pieds. On me ressort la réponse facile : c’est la faute du maître-cylindre. Malgré mes doutes exprimés ils démontent, nettoient, remontent et constatent que rien n’a changé mais il s’avère qu’il y aurait une fuite au cylindre récepteur, pas détectée auparavant… Et plus moyen de démarrer ! Une fois de plus, malgré mes doutes, ils font venir un électricien qui diagnostique une diode défectueuse alors que je suis persuadé qu’il s’agit de l’anti-démarrage qui fait des siennes et dont je ne sais plus résoudre le problème avec le code ! La journée se passe dans cette sympathique ambiance de cambouis, de tôles martyrisées et d’odeurs de vidange. A cinq heures, nous renonçons, abandonnons le camion avec armes et bagages et nous nous faisons conduire à l’hôtel où nous avions passé la nuit sur le parking et y prenons une chambre, pas aussi sélect qu’au lodge mais acceptable malgré un éclairage qui ne permet pas de lire. Nous dînons au restaurant, grande salle vide, de l’hôtel. Poulet trop frit et poisson pané trop « plat » mais plutôt mieux qu’ailleurs.

Samedi 24 novembre : Nuit à penser à la voiture, à espérer une solution dans la journée, terminée dans le bruit du camion venu vidanger les cuves de l’hôtel à six heures du matin ! Après le petit déjeuner, j’attends le représentant de l’agence de voyage qui me chaperonne, il tarde, arrive alors que j’étais décidé à me rendre à pied au garage. La butée d’embrayage a été enfin démontée, la lèvre du joint spi est endommagée et serait à l’origine de la fuite. Nous nous rendons avec elle chez un marchand de pièces qui, bien entendu, ne l’a pas et qui doit se renseigner à Addis Abeba. Nous revenons à l’agence de tourisme où je peux me connecter à internet, trouver le numéro de téléphone de Land Rover, pour apprendre qu’à Addis Abeba ce modèle de voiture n’existe pas et donc la pièce non plus ! Je ne sais plus quoi penser. Faire venir de Kampala ? de Kigali ? de France ? Comment ? Mon chaperon tente de me rassurer, promet de s’en occuper personnellement etc… Les promesses, les assurances, il m’en a fait beaucoup… Il me ramène à l’hôtel et promet de passer dans l’après-midi. Je retrouve Marie, énervée, que je ne peux rassurer. Nous déjeunons à l’hôtel, arrive Jean-Pierre à qui nous racontons nos malheurs. Nous nous installons sur la terrasse attendre en vain le garçon de l’agence. Jean-Pierre et moi allons voir une autre agence qui pourrait nous emmener pour 335 $, tarif qui nous convient mais nous ne concluons pas aussitôt. De retour à l’hôtel, nous allons faire quelques emplettes en prévision de l’excursion. Nous sommes alors abordés par une jolie fille qui nous propose les mêmes services pour 200 $ ! Nous allons à son bureau, confirmons notre accord et versons des arrhes. Retour à l’hôtel. Je peux me connecter avec mon ordinateur, répondre à Julie et mettre le blog à jour. Nous retournons dîner avec Jean-Pierre au restaurant du premier soir. Marie, toujours aventureuse, commande un « tournedos à la françoise » et nous, plus sagement des mixed grill. Elle se voit servir l’habituelle fine escalope de bœuf à texture et à goût prédigérés avec des champignons et nous une variété de viandes et poissons tout aussi fins et sans la moindre saveur. Audace supplémentaire, nous avons pris une bouteille de vin rouge local, sans parfum, pas même celui de l'alcool…

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